vignette|Le Mont-de-Piété par Jean Béraud.

Un mont-de-piété est un organisme de prêt sur gage, qui a pour mission de faciliter les prêts d'argent, notamment en faveur des plus démunis.

Histoire Le terme français vient de la mauvaise traduction en français de l'italien , « crédit de charité »Le Petit Robert., de , « valeur, montant », et , « pitié, charité ».

La répression de l'activité de prêt sur gage Le prêt sur gage exercé dans les monts-de-piété existe depuis longtemps. Les premiers prêts d’argent étaient des prêts sur gage et des traces se retrouvent dans de nombreuses civilisations et dans la Bible. Cependant, l’usure effectuée correspondant aux taux d'intérêts du prêt a subi une longue période de prohibition séculaire et canonique. La prohibition se met en place pour la première fois lors du concile d’Elvire (vers 306-312). Durant le Haut Moyen Âge, l’interdiction sera absolue et de nombreux conciles appuieront la prohibition. À partir du , elle devient impossible à maintenir et des aménagements vont prendre corps. Au Moyen Âge, des gens croulant sous l’usure s’unirent afin d’avoir un crédit à un meilleur taux. L’Église a pu intervenir en prêtant gratuitement tout en participant à réprimer l’usure.

Les prémices d'une institution charitable Des premières traces d’un établissement similaire au mont-de-piété furent observés en Bavière en 1198. Cet établissement était fondé sur la notion de charité et poursuivait la volonté de protéger les indigents. Cependant, il ne survit pas longtemps. Il y eut des cas isolés par la suite d’institutions ayant des ressemblances sans pour autant se généraliser. C’était les Lombards et les banquiers juifs qui disposaient d’un privilège de l’activité d’usure durant le Moyen Âge. Ce privilège était accordé par les souverains des différents royaumes d’Europe. Cependant, leur activité restait lucrative. C’est au qu’est attestée la première réelle tentative de création d’un établissement proche du mont-de-piété par les bourgeois de Salins, qui furent motivés par la charité en vue d’empêcher les personnes de se diriger vers des usuriers.

En Italie L'idée du mont-de-piété est née en 1462, quand un moine récollet italien, Barnabé de Terni, cherche un moyen de combattre l’usure et les taux d'intérêt abusifs (jusqu'à 130 %) pratiqués à l'époque, et depuis longtemps, par les « banquiers lombards ». Il convainc les riches de la cité de Pérouse de constituer un fonds permettant de créer un établissement de prêts sur gages : le . Plusieurs frères mineurs comme Marc de Montegallo prêchent à sa suite la création des monts-de-piété. Dix ans plus tard, le est établi à Sienne avec le même objectif. Cet établissement propose alors un système de prêt sur gage à faible intérêt ou gratuit.

Des initiatives semblables voient le jour dans d’autres villes d’Italie. Au concile de Latran, en 1515, le pape Léon X reconnaît officiellement les monts-de-piété.

Les monts-de-piété prennent pour emblème le grype, créature légendaire qui gardait les mines d'or d'Apollon dans le désert scythe.

En France Avignon En France, un mont-de-piété est fondé à Avignon en 1610. par la Congrégation de Notre-Dame de Lorette. La ville détient à cette époque le statut de cité papale depuis 1348 et le conservera jusqu'en 1791.

Nancy C’est le que Louis-Philippe signe l’ordonnance de création du mont-de-piété de Nancy.. Le est la date d’ouverture. Le prêt minimum est fixé à . La création de l'établissement rencontre un vif succès. Le mont-de-piété démarre avec ses propres fonds. La première crise que traverse l'établissement se fera en 1848. C'est une révolution économique et politique qui plonge la population dans une inflation des produits. Les personnes ayant épargné vont retirer leurs liquidités de la caisse. Le mont-de-piété fera alors un emprunt public et se remettra de la crise plus tard. Sous Louis-Napoléon Bonaparte soucieux de modernisation et de lutte contre la pauvreté, une loi d'uniformisation nationale est promulguée en 1851 mettant en place une organisation standard. Cette loi importante n’aura cependant pas un grand impact sur le mont-de-piété de Nancy selon un rapport de 1866. Durant l'occupation, le mont-de-piété subsiste et prend le relais de celui de Metz qui avait fermé.

Paris vignette|Le mont-de-piété historique, 16, rue des Blancs-Manteaux à Paris. C'est à Paris que le fondateur de La Gazette de France, Théophraste RenaudotIl a donné son nom à l'une des cours de l'établissement, la cour principale portant celui du premier directeur. , ouvre le le premier mont-de-piété dans son Bureau d'adresse qu'il transforme en salle des ventes. Cinq ans plus tard, le roi Louis XIII autorise cinquante-huit autres villes du royaume à établir des monts-de-piété. Après la mort de Richelieu et de Louis XIII, un arrêt du Parlement le met fin à l’institution sous la pression des usuriers qui pratiquent un taux d'intérêt de l’ordre de 120 %.

Jean-Charles-Pierre Lenoir (1732-1807), lieutenant général de police, propose de rétablir l'institution afin de venir en aide aux pauvres endettés que leur situation économique pourrait amener au vagabondage ou aux larcins. Le roi Louis XVI, conscient de la mendicité provoquée par la ruine de ces endettés, établit une ordonnance le : l'institution est rétablie par lettres patentes sur le principe du prêt sur gage à très faible taux d'intérêt, 10 % à l'époque. Le lieutenant général et quatre administrateurs de l'hôpital général de Paris sont chargés de son administration tandis que le conseiller auprès du roi, Louis-Étienne Framboisier de Beaunay, est nommé premier directeur de l'établissement qui est inauguré le au , rue des Blancs-Manteaux à Paris, qui reste l'adresse actuelle du Crédit municipal de ParisEntrée actuelle : 55 rue des Francs-Bourgeois, 75004.. Les administrateurs sont régulièrement en guerre avec les commissaires-priseurs, souvent des « Lombards » qui exercent conjointement les métiers de banquier et de prêteur sur gageA. Blaize, Des monts-de-piété et des banques de prêts, Gaguerre, 1843, ..

Pendant la Révolution française de 1789, la dépréciation des assignats provoque la chute des engagements de biens personnels, conduisant le mont-de-piété parisien à fermer ses portes en 1795. La reprise de l'usure par les maisons de prêtAppelées « Maisons de Caisse auxiliaire ». (jusqu'à 20 % par mois) entraîne sa réouverture le . Le mont-de-piété rétablit le taux d'emprunt à 7 puis 4 % sous le Premier EmpireÉric Deschodt, Histoire du Mont de Piété, Éd. Cherche Midi (Le), 1993..

En (), le décret impérial interdit aux maisons de prêt de Paris de recevoir des dépôts et de pratiquer des prêts sur nantissement, et ordonne le transfert des dépôts au mont-de-piétéBulletin des lois . situé rue des Blancs-Manteaux. Le même jour, l'empereur et le secrétaire d'État Hugues-Bernard Maret signent le décret relatif à l'organisation et aux opérations du mont-de-piété de Paris. Il développe alors de nombreux bureaux auxiliaires pour les commissionnaires et des succursales. En 1892, les prêts immobiliers sont autorisés.

Au , le succès du mont-de-piété de Paris est tel qu'il n'apparaît plus seulement comme l'antichambre de la misère. Le propre fils de Louis-Philippe, le prince de Joinville François-Ferdinand d'Orléans, aurait ainsi déposé sa montre pour honorer une dette de jeu. Quelque peu honteux, il avait prétendu l'avoir oubliée chez sa tante. D'où l'expression « ma tante » pour qualifier le mont-de-piété..

Le , un décret transforme les monts-de-piété en caisses de crédit municipal. Le mont-de-piété de Paris devient ainsi le Crédit municipal de Paris, de même pour celui de Lyon, d'Avignon ou de Bordeaux, comme pour tous les autres. Le changement de dénomination correspond au développement de ses activités bancaires parallèlement aux prêts sur gages.

Le mont-de-piété entre alors dans la catégorie des établissements de crédit, soumis à la législation bancaire, tout en conservant une gouvernance issue des communes qui en détiennent la propriété. vignette|Hôtel du Lombard (1626), rue du Lombard (Lille), mont-de-piété ouvert par Wenceslas Cobergher.

Dans les Pays-Bas espagnols (Belgique et nord de la France) vignette|gauche|Mont-de-Piété de Bruxelles Pour mettre un terme aux pratiques des prêteurs sur gage, qui réclamaient des intérêts exorbitants, les archiducs Albert et Isabelle décident d'ouvrir dans les Pays-Bas méridionaux des monts-de-piété. Après avoir pris en 1617 l'avis des autorités religieuses, ils en confient, par lettres patentes du , la surintendance générale à Wenceslas CobergherDésiré Arnould, Situation administrative et financière des monts-de-piété en Belgiqe, Imprimerie du moniteur belge, Bruxelles, 1845, . Entre 1618 et 1633, quinze institutions voient le jour dans les Pays-Bas, dans l'ordre suivant : Bruxelles, Anvers, Malines, Gand, Arras, Tournai, Mons, Valenciennes, Cambrai, Bruges, Lille, Douai, Namur, Courtrai et enfin Bergues.

La première d’entre elles ouvre ses portes à Bruxelles en 1618 dans l’ancien hôtel de Beersel, à l’angle de la rue du Midi et de la rue du Lombard. Le mont-de-piété est toujours actif au à Bruxelles, dans ses locaux rénovés de la rue Saint-Ghislain (Alexis Partoes, 1868), bâtis sur la propriété MosselmanSite du Mont-de-Piété de Bruxelles.

À Lille, un mont-de-piété qui pouvait accorder des prêts gratuits jusqu’à cinquante écus est également créé en 1610. Son créateur, le riche marchand Bartholomé Masurel, lui lègue ses biens. Un deuxième est créé à Lille en 1628 par Wenceslas Cobergher..

À Namur, le mont-de-piété est également bâti de 1626 à 1629 par Wenceslas Cobergher. Depuis 1921, il héberge l'Académie des Beaux-arts de Namur et a fait l'objet d'une restauration complète dans les années 2010. vignette|Mont-de piété à Namur. À Liège, il est installé jusqu'en 1812 dans le palais Curtius.

En Suisse alt=Valorum - Mont-de-Piété à Lausanne - Achat Or - Négoce lingot et pierres précieuses|vignette|Mont-de-piété à Lausanne.

En Suisse, les monts-de-piété portent habituellement le nom de Caisse de Prêts.

La plus ancienne structure encore en activité en suisse est la Caisse publique de prêts sur gages (CPPG) de Genève fondée en 1872. Elle a fêté ses d’activités en 2022..

Il existe deux instituts de « Mont-de-Piété » publics en Suisse : la gérée par la Banque cantonale de Zurich (ZKB) et la Caisse publique de prêts sur gages de Genève (CPPG). Il existe également un établissement privé Istituto prestiti su pegno à Lugano. Chaque institut est organisé selon les normes cantonales.

À Lausanne, une licence privée a été octroyée à la société Valorum Sarl.. À Grenchen (Soleure), Pfandbox offre un service privé.

Près de Schaffhouse à Büsingen, il existe depuis 2007 le premier « Mont-de-piété » à véhicules. pour toute la Suisse.

Organisation selon la loi de 1851 Les monts-de-piété en France ont été régis par une loi du 24 juin 1851 et un règlement du qui établissaient leur organisation. Le mont-de-piété est composé d’un directeur, un caissier, un garde-magasin, des commissaires et commissaires-priseurs et un directeur.

Le Conseil d'administration