Le vitrail dit de la Vie de la Vierge à Chartres est un vitrail narratif du déambulatoire sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, qui raconte l'enfance de la Vierge Marie. Il partage cette baie, numérotée 028 dans le Corpus vitrearum, avec le vitrail du Zodiaque et travaux des mois, à gauche dans la même baie, et un oculus représentant le Christ bénissant, Alpha et Oméga.
Le thème en est la première partie de la vie de la Vierge Marie, combinaison des récits apocryphes de la Nativité de Marie et les évangiles de l'Enfance que l'on trouve principalement dans l'évangile selon Luc et l'évangile selon Matthieu.
Le vitrail fut offert par la corporation des vignerons et Thibaut VI de Blois.
Description d'ensemble
La baie elle-même, de style gothique primitif, se compose de deux lancettes en arc brisé, surmontées d'un oculus de réseau.
Le vitrail de s'inscrit dans la lancette de droite, la lancette de gauche étant occupée par le vitrail du Zodiaque et travaux des mois. La verrière a été exécutée entre 1217 et 1220, elle est contemporaine de la cathédrale actuelle reconstruite après l'incendie de 1194.
Elle a été restaurée en 1904 par Gaudin, puis par l'atelier Mauret en 1993. Elle a été classée aux monuments historiques en 1840..
La lancette droite est divisée par neuf barlotières horizontales et deux verticales, délimitant neuf étages de panneaux rectangulaires légèrement allongés verticalement, disposés sur trois colonnes. À l'exception des panneaux centraux des motifs cruciformes, le motif séparant les scènes des différents panneaux est indépendant de ces ferrures.
Toutes ces scènes sont sur fond bleu. Le vitrail est principalement composé de trois losanges rectangles, dessinant un motif cruciforme complexe s'étendant sur cinq panneaux. Le panneau central inscrit sa scène dans un cercle bordé de deux filets rouge et blanc, posé sur un fond rouge bordé de blanc limité par le rectangle de ferronnerie. Ce rectangle étant allongé verticalement, la bordure du cercle déborde et est visible sur les deux panneaux latéraux, mais n'atteint pas les barlotières horizontales. Ornant le rectangle, un motif floral asymétrique vert et blanc fleuri de jaune occupe les quatre écoinçons à fond rouge.
Les quatre bords du rectangle se prolongent par un panneau s'inscrivant dans un arc d'ogive, dont les bords verticaux ou horizontaux s'incurvent pour se couper en tiers-point. Ces ogives sont bordées de deux filets bleu et rouge, et d'un filet de perles blanches. Du fait du caractère rectangulaire des panneaux, la bordure des ogives verticales déborde sur les deux panneaux latéraux, tandis que la pointe des ogives horizontales traverse la bordure du vitrail, dont elle vient toucher les filets extérieurs.
L'ensemble de ce motif en croix est posé sur un grand cercle à fond rouge bordé de deux filets verts et jaune, tangent au losange rectangle qui s'appuie sur les quatre pointes d'ogive. Entre ce cercle et les arcs en tiers-point, les écoinçons à fond rouge portent chacun un motif floral symétrique bleu fleuri de blanc.
Alternant avec les grands cercles, des demi-cercles latéraux se rattachent à la bordure. Ils présentent deux scènes sur fond bleu, séparées par la barlotière horizontale, et sont bordés de trois filets rouges, bleu et blancs. Du fait du caractère rectangulaire des panneaux, ces cercles ne sont tangents qu'avec les ogives verticales. Par ailleurs, les ogives verticales sont raccordées verticalement par un petit losange rectangulaire, traversé horizontalement par la barlotière, et dont le fond bleu à peine visible est bordé de trois filets rouge, bleu et blanc.
Entre ces éléments, le fond est tapissé d'une mosaïque à écailles oblongues bleues ornées d'un motif floral en grisaille, dont les bordures à filet rouge se raccordent sur une perle blanche.
La bordure est formée de deux bandes, rouge à l'intérieur et bleue à l'extérieur, bordée vers l'intérieur de deux filets bleu et blanc et d'une bordure de perles blanches, et vers l'extérieur de deux filets rouge et blanc. Sur les deux bandes centrales se développe un délicat motif floral multicolore à palmettes.
La dominante d'ensemble est bleue, couleur qui dans la symbolique chrétienne est souvent retenue pour celle de la Vierge Marie.
Thématique
Le thème du vitrail est le récit légendaire de la première partie de la vie de la Vierge Marie. Le début s'appuie sur divers récits apocryphes de la Nativité de Marie, qui reprennent des thèmes bibliques en les appliquant à la conception et à la naissance de Marie. L'élément central du vitrail, au centre de la croix centrale, est le panneau de l'Annonciation, vitrail 28b, . : ceci soulignant que le « fiat » de la Vierge en cette occasion est le sommet d'une vie tout entière tournée vers Dieu. Ce récit se prolonge par le début de la vie du Christ, que l'on trouve principalement dans l'évangile selon Luc et l'évangile de Matthieu.
Ce récit dit « de la vie de la Vierge Marie » s'arrête donc en réalité à Marie jeune accouchée. En réalité, la vie de la Vierge Marie se prolonge et fait encore l'objet de nombreux autres textes apocryphes. Les évangiles de l'enfance décrivent par exemple plus complètement la fuite en Égypte, que l'on voit détaillée sur le Vitrail de l'Enfance du porche ouest, et le thème de la Mort et Assomption de la Vierge fait l'objet d'un autre vitrail narratif de Chartres dans le côté sud de la nef.
La première partie de cette vie de Marie s'appuie sur des textes apocryphes remontant aux premiers siècles de l'ère chrétienne, principalement l'Évangile du Pseudo-Matthieu et le Protévangile de Jacques. Ces textes seront plus tard synthétisés dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, vers 1265, dans le récit de « La Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie » donné pour sa fête du (chapitre CXXIX). Ils avaient servi de base à un récit apocryphe connu à Chartres, le « De Nativitate Mariae » (la Nativité de Marie - ?). On y trouve donc l'histoire de Anne et Joachim, et comment dans leur grand âge ils engendrèrent celle qui devint la Vierge Marie.
Comme en témoigne un sermon de Fulbert de Chartres, la fête de la Nativité de Marie était célébrée à Chartres dès le début du .
Les donateurs
Les donateurs, la corporation des vignerons et le comte Thibaut VI, sont classiquement représentés aux deux angles inférieurs.
À gauche, les vignerons taillent la vigne, activité du mois de mars. Ils sont protégés du froid par un capuchon, et émondent la vigne au moyen d'une serpette à talon. Le sécateur ne sera inventé qu'au tout début du .
À droite, trois personnages semblent implorer leur protecteur, un chevalier en armure qui porte un bouclier bleu à diagonale blanche, que l'on lit ici « d'azur à la bande d'argent »
Pour cette époque, ce sont les armes primitives de la Maison de Blois. Le chevalier n'est pas identifié, mais apparaît dans la lancette voisine, toujours en bas à droite, désigné comme COMES TEOBALD (comte Thibaut), qui appartient à une branche cadette de ce qui deviendra la « maison de Champagne ». Ici, et compte tenu de la date d'élaboration du vitrail, on peut donc reconnaître Thibaut VI de Blois, comte de Chartres, qui contribua à la construction de la cathédrale de Chartres. On retrouve ce même Thibaut VI de Blois avec des armes cette fois-ci brisées, dans les vitraux hauts du chœur (baie 109).
Description des panneaux
Le vitrail se lit classiquement, de bas en haut et de gauche à droite, chaque panneau rectangulaire porte une scène indépendante. Les passages correspondants sont cités d'après l'« évangile de la nativité de la vierge Marie », énergiquement résumés.
Nativité de la Vierge
(Ib) : Refus de l'offrande de Joachim.
Il y avait près de vingt, ans qu'ils vivaient chez eux dans un chaste mariage sans avoir des enfants. Ils firent vœu, si Dieu leur en accordait un, de le consacrer au service du Seigneur, et c'était dans ce dessein qu'à chaque fête de l'année ils avaient coutume d'aller au temple du Seigneur. Or, il arriva que, comme la fête de la Dédicace approchait, Joachim monta à Jérusalem avec quelques-uns de sa tribu. C'était alors Isaschar qui était grand-prêtre. Lorsqu'il aperçut Joachim parmi les autres avec son offrande, il le rebuta et méprisa ses dons : " Tu ne peux pas te trouver parmi ceux qui font des sacrifices à Dieu, parce que Dieu ne t'a pas béni au point de t'accorder une postérité en Israël ".
La composition de la scène est marquée par l'opposition, de part et d'autre du pilier central, entre le clergé du Temple de Jérusalem à gauche, et Anne et Joachim à droite. Joachim, apportant un agneau (visible, quoique caricatural, avec une meilleure définition) se voit opposer un signe de dénégation. Anne, levant la main, paraît catastrophée et résignée.
Le thème de la stérilité correspond à celui de Anne, mère de Samuel (1Sam 1) : Car Sara, la première mère de votre nation, ne fut-elle pas stérile jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans ? et cependant au dernier âge de la vieillesse elle engendra Isaac (Gn 21), auquel la bénédiction de toutes les nations était promise. De même Rachel, si agréable au Seigneur et si fort aimée du saint homme Jacob, fut longtemps stérile, et cependant elle engendra Joseph, qui devint le maître de l'Égypte et le libérateur de plusieurs nations prêtes à mourir de faim. Lequel de vos chefs a été plus fort que Samson, ou plus saint que Samuel ? et cependant ils eurent tous les deux des mères stériles.Évangile de la Nativité de Marie, Traduction française : Gustave Brumet.(IIa) : Annonce divine faite à Joachim.
Joachim, rempli de confusion de ce reproche outrageant, se retira auprès des bergers qui étaient avec ses troupeaux dans ses pâturages : car il ne voulut pas revenir en sa maison de peur que ceux de sa tribu qui étaient avec lui ne lui fissent le même reproche humiliant qu'ils avaient entendu de la bouche du prêtre. Or, l'Ange du Seigneur lui apparut, lui disant : « Ne crains point, Joachim ; car je suis l'Ange du Seigneur ; il m'a envoyé vers toi pour t'annoncer que tes prières sont exaucées. Ta femme Anne enfantera une fille et tu la nommeras Marie, elle sera consacrée au Seigneur dès son enfance, comme vous en avez fait le vœu, et elle sera remplie du Saint-Esprit, même dès le sein de sa mère. Elle ne mangera ni ne boira rien d'impur. Et voici le signe que tu auras des choses que je t'annonce. Lorsque tu arriveras à la porte d'or qui est à Jérusalem (07), tu y v trouveras Anne ton épouse, Anne qui viendra au devant de toi, laquelle aura autant de joie de te voir qu'elle avait eu d'inquiétude du délai de ton retour. » Après ces paroles, l'Ange s'éloigna de lui.
Joachim est vêtu comme un berger du Moyen Âge. Il est ici représenté en train de garder un troupeau de chèvres, et peut-être aussi de moutons.
Le thème de l'annonce de l'ange est parallèle à celui de l'annonce de la naissance de Jean-Baptiste (Lc 1:5-25), essentiellement : Ne crains rien, ta femme enfantera, son enfant sera consacré à Dieu, et vivra de pureté, et voici un signe.(IIc) : : Annonce divine faite à Anne. L'ordre de lecture naturel est ici inversé, l'annonce de l'ange (panneau de droite) vient avant la scène de la porte dorée (panneau central).
Ensuite il apparut à Anne, l'épouse de Joachim, disant : « Ne crains point, Anne. Car je suis ce même Ange qui ai porté en présence de Dieu vos prières et vos aumônes, et maintenant je suis envoyé vers vous pour annoncer qu'il vous naîtra une fille, laquelle sera appelée Marie, et qui sera bénie sur toutes les femmes. Elle sera remplie de la grâce du Seigneur aussitôt après sa naissance ; elle ne sortira point du temple, où elle sera engagée au service du Seigneur ; elle s'abstiendra de tout ce qui est impur. Lève-toi donc, va à Jérusalem, et lorsque tu seras arrivée à la porte d'or, tu auras pour signe au devant toi ton mari. »
Anne est classiquement représentée comme filant la laine à domicile.