vignette|Le lycée municipal de Lunebourg, qui hébergea la cour de justice. Le procès de Belsen ( - ) est constitué d'une série de jugements intentés par les puissances alliées contre d'anciens fonctionnaires de l'Allemagne nazie après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le procès de Belsen s’est tenu en Allemagne en Basse-Saxe, à proximité du camp, dans la ville de Lunebourg, au 30 Lindenstraße. Les accusés étaient des hommes, des femmes de la SS et des fonctionnaires ayant travaillé dans divers camps de concentration, notamment celui d’Auschwitz et de Bergen-Belsen. Le procès a suscité un intérêt considérable dans le monde, le public découvrant pour la première fois les responsables, ou même pour certains, l’existence d’assassinats de masse dans les camps d'extermination de l’Est.
D'autres procès ultérieurs prirent également le nom de procès de Belsen.
Contexte
Le camp de Bergen-Belsen a été ouvert en 1940 pour interner les prisonniers de guerre français et belges mais accueille à partir de l'été 1941 plus de prisonniers soviétiques. Le premier commandant du camp a été le SS-Hauptsturmführer auquel a succédé Josef Kramer le . Les conditions s'aggravèrent avec l'arrivée de nombreux prisonniers transférés des camps d’Auschwitz, Buchenwald, Ravensbrück, Flossenburg, Mauthausen... devant l'avance des armées alliées. Le camp compte détenus en et en .
Le camp fut libéré par les troupes britanniques le . Les conditions dans lesquelles les Britanniques trouvent ces prisonniers sont épouvantables, tant du point de vue du manque de nourriture que de celui de l'hygiène. Plus de y côtoient les vivants entre les baraques. mourront encore dans la période qui suivra, leur état de santé étant déjà si dégradé qu'elles ne purent pas être sauvéesProcès de Belsen sur Sonderkommando.info.. Environ y ont trouvé la mort, dont prisonniers soviétiques.
La plupart des membres du personnel SS du camp s’étaient enfuis, mais plusieurs dizaines étaient encore sur place, y compris le commandant du camp, Joseph Kramer.
Deux jours plus tard, 48 personnes sont officiellement arrêtées et les Britanniques leur imposent d’enterrer de leurs propres mains les corps des prisonniers éparpillés dans tout le camp.
Premier procès vignette|gauche|Franz Hössler à Bergen-Belsen. Surnommé le « procès de Joseph Kramer et des 43 autres », il débute le dans le lycée municipal de Lunebourg. Initialement, les accusés étaient au nombre de quarante-huit, mais les charges contre trois d’entre eux ont été abandonnées (Nikolas Jenner, Paul Steinmetz et Walter Melcher) et l'état de santé d'un quatrième (Ladislaw Gura) lui a évité le procès.
Bien qu'appelé « procès de Belsen », il s'agit en réalité d'un procès bicéphale car certains des accusés avaient antérieurement travaillé au camp d'extermination d'Auschwitz. En outre, dix-neuf avaient davantage sévi à Auschwitz et la plupart n’étaient en réalité venus à Bergen-Belsen qu’à l’approche des troupes soviétiques fin 1944, début 1945.
Les accusés étaient donc quarante-quatre ex-SS, hommes, femmes et kapos (prisonniers fonctionnaires) ayant travaillé à Bergen-Belsen, Auschwitz, Neuengamme ou dans les camps satellites. Josef Kramer était le principal accusé, il avait essentiellement opéré à Birkenau (Auschwitz II) jusqu'en , date à laquelle il arriva à Bergen-Belsen.
Vingt-quatre avaient officié à Belsen, dix-neuf dans les deux camps et une seule était accusée pour ses exactions commises seulement à Auschwitz (Stanislawa Staroska ou Starostka, appelée « Stanie » par les prisonnières). Trente-deux des accusés avaient été des membres de la SS, dont seize femmes, et douze (sept hommes et cinq femmes) avaient été des prisonniers de fonction (Kapo, Blockältester, Lagerältester).
Trois autres membres de la SS avaient été tués en essayant de s'échapper lors de la libération du camp par les Britanniques, et un autre s’était suicidé. Sur un total de 77 personnels du camp arrêtés par les Britanniques en avril, 17 autres moururent du typhus jusqu'au .
Autre que Kramer, les autres principaux accusés étaient le , qui avait été médecin du camp à Belsen, et Franz Hössler, adjoint au commandant du camp. Elisabeth Volkenrath avait été Oberaufseherin à Auschwitz, avant qu'elle n'arrive à Belsen.
Il était très difficile de se prononcer en connaissance de cause pour ce tribunal. La réalité et les particularités de la vie dans les camps (ici, en l'occurrence à Auschwitz-Birkenau) n'étaient pas encore suffisamment connues pour que la cour puisse toujours poser les questions les plus pertinentes ; en outre les accusés venaient de camps divers, n'étant arrivés à Belsen que dans les tout derniers mois ou jours (certains étaient arrivés deux jours avant la libération) du fait des évacuations. Les véritables exactions et responsabilités de ces accusés ne pouvaient donc être clairement posées et connues parce qu'elles avaient eu lieu dans d'autres camps. Les accusations « crimes contre l'humanité » et « crimes contre la paix », qui figuraient dans le procès de Nuremberg, ne figuraient pas parmi les charges retenues lors du procès.
Il s’agissait d’un tribunal militaire britannique et était tenu en anglais, suppléé par des traducteurs allemands et polonais. La cour de justice se composait de six juges : le major-général H. M. P. Berney-Ficklin (président), le brigadier A. de L. Casonove, le colonel G. J. Richards, le lieutenant-colonel R. B. Moriush, le lieutenant-colonel R. McLay et le juge-avocat C. L. Stirling.
Le colonel T. M. Backhouse, le Major H. G. Murton-Neale, le capitaine S. M. Stewart et le lieutenant-colonel L. J. Genn furent les avocats des accusés. Les avocats de la défense étaient également des membres de l'Armée britannique. Il y avait également cinq défenseurs polonais, dont un officier, le lieutenant Jedrezejowicz.
Déroulement vignette|Intérieur de la salle du tribunal dix jours avant le début de procès. Ce procès a duré 54 jours en présence de 200 journalistes et observateurs internationaux. Il débute le par un discours d’ouverture suivant la procédure des pays de Common law (discours accusatoire). Les actes d'accusations et les peines passibles sont notamment cités.
Le brigadier a été le premier témoin à charge les 18 et . Le , l'Armée britannique projette un film tourné immédiatement après la libération du camp, suivie d'une visite du camp le lendemain.
Les témoignages de la défense commencent le avec le discours d'ouverture, défendant Kramer, qui témoigna également. Les discours de clôture se déroulent du 7 au , suivis par la clôture des arguments présentés par les témoins le . Les peines sont prononcées quatre jours plus tard, le .
Mené en anglais, les traductions en allemand et en polonais étaient nécessaires. Ce fut l'un des facteurs qui prolongea le procès, initialement prévu pour durer de deux à quatre semaines. Rétrospectivement, il a été reproché à l'accusation un procès hâtif et mal préparé. Aucun des gardiens SS ayant fui le camp après le cessez-le-feu du n'avait été recherché. Durant le procès, seuls quelques témoins oculaires ont témoigné, certains prononçant des déclarations affidavit. Certains témoins se contredisaient eux-mêmes lors du contre-interrogatoire et d'autres ne parvenaient même pas a identifier les accusés comme les auteurs des crimes en question. Un ancien détenu, Oskar Schmitz, a même été accusé à tort comme étant un officier SS ayant travaillé dans le camp. L’homme n'avait eu aucune chance de clarifier les choses avant le début du procès.
La défense a soutenu que l'arrestation des accusés avait été illégale. Les Britanniques sont accusés d’avoir violé la promesse d’un retrait libre, contenu d’un accord de cessez-le-feu. Toutefois, cette promesse était seulement pour les membres de la Wehrmacht présents à Belsen. En outre, selon l'accusation, l'incendie du camp et des fichiers par la SS ainsi que des coups de feu tirés le , avait annulé l'accord. La section pertinente sur l'accord d’un cessez-le-feu concernant les SS était : « Les membres et gardes des SS [...] seront traités comme des prisonniers de guerre. Les personnels [...] restent à leurs postes et doivent accomplir leurs tâches (cuisine, fournitures, etc.). Ils auront l’obligation de remettre leurs dossiers et leurs enregistrements. Lorsque leurs services peuvent être dispensés, leur disposition est laissée par la Wehrmacht aux autorités britanniques. »
Huit hommes et trois femmes ont été condamnés à la peine de mort et exécutés par pendaison le à la prison de Hameln. Dix-neuf autres ont été jugés coupables et condamnés à diverses peines, tandis que quatorze ont été acquittés. Erich Zoddel a été condamné à la prison à vie, mais fut condamné à mort lors d’un autre procès militaire en pour le meurtre d'une femme détenue après la libération.
En raison de la clémence des réclamations et des appels, de nombreuses peines de prison ont été considérablement réduites. À la mi-1955, toutes les personnes condamnées à des peines de prison ont été libérées par les autorités ouest-allemandes.
Accusés individuel et sentence Liste des accusés SS vignette|Fritz Klein au milieu de cadavres. Les Britanniques leur imposent d’enterrer de leurs propres mains les corps des prisonniers.
(A = coupable de crimes à Auschwitz, B = coupable de crimes à Bergen-Belsen)
NomSentenceJosef Kramer (A, B)Peine de mort, exécuté le Fritz Klein (A, B)Peine de mort, exécuté le (A, B)Peine de mort, exécuté le Franz Hössler (A)Peine de mort, exécuté le Karl Franzioh (B)Peine de mort, exécuté le Ansgar Pichen (B)Peine de mort, exécuté le Franz Stofel (ou Stärfl) (B)Peine de mort, exécuté le Wilhelm Dörr (B)Peine de mort, exécuté le Irma Grese (A, B)Peine de mort, exécutée le Elisabeth Volkenrath (A, B)Peine de mort, exécutée le Johanna Bormann (A)Peine de mort, exécutée le Otto Kulessa (B)15 ans, libéré le Heinrich Schreirer (A)15 ans, libéré le Hertha Ehlert (B)15 ans, libérée le Ilse Förster (B)10 ans, libérée le Herta Bothe (B)10 ans, libérée le Irene Haschke (B)10 ans, libérée le Gertrud Sauer (B)10 ans, libérée le Anna Hempel (B)10 ans, libérée le Gertrud Feist (B)5 ans, libérée le Frieda Walter (B)3 ans, libérée le Hilde Lisiewicz (B)1 an, libérée le Georg KrafftacquittéJosef KlippelacquittéFritz MathesacquittéKarl EgersdörferacquittéWalter OttoacquittéErich BarschacquittéIda FörsteracquittéeKlara OpitzacquittéeCharlotte KleinacquittéeHildegard Hähnelacquittée Ne pouvant être jugés pour cause de maladie : Nikolaus Jänner, Paul Steinmetz, Walter Melcher, Ladisław Gura (qui était à la fois membre des SS et fonctionnaire de la prison).
Disparus ou situation inconnue : SS Aufseherin Erna Rosenthal, SS Aufseherin Hildegard Lippmann, SS Aufseherin Ault, SS Aufseherin Gollasch, SS Oberscharführer Hartwig, SS Unterscharführer Heuskel, SS Aufseherin Orlt.
Liste des accusés prisonniers fonctionnaires vignette|Erich Zoddel capturé après la libération du camp.
(A = Coupable de crimes à Auschwitz, B =Coupable de crimes à Bergen-Belsen)
there is considerable disagreement about the spelling of the names, see talk page NomSentenceErich Zoddel (B)prison à vie, condamné lors d'un autre procès militaire en et exécutéWladisław Ostrowski (B)15 ans, libéré en 1955Helena Kopper (B)15 ans, libérée en 1952Hilde Lohbauer (A,B)10 ans, libérée en 1950Antoni Aurdzig (B)10 ans, libéré en 1952Johanne Roth (B)10 ans, libérée en 1950 Stanislawa Staroska (A)10 ans, libéré en 1950Medislaw Burgraf (B)5 ans, liberé en 1949Ilse Lotheacquittée (B)Oskar Schmitzacquitté (B)Ignatz Schlomowiczacquitté (B)Anton Polanskiacquitté (B)Ladisław Gurainapte au procès (B)
Réactions publiques