L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est une église catholique paroissiale située à Bouillancy, dans l'Oise, en France. Elle dresse sa silhouette massive au fond de la vallée de la Gergogne, loin du village, et est de dimensions imposantes par rapport à l'insignifiance du village. La raison est sans doute sa vocation d'église priorale et paroissiale à la fois jusqu'au début du . Austère et presque rustique à l'extérieur, elle présente une architecture gothique élégante et recherchée à l'intérieur. Son transept et son abside à sept pans comptent parmi les meilleures réalisations de la fin du et du premier quart dans les environs. La dernière travée de la nef a été bâtie en même temps, et fut munie de bas-côtés jusqu'en 1743. La première travée de la nef remonte elle aussi à cette même campagne, mais n'a jamais possédé de bas-côtés, et n'a pas été voûtée dans un premier temps. La raison semble être la réutilisation des murs gouttereaux de la vieille nef romane au niveau de la deuxième et de la troisième travée. Le voûtement d'ogives ne débuta que vers 1340 seulement, quand l'on monta des piliers engagés dans la nef, en commençant par l'ouest, mais la guerre de Cent Ans retarda l'achèvement jusqu'au siècle suivant. La plupart des fenêtres furent encore repercées ultérieurement. Ainsi, la nef est une construction disparate, mais possède néanmoins des voûtes de belle facture, qui sont une bonne illustration de la transition du style rayonnant tardif vers le style gothique flamboyant. Également flamboyant, mais sans grand caractère, est le clocher à gauche de la façade occidentale, qui ne fut achevé qu'au début de la Renaissance, en 1552. D'abord seulement inscrite, l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul a été classée monument historique par arrêté du .. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse sainte Jeanne d'Arc du Multien, et des messes dominicales anticipées y sont célébrées une à deux fois par an.

Localisation

L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est située en France, en région Hauts-de-France, au sud-est du département de l'Oise, à la limite avec la Seine-et-Marne, dans le Multien, sur la commune de Bouillancy, en dehors du village, à l'est, dans la vallée de la Gergogne, dans le hameau dit Le Bas Bouillancy, près de la RD 19, chemin de l'Église. Elle est séparée du chemin par le cimetière, qui s'étend devant la façade occidentale. Une étroite portion du cimetière borde également la nef du côté sud. Ce cimetière est clos par un mur. Un chemin rural passe le long de ce mur, et permet d'accéder au croisillon sud du transept et à l'abside. Celle-ci est envahie par la végétation. Toute l'élévation septentrionale de l'église est enclavée dans une propriété privée, qui correspond à l'ancien prieuré. Sinon, il n'y a pas d'habitations autour de l'église, et elle est bien dégagée. Des pâturages et des petits bois forment son environnement. Sa silhouette pittoresque s'apprécie notamment depuis la route départementale, en venant d'Acy-en-Multien, et depuis le pré communal à l'ouest du cimetière.

Histoire L'histoire de la paroisse thumb|left|Vue depuis le sud.

À l'instar de la plupart des paroisses du Multien, sauf celles situées tout au nord, Bouillancy relève du diocèse de Meaux sous l'Ancien Régime, et plus particulièrement de l'archidiaconé de France. Le doyenné chargé de Bouillancy est Acy-en-Multien.. Le collateur de la cure est l'abbaye Saint-Faron de Meaux, qui possède à proximité une dépendance avec son prieuré Saint-Martin de Réez, ancienne abbaye qui lui fut rattachée par Charlemagne. vers 765 (date certainement erronée car antérieure à son couronnement). La paroisse constitue certainement un démembrement de celle de Réez, et sa fondation est sans doute imputable à l'abbaye de Réez ou à l'abbaye Saint-Faron, mais l'on ne sait rien de bien précis sur ses origines.. Comme le souligne Dominique Vermand, l'histoire de l'église reste toujours assez obscure.. Selon une charte du cartulaire de l'abbaye Saint-Faron citée en 1731 par dom Toussaint Chrétien Duplessis dans son Histoire de l'Église de Meaux, cette abbaye aurait possédé un prieuré à Bouillancy. Au début du , l'ancienne abbaye de Saint-Fiacre, près de Meaux, est refondée comme prieuré grâce à l'afflux des dons des fidèles. Selon une charte du cartulaire du prieuré, datée de 1319, sa dotation initiale comporte toutes les terres que l'abbaye Saint-Faron possède à Bouillancy. Aucune mention du prieuré n'y est faite. En acceptant la donation, les religieux de Saint-Fiacre s'engagent d'assurer la célébration de trois messes par semaine dans la chapelle de Bouillancy, et d'administrer les sacrements aux fidèles. Ils prennent ici le relais des religieux de Saint-Faron, dont l'on peut supposer qu'ils ont quitté les lieux.. Pour Dominique Vermand, il ne fait pas de doute que le prieuré de Bouillancy est supprimé au moment de sa donation à l'abbaye de Saint-Fiacre. L'église du prieuré devient une chapelle de dévotion. Le prieuré Saint-Fiacre prend soin de l'édifice, et Jean de Hauteverve, élu prieur en 1338, y fait effectuer des travaux.. Mais le terme de chapelle pose problème : ne serait-il pas question d'une chapelle implantée ailleurs sur le territoire de la paroisse ? thumb|upright|Vue depuis le nord-ouest.

L'abbé Faburelle, curé de Bouillancy entre 1838 et 1847, a cherché d'en savoir plus, et tomba sur le témoignage d'un voisin, qui, en travaillant dans son jardin, avait découvert un immense souterrain parfaitement voûté, au début du . Le curé signale aussi les nombreuses fondations de murs assez importants dans les environs de l'église. Enfin, il gagne la conviction, par l'étude des documents, que les travaux sous Jean de Hauteverve concernent bien la nef de l'église actuelle. Il est donc probable que le prieuré fut associé à l'église.. Pour Dominique Vermand, la situation isolée de l'église s'explique ainsi : du fait du vœu de clôture, les monastères préfèrent s'implanter en dehors des agglomérations en temps de paix, et choisissent les fonds de vallée pour pratiquer la pisciculture. Est-ce qu'il ne faut pas conclure de l'emploi du terme chapelle que le village possédait une église paroissiale distincte au encore ? Cette question demeure sans réponse. Ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du que l'histoire de la paroisse est un peu mieux connue. Louis Leber, chanoine et chancelier de Saint-Étienne de Meaux, est curé de Bouillancy à cette époque. Il n'habite pas sur place, et entretient un vicaire, Claude Bellot, qui assure le service paroissial. Après la mort de ce dernier en 1585, Jacques Leroy lui succède. Sur l'invitation de l'évêque, les habitants font l'acquisition d'une maison pour le curé. Elle est utilisée comme presbytère jusqu'à la Révolution française. Dans son contexte, la partie du Multien comprise dans le département de l'Oise est rattachée au diocèse de Beauvais. Le curé de Bouillancy est alors Louis-Pierre-Claude Gourlet. Dénoncé comme suspect, il est arrêté le , et enfermé dans diverses prisons. Entre-temps, l'église est utilisée comme mairie et manufacture de salpêtre, et vidé de la totalité de son mobilier. Toutes les cloches sont envoyées à la fonte, mais en échange, une cloche provenant de Silly-le-Long est concédée à la commune. Le presbytère est vendu aux enchères. Après la fin de la Terreur, l'abbé Gourlet reprend sa fonction de curé. Ne trouvant plus de presbytère, il se loge d'abord à Acy-en-Multien, puis à Réez., dont la paroisse est définitivement réunie à celle de Bouillancy en juillet 1803..

En 1826, la commune acquiert enfin une partie de l'ancien presbytère, et la met à la disposition de paroisse. L'abbé Gourlet retrouve donc son ancienne habitation, et exerce son ministère jusqu'à sa mort en 1838. Il est enterré à droite de l'entrée de l'église.. En 1870, l'abbé Roisin, successeur de l'abbé Faburelle, fait débloquer l'accès du souterrain pour que les femmes et les enfants puissent s'y réfugier pendant l'invasion allemande. Mais certains éboulements dans le couloir le font renoncer à cet usage (son accès est définitivement condamné en 1947, mais ses premiers mètres continuent d'être utilisés comme cave en 2007.). En 1957, l'abbé Le Sayec publie une brochure sur l'église de Bouillancy, et affirme que le presbytère est toujours le même. Dans son étude sur l'église de Bouillancy rééditée en 2007, Pierre Le Moult fait l'impasse sur la période postérieure au concordat de 1801. Ainsi, la fin de la paroisse indépendante de Bouillancy, Réez-Fosse-Martin et Villers-Saint-Genest n'est pas documentée. En 1996 en tout cas, Bouillancy est intégré dans la nouvelle paroisse Sainte Jeanne d'Arc avec siège à ., qui s'étend vingt-deux communes. Le curé réside actuellement à Bargny. Des messes dominicales anticipées sont célébrées en l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul une à deux fois par an, le samedi à 18 h 30..

Les campagnes de construction de l'église thumb|upright|Dernière travée de la nef, vue vers l'est.

D'une église romane du , subsistent probablement les murs de la deuxième et de la troisième travée de la nef. Dominique Vermand évoque l'appareil en opus spicatum du mur sud, caractéristique de cette époque. Pierre Le Moult précise que la portion de mur en question se situe près de la sacristie. Ce dernier auteur prétend avoir identifié, à l'intérieur de l'église, .. Il est toutefois possible qu'il y a confusion des fenêtres en plein cintre de l'époque moderne (milieu -) avec des baies romanes, erreur fréquente chez les historiens locaux. Comme autre indice de la reprise d'une structure plus ancienne, Le Moult attire l'attention sur les soubassements en des murs en pierre de taille, mais l'auteur semble ignorer que les soubassements sont souvent construits en pierres plus grossières en raison de leur plus grande solidité, et aucune partie de la nef n'est par ailleurs appareillée en pierre de taille. Quoi qu'il en soit, le sanctuaire roman est jeté bas à la fin du , et cède la place à un ensemble architectural ambitieux. Il se compose de la dernière travée de nef avec bas-côtés, d'un transept et d'une abside à sept pans. De style gothique champenois, il est achevé au cours du premier quart du . Entre-temps, la première travée de la nef (en comptant depuis l'ouest) est mise en chantier. Il conserve au sud sa lancette gothique, encore en plein cintre en ce début du . L'on doit en conclure que les murs des travées romanes sont exhaussés et portés à la hauteur actuelle alors que l'on prolonge la nef vers l'ouest. En effet, tous les contreforts latéraux de la nef sont ainsi analogues.