LÉglise protestante de l'Union vieille-prussienne (Evangelische Kirche der altpreußischen Union, nom officiel utilisé entre 1922 et 1953) est une église protestante majeure créée en 1817 par une série de décrets pris par le roi de Prusse , unissant les dénominations luthérienne et réformée en ses États, Prusse et principauté de Neuchâtel. Elle devint la plus grande organisation religieuse indépendante de l'Empire allemand et plus tard de l'Allemagne de Weimar, avec environ de fidèles. Cette Église a subi deux schismes (un définitif dans les années 1830 et un temporaire de 1934 à 1948). Église officielle de l'État prussien, au , avec le statut d'établissement public du culte, elle a été en partie démembrée dans les années 1920 à la suite du rattachement d'une partie de la Prusse à la Deuxième république polonaise, la Tchécoslovaquie, la Lituanie, etc. thumb|right|220px|Territoire prussien. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’Église protestante vieille-prussienne a été en outre marquée par les destructions massives de ses bâtiments et par la perte de plusieurs provinces ecclésiastiques à la suite de l'expulsion des Allemands d'Europe de l'Est puis, dans les années 1950 à 1970, par les expropriations et la répression anti-religieuse pratiquées par la RDA, la Pologne et l'Union soviétique.

L'Église a été profondément réformée lors des deux après-guerres, s'ouvrant notamment à davantage de participation démocratique de ses paroissiens. À la suite de la baisse du nombre de ses membres en raison de la crise démographique allemande et de la croissance de l'irréligion, l'Église a été absorbée dans l'Union des Églises protestantes en 2003.

L'Église protestante vieille-prussienne a compté de nombreux théologiens de renom parmi ses membres, notamment Friedrich Schleiermacher, Julius Wellhausen (temporairement), Adolf von Harnack, Karl Barth (temporairement), Dietrich Bonhoeffer, Martin Niemöller (temporairement) ou, plus récemment Heino Falcke.

Noms officiels de l'église 1821–1845 : Église protestante dans les pays royaux prussiens (Evangelische Kirche in den Königlich-Preußischen Landen) de statut église-état 1845–1875 : Église d'État protestante de Prusse (Evangelische Landeskirche Preußens) de statut église-état et établissement public de culte 1875–1922 : Église d'État protestante des anciennes provinces de Prusse (Evangelische Landeskirche der älteren Provinzen Preußens) au statut d'Église d'État et établissement public parmi des autres Églises d'État de même statut dans les nouvelles provinces prussiennes (deux Églises de Hanovre, une luthérienne et une réformée ; trois Églises régionales en Hesse-Nassau, une pour Francfort-sur-le-Main (luthérienne), la Hesse électorale [rattachant paroisses luthériennes, calvinistes et protestantes unies] et le Nassau [protestante unie] ; une Église luthérienne du Schleswig-Holstein) 1922–1953 : Église protestante de l'Union vieille-prussienne (Evangelische Kirche der altpreußischen Union ; EKapU ou APU) de statut établissement public du culte parmi d'autres établissements publics de culte. Pendant une courte période l'Église se trouva incorporée à l'Église protestante du Reich (du jusqu'au ), mais rétablie par jugement du Landgericht I de Berlin. Le gouvernement national-socialiste ne respectait pas l'indépendance de l'établissement public. 1953–2003 : Église protestante de l'Union (Evangelische Kirche der Union; EKU) de statut établissement public du culte, membre de la fédération dite Église protestante en Allemagne (EKD), mais transformée depuis 1946 en confédération des Églises régionales provenant de ses provinces ecclésiales, elles-mêmes membres de la EKD.

Histoire Le luthéranisme et le calvinisme (les églises réformées) avaient coexisté en Brandebourg après que le Prince-électeur Jean-Sigismond eut déclaré sa conversion du luthéranisme au calvinisme en 1617, la majorité de ses sujets restant luthériens. Les effectifs calvinistes avaient ensuite sensiblement augmenté en raison de l'arrivée de milliers de calvinistes réfugiés fuyant la répression du protestantisme en Bohême, en France (les huguenots), aux Pays-Bas méridionaux, en Wallonie dans les duchés unis de Juliers-Clèves-Berg ou dans la république des Deux Nations polonaise lituanienne. Comment unir l’Église ? La question était posée depuis des décennies.

Décisions royales de fusionner les Églises luthérienne et calviniste gauche|vignette|314x314px|, roi de Prusse et prince de Neuchâtel. Un an après être monté sur le trône en 1798, , étant summus episcopus (gouverneur et évêque suprême des églises protestantes), décréta une nouvelle liturgie commune afin qu'elle soit mise en application dans les églises luthériennes et réformées. Le roi, qui était réformé, était marié avec la luthérienne Louise de Mecklembourg-Strelitz (1776-1810), ce qui explique pourquoi ils ne communiaient jamais ensembleWilhelm Hüffmeier, Die Evangelische Kirche der Union: Eine kurze geschichtliche Orientierung ("L'Église protestante dans l'Union : de brefs repères historiques"), in: „... den großen Zwecken des Christenthums gemäß“: Die Evangelische Kirche der Union 1817 bis 1992; Eine Handreichung für die Gemeinden ("... conformément aux grands desseins du christianisme": L'Église protestante de l'Union 1817 à 1992; Un guide pour les communautés"), Kirchenkanzlei der Evangelischen Kirche der Union, édité par la Chancellerie ecclésiastique de l'Église protestante de l'Union (Kirchenkanzlei der Evangelischen Kirche der Union) à la demande du synode, éditeur : Luther-Verlag, Bielefeld, 1992, .. Une commission fut formée pour la préparation de cette liturgie commune. Elle représenta l'aboutissement des efforts de ses prédécesseurs à unifier ces deux églises protestantes, dans le royaume de Prusse comme pour son prédécesseur, l'Électorat de Brandebourg, qui allait devenir sa province principale.

D'importantes réformes de l'administration de la Prusse ont été entreprises après la défaite des armées prussiennes par Napoléon à la bataille d'Iéna-Auerstaedt. Dans le cadre de ces réformes, les trois structures de direction de l'Église luthérienne (avec son organe directeur, le Consistoire supérieur pan-prussien), (1750-1808), des Églises réformées (avec leur organe directeur, le Consistoire réformé français pan-prussien (1701-1808)), et le consistoire réformé pan-prussien de langue allemande (1713-1808) furent abolies et leurs missions reprises par la Sektion für den Kultus und öffentlichen Unterricht (Section du culte et de l'instruction publique), également compétentes pour l'Église catholique et les juifs, formant un département du Ministère prussien de l'Intérieur.

Sous l'influence du mouvement de centralisation propre à l'absolutisme et à l'époque napoléonienne, la défaite de Napoléon en 1815 ne provoqua pas le retour à l'ordre ancien. Au contraire, toutes les communautés religieuses furent placées sous l'autorité d'un seul consistoire dans chacune des dix provinces prussiennes. L’État administrait ainsi les affaires de toutes les religions : les catholiques, les juifs, les luthériens, les mennonites, les frères moraves et les calvinistes (ou réformés).

En , la section du culte et d'instruction publique fut renommée en Ministère prussien des affaires spirituelles, éducatives et médicales, généralement appelé le Ministère des cultes (Kultusministerium). Le baron vom Stein en fut nommé le ministre. Les Églises réformées et l'Église luthérienne étaient ainsi administrées par un unique département au sein du même ministère. Le ministère mit en place la robe pastorale (allemand : Talar) comme le costume de bureau habituel.

Le , Frédéric-Guillaume annonçait qu'à l'occasion du tricentenaire de la Réforme, le de la même année, la paroisse réformée de la cour et de la garnison de Potsdam, dirigée par le pasteur de la Cour, et la paroisse luthérienne de la garnison s'uniraient en une paroisse chrétienne protestante unique dans le bâtiment de l’église simultanée calviniste-luthérienne de la garnison. Déjà la veille, les luthériens et les chrétiens réformés célébrèrent ensemble la Cène dans l'église luthérienne Saint-Nicolas de Berlin. Le protestantisme dans la Principauté de Neuchâtel n'a pas fait l'objet de l'unionisme royal, de sorte que l'Église nationale de Neuchâtel ne fut pas affectée.

Le , Frédéric Guillaume exprimait son désir de voir les congrégations protestantes de toute la Prusse suivre cet exemple et devenir des paroisses de l'Union. Les luthériens, qui formaient auparavant l'Église luthérienne d’État de Nassau-Sarrebruck et les calvinistes dans la région de la Sarre méridionale, avaient formé une Église unie dans l'administration dès le (Union de Sarrebruck). Cependant, en raison du rôle souverain reconnu aux paroisses dans le protestantisme, aucune paroisse ne fut forcée d'entrer dans l'union par le décret du roi. Ainsi, dans les années qui suivirent, beaucoup de congrégations luthériennes et réformées suivirent l'exemple de Potsdam et devinrent des congrégations fusionnées, tandis que d'autres maintenaient leur ancienne confession luthérienne ou réformée.

Dans beaucoup d'endroits, en Rhénanie surtout, les luthériens et les calvinistes fusionnèrent leurs paroisses pour former des congrégations protestantes unies. Quand en 1847 la Prusse a finalement établi un parlement, quelques bureaux de direction de l'Église ont obtenu un siège dans la première chambre des membres non élus, mais nommés (chambre haute à laquelle succède la Chambre des seigneurs de Prusse à partir de 1854).

Des mesures ont été prises pour déterminer le nombre de pasteurs qui deviendraient pasteurs de l'Union. Les candidats au ministère, à partir de 1820, devaient indiquer s'ils seraient disposés à adhérer à l'Union. Toute la faculté de théologie de l'Université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn appartenait à l'Union. Aussi un vœu d'ordination œcuménique a été formulé dans lequel le pasteur prêtait allégeance à l'Église protestante unie.

Structure territoriale L'Église protestante de l'Union vieille-prussienne comprenait les provinces ecclésiastiques suivantes : le Brandebourg (y compris Berlin ; 1817-1950, continue par l'Église protestante en Berlin-Brandebourg), la Fédération régionale synodale de la Ville libre de Dantzig (1920-1940), l' (1922-1937), la Fédération régionale synodale du Territoire de Memel (1927-1944), la Poméranie (1817-1950, continue par l'Église protestante de Poméranie), la Posnanie (1817-1920, continue par ), la Posnanie-Prusse-Occidentale (1923-1940, continue par l'Église poméranienne), la Prusse provinciale ecclésiale (1831-1883, suivi par les deux Prusse-Occidentale/-Orientale), la Prusse-Occidentale (1817-1831, 1883-1920, suivi par Dantzig, Église protestante unie en Pologne et Posnanie-Prusse-Occidentale), la Prusse-Orientale (1817-1831, 1883-1945), la Rhénanie (y compris le pays de Hohenzollern, 1817-1948, continue par l'Église protestante en Rhénanie), la Saxe (1817-1950, continue par l'Église protestante de la province ecclésiastique de Saxe), la Silésie (1817-1950, continue par Église protestante de Silésie) et la Westphalie (1817-1948, continue par Église protestante de Westphalie). Chaque province ecclésiastique avait à sa tête un consistoire provincial comme corps administratif et un surintendant général (Generalsuperintendent) comme chef spirituel.

Dissidences