Tsá Tué est une réserve de biosphère située au Canada, dans les Territoires du Nord-Ouest. S’étendant sur , elle est la plus grande des de biosphère du Canadaréserves de biosphère du Canada. Elle englobe le Grand lac de l’Ours () et une partie de son bassin versant ()Tsa Tue Biosphere Reserve nomination form - May 23, 2015. .

Tsá Tué se démarque également par le fait qu’il s’agit de la première réserve mondiale de biosphère entièrement administrée par une communauté autochtone – en l’occurrence la communauté de Délįne (environ ), située dans la région de Sahtu. Points cardinaux Latitude LongitudePoint central N OPoint le plus au nord N OPoint le plus au sud N OPoint le plus à l'ouest N OPoint le plus à l’est N O

Contexte La désignation « réserve de biosphère » est accordée par l’UNESCO, en vertu du Programme sur l’homme et la biosphère (MAB), à des sites reconnus comme des modèles en matière de conservation de la biodiversité et de développement durable.

Bien qu’elles jouissent d’une reconnaissance internationale, les réserves de biosphère demeurent sous la juridiction des États où elles se trouvent. En , on dénombrait 669 réserves de biosphère, réparties dans 120 pays (16 d’entre elles sont transfrontalières). Au même moment, le Canada en comptait 18.

La mise sur pied de la réserve de biosphère Tsá Tué est l’aboutissement d’un long processus politique et juridique. Les jalons de ce parcours se rapportent, d’une part, à l’autonomie croissante de la communauté de Délįne face au gouvernement canadien, et d’autre part, à la protection du Grand lac de l’Ours et des régions avoisinantes. Les ententes et les plans de gestion suivants comptent parmi les jalons les plus importants de ce processus : En 1993, en vertu de « l'Entente sur les revendications territoriales globales des Dénés et Métis du Sahtu », ces derniers obtiennent du gouvernement fédéral canadien et du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest les titres de propriété sur un territoire de , les droits d’exploitation des ressources fauniques, et l’établissement d’institutions publiques gouvernementales pour réglementer ces terres et gérer cette faune. De 2002 à 2005, un « Plan de gestion du bassin hydrographique du Grand lac de l’Ours » est développé à l’initiative de la Délįne Land Corporation, en collaboration avec la Première Nation de Délįne et l’Office des ressources renouvelables du Sahtu. Ce plan établit un ensemble de normes et de principes relatifs à l’utilisation des terres dans le bassin versant du Grand lac de l’Ours, en insistant sur les aspects d’intégrité écologique et culturelle“The Water Heart”: A Management Plan For Great Bear Lake And Its Watershed”A Critical Review of the Northwest Territories Protected Areas Program . Le « Plan d'utilisation des terres du Sahtu », complété en 2013 par le Sahtu Land Use Planning Board, établit les orientations générales concernant la façon dont les terres (y compris l'eau et les autres ressources) seront conservées, développées et utilisées dans la région du Sahtu. Le plan décrit les activités d'utilisation des terres permises, et précise où et dans quelles conditions elles sont appropriéesSahtu Land Use Plan . En 2015, « l'Accord définitif sur l'autonomie gouvernementale de Délįne » est conclu entre les habitants de Délįne, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest et le gouvernement fédéral canadien. En vertu de cet accord, la communauté de Délįne est en droit de se doter d’un gouvernement populaire (Délįnen Got'ine), une première pour une communauté autochtone au Canada. En 2015 également, la communauté de Délįne prépare sa demande pour obtenir la désignation de Réserve mondiale de biosphère. Ce faisant, la communauté espère faciliter la mise en œuvre de certaines mesures énoncées dans le « Plan de gestion du bassin versant du Grand lac de l’Ours », notamment le déploiement de programmes de recherche et de surveillance, de programmes d'éducation et d’activités récréotouristiques. Elle souhaite aussi simplifier la coordination des activités de développement durable sur son territoire, à travers une vision intégrée de gestion. Les 18 et , l’UNESCO annonce l’ajout de 20 nouveaux sites au Réseau mondial des réserves de biosphère, dont Tsá Tué.

Caractéristiques naturelles Hydrographie Le Grand lac de l’Ours, situé au cœur même de Tsá Tué, se démarque à plusieurs titres : il est le huitième plus vaste plan d’eau douce du monde ; le quatrième plus grand lac d’Amérique du Nord ; et le plus grand lac entièrement compris à l’intérieur des frontières canadiennes. Il se distingue également par son volume () et sa profondeur (446 mètres en son point le plus profond). Enfin, le lac est unique par son état de conservation remarquable : il est décrit par l’UNESCO comme le « dernier lac arctique encore intact ». De forme irrégulière, le lac comporte cinq bras (baies) : Smith (nord-ouest), Dease (nord-est), McTavish (sud-est), McVicar (sud) et Keith (sud-ouest). C’est au bord du bras Keith que se trouve Délįne, la seule communauté humaine comprise dans la réserve de biosphère Tsá Tué.vignette|Le Grand lac de l'Ours vignette|Carte bathymétrique du Grand lac de l'Ours

Alimenté par de nombreux cours d’eau, dont les rivières Camsell et Johnny Hoe, le Grand lac de l’Ours se déverse dans la rivière Great Bear, vers le nord. Cette rivière est un affluent du fleuve Mackenzie. Le bassin versant du Grand lac de l’Ours couvre , dont environ 55 % sont compris à l’intérieur de la réserve de biosphère. En outre, Tsá Tué renferme 5 % des milieux humides des Territoires du Nord-Ouest.

Climat Tsá Tué subit un climat subarctique (climat de catégorie Dfc selon la classification de Köppen). Celui-ci se caractérise par des hivers longs et froids, des étés courts et frais, de grands écarts de température et de faibles précipitations.

La surface du Grand lac de l’Ours est habituellement gelée entre les mois de novembre et juillet. Toutefois, le phénomène de réchauffement climatique global se faisant particulièrement sentir dans le nord du Canada, les glaces et leur comportement pourraient se modifier au fil du temps. Une recherche montre en effet que le Grand lac de l’Ours est particulièrement susceptible au réchauffement global : le modèle employé dans cette étude prévoit qu’entre les périodes de 1970-2000 et 2041-70, la différence de température à sa surface pourrait être de à . D’autres travaux, dont les résultats scientifiques ont été corroborés et enrichis par les savoirs traditionnels des Dénés du Grand lac de l’Ours, montrent que les phénomènes météorologiques locaux évoluent tranquillement, mais sûrement, dans cette région.

Biodiversité Grand lac de l'Ours Le Grand lac de l’Ours présente un taux naturel de productivité biologique relativement faible : le plancton s’y fait rare, on y compte relativement peu d’espèces de poissons (on dénombre 13 espèces de poissons dans la réserve Tsá Tué, rivières incluses) et les chaînes alimentaires sont simples. Ces caractéristiques font du Grand lac de l’Ours un écosystème vulnérable, et commandent une gestion prudente du lac et de son bassin versant.

Par ailleurs, le touladi (Salvelinus namaycush), une espèce de poisson commune dans les lacs d’Amérique du Nord, présente une remarquable diversité de formes (polymorphisme) dans le Grand lac de l’Ours. La combinaison unique des caractéristiques physiques du lac (sa grande dimension, ses cinq bras et son gradient de profondeur) fournit au touladi une diversité de niches écologiques et la possibilité de former des populations relativement isolées les unes des autres. La recherche a démontré que la diversité morphologique du touladi du Grand lac de l’Ours ne correspond pas à une grande diversité génétique, mais plutôt à une grande plasticité phénotypique face à des habitats diversifiés. vignette|Touladi (Salvelinus namaycush)

Écosystèmes terrestres Tsá Tué s’étend principalement sur cinq écorégions canadiennes : la Plaine du bras Dease, la Plaine du Grand Lac de l’Ours, les Plaines Grandin, la Chaîne Norman et les Hautes terres de la rivière Coppermine. À chacune de ces écorégions correspond un agencement unique de caractéristiques climatiques, physiographiques, pédologiques, hydrographiques, florales et fauniques. Par exemple, la plaine du bras de Dease présente une végétation de type toundra, dominée par le bouleau glanduleux et le saule, alors que la Plaine du Grand lac de l’Ours arbore un couvert forestier de type taïga, caractérisée par l’épinette noire et le mélèze. Le pergélisol est continu au nord et à l’est du Grand lac de l’Ours, mais est discontinu et laisse entrevoir des affleurements rocheux à l’ouest et au sud du lac.

Autrement dit, la réserve de biosphère Tsá Tué recouvre une grande diversité d’habitats terrestres, ce qui explique qu’elle abrite une flore et une faune également diversifiées et abondantes. En tout, 177 espèces végétales, 105 espèces d’oiseaux et 32 espèces de mammifères y ont été répertoriées. Le caribou de la toundra (Rangifer tarandus groenlandicus), l’orignal (Alces alces andersoni), le bœuf musqué (Ovibos moschatus) et l’ours grizzli (Ursos arctos) s’y observent en grand nombre.

En revanche, trois espèces animales présentes ou potentiellement présentes sur le territoire de Tsá Tué font l’objet d’une protection particulière en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada : le courlis esquimau (Numenius borealis), le hibou des marais (Asio flammeus) et le caribou des bois (Rangifer tarandus caribou). vignette|Caribou des bois (Rangifer tarandus caribou)

Présence humaine Délįne vignette|Délįne, au bord du Grand lac de l'Ours

La seule communauté humaine installée sur la réserve de biosphère Tsá Tué est celle de Délįne. Située aux abords du Grand lac de l’Ours, près de l’embouchure de la rivière Great Bear, ce hameau réunit environ 600 habitants. Les membres de la nation Déné du Sahtu représentent 93 % de cette population.

Il est utile de rappeler que les Territoires du Nord-Ouest se composent de cinq régions administratives : Sahtu, Deh Cho, North Slave, South Slave et l’Inuvik. La région de Sahtu est habitée par des communautés rattachées à la nation des Dénés. Cette région est elle-même divisée en trois districts, Délįne, Tulita and K’ahsho Got’ine, où sont parlés trois dialectes distincts de « North Slavey » – une langue autochtone parfois appelée « langue des Esclaves du nord » en français. Délįne est le chef-lieu du district du même nom. Tel que mentionné plus haut, « l'Accord définitif sur l'autonomie gouvernementale de Délįne » de 2015 a permis aux habitants de Délįne de se doter d’un gouvernement populaire, Délįnen Got'ine, une première pour une communauté autochtone au Canada. Le territoire sur lequel ce gouvernement peut exercer ses pouvoirs correspond au district de Délįne, lequel englobe le Grand lac de l’Ours et environ la moitié de son bassin versant.

Les habitants de Délįne considèrent le Grand lac de l’Ours et son bassin versant comme leur patrie. Ce paysage, ainsi que la flore et la faune qu’il abrite, sont omniprésents dans leur vie quotidienne et leur culture. Le lac et son réseau hydrographique leur fournissent leur nourriture (poissons, gibiers, plantes), servent de trame de fond à leurs activités traditionnelles (chasse, pêche, cueillette, confection de vêtements, rituels, etc.) et peuplent leurs mythes. Leur qualité de vie étant intimement liée à la santé de leur environnement, les habitants de Délįne ont à cœur de maintenir l’intégrité écologique de leur territoire.

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