Heinrich Gattineau ( – ) est un économiste et homme d'affaires allemand qui a été membre de la SA et un des directeurs d'IG Farben. Il a fait partie des accusés aux Procès de Nuremberg.

Jeunesse Gattineau est né à Bucarest ; il est le fils de Julius Gattineau, un dentiste allemand installé en Roumanie Heinrich Gattineau (1905–1985). Il a commencé ses études en Suisse, puis à Munich, où il a étudié l'économie à l'Université Louis-et-Maximilien de Munich ; il y a terminé son doctorat en 1929. Il a eu quelques activités politiques locales avec le en 1923. En 1929, il a épousé Wera Fritzsche, qui lui a donné cinq enfants.

Relations avec le parti nazi À partir de 1928, Gattineau a travaillé chez IG Farben, dont il est devenu directeur de la politique commerciale et des relations publiques en 1931. À l'époque de la montée du parti nazi, il n'était pas rare que les discours d'Adolf Hitler attaquent IG Farben, où des juifs occupaient des postes importants. Inquiet du succès grandissant d'Hitler et de ses conséquences pour les affaires, Carl Duisberg a chargé Gattineau, son attaché de presse à l'époque, de prendre contact avec les nazis. Gattineau a demandé l'aide de Karl Haushofer, qui avait été un moment son maître à l'université, et après qu'Haushofer se soit porté garant des dirigeants d'IG Farben auprès d'Hitler, ses attaques ont cessé pendant environ un anJeffreys, .

En , Gattineau et le chimiste ont rencontré Hitler pour discuter de la production de carburant de synthèse, que celui-ci considérait comme crucial pour assurer l'indépendance énergétique de l'Allemagne et pour que ses plans de réarmement restent secrets s'il devait être élu. À cette date, Carl Bosch finançait déjà le parti naziJeffreys, . La position de Gattineau à IG Farben était devenue importante et en 1932 il avait été nommé chef du nouveau Département de politique économique (Wipo), une branche de la section financière d'IG Farben chargée de contrôler les aspects juridiques, fiscaux et de politique étrangère susceptibles d'avoir un impact sur les relations entre l'entreprise et le gouvernementJeffreys, .

Durant la période nazie Dès qu'Hitler est arrivé au pouvoir, Gattineau a fait acte de candidature au parti nazi, mais il lui a été demandé d'attendre, le parti étant peu désireux, au moins au début, d'accepter cet afflux soudain d'hommes d'affaires opportunistes. Gattineau s'est néanmoins engagé dans la SA pour prouver sa bonne volontéJeffreys, . Il y est rapidement monté en grade, atteignant celui de Standartenführer (colonel) en 1934 et devenant un des principaux conseillers d'Ernst Röhm pour les questions économiquesJeffreys, .

Sa proximité avec Röhm a failli lui coûter la vie lors de la Nuit des longs couteaux : le , il a été tiré de son lit par la Gestapo et enfermé sous la fausse accusation d'avoir détourné de l'argent d'IG Farben pour financer le supposé complot de Röhm, prétexte à l'élimination des SA. Il a été interrogé pendant plusieurs heures et a craint d'être exécuté, avant d'être relâché, à sa surprise. La raison de sa remise en liberté est incertaine : a déclaré plus tard avoir usé de son influence pour l'obtenir. À moins que Gattineau n'ait simplement pas été considéré comme assez important pour être exécuté.

Gattineau a immédiatement démissionné de la SA, mais il s'est retrouvé en mauvaise posture à IG Farben, où son supérieur a essayé de le faire licencier ou de l'envoyer en province, loin du siège berlinois d'Unter den LindenJeffreys, . Carl Bosch s'y est opposé mais, pour réduire le rôle public de Gattineau, a subordonné son Département de politique économique (Wipo) à l'autorité d'IlgnerJeffreys, . Gattineau a ensuite été admis comme membre à part entière du parti nazi en 1935.

Il a passé l'essentiel de la Deuxième Guerre mondiale à Bratislava comme directeur de la fabrique de dynamite Nobel et d'autres compagnies chimiques tchécoslovaques réunies par les nazis sous la houlette d'IG Farben Jutta Günther, Dagmara Jajesniak-Quast: Willkommene Investoren oder nationaler Ausverkauf? Ausländische Direktinvestitionen in Ostmitteleuropa im 20. Jahrhundert. BWV, 2006, , , .

Après-guerre En 1947, Gattineau a été arrêté et a fait partie d'un groupe de cadres et hommes d'affaires du Cartel IG Farben, tous accusés de crimes de guerre.

Lors du procès IG FarbenJeffreys, , notamment instruit par Josiah J. E. DuBois (l'un des procureurs en chef du procès de Nuremberg, président du tribunal chargé de ce dossier, juriste alors spécialiste des trusts, de la Loi antitrust américaine et des lobbys et trafics d'influence), le groupe des 24 a bénéficié du fait qu'Ig Farben avait détruit ou falsifié ses archives. Les prévenus ont aussi profité d'une défense assurée par 60 des meilleurs avocats d'Allemagne. Ces avocats ont basé la défense des cadres et chimistes du groupe sur le fait qu'Ig Farben et ses cadres n'ont jamais directement tué personne bien qu'ayant massivement fabriqué et promu des produits chimique indispensables pour la guerre, dont des gaz de combats.

Comme nombre de ses collègues d'IG Farben, il a été acquitté pour toutes les deux charges qui avaient été retenues contre lui et d'autres civils de l'industrie chimique : 1) préparer et de mener une guerre d'agression ; 2) participer à un complot en vue de mener une guerre d'agression. Il a été relâché en 1948Jeffreys, .

Il a ensuite occupé des postes au conseil d'administration de plusieurs entreprises, notamment de la à Essen et de la Guano-Werke à Hambourg. Il a aussi siégé au conseil de surveillance de la à Langelsheim et au conseil consultatif de la Dresdner Bank à Düsseldorf.

En 1975, il a reçu la grand-croix de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne Wer ist wer?: Das Deutsche who's who. volume 18, Societäts-Verlag, 1974, .

Il a publié en 1983 son autobiographie Heinrich Gattineau: Durch die Klippen des 20. Jahrhunderts. Erinnerungen zur Zeit- und Wirtschaftsgeschichte. Seewald, Stuttgart 1983, ..

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Industrie chimique procès IG Farben /Tribunal de Nuremberg Crimes de guerre Armes chimiques BASF, IG Farben Zyklon B Bibliographie

Diarmuid Jeffreys, Hell's Cartel: IG Farben and the Making of Hitler's War Machine, Bloomsbury, 2009 Jens Ulrich Heine, Verstand & Schicksal: Die Männer der I.G. Farbenindustrie A.G. (1925–1945) in 161 Kurzbiographien. Verlag Chemie, Weinheim 1990, . Christian Mattke, Albert Oeckl – sein Leben und Wirken für die deutsche Öffentlichkeitsarbeit. VS, 2006, .

Liens externes

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