vignette|Allégorie de la République espagnole et de la République française, Bibliothèque nationale d'Espagne, 1931 Un large courant de pensée républicain existe et se développe en Espagne depuis le , matérialisé au cours de son histoire mouvementée en divers partis politiques. Bien que tous ces mouvements aient par définition partagé l'objectif d'établir une république en Espagne, ils se sont opposés sur des conceptions différentes de l'État et vis-à-vis des courants indépendantistes, eux-mêmes généralement républicains.

Malgré la longue tradition républicaine du pays, l'Espagne a connu un système politique républicain seulement pendant deux courtes périodes de son histoire, pour un total de moins de : la Première République, entre le et le , et la Seconde République entre le et le . Depuis la Constitution de 1978, l'Espagne est une monarchie parlementaire dirigée par le roi (en 2024, ), avec un président du gouvernement élu démocratiquement par le parlement, lui-même élu au suffrage universel direct.

Il faut souligner qu'il y a des mouvements et partis républicains sur tout le spectre politique, depuis la gauche jusqu'aux partis libéraux, nationalistes ou de droite.

Histoire du républicanisme espagnol Origine droite|vignette|220x220px|Les républiques du monde, dont la France, les États-Unis et la Suisse, saluent la Première République espagnole, tandis que les monarchies la rejettent. Tomás Padró, La Flaca, 28 mars 1873. Le républicanisme en Espagne prend sa source dans le libéralisme introduit lui-même par la Révolution française, l'invasion napoléonienne et la Guerre d’indépendance espagnole (1808-1814). L'abdication de Joseph Bonaparte (José d'Espagne), se traduit par la restauration absolutiste de Ferdinand VII, malgré la promulgation en 1812 de la constitution espagnole de 1812 par les Cortes de Cadix. Les partisans des français sont appelés Afrancesados. Il espère une modernisation de la vieille Espagne, le principe de souveraineté populaire, la fin du pouvoir de l'Église, le développement de l'industrie face au pouvoir de la vieille noblesse et des grands propriétaires terriens du Sud. Beaucoup sont membres de loges maçonniques.

Triennat libéral 1820 vignette|Fusilamiento de Torrijos, Antonio Gisbert, Musée du Prado Torrijos fut ministre de la Guerre pendant le Triennat Libéral Durant la guerre d’indépendance les libéraux, munis d'une levée en masse contre le régime napoléonien, contraignent le roi Ferdinand VII à signer la Constitution de 1812, qui ne dure plus que deux ans avant que ne soit rétabli l'absolutisme. Par la suite, durant le Triennat libéral (1820-1823) sont rédigés plusieurs pronunciamientos libéraux. Ces derniers sont divisés en deux camps: moderados (modérés) sont des libéraux conservateurs qui acceptent le principe d'une monarchie constitutionnelle et le simple rétablissement de la Constitution de 1812. Plus à gauche, les exaltados (radicaux) prévoient une réforme plus foncière et tendent vers le républicanisme.

Mais Louis XVIII de France, après les demandes insistantes de Ferdinand VII d'Espagne auprès de la Sainte-Alliance, renvoie l'armée française en Espagne en avril 1823 et rétablit ce dernier sur le trône. L'Espagne perd alors ses colonies, qui deviennent des Républiques indépendantes.

Entre 1832 et 1854 le système politique est basée sur l'alternance d'un parti libéral de centre-gauche (progressiste) et un parti liberal de centre-droite (modéré). Il n'existe pas de parti républicain proprement dit: les radicaux sont rattachés au parti progressiste, estimant possible la réforme foncière de la monarchie constitutionnelle par voie légale vers une démocratie libérale plus égalitaire. Mais à la suite d'une réforme constitutionnelle de nature conservatrice en 1845 et l'exemple radical des révolutions de 1848 en Europe, ce système s'effondre: c'est la révolution de 1852 (radicale et progressiste) et celle de 1854 (libérale-conservatrice). Les radicaux quittent le parti progressiste en 1849 pour former le parti démocrate, d'idéologie radicale, socialiste utopique, et républicaine. Il sera l'ancêtre de presque tous les futurs partis républicains et radicaux d'Espagne jusqu'à nos jours.

La Première République 1873 vignette|Allégorie de la Première République espagnole, La Flaca, 1873 La révolution de 1868 dépose Isabelle II. Le Parlement élu en 1869 est en majorité royaliste, ce qui implique la recherche d'un nouveau roi. Amédée Ier (Amadeo I) de Savoie, second fils de Victor-Emmanuel II (roi d'Italie) est choisi. Toutefois, face à un pays profondément instable, impliqué dans diverses guerres (dans la troisième guerre civile carliste, à cause des aspirations au trône de la branche bourbon carliste ; dans la Guerre du Cuba, colonie espagnole qui, appuyé par les États-Unis, réclame son indépendance), et en rencontrant l'opposition des républicains, d'une bonne part de l'aristocratie, de l'Église et du peuple, le roi abdique à son tour le .

Ce même jour de 1873, le Parlement proclame la Première République espagnole. Mais la République naît dans la même tourmente qui a emporté Amédée , et subit la division entre les républicains. La plupart des républicains sont favorables au fédéralisme, et la forme de l'État promulguée est une république démocratique fédérale tandis qu'il existe aussi une tendance unitaire. Au sein même des fédéralistes se manifeste une aile intransigeante, (de caractère confédéraliste) qui se soulève lors de la Révolution cantonale, écrasée en 1874.

En seulement 11 mois de République se succèdent quatre présidents : Francisco Pi y Margall (fédéraliste), Estanislao Figueras (fédéraliste), Nicolás Salmerón (fédéraliste modéré) et Emilio Castelar (unitaire). Le , le général Manuel Pavía fait un coup d'État et établit une dictature républicaine conservatrice sous la direction du général Serrano. Ce dernier est à son tour déposé par le coup d'état du général Martínez Campos le , qui restaure la dynastie des Bourbon en Espagne avec Alfonso XII.

Sous son règne apparaissent divers partis républicains : le Parti Démocrate (ensuite Parti Démocrate Posibilista (PDP)) de Castelar et le Parti Progressiste Démocrate (ensuite Parti Progressiste Républicain Démocrate) de Cristino Martos. Mais ces partis doivent lutter avec les deux puissants partis monarchiques, le Parti libéral-conservateur de Cánovas et le Parti libéral de Sagasta, avantagé par le système de l'élection qui est censitaire et corrompu par les notables locaux (caciquisme).

Plus tard sont fondés le Parti républicain démocratique fédéral (PRDF) de Pi et Margall, le Parti républicain progressiste (PRP) de Manuel Ruiz Zorrilla et José María Esquerdo et le Parti républicain centraliste de Salmerón — ainsi que plusieurs députés républicains indépendants. Une partie du PDP et du PRP fusionnent et forment alors le Parti républicain national. En 1898 naît la Fusion républicaine et en 1903 l'Union républicaine (UR), elles sont le front commun des courants républicains.

Mais l'Union fait long feu ; le Parti républicain radical d'Alejandro Lerroux et le Parti d'union républicaine autonomiste de Vicente Blasco Ibáñez font ensuite sécession. Le Centre Nationaliste Republicà (CNR) catalan est créé en 1906. Après la Semaine tragique de Barcelone en 1909, où l'armée réprime dans le sang une émeute née de la volonté du gouvernement d'Alphonse XIII d'envoyer les réserviste se battre au Maroc, des partis républicains et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) forment la Conjonction Républicaine-Socialiste. Alors qu'au même moment, des secteurs catalans de l'Union Républicaine, du CNR et du PRDF forment l'Union Fédérale Nationaliste Républicaine (intégrée en 1917 au Partit Republicà Català). Le Parti réformiste de Melquiades Álvarez se sépare ensuite de la Conjonction Républicaine-Socialiste.

Deuxième République vignette|264x264px|Allégorie de la République Espagnole, Teodoro Andreu, 1931

À partir de 1917, le régime de la Restauration entre en crise, qui débouche sur le coup d'État du capitaine général de Catalogne, Miguel Primo de Rivera. Il dirige le pays d'une main de fer, tout en conservant le roi Alphonse XIII comme chef de l'État.

Mais en 1930, Primo de Rivera démissionne, ce qui rend inévitable la chute de la monarchie discréditée. Le , après des élections municipales où les partis républicains remportent la plupart des capitales régionales, est proclamée la Seconde République espagnole.

Guerre d'Espagne vignette|Drapeau des Brigades Internationales pendant la Guerre d'Espagne (1936-1939) La Guerre d'Espagne concrétise les antagonismes centenaires entre les deux Espagnes : l'Espagne progressiste et l'Espagne traditionaliste. Le gouvernement légitime et républicain de Madrid, face au soulèvement des généraux et au débarquement de l'armée espagnole du Maroc conduite par Francisco Franco, fait appel à la solidarité entre démocraties. Cependant, les séquelles de la Grande Guerre (1914-1918) sont encore vives en France et au Royaume-Uni, et les gouvernements ne peuvent intervenir à cause de l'opinion publique hostile.

En France, Léon Blum veut armer le gouvernement du Front populaire espagnol, mais l'opposition parlementaire et les pacifistes ne veulent pas d'une guerre par procuration contre l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, qui soutiennent Franco. Seule l'intervention conjointe avec le Royaume-Uni pourrait résoudre l'impasse, mais il s'y oppose fortement en partie pour les mêmes raisons que l'opposition en France. De plus, l'élite économique considère que le nouveau régime préservera ses intérêts et annulera les nationalisations.

La Société des Nations promulgue à la suite de la diplomatie française un décret de non-intervention. Les régimes d'Hitler et de Mussolini le violent allègrement et envoient troupes régulières et matériel. Des troupes volontaires s'engagent du côté des républicains espagnols, notamment des Français, des Britanniques et des Polonais. Toutefois, le matériel fait défaut, et le gouvernement doit à contrecœur demander de l'aide à l'Union soviétique. Staline ne veut pas d'un conflit contre l'Allemagne et commence par refuser. Puis il reconsidère ses positions et accepte de prêter du matériel si le commandement de l'armée est transmis à des officiers soviétiques.

Cela aide la propagande franquiste, qui diabolise le camp de Madrid et à travers une rhétorique usuelle pendant la guerre froide en s'érigeant en défenseur de l'ordre, de la propriété et de l'Église face à la menace du communisme et de l'anarchisme.

Franquisme et gouvernement en exil

vignette|Franco et Eisenhower en 1959 à Madrid Francisco Franco saura combattre l'opposition républicaine. Les combats continuent dans les maquis de l'Espagne pendant la Seconde Guerre mondiale et des anciens combattants s'engagent dans la résistance en France. Mais après la guerre, le régime franquiste, pourtant neutre bienveillant vis-à-vis de l'Axe, reste au pouvoir. D'abord isolé dans l'immédiat après-guerre diplomatiquement et économiquement (il ne reçoit pas l'aide du Plan Marshall), il sait utiliser le pragmatisme face à la menace soviétique et devient un pilier de la stratégie de défense de l'OTAN en Méditerranée occidentale. Des bases militaires américaines sont installées à côté de Madrid (Base aérienne de Torrejón de Ardoz) et du détroit du Gibraltar (Base aérienne de Morón) à la suite des Accords de Madrid de 1953.

L'opposition est réprimée en Espagne. Toutefois le régime abandonne son programme économique autarcique et s'ouvre au libéralisme ; il modernise le pays. Une nouvelle classe moyenne se développe. L'Espagne rurale disparaît au profit des villes. L'ouverture au tourisme et aux affaires entraîne un changement des mentalités.

De 1939 à 1977 est maintenu un Gouvernement de la Seconde République espagnole en exil. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son siège provisoire est à Mexico, puis le il s'établit à Paris.

Transition démocratique