vignette|upright=1.5|Orchestre national des Pays de la Loire à La Folle Journée de Nantes.
Un orchestre symphonique, ou orchestre philharmonique, est un ensemble musical formé des trois familles d'instrumentsPar opposition à l'orchestre à cordes, l'orchestre d'harmonie instruments à vent (les bois et les cuivres) et percussions) et l'orchestre de fanfare (cuivres et percussions) : cordes, instruments à vent (bois et cuivres) et percussions.
La composition des orchestres a beaucoup varié jusqu'à la fin de la période baroque. Ils associaient les instruments les plus divers ainsi qu'en témoignent les multiples combinaisons des six Concertos brandebourgeois (1721) de Bach. Ce n'est pas avant le milieu du que la forme de l'orchestre symphonique commence à se figer et à s'étoffer progressivement de hautbois, de bassons, parfois de cors, de trompettes, et de timbales.
La période classique avec Gossec, Haydn ou Mozart voit souvent les vents associés par deux (, , , , , ). Les pupitres de la période romantique s'ordonnancent plutôt par trois avec l'ajout plus ou moins systématique d'instruments comme la flûte piccolo, le cor anglais, la clarinette basse, le contrebasson, les trombones ou le tuba. C'est aussi la période qui connaît la grande évolution des percussions. Au début du , l'orchestre symphonique peut être de grande taille, généralement, plus de quatre-vingts musiciens, l'effectif dépassant parfois la centaine d'instrumentistes.
Depuis la fin du , sa principale fonction est destinée à l'exécution, dans les salles de concert, d'œuvres symphoniques ou concertantes, profanes ou sacrées. Cette formation est également utilisée pour l'accompagnement en fosse, dans les salles d'opéra, des représentations d'art lyrique ou chorégraphique. Les compositeurs de musiques de film ou encore de musiques de jeu vidéo aujourd'hui, héritières des musiques de scène, utilisent eux aussi toutes les ressources musicales et expressives de l'orchestre symphonique.
Composition de l'orchestre
vignette|upright=1.5|Diagramme de l'orchestre symphonique moderne.
vignette|upright=1.5|Orchestre symphonique vu du dessus, sur la scène de la Halle aux Grains de Toulouse
L'orchestre symphonique est constitué de trois familles d'instruments : les cordes, les vents (comprenant les bois et les cuivres) et les percussions. La composition précise de l'orchestre dépend de l'œuvre exécutée.
Chaque pupitre comprend un premier soliste (pouvant être secondé par un second ou un troisième soliste) dont le rôle, comme son nom l'indique, est de jouer les parties solo d'une partition orchestrale, mais aussi de diriger des répétitions partielles de son pupitre. Les autres musiciens sont appelés des tuttistes.
Le « premier violon solo » a un rôle hiérarchique et représente souvent l'orchestre devant son chef (qui le salue lors des concerts) et devant le public (il commande les levers des musiciens et accueille le chef d'orchestre). Il est de tradition que ce soit lui qui demande le « la » au hautbois pour vérifier l'accord des instruments.
La disposition des différents pupitres peut varier notamment si l'orchestre est caché comme dans le cas d'une fosse d'opéra par exemple.
En règle générale, les cordes sont réparties en demi-cercle de gauche à droite du chef d'orchestre, et de l'aigu vers le grave (premiers violons, deuxièmes violons, violons altos, violoncelles et, derrière ces derniers, contrebasses).
Les vents peuvent être répartis en ligne (de l'aigu vers le grave) :
cors / trompettes / trombones / tubas flûtes / hautbois / clarinettes / bassons
cordes
ou en carrés (favorisant l'écoute entre les divers pupitres) :
clarinettes / bassons // trombones / tubas flûtes / hautbois // cors / trompettes cordes
Les cordes frottées Les instruments à cordes frottées sont la partie la plus constante de l'orchestre symphonique. Elles sont divisées en cinq pupitres, habituellement répartis de la manière suivante, de gauche à droite (en regardant l'orchestre) : les premiers violons, au nombre de ; les seconds violons, au nombre de ; les violons altos, au nombre de ; les violoncelles, au nombre de ; les contrebasses, au nombre de .
Ces effectifs sont à diviser par deux pour un orchestre symphonique de type « Mozart ».
Les bois Disposée le plus souvent en arrière des cordesLeopold Stokowski plaçait toujours les flûtes et hautbois juste devant lui., la famille des bois peut être d'un effectif très variable suivant le répertoire abordé. Les flûtes, hautbois, clarinettes et bassons (la « petite harmonie ») peuvent former une section oscillant de deux à plus de vingt musiciens, incluant notamment les saxophones, certains compositeurs, comme Igor Stravinsky dans Le Sacre du printemps, utilisant cinq instruments et leurs dérivés par pupitre, exploitant ainsi toutes leurs richesses sonores, individuelles ou collectives. Chaque type d'instrument forme un pupitre comportant jusqu'à cinq musiciens dont les partitions sont toutes distinctes : contrairement aux cordes, aucune partie n'est doublée.
La puissance sonore de la famille des bois est supérieure à celle des cordes — dans un rapport de 2 à 7 suivant les instruments et les registres (à l'exception des notes les plus graves de la flûte, d'une intensité à peu près équivalente à celle du violon). Ceci explique le nombre réduit des pupitres de bois par rapport à ceux de cordes. Chaque instrumentiste joue fréquemment un rôle de soliste, particulièrement chez les flûtes et les hautbois, un peu moins chez les bassons qui renforcent souvent les violoncelles, au moins dans les compositions du .
Dès l'origine et tout au long de la deuxième moitié du , les deux bassons sont les bois les plus permanents de l'orchestre, d'abord accompagnés de deux hautbois, parfois de deux flûtes, puis de deux clarinettes. Des parties de piccolo et de contrebasson apparaissent chez Ludwig van Beethoven dans le finale de la symphonie en 1808, ou de la symphonie en 1824. Le cor anglais se dévoile dans l'ouverture de l'opéra Guillaume Tell de Rossini en 1829 ou, l'année suivante, dans la Symphonie fantastique d'Hector Berlioz. Dans L'Arlésienne de Georges Bizet en 1872, c'est le saxophone alto qui prend place, mais son emploi ne sera, et n'est encore de nos jours, qu'épisodique dans l'histoire de l'orchestre symphonique.
Composition des bois d'un grand orchestre symphonique moderne.
Les flûtes
2 à , l'une d'entre elles pouvant jouer le deuxième piccolo
Certaines œuvres utilisent une flûte en sol jouée par l'un des flûtistes
Les hautbois 2 à le quatrième pouvant jouer le deuxième cor anglais 1 cor anglais
Certaines œuvres, peu fréquentes, utilisent un hautbois d'amour joué par l'un des hautboïstes
Les clarinettes en mi♭ (dite « petite clarinette ») 2 à en si♭ ou en la (très rarement en ut), la quatrième pouvant jouer la deuxième clarinette basse
Les bassons 2 à , le quatrième pouvant jouer le deuxième contrebasson
Le saxophone Né au sein de l'orchestre du , il a sa place dans la musique symphonique à partir de 1845.
Les cuivres Disposés en arrière des bois, les cuivres participent à l'orchestre selon les besoins liés au répertoire abordé. Ils se composent des instruments suivants : 2 à , l'une d'elles pouvant jouer la trompette piccolo 2 à , quatre d'entre eux pouvant jouer les tubas wagnériens 2 à basse 1 ou Leur très grande puissance sonore, de l'ordre du double de celle des bois et 6 ou 7 fois de celle des cordes, moins écrasante dans le grave mais atteignant jusqu'à plus de 15 pour la trompette par rapport au violon dans le registre aigu, impose leur place à l'arrière et leur nombre relativement limité.
Les percussions Dans un orchestre symphonique, les instruments de percussion, généralement placés derrière les cuivres, sont le plus souvent classés en trois groupes :
Les claviers bois : xylophone, marimba métal : vibraphone, glockenspiel, célesta, jeu de cloches ou carillon tubulaire
Les peaux accordables : timbales (le plus souvent par jeu de cinq) grandes : grosse caisse moyennes : tambour d'orchestre, caisse claire, timbales cubaines petites : tambourin et tambour de basque, bongos, congas, tumbas
Les accessoires bois : wood-block, temple block, castagnettes, fouet, güiro, maracas ; métal : cymbales (frappées, suspendues, charlestons…), triangle, grelots, gong, tam-tam ; divers : flexatone, sifflet, klaxon, sirène.
Direction de l'orchestre
Sociologie de l'orchestre Bernard LehmannLehman B, L'orchestre dans tous ses éclats, ethnographie des formations symphoniques, La découverte poche, 2002 a relevé une origine sociale plus élevée des musiciens jouant d'instruments à cordes par rapport à ceux des instruments à vent, et des bois par rapport aux cuivres au sein des orchestres parisiens. Les cuivres sont également issus plus fréquemment d'harmonies municipales (cf. étude sociologique sur les orchestres d'harmonie en AlsaceDubois V., Méon J.-M., & Pierru E., Les mondes de l'harmonie. Enquête sur une pratique musicale amateur, La Dispute, 2009).
Cette gradation ne se retrouve toutefois pas au niveau des rémunérations. Ainsi, les bois ont une proportion de solistes nettement plus importante que les cordes, essentiellement composées de tuttistes. Les rémunérations diffèrent en conséquence.
« Un orchestre symphonique est la plus belle métaphore de la société que je connaisse. Chacun est indispensable, mais doit savoir s'effacer pour faire vivre une réalité supérieure » — Riccardo Muti.
Gestion de l'orchestre En France la plupart des grands orchestres se sont constitués au et au soit à partir des conservatoires de musique (les professeurs formant le noyau de l'orchestre comme à Paris ou à StrasbourgCe qui explique que l'on trouve encore des orchestres avec des postes permettant statutairement de cumuler avec un poste de professeur à mi-temps au conservatoire. Voir l'article sur le Conservatoire à rayonnement régional de Strasbourg) soit par la Radio publique, à partir des années 1930 (en 1964, l'ORTF comptait radio-symphoniques dont deux à Paris (où résidaient aussi l'Orchestre lyrique de l'ORTF et l'Orchestre de chambre ainsi qu'un orchestre de musique légère).
Le cadre de la gestion des orchestres est très variable : certains sont en régie directe, d'autres sont des établissements publics ou en relèvent (comme celui de l'Opéra de Paris) ; certains sont des syndicats mixtes. Avec la création d'orchestres régionaux à partir de 1969 sous l'égide de Marcel Landowski au ministère de la CultureSur le « plan décennal » de la musique mis en place par Landowski, voir Mario d'Angelo, Socio-économie de la musique en France, La Documentation Française, 1997., on assiste à la création de grands orchestres gérés sous forme associative qui vont pour la première fois bénéficier d'une subvention importante de l'État. C'est le cas de la Société des concerts du Conservatoire de Paris, qui était une association symphonique (comme les Orchestres Pasdeloup ou Colonne) et qui deviendra l'Orchestre de Paris avec un cadre de gestion rénové et une structure de financement stabilisée. Mais certains orchestres resteront dans le giron municipal comme ceux de Strasbourg ou Bordeaux. Les orchestres régionaux avaient pour mission de diffuser la musique sur le territoire de toute une région. Ils devinrent aussi les représentants de la vitalité de la musique en France (commandes passées aux compositeurs, répertoire de la musique françaiseAinsi l'Orchestre Philharmonique de Lorraine en liaison avec l'Institut Théodore Gouvy contribue largement à faire connaître l'œuvre de Théodore Gouvy., tournées à l'étranger, etc.).