thumb|Représentation graphique de One Health.
L'initiative One Health (« une seule santé »), née au début des années 2000 promeut une approche intégrée, systémique et unifiée de la santé publique, animale et environnementale, aux échelles locales, nationales et planétaire.
Tirant les leçons des grandes crises sanitaires du passé, elle vise notamment à mieux affronter les maladies émergentes et/ou à risque pandémique, en tenant mieux compte des interdépendances qui lient le fonctionnement des écosystèmes, les pratiques socio-écosystémiques et la santé des populations humaines, animales et végétales.
Elle s'est d'abord focalisée sur une meilleure collaboration entre le monde médical (médecine humaine) et celui de la médecine vétérinaires, pour mieux comprendre, détecter, suivre et maitriser les maladies infectieuses, émergentes notamment, qui sont presque toutes zoonotiques (c'est-à-dire susceptibles de toucher les humains et la faune sauvage ou domestique). La Recherche a montré que dans le contexte de la mondialisation et d'une surexploitation de l'environnement, les acteurs du transport, les propriétaires ou gestionnaires d'animaux, les consommateurs de « viande de brousse » et de gibier, les personnes en contact régulier avec les faunes sauvages et/ou domestique et l'environnement (et en particulier : éleveurs mais aussi pêcheurs, chasseurs, forestiers et gestionnaires d'espaces protégés) jouent un rôle important dans la diffusion et l'évolution des épidémies/pandémies. Pour l'Organisation mondiale de la santé animale, sa mise en œuvre passait alors par .
À la suite de l'accélération des émergences épidémiques d'origine animale, le concept a été revisité en 2022 par un consortium OMS - OMSA (ex-OIE) - FAO - PNUE qui le définit de façon plus large comme une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Elle reconnaît que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l'environnement au sens large (y compris les écosystèmes) est étroitement liée et interdépendante.
L'approche mobilise de multiples secteurs, disciplines et communautés à différents niveaux de la société pour travailler ensemble à la promotion du bien-être et à la lutte contre les menaces qui pèsent sur la santé et les écosystèmes, tout en répondant au besoin collectif en eau, énergie et air propres, en aliments sûrs et nutritifs, en prenant des mesures contre le changement climatique et en contribuant au développement durable.
thumb|OHHLEP One Health figure.
Histoire
Le médecin William B. Karesh - vice-président exécutif pour la santé et la politique à l'EcoHealth Alliance - est l'un des penseurs centraux ayant impulsé des initiatives en faveur de la résolution des problèmes engendrés par les échanges entre les animaux, la faune sauvage et les humains. En 2003, il a largement popularisé le terme « One Health » (Une seule santé) dans l'optique d'expliquer les liens entre les écosystèmes. C'est précisément l'idée qui a pour but de comprendre l'écologie des maladies zoonotiques à l'interface homme-animal tout en intégrant divers savoirs : la médecine vétérinaire, l'écologie, la sociologie puis la microbiologie. Si la formalisation du concept est relativement récente, l'idée qui la sous-tend est plus ancienne, avec les contributions de précurseurs comme le médecin Rudolf Virchow au et le médecin-vétérinaire Calvin Schwabe au . L'article séminal de Karesh et ses collaborateurs représente l'un des textes fondateurs qui a rendu opérationnel le concept « One Health » en le décrivant comme « une perspective essentielle pour répondre aux enjeux sanitaires complexes ». L'urgence de cette approche est dictée par l'accélération des changements globaux d'origine humaine; l'expansion agricole, la déforestation et l'intensification des productions animales sont autant de bouleversements qui réduisent les barrières naturelles entre les espèces. En effet, face à ces tendances anthropiques, les bases conceptuelles prônent pour une approche plus efficace dans la prévention des maladies zoonotiques car elle nécessite « une vision élargie de la médecine qui intègre les principes écologiques et évolutifs des facteurs animaux, humains et environnementaux ». Cette vision se traduit par des applications concrètes dont la surveillance intégrée de la grippe aviaire H5N1 ou la modélisation climatique afin de prédire les épidémies de fièvre de la vallée du Rift. Dans le cadre d'actions locales et mondiales, ce terme a donc été adopté par de nombreuses organisations, notamment les Nations Unies, la Banque Mondiale. alt=Zoonosis_of_Malaria|vignette|Zoonose du paludisme. Cette initiative a aussi vu le jour en réaction à un risque écoépidémiologique croissant, mais aussi en réaction à l'hyperspécialisation médicale et au morcellement des disciplines de santé (animale et vétérinaire). Il repose aussi sur le constat que 60 % environ des maladies humaines infectieuses connues ont une origine animale et qu'au moins 70 % des maladies émergentes ou réémergentes graves sont depuis un siècle presque toujours des maladies zoonotiques ou à vecteurs (comme la maladie de Lyme), qui peuvent être favorisées par des déséquilibres écologiques et/ou climatiques.Gibbs, E. P. J. (2014), The evolution of One Health: a decade of progress and challenges for the future, Veterinary Record, 174(4), 85-91.. En outre, 80 % des pathogènes utilisables pour le bioterrorisme sont aussi d'origine animale.
. Cette initiative promeut donc une vision holistique et intégrée de « La santé » (c'est-à-dire sans isoler la santé humaine, de la santé animale et de celle de l'environnement, et en cherchant à mieux comprendre et utiliser les interactions complexes qui existent entre ces trois domaines). Elle encourage une collaboration transdisciplinaire ou multidisciplinaire (à co-égalité) et une communication interdisciplinaire entre les domaines vétérinaires et médicaux (en incluant les médecins ostéopathes, dentistes, la santé mentale) ainsi qu'avec d'autres scientifiques concernés par la santé, les soins et l'environnement (santé environnementale) et avec des éthologues, anthropologues, économistes, sociologues
Elle s'appuie sur une alliance entre trois entités de l'ONU (Organisation mondiale de la santé ou OMS, Organisation des Nations unies pour l'Agriculture et l'Alimentation ou FAO et Organisation mondiale de la santé animale ou OIE) ainsi que sur de grandes institutions, dont en Amérique du Nord :
American Medical Association ; American Veterinary Medical Association ; American Academy of Pediatrics ; American Nurses Association ; American Association of Public Health Physicians ; American Society of Tropical Medicine and Hygiene ; Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ; United States Department of Agriculture (USDA) ; U.S. National Environmental Health Association (NEHA)
et plus de 850 éminents scientifiques, médecins et vétérinaires du monde entier l'ont approuvée à titre personnel.
Sous le nom (One Health), ce mouvement est né aux États-Unis est relativement récent ; mais l'idée d'une vision unifiée de la santé et de l'importance de l'environnement a des racines anciennes, remontant au moins à l'antiquité grecque et notamment à Hippocrate.
Ce mouvement s'est d'abord désigné par l'expression « One Medicine » (une seule médecine) et a évolué en intégrant les notions de santé environnementale et d'écoépidémiologie pour finalement être rebaptisé One World-One HealthKaresh, W. B. et Cook, R. A. (2009), One world–one health, Clinical medicine, 9(3), 259-260.Scoones, I. et Forster, P. (2009), One world, one health?, Rural, 21, 43(6), 22-24.Jing-dun, J. I. A. (2010), One World One Health, Chinese Journal of Comparative Medicine, Z1.Bousfield, B. et Brown, R. (2011), One world one health, Vet. Bull. Agric. Fish Conserv. Dep. Newsletter, 1(7), 1-12.Dhama, K., Chakraborty, S., Kapoor, S., Tiwari, R., Kumar, A., Deb, R., … et Natesan, S. (2013), One world, one health-veterinary perspectives, Adv. Anim. Vet. Sci., 1(1), 5-13.Osburn, B., Scott, C. et Gibbs, P. (2009), One world—one medicine—one health: Emerging veterinary challenges and opportunities, Revue scientifique et technique, 28(2), 481.Gibbs, E. P. et Anderson, T. C. (2009), One World-One Health'and the global challenge of epidemic diseases of viral aetiology, Veterinaria Italiana, 45(1), 35-44. puis One Health.
Son premier colloque s'est tenu en 20111st International One Health Congress Meeting, février 2011, Victoria, Australia.. Cette même année au mois d'aout, à l'issue d'une consultation interministérielle pilotée par le ministère des Affaires étrangères et européennes, la France a officiellement validé ce concept dans un document intitulé « Position française sur le concept « One Health/Une seule santé » : Pour une approche intégrée de la santé face à la mondialisation des risques sanitaires »Position française sur le concept « One Health/Une seule santé » : Pour une approche intégrée de la santé face à la mondialisation des risques sanitaires (French Position on the One Health Concept: For an Integrated Approach to Health in View of the Globalization of Health Risks), « Document de travail stratégique » (Strategic Working Document) , août 2011, 32.
En 2016, un think tank dénommé « One Health Global Think-Tank for Sustainable Health & Well-being 2030 » (GHW-2030) a été créé pour aider à intégrer la santé environnementale dans l'horizon 2013 de l'Agenda de l'ONU pour le développement soutenable.
En 2017, un bulletin de l'OIE dédié au bien-être animal présente l'extension de ce mouvement à la dimension du bien-être : c'est le « One Welfare ».
En 2022, le concept One Health est rédéfini par un consortium OMS - OMSA (ex-OIE) - FAO - PNUE.
En , le « One Health Summit » se tient à Lyon du 5 au , réunissant des chercheurs, chefs d’État, ONG, acteurs locaux, jeunes, dans le cadre de la présidence française du G7. Son programme met en avant le besoin d'approches fondées sur la science, coordonnées et multilatérales aux niveaux national, régional et mondial, face aux menaces sanitaires ; en s'appuyant sur le partenariat quadripartite entre la FAO, l'OMS, l'OMSA et le PNUE, sur l'Académie de l'OMS..
En Europe L'agence française Anses a annoncé le qu'elle allait à partir de coordonner le Programme conjoint européen. (One Health EJP), sur les zoonoses alimentairesL'Anses coordonnera l'EJP « One Health », un projet européen de recherche sur les zoonoses alimentaires , communiqué de presse de l'Anses, Maisons-Alfort, 24 octobre 2017..