vignette|droite|Église de Strei-Sângeorgiu, județ de Hunedoara (). vignette|droite|Stèles funéraires en bois.

La religion en Roumanie désigne l'ensemble des cultes pratiqués dans cette république laïque en ce sens que, constitutionnellement, l'État et les communautés religieuses sont indépendants les uns des autres. Toutefois, cette séparation est plus proche du système existant au Québec, en Belgique, en Suisse et dans les trois départements français d'Alsace-Moselle, que de la « laïcité à la française » : en effet, l'État rémunère les membres des clergés des religions qu'il reconnaît, et des cours de religion au choix sont offerts par l'école publique. L'État roumain reconnait 18 dénominations sur la trentaine que compte le pays : les autres confessions sont considérées comme des sectes et ne bénéficient pas des mêmes avantages..

Démographie

Selon le Pew Research Center, la Roumanie serait l'un des pays européens les plus religieux, mais selon l'Eurobaromètre de la Commission européenne Eurobarometer Social values, Science and Technology January - February 2005, ., la pratique religieuse serait irrégulière, la majorité des habitants suivant les principales fêtes et sacrements (baptêmes, mariages et enterrements, Pâques/Pessah, Noël, Aïd, Pourim...) parce que l'appartenance confessionnelle est identitaire : ces rituels font partie de leurs traditions historiques.. La majorité des citoyens sont des chrétiens orthodoxes mais l'État roumain reconnaît officiellement 18 religions et confessions. 81,04 % de la population stable du pays s'est identifiée comme fidèle de l'Église orthodoxe roumaine lors du recensement de 2011 (voir l'histoire du christianisme en Roumanie). Les autres confessions chrétiennes comprennent l'Église catholique de rite latin (4,33 %) et grec (0,75 %-3,3 %), le calvinisme (2,99 %) et les confessions pentecôtistes (1,80 %), donc environ 92 % de la population est de tradition chrétienne. La Roumanie compte également une minorité musulmane, petite mais historiquement importante, concentrée dans le nord de la Dobroudja, qui est principalement d'ethnie tatare de Crimée et turque et compte environ personnes. Selon les données du recensement de 2011, il y a également environ juifs, environ athées et environ personnes ne s'identifiant à aucune religion. Les chiffres du recensement de 2011 sont basés sur une population stable de personnes et excluent une portion d'environ 6 % en raison de données non disponibles.

Confessions légalement reconnues +Répartition de la population lors des recensements en %ConfessionConfessionChefPopulationNomTitre1992.2002.2011.ChristianismeOrthodoxie Église orthodoxe roumaine Daniel Patriarche 86,8186,7981,04Éparchie de TimișoaraMarinco MarcovPrêtre vicaire 0,07 Église orthodoxe russe vieille-ritualiste de RoumanieLeontie IzotMétropolite 0,140,170,16Église orthodoxe vieille-calendariste de RoumanieVlasie MogârzanArchevêque et métropolite Datev HagopianÉvêque 0,00Catholicisme Église romano-catholiqueIoan RobuPrimat 5,094,734,33 Église roumaine unie avec Rome, greco-catholiqueLucian MureșanMétropolite0,980,880,75Protestantisme Église réformée de RoumanieBéla KatóÉvêque 3,523,232,99 Culte chrétien pentecôtiste - Église apostolique de DieuMoise ArdeleanPrésident 0,971,491,80 Culte chrétien baptiste - Union des Églises baptistes de RoumanieViorel IugaPrésident 0,480,580,56 Église adventiste du septième jour de RoumanieȘtefan TomoiagăPrésident 0,340,430,40 Église unitarienne hongroiseFerenc Bálint BenczédiÉvêque 0,340,300,29 Organisation religieuse « témoins de Jehovah »Dumitriu OulPrésident 0,25 Reinhart GuibÉvêque 0,170,040,03Église chrétienne selon l'évangile de Roumanie - Union des Églises chrétiennes selon l'évangile de RoumanieVirgil AchihaiPrésident 0,120,200,21 Dezső Zoltán AdorjániÉvêque 0,090,120,10 Président 0,080,08Autres Culte musulmanMurat IusufMufti0,250,310,32 Fédération des communautés juives de Roumanie - Culte mosaïqueRafael ShafferRabin0,040,020,02Autres confessions et irreligieuxAutres0,250,410,15Athées0,050,030,10Sans religion0,110,050,09Information non renseignée0,040,056,26

Histoire Des nécropoles de la préhistoire de l'Europe du Sud-Est, on peut déduire que des cultes existaient, avec une croyance en un au-delà où les défunts pourraient avoir besoin de leurs outils, ornements, armes ou denrées, inhumées avec eux.

Antiquité Aux avant notre ère, les populations indo-européennes de la région, Illyres et Thraces, parlant des langues illyriennes et daco-thraces, semblent avoir pratiqué des cultes polythéistes et initiatiques, mais en fait, on sait très peu de chose de ces religions, connues seulement par des allusions et des passages d'Arrien, de Hérodote, 4, 93-96, de Jamblique, de Jordanès, V, 39-40 ; XII, 69-73, de PlatonPlaton : Charmide, 156d - 158b, de Porphyre de Tyr et de Strabon, 7, 3, 1-11.

En revanche, les commentateurs sont légion, les plus prolixes étant Nicolae Densuşianu, « père du protochronisme roumain » avec son ouvrage Dacie préhistorique, et Mircea Eliade, historien des religions. Des auteurs comme Harald Haarmann (linguiste)Harald Haarmann, Das Rätsel der Donauzivilisation : die Entdeckung der ältesten Hochkultur Europas (« L'énigme de la civilisation danubienne : découverte de la plus ancienne haute-culture d'Europe ») éd. Becksche Reihe, Munich 2011, ., Doru Todericiu (ingénieur) ou Napoleon Săvescu (médecin) ont abondamment contribué à populariser des thèses fantaisistes sur les Daces et leur religion, selon lesquelles la civilisation dace aurait été monothéiste et la plus élevée spirituellement du monde antique, les Latins n'étant qu'une tribu dace installée en Italie, de sorte que, plutôt que de parler de romanisation des Daces, il faudrait, selon eux, parler de « dacisation du monde méditerranéen »Par exemple sur ..

Dans ce contexte, un « néopaganisme dace » se développe au , inspiré par la mythologie paléo-balkanique, avec une supposée religion des Daces, des divinités « reconstituées » (Zalmoxis, Gebeleizis, Kogaionon...), la symbolique du loup et du dragon, et des pratiques culturelles devenant cultuelles inspirées des traditions populaires censées remonter à l'antiquité, voire à la préhistoire : les Apocries des rugăciori ou legători, les Călușari, les Colinde, la , la déesse Dodola, la Hora, les Mărțișoare, le poème Miorița, la , les stèles funéraires en bois et d'autres traditions inscrites sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en Roumanie et en Moldavie.

L'archéologie et les textes, pour leur part, nous renseignent sur les cultes et les légendes des colonies grecques du Pont-Euxin comme Tyras, Argamum, Histria (site archéologique), Tomis, Callatis, Dionysopolis ou Odessos qui influencèrent profondément les Daces, Gètes et autres Thraces. Au avant notre ère, apparaissent aussi dans la région les Celtes, Scordiques et Bastarnes (celto-germains), appelés « Galates » par les auteurs grecs, qui y importent leurs propres croyancesNicolae Iorga, Histoire des Roumains et de la romanité orientale, université de Bucarest, 1945.

L'Empire romain étend sa domination au sud du Danube partir du avant notre ère (et pendant la guerre dacique de Domitien) et au de notre ère au nord (guerres daciques de Trajan). Procédant à de nombreux transferts de populations et de colons, l'Empire favorise la diffusion non seulement de sa religion mais aussi des cultes à mystères et de sa langue au nord de la « Ligne Jireček » (longeant en gros au Grand Balkan actuel (alors qu'au sud, elles sont hellénisées). Cela donne naissance à la culture Thraco-Romaine et à la langue romane orientale, à l'origine des langues romanes orientales modernes, dont le RoumainE. Beau de Loménie, Naissance de la nation roumaine, .. Les principaux foyers de cette évolution sont les Dacies, Trajane et Aurélienne (cette dernière incluant la Mésie et la Scythie Mineure) et les villes.

Christianisation

Les sources antiques attestent la prédication du christianisme sous sa forme homéiste en gétique par Wulfila (311-363). Wulfila convertit surtout des Goths, qui par la suite partent vers le Sud et l'Ouest de l'Europe. En revanche, l'archéologie et les textes montrent que la Scythie mineure (patrie d'origine de Jean Cassien, de Denys le Petit et de plusieurs martyrs, située sur la mer Noire) était déjà christianisée au . Vraisemblablement, l'évangélisation progressa en milieu commerçant cosmopolite, dans les ports de la Mer Noire et le long des voies romaines comme la via Pontica, mais a été ralentie dans l'antiquité tardive par les mouvements migratoires des populations germaniques, hunniques et autres (), surtout après la bataille d'Ongal, perdue par l'Empire romain d'Orient qui a dû abandonner l'intérieur de la péninsule des Balkans aux Slaves et aux Bulgares, ne gardant que les côtes méridionalesJohn Van Antwerp Fine, The Early Medieval Balkans: A Critical Survey from the Sixth to the Late Twelfth Century, University of Michigan Press 1991, Mark Wittow, The Making of Byzantium (600–1025), University of California 1996, .

Ce n'est cependant pas l'avis de l'Église orthodoxe roumaine, qui affirme et enseigne, en controverse contre les archéologues et les historiens laïcs, que les Thraco-Romains dits aussi « Romées » ou « Besses » locuteurs du proto-roumain ont été évangélisés dès l'âge apostolique par l'apôtre André sur l'actuel territoire de la Roumanie, de sorte que le christianisme remonte, selon son point de vue, à l'origine des roumanophones dont il est indissociable. Mais malgré le protochronisme et le reconstructionnisme polythéiste, il est scientifiquement impossible de prouver l'équivalence « roumanité = christianisme » durant le christianisme primitif, l'antiquité tardive et le haut Moyen Âge (). Un christianisme populaire, avec chapelles et églises en bois, n'est attesté, avec le maintien de légendes, de croyances et de pratiques païennes, christianisées à la marge, qu'à partir de l'âge pastoral ()Lucian Boia, Istorie și mit în conștiința românească („Histoire et mythe dans la conscience collective roumaine”), Humanitas, Bucarest 1997..

Concernant les Slaves, qui pratiquaient initialement leur propre religion (dont les ethnologues disent qu'elle a profondément influencé les traditions populaires roumaines), les missionnaires les plus connus sont Cyrille et Méthode. Au , les boyards du Premier Empire bulgare (qui s'étendait sur les actuelles Macédoine du Nord, Serbie, Bulgarie, Roumanie et Moldavie), jusque-là tengristes, adoptent à leur tour, sur l'initiative de leur souverain Boris (de Bulgarie), le christianisme de rite byzantin, et aussi les alphabets glagolitique et cyrillique ; en 971, un de ses successeurs, Boris II (de Bulgarie), érige l'archevêché d'Ohrid, sa capitale, en patriarcat .

Mais peu après la bataille de la passe de Kleidion gagnée par l'empereur Basile II, les Byzantins prennent Ohrid en 1018 et annulent la titulature de Patriarcat de cette juridiction, mais, soucieux d'intégrer les Slaves et les Valaques, confirment son autocéphalie en tant qu'archevêchéJohn Van Antwerp Fine, Op. cit. The Early Medieval Balkans 1991, Mark Wittow, Op. cit. The Making of Byzantium 1996, Valentina Georgieva et Sasha Konechni, Historical Dictionnary of the Republic of Macedonia, Scarecrow Press, 1998, Iordan Andreev, Ivan Lazarov, Plamen Pavlov, Koj koj e v srednovekovna Bălgarija, Sofia, 1999.. Héritage de cette période, les paroisses orthodoxes roumaines et ensuite les principautés roumaines employèrent respectivement le slavon d'église comme langue liturgique jusqu'au et l'alphabet cyrillique jusqu'au Dan Gh. Teodor, Creștinismul la est de Carpați („Le christianisme à l'Est des Carpates”), Iaşi 1991..

Évolution ultérieure