vignette Vieille de deux siècles, la littérature mauricienne existe en plusieurs langues.

En effet, il existe une littérature mauricienne d’expression française, une littérature mauricienne d’expression créole, une littérature mauricienne d’expression hindi, entre autres.

Cet article sera basé sur la littérature mauricienne d’expression anglaise, peu nombreuse et peu étudiée.

Histoire

L’île Maurice a connu une double colonisation importante : la colonisation française de 1715 à 1810 et la colonisation britannique de 1810 à 1968. Ces bouleversements politiques, en particulier, la reprise de l’île par les Anglais, ont amené des changements dans la vie sur l'île mais aussi dans la littérature mauricienne. Comme le souligne Vicram Ramharai :

Jean-Georges Prosper dans son Histoire de la littérature mauricienne de langue françaiseJean-Georges Prosper, Histoire de la littérature mauricienne de langue française, Maurice, Éditions de l'océan Indien, 1994. offre une analyse approfondie de l’histoire de l’imprimerie et une analyse de certains auteurs mauriciens et de quelques œuvres d'expression française dès son tout début.

Il est alors contesté une richesse de la littérature mauricienne. C’est grâce à l’initiative de Pierre Poivre que la première imprimerie voit le jour en 1768 à l’île Maurice, ancienne Ile-de-France. À l’époque, les ouvrages littéraires publiés, sauf exception, étaient à compte d’auteur et par des imprimeries. Il n’existait pas de maison d’édition à Maurice. Il existe aussi pendant la colonisation plusieurs sociétés littéraires dans l’île et la diffusion des œuvres se faisait entre amis. C’est plutôt sous la colonisation britannique que la littérature mauricienne d’expression française a pris de l’essor, en particulier dans les revues et les journaux. Ainsi, la prise de l'île par les Anglais a créé un désir ardent, chez les colons français, de lutter contre les envahisseurs britanniques. De même « toutes les aires géographiques où l’on évoque une littérature de langue française, Maurice et le Québec sont les seuls pays où cette littérature s’est développée sous la colonisation britannique ». En effet, ce sont les revues qui « ont contribué à maintenir une vie culturelle à un moment où la conception même des maisons d’éditions était inopérante. Il semble que l’unique objectif de ces revues, aussi éphémères soient-elles dans leur existence, ait été de constituer une plateforme pour encourager les talents locaux. Seuls ceux qui maîtrisaient la langue française pouvaient s’y faire publier ». À l’époque, les publications se faisaient aussi, le plus souvent, à compte d’auteur. Il fallait préserver la langue française, et montrer son attachement à la France. Toutefois, le premier texte à être publié en anglais est Fugitive and Miscellaneous Verses in English and FrenchVicram Ramharai, « Le champ littéraire mauricien », Revue de littérature comparée, 2/2006 (), . , œuvre d'un auteur anonyme, qui paraît en 1814.

Une autre raison pour laquelle la langue anglaise a pris du temps pour se faire une place importante dans la société mauricienne est plutôt politique. Quel était le principal souci des Britanniques ? En effet, il leur fallait contrôler l’administration, la justice et l’économie. Ce n'est qu'en 1844 que la langue anglaise devient langue officielle. De plus, la majorité des parents d’origine indienne commence à envoyer leurs enfants à l’école qu'au début du , après le passage du Mahatma Gandhi et de Manilal Doctor à Maurice en 1901 et 1907 respectivementVicram Ramharai, « Littérature mauricienne de langue française et diaspora indienne », 2006. , . C’est la langue anglaise qui a le plus séduit les écrivains de la communauté indienne à l’époque de la colonisation. La langue anglaise était un moyen pour eux de lutter et de couper le lien avec ceux qui les exploitaient. Autrement dit, les anciens colons français possédaient les terres où leurs semblables étaient exploités et il fallait donc se différencier d’eux et le seul moyen était par la langue :

En effet, jusqu’à 1968, le refus d’adopter la langue française comme langue littéraire faisait partie d’un choix politique et idéologique. Le choix portait sur la langue anglaise. Ce n’est qu’après l’indépendance que le français est utilisé par la diaspora indienne « qui l’a accepté comme un héritage de l’histoire au même titre que les autres héritages culturels » :

La langue française continue à s’imposer dans presque tous les secteurs de la colonie britannique et vers la fin du , l'île Maurice, colonie britannique, n’avait pas encore de vrai projet pour angliciser, par exemple, le système éducatif : L’école était pourtant le lieu idéal pour « acculturer » et imposer une langue et une politique. Mais, les Anglais n’obligeaient pas l’utilisation de leur langue aux Franco-mauriciens. La seule raison était d’« éviter d’entrer en conflits avec les francophones ». Lorsque l’anglicisation de l’éducation est soutenue au niveau national, « un compromis linguistique » entre les francophones et les anglophones est obligatoire ; et « à partir de 1890, le français devient une matière obligatoire dès la première année du primaire », tout comme l'anglais. Cependant, avant cette décision d’imposer la langue anglaise, les gouverneurs pouvaient décider comme bon leur semblait sur cette question de l’importance des langues. D’ailleurs, « s’agissant de la question du rapport de force au sein de la société, les historiens affirment qu’il se résume à un conflit entre deux groupes linguistiques dominants que sont les anglophones et les francophones ».

Démographie

Le tableauLes tableaux ci-dessous sur la démographie, tirés de Statistics Mauritius, Population Census of Mauritius & its dependencies, 1952, 1962. , ont été préparés et présentés lors de la « Journée d'Études sur les écrivaines de l'ombre à l'île Maurice » au Mauritius Institute of Education (avril 2016) par Neelam Pirbhai-Jetha pendant sa communication intitulée « Ces oubliées de l'histoire : étude des nouvelles de quelques écrivaines de l'île Maurice pendant la période coloniale » ci-dessous, dont les informations ont été tirées du recensement de population de 1962, démontre le nombre d'hommes et de femmes qui habitaient l'île avant l'Indépendance.

Tableau 1 : Population de l'île Maurice Population GénéralePopulation GénéraleLes Indo-MauriciensLes Indo-MauriciensLes ChinoisLes ChinoisAnnéeHommeFemmeHommeFemmeHommeFemme184600185100186121871318819189191901581911349

Tableau 2 : Instruction en 1962 Les prochains tableaux donnent un exemple de l'alphabétisation en 1952 et en 1962. Le tableau 4 désigne en détail les personnes ayant eu une instruction. Il est noté que les femmes demeurent moins privilégiées que les hommes lorsqu'il s'agit d'éducation. En outre, la communauté ethnique joue aussi un grand rôle lorsqu'il s'agit d'accès à l'éducation. Cela explique, peut-être, le nombre restreint d'hommes et de femmes dans l'écriture et la publication pendant cette période. Population totaleAlphabèteCeux qui peuvent lire uniquementAnalphabèteHommeFemmeHommeFemmeHommeFemmeHommeFemme

Tableau 3 : Instruction en 1952 Population généraleIndo-MauriciensChinoisHomme ()Femme ()Homme ()Femme ()Homme ()Femme ()Jamais eu accès à l'éducationÉducation (primaire, collège, lycée, université)

Tableau 4 : Niveau d'instruction en 1952 Le tableau suivant précise le nombre de personnes ayant eu une instruction universitaire et accentue l'inégalité entre l'homme et la femme, et entre les différentes ethnies.

Population généralePopulation généraleIndo-MauriciensIndo-MauriciensChinoisChinoisHommesFemmesHommesFemmesHommesFemmesNo education/Pas d'instructionLower Primary/PrimaireSixth Standard/niveau CM2711442Lower Secondary/Collège651335School Certificate/niveau brevet6466310035Matriculation (London University)34512137916413Higher School Certificate (niveau bac)17174616245University degree (diplôme universitaire)15727588133Professional diploma/diplôme professionnel4824769191

A la quête des écrits anglophones

Les types d'écrits (revues, journaux, romans, nouvelles et contes en anglais) publiés à Maurice ont été relevés. Certains auteurs sont uniquement mentionnés tel Basdeo Bissoondayal, qui a écrit environ 400 livres en anglais, français, hindi et créoleAbha Pandey & Ashima Pandey, Multiculturalism in Mauritian Folk Tales and Short Stories, International Journal on Studies in English Language and Literature (IJSELL), volume 2, Issue 2, février 2014, . La liste ci-dessous n'est pas exhaustive, mais elle permet de constater que les écrits en anglais ont une place importante dans la littérature mauricienne.

Revues/Journaux/Magazines 1909 : Envoyé par Mahatma Gandhi, Manilall Doctor lance Hindustani 1911 : Le Ārya-Samāj lance le Mauritius Arya Patrika 1919 : The Indian Miscellany par l'éditeur Soliman Mohabat 1920 : Ramkhelawon Boodhun en collaboration avec Ghanesseesing Kawalessursing lancent The Mauritius Indian TimesPahlad Ramsurrun, Inspiration: Rabindranath Tagore and his impact on Mauritian intellectual, Le Mauricien du 27 octobre 2011. . 1939 (vol 2, )-1959 : la revue The Indian Cultural Review

De nos jours, des journaux existent en anglais uniquement : Independent Daily, News on Sunday, Sunday Times...

Poèmes/Romans/Contes/ Nouvelles Quelques nouvelles, contes, poèmes se trouvant dans Indian Cultural Review : dans le volume de 1939 : Jane, Garden Plots un poème en anglais de Harindranath Chattopadhyaya dans le volume de : A chapter from Boswell's life of Johnson – a parody, par H. R. Vaghjee Traduction de R.E.Hart, A Rabindranath Tagore par RC Wilkinson dans le volume d' quelques Poems of RC Wilkinson Meri Pujarin, par Jaya Narayan Roy

Après la Deuxième Guerre mondiale

Pahlad Ramsurrun, Folk tales of Mauritius (1982) Lindsey Collen a publié : des romans : There's a tide (1990), The Rape of Sita (1993), Getting rid of it (1997), Mutiny (2001), Boy (2004), The malaria man and her neighbours (2010) des nouvelles dans la Collection Maurice en anglais et en créole. Ramesh Bucktawar a publié : des nouvelles : A Halo of sand (1991) et The Tamarind boy (2000) des romans : Father’s wish (1983), The Sting of the wasp (1994), A Temple of the island (1999) et The Vanishing village(2000)Emmanuel Bruno Jean-François et Evelyn Kee Mew, « Les auteurs de l’ombre du champ littéraire mauricien : entre critères de légitimation et stratégies de reconnaissance », paru dans Loxias, Loxias Bhageeruthy Gopaul : The changing pattern (1995) Sewtohul Goswami : A Modern Pandit and Other Stories (1995) Chaya Parmessur : The snake spirit (2002) Aujayeb, Anitah, et al. : Mauritian Short Stories (2003) Bucktawor Luckeenarainsing : Some Stories of Mauritian Life (2004) Hawoldar Shakuntala : Roses are ashes - ashes are roses/Rose de cendre - cendre de roses (2005)

Recueil de nouvelles depuis 1995 Revue littéraire - L'atelier d'écriture (2009-2012) Collection Maurice156 auteurs ont écrit des nouvelles en anglais dans Collection Maurice, édité par Barlen Pyamootoo et Rama Poonoosamy de 1995 à 2004 et par Rama Poonoosamy de 2005 à maintenant. Voir : Fatema Capery, Littérature : Le titre de la collection Maurice sort début décembre, 21 novembre 2016. . (depuis 1995)

Notes et références

Catégorie:Littérature mauricienne Catégorie:Littérature de langue anglaise