thumb|250px|right|L'ancienne synagogue d'Aix-la-Chapelle. L'ancienne synagogue d'Aix-la-Chapelle a été construite de 1860 à 1862 d'après les plans et sous le contrôle de l'architecte d'Aix-la-Chapelle Wilhelm Wickop. La synagogue se trouvait sur la Promenaden-Platz, qui depuis 1984 se nomme la Synagogenplatz. Elle a été détruite pendant la nuit de Cristal, comme une grande partie des lieux de culte juif en Allemagne.

Aix-la-Chapelle est une ville allemande située dans le district de Cologne dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à quelques kilomètres seulement de la frontière avec les Pays-Bas. Elle compte actuellement plus de habitants.

Histoire de la communauté juive La communauté juive au Moyen Âge Les premiers documents attestant de la présence juive à Aix-la-Chapelle date de l'époque carolingienne. Le premier Juif connu d'Aix-la-Chapelle, se nomme Isaak et fait partie comme interprète de la légation envoyée en 797 par Charlemagne auprès du calife Hâroun ar-Rachîd. Aucun document ne fournit de preuve de la présence de Juifs dans la ville au cours des siècles suivants. Ce n'est qu'à partir du milieu du siècle que l'on a des informations éparses sur leur présence, d'après un registre de contrôle des entrées en ville.

Même à l'époque de la peste noire de 1348-1349, et de ses émeutes antijuives, nous ne possédons aucune information concernant d'éventuels pogroms à Aix-la-Chapelle, ce qui pourrait signifier qu'aucun Juif ne vivait alors dans la ville. Il semble que jusqu'au siècle, il n'y ait eu à Aix-la-Chapelle aucune communauté juive permanente et organisée. Quelques familles isolées y ont vécu par exemple à la fin du siècle, mais en 1629, ils ont été expulsés et se sont installées dans le village voisin de Burtscheid.

Les jusqu'à l'avènement du nazisme Une communauté juive se forme pendant l'occupation française. En 1801, les Juifs d'Aix-la-Chapelle sont des citoyens français à part entière, dépendant de la législation napoléonienne. Mais un décret de 1808, restreint l'égalité des droits qui leur était consentie dans le domaine du commerce et de la liberté d'installation. Ces restrictions sont conservées quand Aix-la-Chapelle redevient prussienne en 1815.

Ce n'est qu'au milieu du que les Juifs obtiennent l'égalité civique, mais certaines inégalités perdurent principalement dans la haute fonction publique et dans l'armée. En 1861 la communauté juive d'Aix-la-Chapelle est constituée en tant qu'association de droit public. La communauté couvre non seulement la ville, mais aussi l'arrondissement d'Aix, ainsi que les villes de Burtscheid, Haaren, Kornelimünster, Richterich et Wurselen où vivent des Juifs. Les membres de la communauté juive vivent dispersés au travers de la ville et leur situation économique est généralement bonne. Les Juifs sont actifs dans l'industrie textile et le commerce et plusieurs usines d'habillement sont la propriété de Juifs. De nombreux Juifs sont aussi dans l'enseignement ou exercent une profession libérale, docteur, dentiste ou avocat. Compte tenu de leur influence économique, plusieurs riches Juifs occupent des fonctions au sein d'institutions ou d'organisations municipales. La plupart des Juifs d'Aix-la-Chapelle sont dès la fin du siècle bien assimilés parmi le reste de la population allemande, bien que subsistent encore quelques tensions et oppositions sociales. Aix-la-Chapelle n'est pas une ville qui se soit distinguée jusqu'à présent par une tolérance particulière. Aix-la-Chapelle est une ville d'usines où domine l'industrie, et il est bien connu que les gens y sont souvent plus intolérants que le fanatisme religieux. Mais aussi le fanatisme religieux n’est pas absent, car Aix-la-Chapelle est une ville catholique…Cela signifie beaucoup qu'actuellement un Juif soit élu au conseil municipal : Magazine du 10 décembre 1855. Le lieu de la première synagogue d'Aix-la-Chapelle est inconnu: une salle de prière est utilisée dans les années 1815-1825, associée à une école communautaire. Une grande synagogue dans la Hirschgraben fonctionne de 1839 à 1862, date à laquelle une plus grande synagogue est édifiée dans la pour répondre à l'accroissement constant de la communauté.

L'école juive d'Aix-la-Chapelle existe depuis 1826, d'abord comme une école privée puis comme une école élémentaire municipale. Le coût de fonctionnement de l'école est supporté par les membres de la communauté, mais celle-ci reçoit aussi des subventions de la ville et de l'État. À la fin du siècle, l'école accueille quelque 100 enfants juifs, mais ce nombre diminuera au cours des années suivantes. À partir de 1928, la petite école juive se trouve dans l'ancien bâtiment de l'école d'enseignement spécialisé au 39 rue Zum Bergdriesch.

Jusqu'en 1822, les Juifs d'Aix-la-Chapelle enterrent leurs morts soit au cimetière juif de Düren en Allemagne, distant d'environ 35 km, soit à celui de Vaals aux Pays-Bas distant de seulement 5 km. Le cimetière juif de la ville n'est créé qu'à cette date dans la Lütticher Straße, anciennement Emmichstraße.

En 1808, on compte 55 Juifs à Aix-la Chapelle. Ils sont 87 en 1812, 125 en 1817, 222 en 1842. En 1852 avec 358 personnes ils représentent 0,7 % de la population totale de la ville. En 1871 on en compte 825 soit 1,1 % de la population, en 1900 ils sont soit 1,2 % de la population. Le maximum est atteint en 1905 avec Juifs. Puis leur nombre va légèrement diminué.

Le , la communauté inaugure un foyer pour personnes âgées et malades.

La forte position des Juifs dans la vie économique d'Aix-la-Chapelle reste intacte même après la Première Guerre mondiale. Dès 1924, il existe une section locale du mouvement sioniste, mais ce n'est qu'à partir du début des années 1930, avec la recrudescence de l'antisémitisme que le nombre de ses membres devient important.

Il y a encore Juifs en 1933 à l'arrivée au pouvoir d'Hitler, sur une population totale de habitants, soit à peine 0,83 % de la population de la ville. Une proportion non négligeable de la communauté juive appartient à la classe supérieure. En plus des industriels et hommes d'affaires, il y a de nombreux universitaires, des avocats, des médecins, des pharmaciens, des enseignants et des professeurs juifs. Beaucoup vont alors tenter de quitter l'Allemagne. Il en reste encore 786 en 1937 et 817 en octobre 1939: Bettina Klein: Spuren jüdischen Lebens in Aachen von 1850 bis 1938 - Eine Anschauungsmappe; éditeur: Shaker Verlag; page: 7; .

La période du nazisme Le à 10h00, commence officiellement à Aix-la-Chapelle le boycott des magasins et des entreprises juives, mais déjà la veille, des membres de la SA avaient forcé les commerçants juifs à fermer leurs boutiques et avaient harcelé leurs clients. Le journal Aachener Anzeiger - Politisches Tageblatt raconte: Au cours de l'action, les curieux se sont rassemblés devant les maisons concernées et ont adhéré librement et de façon discipliné au boycott. Les gardes SA pouvaient par conséquent être retirés, aux environs de midi, de devant les commerces, car aucune tentative pour briser le boycott n'avait eu lieu. Dans certaines rues, des membres de la SA s'étaient postés avec des appareils photographiques pour photographier les personnes réfractaires…Comme dans la ville, aucun incident n'a été signalé dans la région. Partout dans le district, le boycott pourra être exécuté comme prévu. À la Technische Hochschule Aachen (Université technique de Rhénanie-Westphalie à Aix-la-Chapelle), le boycott est mis en place à l'instigation des étudiants de la Nationalsozialistischer Deutscher Studentenbund (Union des étudiants nationaux-socialistes allemands) qui perturbent les cours et les séminaires des professeurs juifs. Quelques mois plus tard, la quasi-totalité des professeurs juifs perdent leur emploi à cause de la loi sur la restauration de la fonction publique.

Après un apaisement temporaire, la situation empire en 1935 avec des émeutes et des campagnes de propagande antijuive. De plus en plus de Juifs d'Aix-la-Chapelle quittent l'Allemagne principalement pour les Pays-Bas et la Palestine. thumb|L'ancienne synagogue d'Aix-la-Chapelle après la nuit de Cristal. Lors de la nuit de Cristal, du 9 au , la synagogue est incendiée et plus de 70 hommes juifs, parmi les plus riches et les plus influents de la communauté, sont mis en détention préventive au camp de concentration de Buchenwald ainsi qu'au camp de concentration de Sachsenhausen, rejoints par d'autres Juifs du district. Les magasins juifs sont pillés et leur marchandise jetée dehors. « Les sept vitrines du magasin de chaussures Speier sont brisées. Tout est détruit à l'intérieur, et les marchandises sont dispersées sur la route. La même chose arrive à la maison de confection Stern und Marx, ainsi qu'au magasin de vêtements Winterfeld dans la Cornelius Straße. En plus les produits en caoutchouc de l'entreprise Saul, la literie du magasin Seelmann, le commerce de gros Bär, le restaurant Schild et de nombreuses autres entreprises sont mis à sac ». Les écoles ont été fermées le , permettant aux jeunes de constater les dégâts et de participer au pillage.

Avec l'aryanisation des biens juifs, de nombreuses familles se retrouvent sans ressource et doivent survivre sur leurs économies. Les autorités nazies en profitent pour envoyer les personnes valides dans des camps de travail forcé, car: En aucun cas, on ne peut tolérer que dans la lutte actuelle du peuple allemand, les Juifs résidant ici puissent vivre exclusivement de leur fortune et s'adonner à l'oisiveté, pendant que tous nos camarades allemands doivent fournir leur contribution active à notre lutte… Les camps de travail forcé sont situés tout d'abord dans la Jülicher Straße et à Walheim et plus tard à Stolberg. Dès le printemps 1941, les Juifs restés à Aix-la-Chapelle sont confinés dans des Judenhäuser (maisons des Juifs) au 95 Alexanderstraße, 249 Eupener Straße, 28 Försterstraße, 21 Promenadenstraße, 22 Königstraße et au 285 de la Trierer Straße. Les personnes âgées sont regroupées dans une maison de retraite juive sur la Kalverbenden, où elles s'entassent à plus de 200. À partir de mars 1942, commencent les déportation vers l'est, principalement vers le camp de Theresienstadt. Le dernier résident juif d'Aix-la-Chapelle est arrêté en septembre 1944, envoyé au camp V à Müngersdorf près de Cologne, avant d'être déporté à Theresienstadt.

Plus de 350 Juifs d'Aix-la-Chapelle ont péri durant la Shoah.

Histoire de la synagogue Sa construction Une salle de prière existe depuis le début du siècle. Elle est remplacée par une synagogue inaugurée le , située dans un bâtiment au 829a Hirschgraben. Un éclairage moderne à gaz est offert par Sir Moïse Montefiore, un riche philanthrope anglais. Dès 1850, les hommes et les femmes participent à l'office, les femmes à droite de la salle et les hommes à gauche. Les offices sont accompagnés par une chorale et par de la musique d'orgue.

Cette synagogue s'avère rapidement trop petite et après sept années de planification, la communauté achète en 1860 un terrain sur la Promenadenstraße pour y bâtir une nouvelle synagogue. Celle-ci est inaugurée les 18 et par le rabbin de Bonn, Dr. Ludwig Philippson, en présence des principales notabilités de la ville

Lors de sa construction, un étui contenant le message suivant est scellé dans les fondations: Nos futurs petits-enfants pourront comprendre de cette façon, combien à notre époque la tolérance à l'égard de nos coreligionnaires était grande, grâce à Dieu, et combien notre communauté était respectée par ses concitoyens chrétiensTexte en allemand : "Unsere späteren Enkel mögen hieran erkennen, wie groß in unserem Zeitalter gottlob die Duldung gegen unsere Glaubensgenossen war und wie sehr unsere Gemeinde bei ihren christlichen Mitbürgern in Achtung gestanden hat.".