vignette Le terme « bibliothérapie » désigne en premier lieu les vertus thérapeutiques de la lecture. C'est à partir des années 1960 que l'on a commencé à définir la bibliothérapie comme étant « l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie ; et un moyen pour résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée » ; plusieurs définitions sont apparues par la suite : quelques-unes sont reliées à la littérature et à la philosophie, que ce soit à des fins de lecture ou de soin de l’esprit. D’autres sont plutôt centrées sur un usage médical, par exemple, la définition proposée par Overstad qui désignait la bibliothérapie comme étant « l’utilisation des livres pour promouvoir la santé mentale ».

Étymologie Le terme « bibliothérapie », qui ne se trouve pas dans les dictionnaires de la langue française, est un néologisme du — le Centre national de ressources textuelles et lexicales n'en relève qu'une seule occurrence en 1970. — composé de deux termes d’origine grecque : « livre » et « thérapie ». Le mot « thérapie » désigne essentiellement un sens curatif tant en français qu’en anglais. On peut donc interpréter la signification générale de ce néologisme comme thérapie par le livre ou par la lecture.

Histoire

L’histoire de la bibliothérapie remonte à la Grèce antique, comme en témoigne l’inscription « La poitrine médicinale de l’âme », qui se trouve au-dessus de la porte de la bibliothèque de Thèbes. Au en France, Christine de Pizan relate dans ses écrits des expériences bibliothérapeutiques qui lui permettent de se perfectionner intellectuellement et moralement, ainsi que de faciliter le veuvage de son défunt mari, à qui elle restera fidèle jusqu'à la mort.. On a connu des pratiques reliées à ce type de traitement au milieu des années 1800, alors que des médecins incorporent des livres dans les plans de traitement de leurs patients.. Au début du , Marcel Proust dans son texte Sur la lecture donne un indice sur le concept de bibliothérapie lorsqu’il parle du rapport entre lecture et thérapie, il suggère la lecture comme un soin psychothérapeutique.. Cependant, ce n’est qu’en 1916, durant la Première Guerre mondiale que la bibliothérapie connaît ses premières expériences concrètes.

En effet, c’est Sadie Peterson Delaney, bibliothécaire en chef de l'Hôpital des anciens combattants des États-Unis, qui utilise des livres afin d’aider les anciens combattants afro-américains qui sont traumatisés par les horreurs de la Première Guerre mondiale.. Peterson Delaney arrive à l'hôpital de Tuskegee en 1924 et reste en poste jusqu'à sa mort en 1958. Elle est chargée de créer un service de bibliothèques pour les patients. À son arrivée, la bibliothèque contient 200 volumes et une seule table de travail. À la fin de l'année 1924, la bibliothèque contient au moins 4000 volumes destinés aux patients et environ 85 volumes sont disponibles pour le personnel médical.. D'abord, elle devait élargir la collection de la bibliothèque et la penser en fonction des lecteurs cibles. Elle inclut des livres de tous les horizons, mais comme les patients qu'elle rencontre sont des vétérans afro-américains, elle va inclure dans sa collection des œuvres de la littérature afro-américaine et de la culture africaine pour répondre à la demande.. Peterson Delaney avait pour but d'amener les livres à ceux qui n'y ont pas accès. Elle joue un rôle de facilitatrice en offrant des projections de livres pour les patients ayant des blessures aux mains ou au bras et qui ne peuvent physiquement tenir un livre. Elle va aussi offrir une collection de livres en braille et ouvrir une aile consacrée uniquement aux patients aveugles.. Peterson-Delaney pratique la méthode de la porte-ouverte dans sa bibliothèque c'est-à-dire qu'elle crée un espace dans lequel les patients se sentent les bienvenus et qui est propice à la lecture. Elle souhaite que les patients investissent l'espace de la bibliothèque et que ce soit un lieu de rassemblement et d'échanges entre le personnel et les patients, mais aussi pour les patients entre eux. Elle crée l'heure du conte pour les adultes ainsi que des rencontres mensuelles afin de discuter de différents livres. Les techniques de bibliothérapie de Peterson Delaney sont basées sur la lecture et la découverte à travers les livres. Elle permet de reconnecter les patients ayant vécu les traumatismes de la guerre avec le monde qui les entoure et de se redécouvrir eux-mêmes par ce processus. La lecture permet ainsi de briser leur isolement et de remettre en perspective leur vécu en le comparant à d'autres expériences similaires. L'échange est tout aussi important que la lecture elle-même. Les différentes activités organisées par le service de bibliothèque font partie du processus thérapeutique. Les activités créent un espace sécuritaire pour échanger ses expériences et débattre d'idées sans jugement ou représailles. Peterson Delaney travaille de pair avec le personnel médical afin de connaître l'histoire personnelle des patients et leur vécu et pouvoir ainsi adapter ses collections à chaque patient et ainsi soutenir leur cheminement thérapeutique vers la guérison.. Elle connaît très bien le contenu des livres de sa bibliothèque ce qui lui permet d'offrir une sélection personnalisée à chaque patient en fonction de ses intérêts personnels, ses besoins thérapeutiques ou ses objectifs d'apprentissage.

Dans les années 1930, Le William C. Menninger, un psychiatre renommé, a également aidé à établir la bibliothérapie comme forme de traitement dans sa clinique du Kansas. Depuis sa création, la bibliothérapie a été étudiée par des personnes intéressées par la santé mentale afin de mieux comprendre ses utilisations et son efficacité.

En 1946, en France, Lucie Guillet incitait le patient souffrant d’une maladie mentale, à lire des vers afin de se laisser gagner par ce « fluide poétique » bénéfique. En 1973, on parle aussi de la théâtrothérapie, une méthode qui ressemble à celle de la bibliothérapie où se cherche une collaboration entre le psychiatre qui suit le malade et le moniteur. C’est à partir des années 2000 que la bibliothérapie commence à être reconnue et mise en pratique, notamment en Angleterre, ainsi qu’au Canada (Québec) où la bibliothérapie a commencé à être intégrée aux différentes thérapies psychologiques pour les enfants souffrant d’hyperactivité, de dépression, de phobie sociale, etc.

Approche de la bibliothérapie Pour certains, la lecture est considérée comme . C’est pourtant la lecture qui a aidé à surmonter certaines étapes difficiles dans l’histoire de l’humanité. À cet égard, l’anthropologue Michèle Petit mentionne le rôle de la lecture dans la reconstruction de soi en faisant le constat ..

Dans Proses philosophiques Victor Hugo dit : « Un livre est un engrenage. Prenez garde à ces lignes noires sur du papier blanc ; ce sont des forces ; elles se combinent, se composent, se décomposent, entrent l’une dans l’autre, pivotent l’une sur l’autre, se dévident, se nouent, s’accouplent, travaillent. Telle ligne mord, telle ligne serre et presse, telle ligne entraîne, telle ligne subjugue. Les idées sont un rouage. Vous vous sentez tiré par le livre. Il ne vous lâchera qu’après avoir donné une façon à votre esprit. Quelquefois les lecteurs sortent du livre tout à fait transformés. Homère et la Bible font des miracles. ».

De la même manière, d’autres auteurs décrivent les premiers efforts pour étudier la bibliothérapie comme un ensemble d’actions, en prenant la lecture comme un outil, qui mène à un changement d'attitude en réduisant les peurs et le stress chez les enfants et les jeunes.

En 2013 paraissait le livre très original d'Ella Berthoud et de Susan Elderkin The Novel Cure où les auteures présentent leurs conseils de lecture sous forme de "remèdes littéraires". L'ouvrage, très sérieux par ailleurs est présenté de façon humoristique comme un index des différents maux de l'âme, avec à chaque fois des recommandations de lecture. À noter qu'il s'agit uniquement de romans, ce qui différencie de façon intéressante l'approche de la bibliothérapie et la rend accessible à tous.

Approche thérapeutique Le pouvoir thérapeutique du livre consiste à rendre accessible au grand public une littérature propre aux sentiments. Certains utilisent cette méthode thérapeutique afin de permettre au patient de sortir de l’enfermement, de la lassitude, pour se réinventer, vivre et renaître à chaque instant dans la dynamique d’un langage en mouvement. On peut ainsi considérer que la bibliothérapie fait partie de «l’art-thérapie», en soulignant que « la lecture à haute voix est aussi un acte de création ». Autrement dit, c’est un des moyens par lesquels les personnes en difficulté (psychologique, physique, sociale ou existentielle) mettent en œuvre le traitement par lui-même à travers la lecture.

D'autre part, le livre peut être un vecteur d'analyse existentielle. Créée par le bibliothérapeute Erwin Julliard, la bibliothérapie existentialeBibliothérapie existentiale utilise la littérature et la Daseinsanalyse pour traiter les troubles psychologiques tels que la dépression, l'angoisse, le burn-out... Inspirée par les travaux d'Heidegger et de Gadamer, la bibliothérapie existentiale tend à passer de l'art-thérapie et de la recherche de bien-être à une véritable psychothérapie.

Dans son ouvrage La littérature peut-elle soigner ?, la psychiatre et psychanalyste Isabelle Blondiaux résume l’approche thérapeutique de la bibliothérapie : « Inséparablement technique de soin et méthode de développement personnel, sa double vocation médicale et existentielle en fait un ensemble de pratiques qui visent autant le traitement des maladies somatiques et psychiques que l’amélioration de la santé et le mieux-être».

Il existe alors deux modèles de bibliothérapie, soit la bibliothérapie informative et la bibliothérapie créative. Dans le cadre de la thérapie cognitivo-comportementale, la première consiste à éduquer et à informer les personnes ayant des troubles diagnostiqués. La deuxième consiste en une littérature imaginative distrayant le lecteur de ses préoccupations quotidiennes.

Bibliothérapie informative Ancrée dans la culture anglaise, la bibliothérapie informative est caractérisée par une relation soignant-client et non selon un rapport soignant-patient comme c’est le cas dans la tradition française. On considère alors que le patient est autonome et qu’il a le droit à l’information. Suivant les pratiques anglo-saxonnes, la bibliothérapie informative (aussi connue sous le nom de cognitive) se fraie progressivement un chemin dans le monde francophone, c’est-à-dire en France et au Québec. De plus en plus, les professionnels de la santé qui reconnaissent la complémentarité de la bibliothérapie à leurs pratiques mettent à profit les vertus thérapeutiques de la lecture en prescrivant des livres à leurs patients.

Cette pratique est très répandue en Angleterre avec le programme où les professionnels de la santé travaillent en étroite collaboration avec les bibliothèques publiques dans le but d’aider les personnes souffrant de dépression, d’anxiété, de phobie ou de désordres alimentaires. Certaines compagnies d’assurances remboursent les livres prescrits par le médecin..