vignette|Swinging London : Carnaby Street, circa 1966.
La mode des années 1960Certains ouvrages découpent la période de 1957 (année de la mort de Christian Dior) à 1968. est marquée par un renversement complet des préceptes établis lors de la précédente décennie. L'incontournable haute couture voit sa suprématie supplantée par le prêt-à-porter, promu en cela par les mouvements de la jeunesse. Cette même jeunesse devient à la fois la source d’inspiration et le client final du vêtement. Paris capitale de la mode cède sa place au Swinging London anglais : Londres devient le centre de la plupart des tendances. La musique pop émanant de ce pays va aussi influencer les comportements vestimentaires au même titre que les yéyés en France. Le collant, le pantalon, le bikini vont révolutionner les tenues féminines. Le « » représenté par Courrèges ainsi que la minijupe vont s'imposer comme symboles de l'époque. L'usage de matières synthétiques se répand. En France, certains noms deviennent synonymes de ces bouleversements, comme Emmanuel Ungaro, Pierre Cardin, Paco Rabanne ou Yves Saint Laurent. Chez les hommes, le vestiaire influencé par les Mods est de plus en plus près du corps, étroit. Dans le reste du monde, plusieurs stylistes comme l'Américain Rudi Gernreich bousculent les conventions. Outre quelques tendances émergeant à New York ou Los Angeles, les États-Unis restent majoritairement conservateurs malgré l'influence britannique très forte dans ce pays. Vers la fin de la décennie, le modernisme et la créativité de l'époque laissent entrer une iconoclaste mode ethnique et ses tendances assimilées ; elle va se disperser dans certaines couches de la société. Les évolutions de la consommation et distribution ont alors déjà révolutionné la façon d'aborder la mode partout en Occident, marquant une rupture radicale avec les années 1950.
Historique Préambule Depuis 1947 et le New Look de Christian Dior, la haute couture vit son second « âge d'or » voyant triompher Balenciaga, Balmain ou Givenchy. Dans les années 1950, la mode reste relativement homogène. La haute couture parisienne impose ses marques sur le monde entier que ce soit par son omniprésence dans les magazines ou par les multiples copies réalisées, légalement ou non. Elle est l'exemple qui guide la mode mondiale. Outre cette restrictive haute couture, la couture sur-mesure ou la confection industrielle, déjà une forme de prêt-à-porter mais coûteux, sont commercialisées par les grands magasins. L'ensemble formé reste fabriqué soit de façon industrielle soit artisanalement. Une autre partie de l'habillement d'usage quotidien se fait encore chez-soi ou chez la couturière du quartier. Le contexte reste conservateur et le mouvement de la libération de la femme n'est pas encore en marche. Mais dès la fin de la décennie, les pénuries liées à la Seconde Guerre mondiale disparaissent. La haute couture et ses déclinaisons sont en perte de vitesse et rejetées par une grande partie de la classe moyenne qui émerge dans ses années d'après conflit où la prospérité va croissant : trop chère, trop élitiste, ses clientes les abandonnent. Les grands couturiers, les confectionneurs ou les grands magasins ont parfois du mal à sentir ses modifications de la hiérarchie de la mode. Pourtant, dès 1956 le Vogue français fait un numéro « spécial prêt-à-porter ».
D'une silhouette sophistiquée et corsetée va bientôt apparaître progressivement une génération de prônant une mode ludique sur une silhouette plus fine. Héritage de la Libération, la puissance et les techniques du prêt-à-porter américain avec ses méthodes de production industrialisée, déferle sur le monde.
La révolution du prêt-à-porter Prémices et principes Dès la seconde moitié des années 1950, la coûteuse haute couture, peu rentable pour les maisons, entraîne la nécessité de diversifier les produitsBeaucoup de maisons commercialisent du parfum, certaines également du maquillage. Ces produits restant très rentables pour les couturiers., mais surtout la clientèle en s’adressant aux plus jeunes ; il convient également de lutter contre les copies qui inondent le monde. Nombreux sont les couturiers à créer des lignes « secondaires » avec tel que l'écrit Le Figaro. Certaines de ces lignes, les plus luxueuses, prennent le nom du couturier auquel se voit parfois associé le terme de « Boutique », désignant à la fois une différenciation, mais également la présence des modèles en vitrine, principe jamais usité par la haute couture. Les couturiers stars s'adaptent presque tous à cette tendances dès cette époqueApparaissent « Carven Junior », « Jean Dessès Bazaar », « Grès Spécial » ou « Maggy Rouff Extension ».. Ces lignes luxueuses vont peu à peu être déclinées en collections plus abordables, ce que les couturiers nomment la . Mais ces modèles encore coûteux ne sont que les prémices d'une tendance plus forte : en parallèle, collant à cette volonté de démocratisation de la mode, de multiples enseignes voient le jour certaines s'engouffrant dans ce nouveau marché du prêt-à-porter de luxe telle Chloé mais aussi plus abordable. Le nombre de commerces explose. Emmanuelle Khanh, Gérard Pipart ou Maxime de la Falaise, nouvelle génération de stylistes, renversent le système et influencent cette période de croissance économique durant laquelle le niveau de vie s'améliore : le vêtement passe de son usage usuel à celui d'objet de consommation. Pratique, nouveau, accessible, le prêt-à-porter prend progressivement des parts considérables du marché de l'habillementLe marché de l’habillement se voit également redistribué : les changements d'habitudes font que certaines professions souffrent économiquement, par exemple les chapeliers et modistes, alors que d'autres domaines vont exploser, tels les vendeurs d'accessoires.. Jusqu'alors, la prédominance de la haute couture impose une organisation pyramidale du créateur à la confection de masse puis la couturière de quartier. Cette organisation entraîne un style presque unique pour une seule saison. Mais cela disparaît peu à peu pour donner naissance à une multitude de tendances. Le principe de faire ses achats dans le grand magasin de quartier se voit remplacé par ces boutiques plébiscitées des jeunes. Pourtant au début de la décennie, le vêtement reste encore conventionnel.
Jeunesse vignette|alt=Pantalon en jeans|Pantalon en jeans De nombreux enfants du baby boom deviennent adolescents et consommateurs-prescripteurs de premier plan. La population et donc ses consommateurs rajeunissent. S'éloignant des habitudes , jusque-là habillés comme leurs aînés, ils ignorent maintenant la mode de leurs parents et deviennent, par leur indépendance, la porte d'entrée du prêt-à-porter dans la société : la mode n'émane plus d'une élite mais de sa base, de la rue, en faisant abstraction du passé. Les traditionnels critères esthétiques féminins sont bouleversés, à l'opposé des canons de la beauté des années 1950 : . Alors que la mode reste souvent représentative d'un pays, d'une classe sociale, avec une uniformité générationnelle, désormais, elle va incarner une tranche d'âge, une tendance culturelle ou même la représentation de contre-cultures : une idéologie politique, un courant musical ou un comportement suffisent à établir ses propres règles vestimentaires avec la conséquence que les adultes viennent à copier les plus jeunes. Elle en profite pour s'internationaliser et s'uniformiser parfois, symbolisée par le jeans qui se répand de façon unisexe de par le monde ; l'image, la communication, l'information connaissent une envolée favorisant cette internationalisation de la mode.
De nouveaux mannequins incarnent dans les magazines, parfois de façon androgyne, ce mouvement de la jeunesse qui lui devient peu à peu présent dans tous les médias. Tendance née quelques années auparavant, les mannequins, coiffeurs ou photographes, habituellement en marge de la mode, deviennent des vedettes. Aux États-Unis, Diana Vreeland quitte Harper's Bazaar pour venir secouer les traditions du Vogue local, . Elle devient alors un relais influent des nouvelles tendances stylistiques de l'époque, faisant la jonction, puis le mélange, entre le style sophistiqué du magazine et ces tendances jusqu'à influencer la mode de l'époque. Bikini, minijupe, ou les vêtements les plus excentriques, elle prend en main le magazine et relègue la haute couture en second plan. La déclinaison italienne de ce magazine américain est lancée en 1964. En France, l'influent Elle compte alors deux millions de lectrices par semaine, la moitié ayant moins de 35 ans. Au-delà d'un aspect purement vestimentaire, les magazines de mode se font l'écho des changements de société et de condition féminine.
Les premiers « bureaux de style », chargés d’analyser les variations de la mode et de guider les confectionneurs, revendeurs, ou même les magazinesCe ne sont plus les couturiers qui édictent la mode, c'est la rue qui la guide et l'influence. Les magazines de mode utilisent ces bureaux de style afin de rester en adéquation avec l'époque et les magasins ouvrent des rayons adaptés aux jeunes. Dès 1960, Maïmé Arnodin, ancienne journaliste au Jardin des modes et future cofondatrice de l'Agence Mafia, fonde un premier bureau de style., sont fondés. Jusqu'à la intégrée, la production, du créateur à l'atelier souvent proche, se délocalise de plus en plus et fait intervenir des avis extérieurs. Les matières synthétiques prennent la place des textiles naturels et les prix baissent. Les collants sont fabriqués en masse remplaçant le porte-jarretelles, la guêpière et les bas . Les tendances corsetées de la décennie précédente disparaissent au profit d'inspirations plus audacieuses et plus confortables tels les chaussures plates ou même l'absence de lingerie : la silhouette change radicalement dès le début de la décennie. En parallèle de la mini jupe qui apparaît en Angleterre, les robes raccourcissent également, les cuissardes et bottes deviennent des basiques. Pour les hommes, le strict costume/cravate est toujours de rigueur et se doit, idéalement, d'être italien ; Naples, Milan et Rome profitent alors pleinement de cet engouement. Le costume fait place durant certains moments à une mode plus libérée, parfois inspirée du style preppy dominant toujours de l'autre côté de l'Atlantique. Mais ces tendances, dont principalement la baisse des prix, entraînent également un renouvellement incessant du vêtement qui devient alors jetable.
Suprématie de l'Angleterre vignette|upright=0.75|Mary Quant, en 1966, avec une mini-robe de sa création, qu'elle porte avec un manteau en peau de mouton et un sac jetés sur l'épaule, ainsi que des .
Mary Quant ouvre Bazaar à Chelsea dès 1955Bazaar dans son concept de boutique très particulière inspire une autre enseigne en France, Dorothée Bis., sa boutique-restaurant qui deviendra un , plus tard épicentre du Swinging London. Mais ce qu'elle commercialise ne lui convient pas et rapidement, elle commence à créer ses propres modèles dont, ce que l'histoire retient, la mini jupe. Avec sa coupe à cinq pointes réalisée par Vidal Sassoon, Mary Quant représente la jeunesse de l'époque. Porter sa marque est une forme de rébellion face à la mode de ses parents. Plus qu'un style, elle invente également un mode de vie, développant le premier concept store qui commercialise maquillage, papeterie, décoration ou vaisselle, parfois orné de son logo en forme de marguerite stylisée. Si la mini jupe voit le jour à Londres dans sa boutique comme le retient l'histoire, c'est une photo, mondialement diffusée bien que scandaleuse pour l'époque, de Jean Shrimpton en Australie qui va réellement la populariser.