Les meurtres du NSU, (Nationalsozialistischer Untergrund, en allemand nazisme clandestin) également appelés meurtres au Česká, sont une série d'assassinats d'inspiration raciste et völkisch, commis sur des Allemands issus de l'immigration, dans plusieurs grandes villes allemandes entre 2000 et 2006Frank Jansen: Bundesanwalt verliest Anklage gegen Beate Zschäpe. . Les victimes sont neuf petits commerçants, dont huit d'origine turque et un originaire de Grèce. Ils ont tous été exécutés sur leur lieu de travail. Le premier meurtre a eu lieu le 9 septembre 2000, le dernier le 6 avril 2006. En , ces meurtres sont attribués à la cellule terroriste d'extrême droite Nationalsozialistischer Untergrund (NSU). Trois membres présumés du NSU sont accusés, dont les néonazis Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt, qui se sont vraisemblablement suicidés le , et leur complice Beate Zschäpe, qui s'est rendue à la police le . Quatre hommes accusés de complicité d'homicide et de soutien à une organisation terroriste sont également jugés depuis le au procès du Nationalsozialischer Untergrund à Munich.

L'arme utilisée a toujours été un pistolet de type Česká CZ 83, de calibre 7,65 mm Browning, retrouvé dans l'appartement des suspects à Zwickau.

Cette série de meurtres a d'abord été présentée dans les médias allemands à partir de 2006 comme les Döner-Morde (meurtres du Kebab) ou Mordserie Bosporus (meurtres du Bosphore), mais on a reproché à ces deux appellations de recourir à des euphémismes et des stéréotypes racistes. 

Le NSU doit également comparaître pour deux attentats commis à Cologne en 2001 et , ainsi que pour le meurtre de la fonctionnaire de police Michèle Kiesewetter en .

Circonstances des faits

Les victimes sont exclusivement des hommes, gérants ou employés de magasins, tués sur leur lieu de travail. Tous sont issus de l'immigration : six sont des citoyens turcs, deux Allemands d'origine turque et un Grec. Cinq des huit victimes venant de la Turquie sont d'origine kurde. Lors de chaque meurtre, le même pistolet tchèque du type Česká 83, calibres 7,65 millimètres est utilisé, mais également, dans deux cas, un pistolet Bruni, modèle 315 Automatique, calibre 6,35 millimètres. En dehors des armes et des lieux du crime, de l'activité commerciale des victimes, les enquêteurs de la police n'ont établi aucun rapport ou aucun lien entre celles-ci.

Victimes

Enver Şimşek

Enver Şimşek, propriétaire d'un commerce de fleurs à Schlüchtern, a reçu huit coups de feu de deux pistolets le , sur le bord d'une route principale à l'est de Nuremberg, où il avait installé son stand mobile de fleurs dans une aire de stationnement. Il succombe à ses blessures deux jours plus tard à l'hôpital. Şimşek avait 38 ans. Il a quitté la Turquie pour rejoindre l'Allemagne en 1986. Il a d'abord commencé par travailler dans une usine, puis a ouvert un marché de fleurs, et finalement un magasin. Il était considéré comme un homme d'affaires prospère. L'arme du crime était un pistolet tchèque de type Česká 83, ainsi qu'un Bruni modèle 315. Habituellement Şimşek s'occupait de livrer les fleurs, mais ce samedi il s'occupait du stand, car le vendeur était en congé.

Abdurrahim Özüdoğru Abdurrahim Özüdoğru a été tué le à Nuremberg de deux balles dans la tête. Il avait 49 ans, travaillait à Siemens et avait un deuxième emploi à temps partiel dans un magasin. L’enquête de balistique a révélé que le Česká 83 utilisé pour tuer Enver Şimşek a également été utilisé ici.

Süleyman Taşköprü Süleyman Taşköprü, vendeur de fruits et légumes, a été tué le à Hambourg-Bahrenfeld dans la boutique de son père de trois balles de deux armes différentes. Il avait 31 ans, était né à Afyonkarahisar en Turquie et était père d'une petite fille. Les armes utilisées sont les mêmes que celles utilisées dans l’assassinat d’Enver Simsek. La police de Hambourg estime que Taşköprü avait des amis dans le « quartier rouge ». Dans ce contexte, on soupçonne un meurtre lié au trafic de drogue.

Habil Kılıç Habil Kılıç, propriétaire d’un magasin de fruits et légumes, avait 38 ans lorsqu'il est abattu le dans son magasin à Munich-Ramersdorf. À la différence des trois meurtres précédents, les enquêteurs n'ont trouvé aucune douille. Les enquêteurs avancent ici aussi l'hypothèse d'un meurtre lié au trafic de drogue.

Mehmet Turgut Mehmet Turgut est tué le dans un magasin de kebab dans le district de Rostock de trois balles dans la tête. Turgut était âgé de 25 ans, venait de Turquie et séjournait illégalement en Allemagne. Jusqu'à dix jours avant les faits, il vivait à Hambourg. Jusqu’en , le nom de la victime utilisé dans la presse était celui de Yunus Turgut à la suite d'une confusion avec son frère.

İsmail Yaşar İsmail Yaşar, propriétaire d'un snack-doner kebab a été tué le , dans son magasin de Nuremberg, Scharrerstraße de cinq coups de feu dans la tête et la poitrine. Il était âgé de 50 ans et venait de Suruç. Les témoins ont aperçu deux hommes au comportement étrange avec des vélos à proximité de la scène du crime, de sorte que des portraits robots ont été esquissés. Après le meurtre la police criminelle fédérale a émis la possibilité « que les victimes étaient en contact avec les trafiquants de drogue turcs des Pays-Bas ».

Theodoros Boulgarides Theodoros Boulgarides, copropriétaire d'une serrurerie, était le à son magasin à Munich-Westend lorsqu'il est tué. Il était grec, âgé de 41 ans et laissait derrière lui une femme et deux filles. Il avait ouvert son entreprise le . Les journaux locaux ont titré à la suite de l'assassinat : « La mafia turque a encore frappé ».

Mehmet Kubaşık vignette|Plaque commémorative à la mémoire de Mehmet Kubasik à l'emplacement de son kiosque à Dortmund|alt=Photographie en couleurs d'une stèle commémorative sur un sol pavé. Mehmet Kubaşık, propriétaire d’un kiosque à Dortmund, y a été tué le . Le kiosque se trouvait près d’un ancien lieu de rendez-vous de néo-nazis locaux. Kubaşık était âgé de 39 ans, Allemand d'origine turque et père de famille de trois enfants. Les associations culturelles turques organisent une marche silencieuse à Dortmund, le , pour commémorer les neuf victimes et appeler les autorités à empêcher un nouveau meurtre.

Halit Yozgat Halit Yozgat, gérant d'un cybercafé a été tué le à Cassel de deux balles dans la tête. Il était âgé de 21 ans et était citoyen allemand d’origine turque. Il fréquentait une école du soir pour passer son Abitur et avait ouvert son café peu avant en empruntant l'argent à son père. Yozgat ne devait pas travailler ce jour-là, il était présent pour remplacer son père qui était en retard.

Enquêtes En 2006, les commissions spéciales employées pour les recherches étaient dirigées par « l'organisation spéciale (BAO) du Bosphore » de Nuremberg. Celle-ci coordonnait 50 fonctionnaires, tous sous la direction du directeur de la police criminelle (LKD) Wolfgang Geier. Cette enquête était considérée comme la plus grande qu'ait connue l'Allemagne. Jusqu'à 160 fonctionnaires supplémentaires venant de plusieurs États allemands ont été mobilisés sur l’enquête. Sept commissions spéciales ont été créées, et scellés ont été examinés, interrogées. Les familles des victimes ont accusé les autorités allemandes de mener une enquête unilatérale, en négligeant systématiquement le mobile de l'acte raciste.

Les armes vignette|Un Česká 83, calibre 7,65 mm Browning|alt=Photographie en couleurs d'une arme de poing.

L'indice majeur est l'arme utilisée lors de chaque meurtre. C'est une arme de type CZ de calibre 7.65mm Browning du fabricant Česká zbrojovka. Il s'agit d'une fabrication spéciale avec silencieux. Seules 55 pièces de ce modèle ont été produites, dont 31 exemplaires ont été employés au Ministère de la Sécurité d'État de l'ancienne République démocratique allemande. Par conséquent, l'arme utilisée lors des meurtres n'a pu être issue que d'une livraison spéciale de 24 armes en 1993, pour le canton de la Soleure en Suisse. En 2010, une demande est déposée aux autorités suisses pour vérifier la présence des armes en Suisse. Le commerçant de nationalité suisse Jan Luxik rend compte précisément des acheteurs, et la police suisse peut retrouver la trace de 16 armes. Aucune d'entre elles ne correspond à l'arme du crime, et les recherches ne permettent pas de retrouver les 8 armes manquantes.

Le le ministère public fédéral annonce dans un communiqué de presse avoir retrouvé, dans les ruines d'un appartement ayant explosé le à Zwickau, neuf armes à feu et un pistolet-mitrailleur. Le Česká retrouvé s'avère celui utilisé lors des meurtres et recherché depuis si longtemps.

Les enquêteurs retracent le parcours de l'arme : le Česká a été vendu par la société Luxik le à la société Schläfli et Zbinden à Berne puis a été revendu légalement deux jours plus tard à un citoyen suisse, qui déclare l'avoir offert à un collègue de travail. L'arme parvient alors en possession de proches du NSU. Remonter la trace du Česká a été possible car certains accusés ou coaccusés ont fait des déclarations à ce sujet tout au long de l’enquête et du procès.

Parmi les autres armes retrouvées dans les ruines de l'appartement, à côté du Česká, le pistolet Bruni 315 Auto qui a été utilisé dans l'assassinat d'Enver Şimşek le à Nuremberg et de Süleyman Taşköprü le à Hambourg.

Enquêtes de septembre 2000 jusqu'à juin 2005 Au-delà de l'arme utilisée, chaque action avait la particularité de se dérouler au cours de la journée, dans de petits magasins ou dans des stands mobiles, toutes les victimes étant d'origine étrangère, surtout turque.

Aucune scène de crime ne semble livrer d'indice utilisable. Aucun magasin n'a été saccagé et fouillé dans le but de voler de l'argent. En raison de l'absence de traces, les enquêteurs estiment que les auteurs des meurtres sont généralement entrés dans les magasins, ont tiré et sont disparus très rapidement. Les actions peuvent avoir été réalisées en moins d'une minute. Au cours des recherches aucune trace concrète, aucun rapprochement entre les victimes, aucun motif commun n'ont été évoqués. Longtemps la police a soupçonné le crime organisé dans le domaine de la drogue, en contact avec la Turquie. À la suite de ces événements, la presse de boulevard évoque une mafia turque, relayant les hypothèses policières à la suite de l'assassinat de Habil Kilic en 2001. Les enquêteurs se sont même rendus en Turquie pour interroger les parents de Kilic.

vignette|Dans ce magasin à l'angle de la rue Gyula et de la Siemensstraße Abdurrahim Özüdoğru a été abattu le 13 juin 2001. Photographie de 2012.|alt=photographie en couleurs d'un petit magasin situé à un carrefour.