Les Archives de la Ville et de l'Eurométropole de Strasbourg, ou Archives de Strasbourg, sont un service d’archives communales de la ville et de l’Eurométropole de Strasbourg. Installées depuis 2004 au 32, avenue du Rhin, elles conservent linéaires d'archives.

Elles ont notamment en charge les archives de la Ville de Strasbourg, de la Communauté urbaine de Strasbourg de 1966 à 2015, et depuis sa création le celles de l'Eurométropole de Strasbourg. Les Archives de Strasbourg conservent également les fonds de fondations comme l’œuvre Notre-Dame, de la Fondation Saint-Thomas ainsi que de nombreux fonds privés.

Histoire Création (1399-1628) Bien que l’administration de l’Argentoratum romaine disposât sans aucun doute d’archives et de moyens pour les gérer, les premières mentions liées à une préoccupation de l’administration pour la gestion de ses documents remontent à la fin du . Ainsi, le , les échevins demandent que soit construit au plus vite un local adapté afin de mettre à l’abri les archives ; certains auteurs, comme Joseph Brauner, font de cette date celle de la fondation des Archives de Strasbourg. À cette époque, la gestion des archives se limite toutefois largement à accumuler les documents dans les dépôts : il n’y a alors pas d’archiviste, pas d’inventaire et peu de classement.

Il faut attendre la fin du pour qu’un employé municipal se voit spécifiquement attribuer la charge de gérer les archives avec la nomination de Joseph Jundt au poste de registrator cancellariae, « registrateur de la chancellerie » en 1582. C’est toutefois son successeur Laurent Clussrath, arrivé en poste le , qui entreprend pour la première fois l’inventaire systématique des fonds. Il obtient par ailleurs la mise en place d’une commission des archives au sein du Conseil des XIII, dont certains membres sont nommés Obere Archivherren, « inspecteurs des archives ». Ce travail est poursuivit par son successeur, Jean Ulric Fried, nommé le , qui perfectionne le classement et rédige les premiers instruments de recherche, ce qui lui vaut de recevoir en 1628 le titre de archigrammateus civitatis Argentinensis, « grand secrétaire de la ville de Strasbourg ».

Destructions et réparations (1686-1918) Le fonds subit une première amputation lors de l’incendie de la chancellerie dans la nuit du 12 au , mais c’est surtout à la fin du qu’il subit d’importants dégâts. Ceux-ci débutent le avec le saccage de l’hôtel de ville, pendant lequel la majeure partie des archives conservées au Neue Bau est jetée par les fenêtres du bâtiment. Une partie est récupérée par la suite, mais un second coup leur est infligé lors de la Terreur : le une grande quantité de documents — les témoignages évoquent quinze chariots plein — est brûlée en place publique. Dans les décennies suivantes, les documents restant ne font guère l’objet d’attentions et sont progressivement dispersés et dégradés par les déménagements successifs et les conditions de stockage inadaptées. Le poste de responsable des archives disparaît également, la fonction étant simplement confiée à un chef de la comptabilité.

Ce n’est qu’un peu avant le milieu du que l’administration municipale, confrontées à des procès dans lesquels elle peine à faire valoir ses droits, se préoccupe de nouveau de ses archives. En , Louis Schneegans est nommé archiviste de la ville et chargé de la lourde tâche de reclasser des fonds alors totalement désordonnés. Le bombardement de la ville par les Prussiens en 1870 entraîne une nouvelle fois des pertes, bien que le responsable des archives, Jean-Charles Brucker, parvienne à en mettre à l’abri la majeure partie. Brucker réalise également au cours de sa carrière un travail important de restauration, de remise en ordre des fonds et publie de nouveaux répertoires entre 1878 et 1886. L’une des premières tâches du successeur de Brucker, Otto Winckelmann, est d’organiser le déménagement des archives, désormais à l’hôtel de ville, vers des locaux plus adaptés situés place de l’Hôpital. Winckelmann entreprend également de séparer les chartes des autres documents afin d’améliorer leur préservation.

Difficultés de gestion des archives contemporaines (1918-2004) Winckelmann est contraint de quitter Strasbourg après la Première Guerre mondiale et il est décidé dans le même temps de fusionner les Archives avec la bibliothèque municipale afin de faire des économies. À la fin des années 1920, les Archives sont toutefois confrontées à un problème de gestion : seules les archives considérées comme historiques, c’est-à-dire antérieures à 1789, ont alors fait l’objet de soins et il n’existe pas de méthode de gestion des archives administratives contemporaines, qui ne sont pour la plupart pas collectées, d’autant que la place manque dans les magasins. Cette situation persiste dans les décennies suivantes, au point qu’il devient admis que les Archives municipales n’ont vocation qu’à accueillir les documents considérés comme historiques et ayant un intérêt culturel. La plupart des documents administratifs contemporains sont par conséquent conservés dans les services, qui gèrent chacun leurs propres archives.

Une tentative de créer un enregistrement central, serpent de mer depuis 1736, est faite lorsque les services de la Ville et de la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS) sont partiellement fusionnés en 1976. Elle est toutefois un échec, faute de moyens et de personnel qualifié, et contribue à empirer une situation déjà très dégradée. À la fin des années 1980, il n’y a ainsi plus de contrôle sur la production documentaire, chaque service stockant et détruisant les documents selon ses propres règles tandis que les dépôts d’archives sont totalement saturés du fait de l’absence de gestion de ces espaces. Afin de redresser la situation, un second service d’archives est créé en 1992. Baptisé « service des archives contemporaines », il est rattaché à la CUS. Bien que principalement orienté records management et préarchivage, ce service assure également la conservation définitive de certains fonds. Les locaux du service des archives patrimoniales étant saturés, celui-ci n’est en effet plus en mesure de recevoir de nouveaux versement à cette époque.

Les nouvelles archives Ce problème est résolu avec l’ouverture en 2004 d’un nouveau bâtiment permettant d’offrir des espaces plus vastes et modernes. Les deux anciens services d’archives sont dans le même temps fusionnés pour former le service des Archives de la Ville et de la Communauté urbaine de Strasbourg. Ces actions permettent de rationaliser la prise en charge et la mise à disposition des documents. L’ensemble des fonds est ainsi rassemblé au même endroit avec une salle de lecture unique, alors qu’auparavant le lecteur devait aller d’un lieu à l’autre selon les documents qu’il cherchait. Les nouveaux locaux permettent également de développer les actions de valorisation avec des expositions et l’accueil du public scolaire.

Missions Collecte, classement et conservation Les Archives de Strasbourg ont pour mission principale la collecte des archives des administrations de son ressort territorial. Elles reçoivent ainsi les documents produits par l’administration municipale depuis le Moyen Âge, ainsi que ceux de l’intercommunalité, c’est-à-dire la Communauté urbaine de Strasbourg de 1968 à 2014 puis sa successeure l’Eurométropole de Strasbourg depuis 2015. La fonction archive n’ayant toutefois pas été mutualisée au sein de l’intercommunalité, il ne s’agit que des documents produits par l’exécutif et les services mutualisés ; les documents propres aux communes, par exemple leur état-civil, y sont conservés puis versés aux archives départementales du Bas-Rhin — devenues archives de la Collectivité européenne d’Alsace depuis 2021.

Hors de leur ressort obligatoire, les Archives de Strasbourg peuvent prendre également en charge des documents provenant de sociétés d’économie mixte, de syndicats intercommunaux ou d’établissements publics gérés par l’exécutif municipal ou intercommunal. Elles reçoivent ainsi les documents de la Compagnie des transports strasbourgeois, ceux de l’Opéra du Rhin, de l’hôpital civil, etc. Elles acceptent enfin les dons, dépôts et legs de documents provenant de personnes privées physiques ou morales.

Le service des Archives assure également le classement et la conservation des documents qu’il collecte. La plupart des versements font ainsi l’objet d’opérations de classement visant à en trier et organiser le contenu par l’élimination des doubles et autres documents sans intérêt informatif ainsi que par leur description et indexation. Il veille également à la préservation des documents versés en leur assurant des conditions de conservation adéquates, en prévenant les risques et en réalisant leur restauration si nécessaire.

Communication La finalité de la collecte est de pouvoir communiquer les documents aux personnes en faisant la demande. Il existe deux types et trois modes de communication. Les deux types sont d’une part la communication au public et celle dite administrative, à destination des services de la collectivité. Afin d’assurer le bon fonctionnement de l’administration, ces derniers disposent en effet d’un accès illimité aux documents qu’ils ont versés. Le public peut consulter les documents dans la salle de lecture du bâtiment des archives ou, pour les documents numérisés, sur le portail internet. Dans le cas des communications administratives, il existe un troisième mode qui consiste à prêter le dossier au service, là aussi dans le but de faciliter le travail de l’administration.

Fonds Fonds administratifs Fonds administratifs antérieurs à la Révolution Avant la Révolution, les fonds sont classés en fonction de leur lieu de conservation ou de leur origine. Il existe ainsi entre autres une série G.U.P. pour Gewölbe unter den Pflaz, « caveau sous l’hôtel de ville », ou K.S. pour Kontraktstube, « chambre des contrats ». Après la parution de l’instruction réglementant le cadre de classement des archives communales le , l’archiviste Jean-Charles Brucker tente de la mettre en œuvre et entreprend le déclassement des anciens fonds pour créer les nouvelles séries. Il constitue ainsi la série AA, actes constitutifs et politiques de la commune, mais l’ampleur de la tâche apparaît rapidement et l’entreprise s’arrête là.

L’ancien classement est donc largement conservé, bien que par la suite une numérotation en chiffres romains ait été substituée aux abréviations allemandes pour une partie des séries, la série G.U.P devenant ainsi la série III. La seule autre altération à l’ordre d’origine est l’extraction à des fins de préservation des chartes pour constituer une série spéciale cotée CH. Otto Winckelmann, l’auteur de cette opération, a toutefois pris soin d’indiquer la cote du dossier d’origine sur chaque charte. À l’inverse, Brucker n’a établi aucun lien logique lorsqu’il a constitué la série AA, ce qui empêche désormais souvent de connaître le dossier d’origine des documents de cette série.

Fonds administratifs modernes Les fonds administratifs modernes dérogent également au cadre de classement des archives communales : en lieu et place des séries de celui-ci, l’ensemble des documents administratifs postérieurs à la Révolution sont classés suivant une cotation continue. Il n’existe ainsi que deux séries, divisant les versements de manière chronologique : la série MW couvrant la période de la Révolution à 1960 et la série W comprenant les documents postérieurs à 1960. Quelques exceptions existent, les documents anciens entrés tardivement dans des versements en W ayant été laissés dans cette série.