thumb|upright=1.3|Rodrigo Duterte en 2016. Le , Rodrigo Duterte est élu président des Philippines, grâce à une notoriété acquise via une politique non conventionnelle, et la déclaration d’une violente guerre contre la drogue, fléau répandu dans le pays. Le président a alors entamé une purge visant dealers et toxicomanes. On recense depuis son élection, plus d’un million de capitulations de vendeurs et usagers de drogue, , et Barrera, Dan Jerome. 2017. “Drug War Stories and the Philippine President.” Asian Journal of Criminology: An Interdisciplinary Journal on Crime, Law and Deviance in Asia12, no. 4: 341–59. https://doi.org/10.1007/s11417-017-9253-x..
Climat politique et narco trafic avant Duterte vignette|Le président Rodrigo Duterte présente un schéma illustrant un réseau de trafic de drogue impliquant des syndicats de haut niveau aux Philippines lors d'une conférence de presse le 7 juillet 2016
Les signes d’une démocratisation croissante Malgré un important retard en matière de développement économique, les signes d’une démocratie dynamique aux Philippines sont notables, notamment avec la hausse de la participation électorale depuis 1992Johnson D.T, and Fernquest J. 2018. “Governing through Killing: The War on Drugs in the Philippines.” Asian Journal of Law and Society 5, no. 2: 359–90. (2018). https://doi.org/10.1017/als.12. L’engagement civique se manifeste aussi avec des milliers de bénévoles, ainsi qu’un vaste réseau d’ONG et de médias indépendantsMacalalad, Karen Ann, and Raphael Rayco. 2018.“The Philippines’ ‘War on Drugs’ in the Community Press: Media Reviews.” Asian Politics & Policy 10, no. 1: 159–62. https://doi.org/10.1111/aspp.12370. Cependant, la démocratie semble menacée depuis l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte, dissimulant une politique autoritaire et une gouvernance par la violence à travers sa guerre contre les narcotrafiquantsRedtac. “République des philippines : En guerre contre le narco trafic : la démocratie se déteriore ». Générale : Philippines. (2020). http://redtac.org/asiedusudest/2020/05/14/republique-des-philippines-en-guerrecontre-le-narco-trafic-la-democratie-se-deteriore/.
L’évolution de la peine de mort Aux Philippines, la peine de mort fut abolie à deux reprises. Tout d’abord après la chute de la dictature de Ferdinand Marcos en 1987, puis de nouveau en 2006. Sous la présidence de Marcos (1965-1986), le pays recense 31 exécutions judiciaires, et environ 3000 exécutions extrajudiciaires. Après son renversement, la constitution de 1987 abolit la peine capitale. Le congrès philippin rétablit la peine de mort en 1993, faisant des Philippines le pays contenant l’un des plus importants couloirs de la mort asiatiques, avec plus de 1.200 condamnés. En 2006, sous la présidence d'Arroyo, le pays abolit pour la seconde fois en 20 ans la peine de mort. De 1993 à 2006, des exécutions extrajudiciaires ont continué à se produire régulièrement. Ces exécutions semblaient diminuer sous le successeur d’Arroyo : Benigno Acquino, mais environ 300 militants défenseurs des droits de l’homme ou partisans des rebelles communistes furent tués durant son mandat.
À la fin du mandat d’Acquino, le directeur de Human Rights Watch en Asie déclarait : « si le nombre de violations des droits de l’homme et d’exécutions a diminué pendant l’administration d’Aquino, les meurtres en cours de militants et l’absence de poursuites judiciaires signifient qu’il n’y a rien pour empêcher une recrudescence d’abus dans l’avenir ». Une déclaration qui s’avéra prémonitoire, au regard de la politique menée par le président Rodrigo Duterte à partir de 2016. Duterte a également cherché à rétablir la peine de mort pour les crimes liés à la drogue, puis pour d'autres types d'infractions par la suite. Un projet en ce sens figurait parmi les priorités législatives du Sénat philippin en 2020Amnesty international. 2020. « Empêcher le retour de la peine de mort aux Philippines ». Peine de mort. n°67. https://www.amnesty.be/veux-agir/agirligne/petitions/article/empechez-peine-mort-philippines.
Une forte dépendance à la drogue et un manque d’infrastructures Les Philippines ont un taux de consommation et d’abus de drogue plus élevé que d’autres pays d’Asie du Sud Est, particulièrement les méthamphétamines, qui composaient 89 % des drogues les plus saisies du pays en 2014. Du fait de sa proximité avec de grandes nations productrices comme la Chine, le pays est une plaque tournante majeure pour les méthamphétamines dans la région. Une substance vendue ouvertement dans les parcs, bars, coins de rueMcCall C. 2017. “Philippines President Continues His Brutal War on Drugs.” Lancet (london, England) 389, no. 10064: 21–22. https://doi.org/10.1016/S01406736(16)32598-3 . Il existe peu d’infrastructures de réadaptation dans le pays, et un traitement est quasiment impossible à obtenir pour la majorité des toxicomanes. Pour de nombreux observateurs extérieurs, l’échec de la politique de la drogue aux philippines est évident. Bien que la méthamphétamine nuise aux individus, communautés et familles, elle constitue pour de nombreux citoyens une source de revenu, un soulagement à la faim et fournit un moyen d’évasion aux conditions de vies difficiles endurées par des millions de Philippins. À moins que des mesures sociales soient instaurées pour lutter contre cette forte dépendance, une réduction de la vente et de la consommation de drogue semble peu probable.
Causes de la guerre anti-drogue
Injustice pénale et corruption policière De surcroît à la violence meurtrière et à la forte demande de drogue, le soutien aux exécutions extrajudiciaires se trouve encouragé par les dysfonctionnements du système de justice pénale philippin. Son processus criminel se déroule à un rythme effréné, et au moins 20% des tribunaux de première instance n’ont pas de juges. La police manque de personnel d’environ 50.000 agents, et affirment qu’ils sont la principale institution criminelle du pays. De nombreuses personnes accusées sans preuve de crime, sont emprisonnées pendant des années, pour être libérée uniquement lorsque la police ne témoigne pas ou par manque de preuves. Durant la guerre contre la drogue de Duterte, les tribunaux philippins, y compris la cour suprême, se sont révélés incapables de faire valoir leur indépendance, et de faire leur travail de manière crédible. La justice pénale des Philippines est donc inefficace et corrompue. Le pays contient l’indice d’impunité le plus élevé au monde, selon le centre d’études sur l’impunité et la justice du Mexique. Un échec de la justice pénale semblant être à l’origine du large consensus en faveur de la politique menée par Duterte contre la drogue, menant à un consentement populaire passif, malgré le manque de preuves sur la réelle efficacité de cette guerre sanglante.
Un populisme pénal
Le se définit comme l'application des souhaits du peuple en matière de lois, de condamnations et d'exécutions des peines au détriments des choix des élites politiques ou sans le filtrage de ces dernières. Par définition, les catégories de personnes qui en subissent les conséquences sont celles que rejette une large majorité de la population, principalement les trafiquants et les usagers de drogue dans le cas des Philippines. Cette justice privilégie les droits des victimes au détriment de ceux des délinquants. Ces derniers sont exclus de la communauté nationale réservée aux personnes respectueuses des lois. Ils perdent des droits fondamentaux dont ils ne sont plus jugés dignes et qui pourraient entraver des poursuites et des peines estimées justes. Les punitions des criminels peuvent être publiques ce qu'apprécie une large majorité de la population qui constate ainsi la réalité des sanctions et ressent le soulagement d'être vengée. Le populisme pénal nuit à l’état de droit et à l’indépendance de la justice mais répond à une demande majoritaire de la population et peut en cela être considéré comme objectivement démocratique.
Le populisme pénal pratiqué par Duterte est construit sur une communication sur le nombre et la gravité des crimes et la promesse d'une amélioration générale des conditions de vie par leur limitation drastique.
Les meurtres d’état et ceux exécutés par des groupes indépendants de justiciers le plus souvent issus de la police et de l'armée ne relèvent pas du populisme pénal car ils sont purement extrajudiciaires. C'est la non-poursuite des auteurs de ceux estimés justifiés par la population qui peut être rattachée au populisme légal.
Début de la guerre anti drogue
Des données incertaines sur le nombre d’exécutions Il existe un grand nombre d’exécutions extrajudiciaires dont le nombre dépasse de loin le nombre de peine de mort prononcées par l'institution judiciaireThibault, Harold. 2016. « Aux philippines, la guerre sans foi ni loi de Duterte contre la drogue ». Le Monde. Asie Pacifique, rubrique monde. https://www.lemonde.fr/asiepacifique/article/2016/12/15/aux-philippines-la-guerre-sans-merci-et-sans-loi-deduterte-contre-la-drogue_5049104_3216.html. La police philippine a reconnu en qu'environ 6.000 usagers ou vendeurs de drogue présumés avaient été tués dans la guerre contre la drogue dont 2.000 par la police et 4.000 par des "forces de l'ombre". Un total estimé par Human Rights Watch à 12.000 alors que des défenseurs des droits de l’homme aux Philippines affirmaient que le chiffre s’élevait à plus de 16.000.
Par manque de transparence et de cohérence concernant la fréquence des exécutions extrajudiciaires, il est quasiment impossible de connaître leur nombre exact durant la première année de guerre anti-drogue menée par le président Duterte. De plus, on distingue diverses actions étatiques, impliquant le gouvernement de différentes manières dans la répression anti-drogue : tout d’abord, la tolérance et l’encouragement au meurtre d’usagers et de vendeurs de drogue. Ensuite, la fusillade en cas de résistance à une arrestation. Enfin, l’assassinat de sang-froid en tant qu’acte de terrorisme gouvernemental.
De surcroît, le fait que certains meurtres soient mis en scène, afin de faire croire à une exécution extrajudiciaire et d’éviter l’ouverture d’enquêtes, rend le décompte encore plus compliqué et incertain. Malgré l’impossibilité de fournir des chiffres exacts, même les données les plus basses fournies par l’État philippin sont alarmantes. Selon la police nationale, en 2017, 5.000 suspects de drogue auraient été tués, dont 3.151 de batailles avec la police, et 1.847 auraient été exécutés lors de litiges liés à la drogue, par des assaillants justiciers. Des sources non gouvernementales dressent un tableau beaucoup plus alarmant, avec un nombre de victimes s’élevant à plus de 7.000 personnes qui auraient été tuées par la police ou des miliciens, incités à poursuivre la guerre anti-drogue au cours des deux premiers mois du mandat de Rodrigo Duterte. Selon certaines estimations pourtant prudentes, les meurtres extrajudiciaires promulgués par la politique de Duterte seraient largement plus répandus que les meurtres judiciaires.
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