L’histoire de Saint Martin à Chartres est un vitrail du , situé dans le déambulatoire sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, qui illustre la légende de saint Martin de Tours.

Elle a été offerte par la guilde des corroyeurs. Les corroyeurs, donateurs sont représentés aux premier, deuxième et troisième registres

Composition du vitrail vignette|gauche|Chartres : Chapelle de tous les saints. Le vitrail est situé derrière une grille dans la petite « Chapelle de tous les saints », la première rencontrée dans le déambulatoire sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. Il est numéroté 020 dans le Corpus vitrearum. Il partage cette chapelle avec deux autres lancettes en grisaille, les baies 022 et 024, exécutées à la fin du en reprenant des éléments du , et très restaurées en 1961. Ces deux grisailles donnent à la chapelle une bonne luminosité intérieure, mais nuisent par contraste à la lecture du vitrail de Saint Martin, qui se trouve de ce fait éclairé de l'intérieur.

La verrière a été exécutée entre 1215 et 1225, elle est contemporaine de la cathédrale actuelle reconstruite après l'incendie de 1194.

Elle a été classée aux monuments historiques en 1840. Les panneaux droits des septième et huitième registres ont été restaurés par Léger en 1879 ; la verrière restaurée par Gaudin en 1922, et par l'atelier Lorin en 1995-1996.

Il s'inscrit dans une lancette en arc brisé de , de style gothique primitif.

La ferronnerie de la verrière est composée de quatorze registres, regroupés en quatre étages et demi. Chaque étage sensiblement carré est formé de neuf panneaux, un panneau central circulaire s'appuyant sur des barlotières horizontales et verticales qu'il interrompt à leur intersection, marquant le cœur d'une croix. Une bordure court autour du vitrail, cloisonnée aux séparations des étages et au centre de la croix.

Dans chaque étage, les scènes de l'histoire s'inscrivent au centre et aux quatre cantons de la croix, sur un fond bleu, remplissant tout le panneau. Le cercle central est intérieurement bordé bordé de trois filets rouge, bleu et blanc ; les cantons sont bordés d'un simple filet rouge, mais acceptent également deux filets bleu et blanc qui forme une bordure extérieure aux bras de la croix, soulignant visuellement celle-ci. Ces cinq scènes qui constituent l'histoire proprement dite sont accompagnées sur les quatre bras de la croix par quatre panneaux de figurants, présentés dans des quadrilobes à fond bleu bordés de filets rouge et blanc, le reste du panneau étant richement orné de motifs floraux sur fond rouge. Le long de la bordure, la séparation entre étages est marquée de part et d'autre par un demi-fermaillet brochant sur la scène carrée, le quart de cercle portant un motif floral sur fond rouge, bordé de bleu et de blanc.

La composition d'ensemble, très dense, ne laisse pas apparaître de fond entre les différents panneaux.

La bordure est formée de deux bandes rouge et bleue séparées par un motif répétitif à palmette, une tige verte centrale terminée par un trifolium se posant sur deux feuilles, l'une alternativement verte et bleue sur le fond rouge, l'autre alternativement rouge et jaune sur le fond bleu. Cette bande centrale est bordée vers l'intérieur de deux filets bleus et blanc, et vers l'extérieur de deux filets rouge et blanc (ce dernier étant généralement très peu visible).

vignette|centré|Bordure du vitrail.

Thématique La vie en partie légendaire de Saint Martin est essentiellement connue par la Vita sancti Martini (Vie de saint Martin), écrite en 396-397 par Sulpice Sévère, qui fut un de ses disciples. D'après le témoignage de sa correspondance, cette rédaction a été faite du vivant même de l'évêque, et Martin s'en montra reconnaissant en lui apparaissant lors de sa mort, survenue le 8 novembre 397 : « Il me regardait en souriant, et tenait à la main le livre que j’ai écrit sur sa vie ; quant à moi, j’embrassais ses genoux sacrés, et, selon ma coutume, je lui demandais sa bénédiction. »

Dès le , le culte martinien donne lieu à un cycle hagiographique, c'est-à-dire à une série d'images successives relatant les faits et gestes du saint. Aux Paulin de Périgueux, Venance Fortunat augmentent la gloire de la geste martinienne en écrivant à leur tour une Vita sancti Martini en vers, Grégoire de Tours relatant les débuts de son culte dans son livre De virtutibus sancti Martini (Miracles de saint Martin).. Ces expansions successives agrègent souvent des épisodes convenus faisant le parallèle avec tel ou tel thème issu des Écritures ou de la vie légendaire d'autres saints. À la fin du , une cinquantaine d'années après la composition de ce vitrail, Jacques de Voragine en donnera une version relativement expurgée dans le chapitre de la Légende dorée consacré à Saint Martin, fêté par tous les chrétiens le 11 novembre.

Saint Martin a été l'« apôtre des Gaules », et était extrêmement populaire au Moyen Âge. Au , sa figure de « soldat du Christ » pouvait servir d'exemple aux chevaliers s'engageant à partir en croisade.

La composition du vitrail s'organise autour de quatre croix, chacune portant en son centre un médaillon circulaire marquant une étape importante de la vie de Saint Martin : son baptême, son ordination épiscopale, sa qualité de thaumaturge, et sa mort où « les diables se sont présentés aussi, et voulaient le retenir, mais ne trouvant rien en lui qui leur appartînt, ils se sont retirés confus ». Cette montée s'achève sur le cinquième médaillon circulaire, la vision béatifique de Dieu en son Paradis.

Description des panneaux Le vitrail se lit généralement de bas en haut et de gauche à droite. Le récit légendaire est cependant plus fait d'une série d'anecdotes que d'un récit chronologiquement suivi. La présentation donnée par le panneau suit plus ou moins fidèlement le fil du récit de Sulpice Sévère :

Première croix : Débuts de Martin 300px I-1 : « Charité de saint Martin »

Un jour d'hiver, passant à la porte d'Amiens, il rencontra un homme nu qui n'avait reçu l’aumône de personne. Martin comprit que ce pauvre lui avait été réservé : il prit son épée, et partagea en deux le manteau qu'il avait sur lui, en donna une moitié au pauvre, et se recouvrit de l’autre moitié qui lui restait.

Martin est représenté à cheval, partageant sa chlamyde avec son épée, vitrail 20, .. Bien que n'étant que catéchumène, il est déjà représenté avec un nimbe, démontrant qu'il vit déjà selon l’Évangile. L'incident est supposé se situer à la porte d'Amiens, représentée ici assez symboliquement sur la droite.

Maître Jean Beleth dit que les rois de France ont coutume de porter sa chape dans les combats; de là le nom de chapelains donné aux gardiens de cette chape. (Légende dorée)

Le partage du manteau est le geste le plus connu de Saint Martin, celui qui est constamment reproduit dans l'iconographie, et qui constitue pratiquement l'attribut propre de ce saint. C'est cette scène que l'on désigne traditionnellement par « Charité de saint Martin ». Le manteau proprement dit appartenait à l'armée, mais chaque soldat était libre de le doubler à ses frais : Martin ne partage donc pas, il donne tout ce qui lui appartient.300px I-2 : Saint Martin endormi voit le Christ

La nuit suivante, il vit Jésus-Christ., revêtu de la partie du manteau dont il avait couvert le pauvre, et l’entendit dire aux anges qui l’entouraient : « Martin, qui n'est encore que catéchumène, m’a couvert de ce vêtement ».

Martin dort, allongé sur son lit. Au-dessus de lui, le Christ apparaît dans une sorte de mandorle horizontale, entouré de deux anges thuriféraires. Il tient dans sa main le pan du manteau, de la même couleur que celui qui revêt Martin, et n'en est plus vêtu. L'artiste semble avoir tenu compte d'une autre légende, voulant que Martin retrouve son manteau complet à son réveil ; le thème du don généreux rendu ensuite par le Christ lui-même est un thème hagiographique courant.300px I-3 : Baptême de saint Martin

Le saint homme ne s'en glorifia point, mais connaissant par là combien Dieu est bon il se fit baptiser, à l’âge de dix-huit ans, et cédant aux instances de son tribun, qui lui promettait de renoncer au monde à l’expiration de son tribunat, il servit encore deux ans.

Les légendes ne s'étendent guère sur le baptême de Martin représenté ici baptisé par un évêque. Derrière le célébrant, un clerc tient un plateau portant deux burettes, très certainement l'huile de la confirmation qui suit normalement le baptême des adultes. On le voit ici plongé à mi-corps dans un baptistère en forme de calice. Ce calice, destiné à recevoir le « sang du Christ » lors de l'eucharistie, rattache symboliquement et visuellement le baptême au sacrifice du Christ, selon l'épitre aux Romains : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c'est en sa mort que nous avons été baptisés? » (Rm 6:3). Au niveau du sol, une inscription précise « St Martinus ».

Dans la composition cruciforme, cet épisode prend la place centrale, soulignant l'importance du baptême dans la vie chrétienne.300px I-5 : L'évêque saint Hilaire de Poitiers. L'ordre de lecture est ici inversé, le panneau de droite se lisant avant celui de gauche. Il quitta donc le service pour se retirer auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers qui l’ordonna acolyte. [...] Lorsqu'il apprit que saint Hilaire revenait de l’exil, il partit au-devant de lui, et fonda un monastère auprès de Poitiers.

La tradition Vie de Saint Martin, Sulpice Sévère, traduction Richard Viot, Tour, 1864. veut que Martin n'ait accepté par humilité que la fonction d'exorciste, qui le mettait en contact fréquent avec le Démon. Entre la première et la deuxième rencontre de Martin et de Hilaire de Poitiers, Martin est allé tenter de convertir ses parents le long du Danube, et Hilaire était parti en exil à cause de ses positions contre l'Arianisme.

Le monastère qu'il fonde a été le premier à introduire la vie monastique en Gaule.300px I-4 : Il ressuscite un mort

Au retour d'un voyage hors de son monastère, il y trouva un catéchumène mort sans baptême. Il le porta dans sa cellule, et se prosternant sur son cadavre, il le rappela à la vie par sa prière. Cet homme avait coutume de dire, qu'après son jugement, il fut envoyé dans des endroits obscurs, quand deux anges suggérèrent au souverain juge que c'était pour lui que Martin priait. On leur ordonna donc de ramener cet homme vivant à Martin.

Le catéchumène étant mort sans baptême ne peut pas être enterré chrétiennement, son corps avait donc été laissé à l'extérieur de la ville. Sévère précise que Martin a été absent encore trois jours après la mort du catéchumène, ce qui fait un parallèle avec l'histoire de Lazare.

La Légende dorée place cette scène après la deuxième rencontre avec Hilaire de Poitiers, mais la scène des brigands qui lui fait suite dans le vitrail se place au contraire entre ces deux rencontres.

Deuxième croix : L'Évêque 300px vignette|200px II-1 : Attaque des brigands

Le Seigneur l’avertit dans un songe d'aller visiter ses parents qui étaient encore païens. En partant, il prédit qu'il aurait à endurer beaucoup d'adversités : en effet, au milieu des Alpes, il tomba entre les mains des voleurs; et l’un d'eux avait levé sa hache pour lui frapper la tête, quand un autre retint son bras : cependant on lui lia les mains derrière le dos, et il fut livré à la garde d'un voleur. Celui-ci lui demanda s'il avait éprouvé quelque crainte; Martin lui répondit que jamais il n'avait été si exempt d'inquiétudes, parce qu'il savait que la miséricorde de Dieu se manifeste principalement dans le danger. Alors il commença à prêcher le larron qu'il convertit à la foi de Jésus-Christ. Cet homme remit Martin sur son chemin, et termina dans la suite sa vie avec édification.