Jules André Saglio, dit Jacques Drésa ou Drésa, né le à Versailles et mort le à ParisArchives de Paris, Paris 07, acte 1115., est un peintre, décorateur et costumier français.
Commissaire du gouvernement français pour les expositions des Beaux-Arts de 1890 à 1921, il créa les décors et les costumes de nombreux spectacles au théâtre des Arts de 1910 à sa mort.
Biographie
Famille et formation André Saglio est né à Versailles, le . Son père Edmond Saglio est le gendre d'Édouard Charton, homme politique et fondateur-rédacteur du Magasin Pittoresque et du Tour du monde. Edmond Saglio est l’auteur principal du Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines. D’abord conservateur au musée du Louvre, il est directeur-conservateur du musée de Cluny de 1893 à 1903 ; il y jouit d’un appartement de fonction : ses fils logent au-dessus des salles de collection, domaine fantastique et merveilleux.
Chez les Saglio, André est entouré d’artistes : les peintres Camille et Thérèse Saglio, cousins de son père et leur gendre Alfred Parent de Curzon. Son frère aîné Édouard choisit le métier de peintre, et Charles, le plus jeune, pratique l’aquarelle.
André Saglio n’a pas connu le frère de son grand-père, le peintre Ernest Charton, qui fit carrière au Chili et en Argentine.
Il est élève à l’École alsacienne et au lycée Henri IV à ParisÉcole alsacienne. . Paris 1873-1898, , liste des élèves (1873-1898).. Bachelier-ès-lettres, il prend un engagement conditionnel d’un an au d’artillerie en 1888.
Au ministère des Beaux-Arts En 1889, André Saglio est attaché au ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts pour l’Exposition universelle de Paris. En , son affectation est confirmée après réussite d’un concours où il se classe troisième : il est nommé rédacteur au ministère des Beaux-Arts. En 1894, son ouvrage Maisons d’hommes célèbres est couronné par le prix Saintour de l’Académie française.
En 1897, André Saglio est adjoint du commissaire des Expositions, Henri Giudicelli, pour l’Exposition internationale de Bruxelles. La France y envoie . Parmi eux, le cousin Alfred de Curzon, et un groupe de jeunes peintres qu’on appellera « la Bande noire », ou, plus justement, « les peintres intimistes » : Lucien Simon, René Cottet, André Dauchez, René-Xavier Prinet qui resteront des amis proches d’Édouard et André Saglio. Ces artistes se retrouvent aussi aux cimaises de l’exposition annuelle du Carnegie Institute of Art de Pittsburgh« The Carnegie Institute of Art. The Third Annual Exhibition held at the Carnegie Institute. November 3, 1899 », The Pittsburg Press, , : Annual exhibition at Carnegie Art galleries..
Les échanges d’œuvres et d’artistes sont alors fréquents entre la France et les États-Unis. André Saglio facilite les démarches des Américains à Paris sur un mode de relations amicales, comme en témoignent ses échanges avec John White Alexander« John W. Alexander », in: Lettres d’André Saglio à Augustus Saint-Gaudens, , , . Rauner Special Collections Library, Dartmouth College (New Hampshire)., membre du jury du Carnegie Institute, l'éditeur d'art Robert BarrieRobert Barrie est le fils de l’éditeur d'art George Barrie, (voir 4. Écrits…). Dans son livre de souvenirs My Log, 1917, , il décrit André Saglio lors de leur première rencontre en 1899 : . Barrie apparaît dans les Lettres d’André Saglio à Saint-Gaudens, et . Rauner Special Collections Library. Dartmouth College (New Hampshire)., la journaliste Katharine DeForestKatharine DeForest est une journaliste américaine qui vit à Paris de 1899 à 1903. Dans une de ses chroniques, elle relate les entrevues d’André Saglio avec la Grande-Duchesse Vladimir et avec le tsar, lors de sa mission à Saint-Pétersbourg en 1899 (cf. « Our Paris letter », Harper’s Bazar, ). Elle le remercie dans l’introduction de son livre : , 1900, Doubleday, Page & Co, New York, Londres. Le roman à clés de Thérèse Bentzon Malentendus (Revue des Deux Mondes, octobre 1899 – quinzaine) mettrait en scène Katharine DeForest et André Saglio (The New York Times, , Books and their makers)., l’actrice et décoratrice Elsie de WolfeElsie de Wolfe et Bessy Marbury, in : Lettres d’André Saglio à Augustus Saint-Gaudens, , et , Rauner Special Collections Library, Dartmouth College (New Hampshire)., le sculpteur d’origine française Augustus Saint-GaudensAugustus Saint-Gaudens, 11 lettres d’André Saglio à Augustus Saint-Gaudens 1900-1904, Rauner Special Collections Library, Dartmouth College (New Hampshire). et son assistant John FlanaganJohn Flanagan, in : Lettres d’André Saglio à Augustus Saint-Gaudens, , , Rauner Special Collections Library, Dartmouth College (New Hampshire)..
En 1904, l'Exposition universelle célèbre à Saint-Louis (Missouri), l’achat à la France du territoire de Louisiane. André Saglio est chargé de l’expédition et de la présentation des œuvres d’art au pavillon français ; il écrit à Saint-Gaudens : . Le , douze Français et Françaises embarquent avec lui au Havre sur La Lorraine, dont Jules Vacherot, jardinier en chef de la Ville de Paris et ses six aidesNew York Passenger list. SS La Lorraine : .. Le catalogue de l’Exposition, section française, mentionne la liste de 650 tableaux à l’huile et aquarelles . Le pavillon français est ouvert au public par quelques mots d’André Saglio le Los Angeles Herald, Volume XXXI, , – German Royalty Coming Hither - ( : )..
Une petite exposition au Art Institute of Chicago fait suite en 1905 : Paintings of Contemporary French Artists, 36 tableaux rassemblés par André Saglio, œuvres de 21 peintres dont Edmond Aman-Jean, Albert Besnard, Charles Cottet, André Dauchez, George Desvallières, René Ménard, René-Xavier Prinet, Édouard Saglio, Lucien SimonCatalogue of an Exhibition of Paintings of Contemporary French Artists, The Art Institute of Chicago, 1905..
André Saglio voyage avec ses amis peintres : en 1906, il va en Italie du Nord, à Venise, avec les époux Prinet et George Desvallières. En mai-, c’est un périple en Espagne, avec les Prinet et les Desvallières : Valladolid, Avila, Escurial, Ségovie, Tolède, Saragosse, Barcelone. En 1912, on le retrouve en Algérie avec les Prinet : Tipaza, Boghari, Constantine. Les étés, les amis se réunissent à Cabourg, autour des Prinet dans leur villa le Double-Six, et poussent jusqu’au Finistère, pays familial des Dauchez et des Lucien Simon. André Saglio aura désormais plein usage d’une petite maison de campagne, La Drésarde, voisine de la maison des Prinet à Bourbonne-les-Bains.
La Vie parisienne Charles Saglio a racheté La Vie parisienne en 1907. Pour ce magazine, il signe en 1909 sous le nom de plume de Drésa un roman à clés, fantaisiste et brouillon : La foire aux chefs-d’œuvre. .
En 1907, Jacques Rouché acquiert La Grande revue. Il y attire nombre d’écrivains, critiques d’art, artistes : Jacques Drésa est l’un d’eux. Jacques Rouché a coutume de les réunir à dîner, les mercredis, avec des hommes politiques et autres gens remarquables. André Gide raconte une de ces soirées où Saglio provoque son agacement par un adressé à Gabriele D'AnnunzioGabriele D'Annunzio, Journal 1889-1939. André Gide, NEF, Bibliothèque de la Pléiade, 1948, ..
En 1910, Jacques Rouché loue pour trois saisons le théâtre des Arts. Pour la vingtaine de créations qu’il y donnera, il engage ses dessinateurs, dont certains comme René Piot, Maxime Dethomas ou Drésa n’ont jamais travaillé pour le théâtre. Drésa débute dans cette nouvelle carrière avec Le Sicilien ou l’Amour peintre comédie de Molière, ballet de Lulli, décor et costumes de Drésa, le . Reynaldo Hahn en livre une vive critique le lendemain : . Il accorde cependant à Drésa le charme du décor et des couleurs des costumes : . Les créations du théâtre des Arts auxquelles Drésa participe se succèdent. Le : La Nuit persane, comédie en deux actes de Jean-Louis Vaudoyer, scénographie et costumes de Jacques Drésa. Le : Les Fêtes d’Hébé, opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau, décors et costumes de Drésa. La même année, Pupazzi ballet en un acte sur la musique de Florent Schmitt. vignette|redresse|Laideronnette, impératrice des pagodes, costume pour Ma mère l'Oye, ballet de Maurice Ravel (1912), localisation inconnue. En , André Saglio travaille sur une œuvre de Maurice Ravel, une idée de Jacques Rouché : un ballet, d’après la suite pour piano à 4 mains Ma mère l'Oye. La première représentation a lieu le . Le , Maurice Ravel exprime sa joie dans une lettre à Rouché : . L'exécution des décors a été réalisée par un autre décorateur de talent, Georges Mouveau, qui a d'ailleurs collaboré à plusieurs reprises avec Dresa sur d'autres spectaclesMaurice Ravel, Lettres, récits, entretiens, présentés et annotés par Arbie Orenstein, Flammarion, 1989, : lettres 90.91.92 ; et . Arguments de Ballet : Ma mère l’Oye ..Roland-Manuel dira plus tard : . Drésa a trouvé son style.
Suit aussitôt une commande de la danseuse russe Natalia Trouhanova sur les Valses nobles et sentimentales pour piano de Maurice Ravel. Trouhanova réunit quatre œuvres pour son concert de danse, organisé par Jacques Rouché au Châtelet. La première a lieu le . Les quatre compositeurs dirigent eux-mêmes chacun son œuvre : Vincent d'Indy, Istar ; Florent Schmitt, La Tragédie de Salomé ; Paul Dukas, La Péri ; Maurice Ravel : Adélaïde ou le langage des fleurs. Adélaïde est la version ballet des Valses nobles et sentimentales, une intrigue en 8 tableaux, située vers 1820, décor et costumes de DrésaMaurice Ravel, Lettres récits, entretiens, présentés et annotés par Arbie Orenstein. Flammarion 1989. Arguments de ballet : Adélaïde ; note 4 : ..
Entre temps, Drésa expose des dessins, du au , à la galerie J. Moleux et à Paris. Avant la fin de bail du théâtre des Arts, Drésa fournit décors et costumes de deux spectacles : le , Les Aveux indiscrets opéra-comique de Monsigny (1759)« Les Aveux indiscrets au Théâtre des Arts », Le Figaro, , in : Spectacles de musique, et Courrier du théâtre. et fin mai La délivrance de Renaud, ballet du roi, reconstitué par Louis Laloy et Pierre Quillard« Dix spectacles de musique au Théâtre des Arts de décembre 1912 à mai 1913 », Le Mercure musical, vol. 8, .. vignette|redresse|Illustration pour La Gazette du Bon Ton. Drésa fait désormais partie du Tout-Paris : aimable causeur, on le voit chez madame Lucien Muhlfeld, chez Marguerite de Saint-MarceauxMarguerite de Saint-Marceau, Journal 1894-1927, Fayard, 2007, ., en compagnie de Paul Morand parmi les Français de VenisePaul Morand, Venises, Gallimard, 1971, ., chez Misia Sert avec Jean CocteauPaul Morand, Journal d’un attaché d’ambassade, 1948, Gallimard, « La Table ronde », .. Il dessine, pour La Gazette du Bon Ton fondée en 1912 par Lucien Vogel (avec le soutien de Paul Poiret), des gravures de mode légendées avec humourFrancis Carco, Les humoristes, 1921. Chp IV : « L’humour en 1914 » ; Chp IX : « Les fantaisistes ».. Jacques Drésa y apparaît avec des artistes de renom : George Barbier, André Édouard Marty ou Georges Lepape, entre autres. La revue donne alors le « la » des élégances parisiennes.
L’Exposition universelle de Gand se tient du au . La présentation des œuvres d’art a été confiée à André Saglio. Il traite les dix salles d’exposition comme des salons élégants et luxueux : .