Léonie Chaptal, née Marie Léonie Chaptal de Chanteloup le à Cosne-d'Allier (Allier) au château de Petit-Bois et morte le à la Maison de santé Bizet, Paris 16ème, est une philanthrope française, fondatrice d’œuvres, promotrice de la profession d’infirmière et d’assistante sociale, présidente fondatrice de l’Association nationale des infirmières diplômées de l’État français et de la fondation portant son nom considérée encore aujourd'hui comme l'une des plus anciennes structures au patrimoine mondial de la santé publique, dont le siège se trouve à Sarcelles, à proximité de Paris en France.

La fondation Léonie Chaptal conserve le fonds historique le plus important en matière d'histoire infirmière (revues, articles, correspondances internationales au service de la recherche). Plus connue pour son implication centrale au service de la profession infirmière elle est aussi considérée comme une précurseure dans la création des logements sociaux avec la construction de logements porte de Vanves comme l'attestent des correspondances avec le président Millerand.

Biographie

Léonie Chaptal est née dans une famille française noble, célèbre pour sa participation à la vie politique : arrière-petite fille de Jean-Antoine Chaptal, ministre de l’Intérieur de Napoléon Bonaparte et scientifique, et petite-fille de Jean-Baptiste Marie Chaptal de Chanteloup, industriel. Son père est l'homme politique Victor René Chaptal de Chanteloup (1821-1901). Sa mère est la fille d’un banquier russe de confession juive, Léon Raffalovitch : elle se convertit au catholicisme et est très pieuse.. Léonie, une des dernières d’une grande fratrie, passe une enfance chétive. Elle est éduquée par des précepteurs. Un de ses frères, Emmanuel Chaptal, ordonné prêtre en 1897, est vicaire de la paroisse Notre-Dame-du-Travail de Plaisance dans le arrondissement de Paris et collaborateur de l’abbé André Soulange-Bodin.. Autour de 30 ans, Léonie, après le décès de sa mère et n’ayant ainsi plus d’obligations familiales, vient s’installer auprès de lui afin de fonder des œuvres dans ce quartier populaire et miséreux de Plaisance.. Léonie est très croyante, mais ne se rattache à aucun ordre religieux ni à un tiers ordre. Elle reste très discrète sur son engagement religieux.

Sa formation Elle ressent la nécessité de s’instruire pour mener à bien ses actions. En 1899, elle obtient le diplôme Croix-Rouge de la Société de secours aux blessés militaires (SSBM), qui lui donne une teinture de formation infirmière. Elle poursuit une double formation, celle d’institutrice publique – elle passe le brevet de capacité pour l’enseignement primaire à l’Académie de Paris le – et celle d’infirmière à l’École municipale d’infirmiers et d’infirmières de l’hôpital de la Pitié – elle passe le certificat d’aptitude le Léonie Chaptal, « Une école d’infirmière en 1903. Journal d’une élève infirmière », 15 janvier 1904, 409-433.. Elle publie un article acerbe dans la Revue des deux Mondes, le , où elle fait le récit de cette expérience. De 1902 à 1904, elle enseigne dans un établissement libre de jeunes filles : le cours Valton situé 4, rue d’Assas, Paris VIe. En , elle visite quelques hôpitaux à Londres pour y étudier l’organisation des soins.

Engagements Fondations thumb| Emmanuel Chaptal. À Paris, Léonie seconde son frère, l'abbé Emmanuel Chaptal, dans la fondation de nombreuses œuvres sociales et dans la transformation de la paroisse Notre-Dame-du-Travail en laboratoire pour le catholicisme social.. Elle est à l’origine de nombreuses œuvres sociales désormais disparues et d’une école de formation de personnel infirmier toujours active, qui a déménagé à Sarcelles en 1973. En 1990, cette école devient la Fondation Léonie Chaptal.

Pour fonder ses œuvres, elle fait appel à de généreux philanthropes, mais surtout elle puise dans sa fortune personnelle, ce qui lui laisse une grande liberté. Elle crée avec le Dr Gabriel-Paul Ancelet l’Assistance maternelle et infantile de Plaisance en 1901, qui consiste en un jardin d’enfants situé au 64 bis, rue Vercingétorix, dans le , et en des consultations médicales assurées par le Dr Gabriel-Paul Ancelet. Quelques années plus tard, elle y adjoint un modeste hôpital où elle peut accueillir quelques enfants malades. Toujours en 1901, elle fonde l’Œuvre des logements insalubres de Plaisance pour procurer à des familles nombreuses des logements, à loyer modeste, salubres et sains qui donnent accès à des équipements collectifs (lavoirs et séchoirs). La Société coopérative de consommation de Plaisance ouvre un magasin coopératif, la Vie familiale, à proximité. En 1901 encore, elle initie l’Œuvre des tuberculeux adultes au 64, rue Vercingétorix, reconnue d’utilité publique dès 1903.. Quelques années plus tard, elle ouvre le préventorium de la Tourelle à Ballainvilliers.. .

En 1905, c’est munie de ces formations que Léonie prend en charge la direction d’une école d’infirmières, la Maison-école, qu’elle ouvre rue Vercingétorix, près de la porte de Vanves, à Paris. Les deux premières élèves sont Marie-Louise Fumey et Anna Kauffeld. La première devient monitrice pendant huit ans à la Maison-École. Après avoir été infirmière pendant la guerre, elle est nommée directrice de l’hôpital civil et de l’École municipale d’infirmières de Reims. La seconde, venue du Luxembourg, repart y organiser un service d’infirmières visiteuses. Léonie adjoint à son école d’infirmières une école d’application du service social, où elle forme en petit nombre des travailleuses sociales. À Plaisance elle rencontre ses voisines, Andrée Butillard et Aimée Novo, qui fondent le premier syndicat des ouvrières à domicile. En 1907, elle participe au congrès international de nursing., qui se tient au Musée social, aux côtés de Gabrielle Alphen-Salvador, de l’Association d’assistance aux malades (Adam) et du Dr Anna Hamilton, de la Maison de santé protestante de Bordeaux-Bagatelle (MSP). . Les congressistes visitent ses réalisations dans le arrondissement.. Léonie se rend à Copenhague en 1910 au Congrès d’assistance publique et privée, pour prononcer une conférence dans laquelle elle dresse un bilan partial de l’enseignement infirmier en France..

Participation au Conseil supérieur de l'Assistance publique En 1910, à Paris, au congrès de l’Alliance d’hygiène sociale, elle présente l’Œuvre des tuberculeux adultes, qu’elle situe dans la continuité des dispensaires, ceux du Dr Albert Calmette à Lille, du Pr Jules Courmont à Lyon, du Dr Jacques Frottier au Havre, et des sanatoriums tels que celui de Bligny, construit par la Société des sanatoriums populaires pour les tuberculeux adultes de Paris. Elle se présente ainsi comme une des personnes à la pointe du progrès dans la lutte contre la tuberculose en France. En 1913, elle est appelée à siéger au Conseil supérieur de l’Assistance publique., tribune qui lui permet de développer ses conceptions sur bien des sujets de santé publique. A la même année, elle participe aux débuts de l’Association des infirmières visiteuses de France (AIV) aux côtés de Berthe de Ganay, Renée Lydie Charlotte Marguerite Loppin de Montmort et Marie Diémer. Nommée vice-présidente, elle démissionne dès les premiers mois. Léonie Chaptal ne veut pas d’une section de l’AIV dans le XIVe car elle considère que c'est le quartier où ses œuvres s'épanouissent, elle ne tolère pas la concurrence. C’est le seul arrondissement de Paris où l’AIV ne forme aucun groupe. En 1917, la mission Rockefeller, financée par la Fondation Rockefeller, arrive en France pour organiser la lutte contre la tuberculose.. Son président, Hermann Biggs, salue son autorité et son leadership : c’est .

Elle ouvre un sanatorium à Verneuil-sur-Avre (Eure) pour accueillir des malades de l’Œuvre des tuberculeux adultes. En outre, on y soigne des malades du premier centre social, la Résidence sociale de Levallois-Perret, fondée par Marie-Jeanne Bassot et Mathilde Girault. D’après sa secrétaire, Marguerite Peltier, Léonie Chaptal participe à l’élaboration des lois suivantes : loi du , dite loi Strauss, sur les femmes en couches : cette loi contribue au développement des infirmières visiteuses de l’enfance telles qu’elles existent dans l’Œuvre d’assistance maternelle et infantile de Plaisance ; ainsi que les lois du sur la création de dispensaires d’hygiène sociale pour lutter contre la tuberculose, dite Loi Bourgeois, et du , dite loi Honnorat, sur la création de sanatoriums. En , elle présente un rapport au Conseil supérieur de l’Assistance publique sur la nécessité de réglementer l’exercice de la profession d’infirmière en France. Le , un décret organise la profession d’infirmière en instituant un brevet de capacité professionnelle permettant de porter le titre d’infirmière diplômée de l’État français. En 1923, un brevet de capacité est créé pour les infirmières visiteuses, avec différentes spécialités : l’enfance, la tuberculose et les maladies vénériennes. Léonie est vice-présidente du Conseil de perfectionnement des écoles d’infirmières. À partir de 1925, elle est déléguée adjointe nommée par le gouvernement français au Comité de protection de l’enfance de la Société des Nations..

Association nationale des infirmières diplômées de l’État français (Anidef) Le numéro 1 de la revue professionnelle L’Infirmière française paraît en avril 1923. Cette revue est fondée par des médecins : le professeur Albert Calmette, les docteurs Pierre Lafosse et Louis Cruveilhier. Ce n’est que quelques mois plus tard que Léonie entre au comité de rédaction. Voir aussi ..

En , elle prend complètement en charge la revue, qui porte la mention : organe officiel de l’Association nationale des infirmières diplômées de l’État français (Anidef). Elle est directrice de la collection « La bibliothèque de l’infirmière » chez Poinat. Léonie Chaptal crée le une association professionnelle visant à regrouper les infirmières titulaires des diplômes officiels : l’Anidef, dont elle assure la présidence. Le siège social de l’Anidef est situé dans les bureaux de l’éditeur de la revue L’Infirmière française, A. Poinat, 21, rue Cassette, Paris VIe. L’originalité de cette association professionnelle est de se présenter comme neutre, n’affichant pas de tendance confessionnelle. Elle est concurrente d’une association professionnelle née dans la mouvance du protestantisme : le Conseil national français des directrices d’hôpitaux, fondé par le Dr Anna Hamilton, représentant la France à l’International Council of Nurses (ICN)., et de deux associations professionnelles catholiques : l’Union catholique des services de santé (UCSS) et l’Union des auxiliaires sociales (UAS).. L’Anidef regroupe des catholiques et des protestantes, des laïques et des religieuses : Marie-Louise Fumey, Jeanne de Joannis, Marguerite Grenier, Eva Durrleman et Thérèse Matter, mère Catherine d’Ornellas de Saint- Joseph de Cluny, mère Stéphanie des Filles de la Sagesse de Nantes. L’association compte 3000 membres en 1930.