Richelieu - Bibliothèques, musée, galeries désigne un complexe architectural situé dans le deuxième arrondissement de Paris, délimité par les rues de Richelieu, Vivienne, Colbert et des Petits-Champs. Ce découpage géométrique donne au site sa dénomination de « Quadrilatère Richelieu ».

Le cœur historique du site date de la première moitié du et comprend une partie du palais du cardinal Mazarin. À partir de 1721, la Bibliothèque royale s'installe dans certaines ailes du bâtiment, qu'elle partage avec d'autres institutions, telles que la Bourse. Des travaux d'agrandissements sont menés au cours du sous l'égide de Robert de Cotte ou encore de Jacques V Gabriel, mais il faut attendre la première moitié du pour que la Bibliothèque récupère l'intégralité du site. Le est marqué par une importante période d'aménagements et de modernisations, dont la plus emblématique demeure la réalisation de la salle de lecture à coupoles par l'architecte Henri Labrouste. Ses successeurs Jean-Louis Pascal, Alfred Recoura et Michel Roux-Spitz achèvent de donner au site sa physionomie actuelle, notamment par l’adjonction de la salle Ovale qui complète le dernier quart du quadrilatère.

La deuxième moitié du est marquée par un accroissement exponentiel des collections qui aboutit à la décision de transférer les Imprimés vers un nouveau site établi dans le treizième arrondissement de Paris. Le départ du département des Imprimés de la Bibliothèque nationale et la construction de la Bibliothèque François-Mitterrand dans le quartier de Tolbiac ne laisse à Richelieu que les départements spécialisés de la BnF. Après ce grand bouleversement, le début du est marqué par l'initiative d'un véritable renouveau du site.

Des travaux de rénovation sont engagés ( : 2010-2016 ; : 2017-2022), qui voient les bibliothèques de l'Institut national d'histoire de l'art et de l'École nationale des chartes rejoindre le quadrilatère Richelieu. Une nouvelle dimension muséale, liée aux spécificités des collections conservées à Richelieu, est adjointe au projet. À l'issue de la première phase des travaux et de la réouverture partielle du site en , le site prend le nom de « Richelieu - Bibliothèques, musée, galeries ».

Histoire thumb|220px|Parcellaire du quadrilatère de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu. Parcellaire du quadrilatère de la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu L'étude de l'histoire du parcellaire du quadrilatère de la Bibliothèque nationale de France a été faite par Maurice Dumolin dans ses Études de topographie parisienne et a été reprise par Jacques Hillairet dans la rue de Richelieu, entre la rue neuve des Petits-Champs, la rue de Richelieu, la rue Vivienne et la rue Colbert. Parcelle A : elle est vendue le par Louis Le Barbier à Charles Duret, seigneur de Chevry, président de la chambre des comptes et contrôleur général des finances, pour . Il fait construire un hôtel par Jean ThiriotJean-Pierre Babelon, Demeures parisiennes sous Henri IV et Louis XIII, Hazan, Paris, 1991, , , au . Charles Duret meurt en 1636 alors que l'hôtel est à peine terminé. Son fils le vend en 1641, pour , à Jacques Tubeuf, président de la chambre des comptes, familier du cardinal Mazarin. Après la mort de Louis XIII, le , la reine Anne d'Autriche le nomme président du conseil de régence et premier ministre. La reine s'installe au palais Cardinal. Mazarin loue et s'installe en dans l'hôtel Tubeuf. Jacques Tubeuf le lui revend en 1649 pour devenir le palais MazarinLouis Battifol, Les origines du palais Mazarin, dans Gazette des beaux-arts, janvier 1908, (lire en ligne). Parcelles B : Jacques Poitevin, secrétaire du roi, puis président de la cour des monnaies, a acheté, en 1634 et 1636, les deux parcelles à Louis Le Barbier et Pierre Feydeau. Il a vendu ces parcelles en 1644 au cardinal Mazarin. Parcelle C : le cardinal Mazarin l'a achetée en 1646 et 1647 au sieur Pierre Dufos, secrétaire du roi, qui l'avait achetée en 1634-1635. La rue Colbert partage aujourd'hui cette parcelle. Parcelles D et E : ces parcelles ont été vendues en 1635 par Louis Le Barbier à Claude de Bullion, garde des sceaux des ordres du roi, pour , mais il les a rachetées en 1637 pour . La parcelle D est vendue en 1638 à Guillaume Brisacier qui les revend en 1642 à Jacques Tubeuf qui y a fait construire trois maisons par Pierre Le Muet. Jacques Tubeuf loue la maison au au cardinal Mazarin et habite dans les autres maisons qui sont alors appelées le petit hôtel Tubeuf. Il est acheté en 1649 par le cardinal Mazarin. Jacques Tubeuf s'est alors fait construire un hôtel au rue Vivienne. La parcelle E : La liquidateur des biens de Louis Le Barbier, Lemassonet, vend la parcelle au cardinal Mazarin en 1643. vignette|302x302px|Le palais Mazarin tel qu'il devait se présenter au .|gauche En 1649, le cardinal Mazarin est propriétaire de l'ensemble des parcelles du quadrilatère de l'actuelle Bibliothèque nationale de France, site Richelieu. Le cardinal Mazarin a fait aménagé le grand hôtel Tubeuf qui est devenu le palais Mazarin. En 1644-1646, il fait construire par François Mansart les deux galeries superposées (galerie basse ou galerie MansartBnF multimédia : galerie Mansart, galerie haute ou galerie MazarineBnF multimédia : galerie Mazarine) en prolongement de l'aile de gauche du grand hôtel Tubeuf. Il fait construire le long de la rue de Richelieu. Le devis et le marché de maçonnerie de ce bâtiment de de long ayant un seul étage est établi en retour du petit hôtel Tubeuf « par les sieurs Pierre Le Muet et Maurice Valpergue, architectes et ingénieurs du roi ». Le devis a été signé par le maître maçon Nicolas Messier, le Claude Mignot, « Première bibliothèque Mazarine, rue de Richelieu », dans Les bibliothèques parisiennes. Architecture et décor, Action artistique de la Ville de Paris, Paris, 2002, , .. Il en subsiste le . Il y a installé ses écuriesUn premier marché avait été passé, en 1645, par Jacques Tubeuf pour la création d'écuries à l'emplacement de l'ancien hôtel de Madame Lambert. Elles étaient longues de et pouvaient accueillir 100 chevaux (Françoise Bléchet, « La Bibliothèque royale du à 1789 », dans Les bibliothèques parisiennes. Architecture et décor, Action artistique de la Ville de Paris, Paris, 2002, , ) et les communs dans la partie nord, et dans la partie restante, au premier étage, sa bibliothèqueBulletin des bibliothèques de France : Knud Bøgh, La première salle de lecture du cardinal Mazarin et son architecte Pierre Le Muet dont il a confié la garde à Gabriel Naudé dès 1642 qui avait publié en 1627 Advis pour dresser une bibliothèque Gabriel Naudé, Advis pour dresser une bibliothèque , chez François Targa, Paris, 1627 (lire en ligne). Il a probablement participé à l'aménagement de la bibliothèque. En 1649 est construite la Traverse reliant l'ancien hôtel de Chevry au bâtiment de la rue de Richelieu, puis aménagé le petit hôtel à l'angle des rues de Richelieu et Neuve-des-Petits-Champs ou petit hôtel de la Bibliothèque. Jean-Baptiste Colbert a fait ouvrir, en 1682, la rue Neuve Mancini qui a pris le nom de Colbert après sa mort, en 1683. Elle débouche sur la rue de Richelieu par une arcade, l' arcade Colbert.

Du palais Mazarin à la Bibliothèque royale L'histoire du site commence en 1635, lorsque Charles Duret de Chevry fait construire un hôtel particulier à l'angle des rues Vivienne et des Petits-Champs, sur une parcelle du fief de la Grange-Batelière. La construction et probablement la conception de l'hôtel de Chevry ont été confiées à Jean Thiriot. En 1641, l'hôtel devient la propriété de Jacques Tubeuf, nommé la même année à la charge d’intendant et contrôleur général des finances, qui laisse son nom à l'édifice. En 1643, le cardinal Mazarin loue l'hôtel Tubeuf pour y abriter ses collections, déjà opulentes, et sa bibliothèque naissante. Mais le cardinal ne réside pas dans cet hôtel qu'il utilise avant tout comme une retraite où « il était parfois bien aise de se reposer » et où il installa par la suite ses neveux et nièces, dont la célèbre Hortense Mancini. En 1649, Mazarin fait l'acquisition de l'hôtel dont il avait déjà fait réaliser des extensions par Mansart et par Le Muet. En effet, dès 1644 Mansart a édifié les deux galeries superposées, conservées aujourd'hui, qui constituent le cœur du palais cardinalice. Puis, en 1646, Le Muet initie la grande aile de de long à l'ouest de la propriété, prévue pour accueillir les écuries au rez-de-chaussée et la bibliothèque du cardinal à l'étage. Achevée en 1648, elle est complétée d'une aile de traverse qui la relie aux galeries de Mansart. Ce premier ensemble constitue le palais Mazarin. Par un brevet royal signé par Louis XIV, le , entérine la « donation faite au public par Monsieur le cardinal Mazarini en datte de ce jourd’huy de sa bibliothecq[ue] », en la plaçant sous sa protectionSordet, D’un palais (1643) l’autre (1668) : les bibliothèques Mazarine(s) et leur décor, janvier 2015. Cette bibliothèque développée par Gabriel Naudé, qui avait rassemblé plus de , est saisie et vendue pendant la Fronde, en 1652. Il la reconstitue après son retour à Paris. vignette|302x302px|Jules Mazarin dans la galerie Mazarine vers 1659, par Robert Nanteuil.

À la mort du cardinal en 1661, le palais est partagé entre son neveu Philippe Mancini et sa nièce Hortense Mancini, mariée au duc Armand-Charles de La Porte de La MeillerayeHenri Lacaille, « Le partage du palais Mazarin à la mort du cardinal », dans La correspondance historique et archéologique, année, 1900, (lire en ligne). Philippe, titré duc de Nevers, reçoit l'aile construite par Le Muet côté rue de Richelieu, qui prend le nom d'hôtel de Nevers, et un des petits hôtel attenant rue des Petits-Champs. Hortense et son époux, portant désormais le titre de duc de Mazarin, héritent de l'hôtel Tubeuf, de l'aile Mansart qui abritait les galeries d’œuvres d'art du cardinal, et de deux autres petits hôtels attenants rue des Petits-ChampsAlexandre Gady, « Formation et déformation d'un monument parisien », Richelieu. Quatre siècles d'histoire architecturale au cœur de Paris, dir. Aurélien Conraux, Anne-Sophie Haquin et Christine Mengin, BnF Éditions/INHA, , 2017. Si une grande partie des œuvres d'art reste sur le site, la bibliothèque du cardinal rejoint quant à elle le collège des Quatre nations, fondé par Mazarin, qui s'y fait inhumer.

Le palais Mazarin ne connait pas de grande modification durant les décennies qui suivent. Il n'en demeure pas moins un lieu réputé, notamment pour ses plafonds peints par Romanelli et Grimaldi, et les collections somptueuses constituées par le cardinal. C'est là que fut logé le Bernin lorsqu'il vint à Paris pour étudier le projet d’édification de la façade est du Louvre en 1665. La renommée des collections ne suffit cependant pas à les mettre à l'abri de la pudibonderie de leur nouveau propriétaire, le duc de Mazarin. Le couple Mazarin est en effet mal assorti, Hortense Mancini aimant la fête et les arts, Armand-Charles de La Porte étant plutôt proche du parti des dévots. Ce dernier n'hésite pas à faire couvrir les nudités de certains antiques du cardinal de chastes chemises de plâtreArch. Nat., KK. 600, f° 329r-379v. : « Procès-verbal de destruction des statues du Palais Mazarin », 28 octobre 1670.. La situation s'aggrave après 1668, alors qu'Hortense Mancini a quitté le domicile conjugal et s'est réfugié chez sa sœur à Rome. Le caractère du duc de Mazarin ne s'améliore pas. Pris d'un excès de rage, il ordonne de faire mutiler un nombre important de sculptures et de peintures du cardinal conservées dans les galeries. Le fait remonte aux oreilles du roi, lequel assigne le duc à résidence et envoie des commissaires faire un constat des dégâts.