André-Guillaume Contant d'Orville, né André-Guillaume Contant de La MolièreSon nom complet est donné sur l'acte de baptême de Guillaume-Antoine Moylin, registre de la paroisse Saint-Étienne de Lille, Lire en ligne., dit Dorville ou D'OrvilleMais lui écrit toujours Dorville, sans apostrophe., né vers 1716Il a 22 ans quand il se marie en 1738. et mort le à Paris, est un écrivain, acteur et dramaturge, romancier, polygraphe et compilateur français.
Biographie Dorville joue avec sa troupe à Lille en 1744, à Nantes en 1747., à Rouen de 1747 à 1749, à Amiens en 1749, parcours caractéristique de l'itinérance des directeurs de troupes théâtrales au ..
Son épouse, Marguerite Didié (Deydier), originaire de Lyon, meurt à Rouen le .Acte de décès en ligne, Archives départementales de la Seine-Maritime..
Le , Dorville est pourvu par brevet royal du privilège des spectacles à Versailles ; un terrain compris entre la place d'Armes, la Petite Écurie et l'avenue de Sceaux lui est concédé pour y construire un théâtre. En avril-, sa troupe est à Dijon et y joue Le Tartuffe, Le Français à Londres et un ballet Les Savoyards.. À Versailles, alors que commencent les travaux de construction de la nouvelle salle, il fait jouer des pièces dans une salle rue d'Anjou ; le il y fait représenter un divertissement, Heureux événement ou le Bienvenu, écrit par Armand et Derozée pour la naissance du duc de Bourgogne, fils du dauphin Louis de France, qui mourra en bas âge ; la pièce est imprimée l'année suivante en 1752 et porte l'adresse . À partir d', Contant d'Orville accumule les dettes, les recettes des spectacles ne sont pas celles espérées, et Louis XV, qui estime que la salle de spectacle en construction (à l'emplacement du 31 de l'actuelle rue Saint-Honoré), à côté de la Petite Écurie, nuit à la perspective de la place d'Armes, fait révoquer la concession qui lui avait été accordée ; les entrepreneurs sont indemnisés de leurs avances par la Prévôté de Versailles en . Contant d'Orville, criblé de dettes, quitte Versailles..
De 1756 à 1759, il joue au théâtre d'Anvers, dans la troupe de Pompeati et de François Quinault ; le , sa comédie-ballet Le Plaisir et la Reconnoissance y est représentée avec Joseph Patrat dans le rôle principal .. Puis il dirige seul la troupe et fait banqueroute.
En 1761, il produit deux « certificats de vie », l’un delivré par le consul général de France à Saint-Pétersbourg, le ; l’autre établi à Düsseldorf, le Archives nationales de France, Minutier central des notaires de Paris, MC/ET/XXX/365, 30 janvier 1761.. Dans ces deux documents, Contant est qualifié d’écuyer, ce qui veut dire qu’il est noble.
Dans leurs Anecdotes dramatiques publiées en 1775, Joseph de La Porte et Jean-Marie-Bernard Clément signalent sa L'Opéra aux enfers en 1763, mais Lire en ligne p. 441.. Sa tragédie Balthésie, consacrée à l'accession au trône de l'impératrice Catherine II de Russie, est jouée à Lille en 1745 et en 1769. mais n'a pas été publiée ; le manuscrit, une copie autographe, exemplaire de dédicace relié aux armes de la comtesse d'Estaires, est conservé à la Bibliothèque nationale de France. ; sa comédie Le Médecin par amour est jouée à Paris au Théâtre des Variétés-Amusantes en 1786..
Romancier Il publie de 1763 à 1769 plusieurs romans. L'un d'entre eux, Le Mariage du siècle, ou Lettres de madame la comtesse de Castelli, à madame la baronne de Fréville, publié en 1766Édition critique : ., est traduit en italien (La Sventurata Castelli ovvero Lettere di Madama contessa di Castelli a Madama Baronessa di Freville del Sig. Costante d'Orville, Venise, Giuseppe Zorzi, 1770) et en polonais (Nieszczęsliwa Kastelli Albo Listy Pani Hrabiny Kastelli Do Panny Baronowny D'Freville, Kalisz, 1778Lire en ligne.).
Dans ses Mémoires d'Azema en 1764, il emprunte à Voltaire l'anecdote parue dans son Histoire de Charles XII en 1731 sur Ivan Mazepa nouant une liaison avec l'épouse d'un gentilhomme polonais, surpris en flagrant délit d'adultère et attaché entièrement nu, le corps enduit de goudron, sur le dos d'un cheval sauvage qui l'emporte au loin dans les steppes ukrainiennes ; cette fiction présentée comme historique (Contant d'Orville prétend dans la préface que son récit s'inspire des papiers de Stephanine, l'enfant d'Azema et de Mazepa) a eu du succès en Europe ; le roman a été traduit en allemand, en danois et en russe en 1790 sous le titre La Belle Russe ; il est l'un des relais de la légende de Mazepa à l'époque romantique..
Polygraphe, historien et encyclopédiste Contant d'Orville participe avec Nicolas Fallet au Dictionnaire universel, historique et critique des moeurs, loix, usages & coutumes civiles, militaires & politiques ; & des cérémonies & pratiques religieuses & superstitieuses, tant anciennes que modernes, des peuples des quatre parties du monde en publié à Paris en 1772 par l'éditeur Jean-Pierre Costard..
Il est engagé comme rédacteur professionnel et compilateur, avec d'autres écrivains (Barthélemy Imbert, Pierre Jean-Baptiste Legrand d'Aussy, Louis Poinsinet de Sivry, Charles-Joseph Mayer), par le marquis de Paulmy et le comte de Tressan pour la Bibliothèque universelle des romans, une collection qui est publiée à partir de 1775. ; quand Paulmy quitte le projet au début de 1779, après s'être brouillé avec Tressan, il engage Contant d'Orville pour l'aider à rédiger les Mélanges tirés d'une grande bibliothèque qui sont publiés en de 1779 à 1788Claude Carloman de Rulhière dans Le Petit tableau de Paris décrit en 1783 l'activité de compilateur de Contant d'Orville : .. Le marquis de Paulmy, bibliophile et écrivain amateur, avait constitué une très riche bibliothèque, avec des manuscrits médiévaux et des éditions de textes du Moyen Age et du seizième siècle (elle constitue le noyau de la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris). S'il s'agit au départ de publier dans les Mélanges des extraits de romans du Moyen Âge et du , afin de concurrencer le succès de la Bibliothèque universelle des romans, l'entreprise révèle une ambition encyclopédique avec les troisième et quatrième volumes : Précis d'une histoire générale de la vie privée des Français et De la lecture des livres français..
La date de décès est restée longtemps inconnue. Selon les biographes et bibliographes, Contant d'Orville serait mort à Paris au début du ., en 1800, en 1804. ou vers 1804.. Henry Martin, dans le Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, VIII : Histoire de la Bibliothèque de l'Arsenal, Paris, 1899, dans la biographie du Marquis de Paulmy, dit en note 1, p. 43 : « André-Guillaume Contant d’Orville, dont les productions littéraires sont nombreuses, mourut en 1800, âgé d’environ soixante-dix ans. » L’absence de date précise rend l’affirmation peu crédible.
En fait, André Guillaume Contant est décédé le 11 nivôse an IV () à Paris. Dans la Table alphabétique des successions et dispositions éventuelles acquittées, Bureau 9, arrondissement, pour les années 1791-1797, sections Bon Conseil, Bonne Nouvelle, Nord, BondyArchives de Paris, DQ8 114, fol. 14v-15r., on lit :
18 | Constant | André Guille | Rue de Clery | 11 nivose an 4 | Ches Constant, rue du fbg Montmartre | Rentes | 4000 | 14 pluviose an 4
Le greffier a écrit Constant (erreur fréquente…), mais c’est bien Contant qu’il faut comprendre. Rue de Cléry est l’adresse d’André Guillaume Contant Dorville depuis une vingtaine d’années. Ici l’héritier est Charles Contant (aussi écrit par erreur Constant…), fils d’André Guillaume. La succession s’élève à 4000 livres ; elle a été déclarée le 14 pluviôse an IV (3/02/1796). On note que l’état-civil ne retient pas le nom Dorville.
Ascendance Le , André Guillaume Contant épouse Marguerite Deydier à l’église Saint-Pierre-Saint-SaturninAujourd’hui disparue. de Lyon. L’acteArchives municipales de Lyon, BMS Saint-Pierre-Saint-Saturnin 1GG616, vue 35/127. le présente ainsi : « André Guillaume Contant teneur de livresComptable., fils de Guillaume François Contant bourgeois de Bonneval en Bosse [sic pour Beauce] et de deffunte Marguerite Parmentier, agé de 22 ans authorisé par Sr Pierre Ville professeur de grammaire demeurant ruë St Charles parroisse de St Nisier, fondé du pouvoir du dit Sr Contant pere joint au contract, epoux d’une part, et Marguerite Deydier fille de feu Sr Bonaventure Deydier marchand fabriquant en etoffes de soye et de deffunte Magdeleine Laurent, agée de 26 ans de cette parroisse, epouse d’autre part (…) ont contracté mariage par paroles de present et ont receu la benediction nuptiale par moy vic: souss. ce 15e … »
Ainsi André Guillaume Contant, âgé de 22 ans lors de son mariage, est-il né probablement vers 1716 et non, comme on l’écrit partout, « en 1730 » ou « vers 1730 ».
Publications Théâtre Pièces L'essai des talens ou les Réjouissances de la paix, comédie ballet en vers. Ornée d'intermèdes, de chants & de danses ... La musique de Mr. Foulquier, Rouen, Besogne fils, 1749, 60 p... Le Paysan parvenu ou les coups de la fortune. Comédie en un acte, Bordeaux, P. Calamy, 1751. Le Plaisir et la reconnoissance, comédie-ballet en vers ... sur la victoire remportée le 1er octobre 1756 par l'armée de S. M. l'Impératrice ... sur l'armée prussienne, Anvers, veuve C. I. Vander Hoy, 1756, 41 p. Lire en ligne.
Histoire du théâtre Histoire de l'opéra bouffon, contenant les jugemens de toutes les pièces qui ont paru depuis sa naissance jusqu'à ce jour, pour servir à l'histoire des Théâtres de Paris, Amsterdam et Paris, Grange, 1768, 2 vol. Volume I et Volume II ; le t. I est parfois daté, par erreur, 1748 (XLVIII au lieu de LXVIII).
Romans L'Enfant trouvé, ou Mémoires de Menneville, La Haye, 1763, 2 vol. Mémoires d'Azéma, contenant diverses anecdotes des règnes de Pierre le Grand, empereur de Russie, & de l'impératrice Catherine son épouse, Amsterdam [Paris, Pierre-Guillaume Simon], 1764 ; réédition en 1775. L'Humanité, histoire des infortunes du chevalier de Dampierre, contenant des anecdotes secrettes et particulières sur les dernières révolutions de Perse, Paris, Cailleau, 1765, 2 vol. Le Mariage du siècle, ou Lettres de madame la comtesse de Castelli, à madame la baronne de Fréville, Paris, 1766 ; le roman est réédité en 1767 Lire en ligne. La Destinée, ou Mémoires du lord Kilmarnoff, traduits de l'anglais de Miss Voodwill, Amsterdam et Paris, Claude Hérissant, 1766 Lire en ligne ; réédition en 1776 sous le titre Le Jeune infortuné, ou Mémoires du lord Kilmarnoff, Amsterdam et Paris, Mérigot le Jeune. Romans moraux, pour servir de supplément à la Bibliothèque de campagne, Amsterdam, Lyon et Paris, Dufour, 1769 (comprend : Les Deux Sultanes, anecdote turque ; Ema et Lémosoff, anecdote russienne).
Essais Pensées philosophiques de M. de Voltaire, ou Tableau encyclopédique des connaissances humaines, contenant l'esprit, principes, maximes, caractères, portraits, etc. tirés des ouvrages de ce célèbre auteur et rangés suivant l'ordre des matières, 1766 ; le faux-titre porte : Voltaire portatif. Lettre de M. Contant Dorville à M. de Voltaire, en lui adressant l'ouvrage intitulé : "Le Voltaire portatif, ou Tableau encyclopédique des connoissances humaines, tiré des Oeuvres de ce célèbre auteur", Paris, 5 p., 1766 Lire en ligne. Pensées philosophiques, morales et politiques. Ouvrage de main de maître, Nancy, veuve Babin, Paris, Grange et Herissant, 1768, 360 p. (compilation d'après les ouvrages de Frédéric II, roi de Prusse et de Stanislas Leszczynski.)
Histoire Anecdotes germaniques, depuis l'an de la fondation de Rome 648, et avant l'ère chrétienne 106, jusqu'a nos jours, Paris, Vincent, 1769, 727 p. Les Fastes de la Grande-Bretagne, Paris, Jean-Pierre Costard, 1769, 2 vol. Les Fastes de la Pologne et de la Russie, Paris, Jean-Pierre Costard, 1769-1770 Première partie : Pologne et Seconde partie : Russie.