L’Océan est un navire de guerre français lancé en 1756 à Toulon. Il est mis à l'eau pendant la vague de construction qui sépare la fin de guerre de Succession d'Autriche (1748) du début de la guerre de Sept Ans (1756). Faisant partie de la série des vaisseaux de 80 canons lancés par les constructeurs français à partir du milieu des années 1740, il est considéré comme réussi. Navire-amiral de l’escadre de Méditerranée à partir de 1757, il ne fait cependant que deux campagnes car il est détruit à la bataille de Lagos en 1759.

Les caractéristiques générales du vaisseau thumb|droite|L’arsenal de Toulon et ses cales de construction au milieu du . L’Océan est le troisième vaisseau de 80 canons à y être lancé, après le Tonnant et le Foudroyant.

L’Océan est mis en chantier en à Toulon. Sa construction est relativement lente : il est lancé trois ans plus tard, le et n’entre en service qu’en threedecks.org.. C'est un vaisseau de force à deux ponts construit par Joseph Chapelle, d’après des plans de François Coulomb, selon les normes définies dans les années 1740 par les ingénieurs français pour obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de pouvoir tenir tête à la marine anglaise qui dispose de beaucoup plus de navires..

L’Océan est long de 175 pieds français, large de 46 et profond de 23La conversion en mètres est faite dans l’infobox ci-dessus. La taille et la puissance de feu de ces bâtiments dits de « premier rang » au milieu du est donnée par Ronald Deschênes sur le site Vaisseaux de ligne français de 1682 à 1780. Nicolas Mioque donne les mêmes informations sur le site Trois-ponts, article Les vaisseaux de 80 canons français de 1740 à 1785, octobre 2011. Il fournit aussi un tableau comparatif de la taille et l’armement de tous ces navires, accompagné d’un important complément bibliographique.. Sans être standardisé, il partage les caractéristiques communes de tous les « 80 canons » construits à de nombreux exemplaires jusqu’au début du et qui évoluent par petites touches à chaque construction d’une nouvelle unité - illustrant la volonté des responsables navals d’exploiter au mieux cette catégorie de vaisseau de guerre qui est elle-même une prolongement de l’excellente série des 74 canonsJacques Gay dans et Jean Meyer dans ..

Comme pour tous les vaisseaux de son temps, la coque de l’Océan est en chêne, bois lourd et très résistant.. Près de vieux de ont été nécessaires à sa construction. Le gréement, (mâts et vergues) est en pin, bois plus léger et souple. De 30 à 35 pins ont été assemblés pour former la mâture. Les affûts des canons et des pompes sont en orme, les sculptures de la proue et de la poupe sont en tilleul et en peuplier, les poulies sont en gaïac. Les menuiseries intérieures sont en noyer. Les cordages (plus de ) et les voiles (à peu près ) sont en chanvre.

Prévu pour pouvoir opérer pendant des semaines très loin de ses bases européennes s’il le faut, ses capacités de transport sont considérables. Il emporte pour trois mois de consommation d’eau, complétée par six mois de vin et d’eau douce Un litre de vin par jour et par homme. Le vin complète largement l’eau qui est croupie dans les barriques au bout de quelques semaines. . S’y ajoute pour cinq à six mois de vivres, soit plusieurs dizaines de tonnes de biscuits, farine, légumes secs et frais, viande et poisson salé, fromage, huile, vinaigre, sel, sans compter du bétail sur pied qui sera abattu au fur et à mesure de la campagneDes moutons (six par mois pour ), volailles (une poule par mois pour sept hommes, avec aussi des dindes, des pigeons, des canards). .

Les canons sont en fer. Cet armement se répartit de la façon suivante :

le premier pont, percé à 15 sabords porte trente canons de 36 livres ; le second, percé à 16 sabords porte trente-deux pièces de 18 livres ; les gaillards avant et arrière se répartissent dix-huit pièces de 8 livres.

Ces trois calibres sont les mêmes que ceux que l’on trouve sur les 74 canons, ce qui montre bien la filiation entre les deux types de navireHormis le Soleil Royal, vaisseau-amiral de prestige, il faudra attendre le Saint-Esprit, en 1765, pour voir le calibre de la deuxième batterie des 80 canons passer de , et 1778, avec l’Auguste, pour voir les calibres des gaillards passer de . Nicolas Mioque, sur le site Trois-ponts, article Les vaisseaux de 80 canons français de 1740 à 1785, octobre 2011.. Lorsque le vaisseau tire, le poids de la bordée est de 972 livres (à peu près de ) et le double s'il fait feu simultanément sur les deux bordsSelon les normes du temps, le vaisseau, en combattant en ligne de file, ne tire que sur un seul bord. Il ne tire sur les deux bords que s'il est encerclé ou s'il cherche à traverser le dispositif ennemi, ce qui est rare. Base de calcul : 1 livre = .. En moyenne, chaque canon dispose de 50 à 60 boulets. Il y a aussi plusieurs tonnes de mitraille et de boulets ramés. Le vaisseau embarque plus de de poudre noire, stockée sous forme de gargousses ou en vrac dans les calesLa réserve de poudre noire d’un vaisseau de 80 canons n’est pas connue avec précision. Mais on peut s’en faire une idée en sachant qu’un trois-ponts « classique » de 100-104 canons en emporte à peu près et un 74 canons un peu plus de . La réserve de poudre de l’Océan peut donc être estimée à . .. Sachant que la Marine de Louis XV ne construit plus de trois-ponts de 100-110 canons depuis le début des années 1740, l’Océan fait partie des plus puissantes unités de la flotte dans les années 1750Le est le seul trois-ponts français de la première moitié du . Lancé en 1724, il pourrit à quai avant d'être rayé des cadres en 1742 sans jamais avoir participé à aucune campagne. Le (124 canons) brûle en 1742 sur sa cale de construction et le ministère décide d’en rester là pour quelques années afin de faire des économies. . Le troisième Royal Louis de 116 canons, mis sur cale en 1758 et lancé en 1759, n'est opérationnel qu'en 1762. Grégoire Gasser, dans .. C’est le sixième bâtiment de cette catégorie, après le Tonnant (lancé en 1743), le Soleil Royal (1749), le Foudroyant (1750), le Formidable (1751) et le Duc de Bourgogne (1751). À quelques pieds près, ses dimensions sont voisines de celles de ses prédécesseurs, exception faite du Soleil-Royal, plus grand et plus fortement armé car portant, de par son nom, le prestige et la puissance de la monarchie sur les mers.

La carrière de l’Océan pendant la guerre de Sept Ans La campagne avortée de 1758 Lancé en 1756, l’Océan entre en service l’année suivante. C’est le troisième vaisseau de 80 canons construit à Toulon, après le Tonnant et le Foudroyant. Placé entre les mains du chef d’escadre La Clue-Sabran, il prend la suite du Foudroyant en tant que navire-amiral de l’escadre de Toulon.. Son armement n’a pas été facile. Comme pour les autres vaisseaux, il souffre de la difficulté à recruter des équipages, les marins provençaux, qui n’ont pas été payés depuis plus d’un an font preuve de beaucoup d’indiscipline et désertent en masse.. Il y a urgence pourtant car la guerre fait rage avec l’Angleterre depuis deux ans. Après des débuts victorieux en Méditerranée (capture de Minorque), la situation se tend de plus en plus : la Navy insulte régulièrement les côtes et le lien avec les colonies devient de plus en plus difficileEn juin 1757, la Royal Navy a mené un raid à Bormes-les-Mimosas pour se ravitailler en raflant le bétail et l'île d'Aix a été brièvement occupée entre le 20 et le 30 septembre 1757. Outre-mer, l’attaque sur Louisbourg a été repoussée (Canada), mais en Inde, Chandernagor est tombé au début de l’année..

Le , l’Océan appareille de la rade des îles d'Hyères à la tête d’une escadre de six vaisseaux qui doit se porter sur Saint-Domingue puis à Louisbourg.. Mais cette première mission avorte presque aussitôt. Apprenant qu’une grosse escadre anglaise barre la route de l’Atlantique à Gibraltar, La Clue préfère se mettre à l’abri dans la ville espagnole de Carthagène pour y attendre des renfortsOutre l’Océan, les autres vaisseaux sont le Redoutable (74 canons), le (74), le Centaure (74), le Content (64) et l’Hippopotame (50). .. En , deux vaisseaux et une frégate qui arrivent de Toulon réussissent à le rejoindreIl s’agit du Souverain (74 canons), du Lion (64) et de la frégate l’Oiseau (24). ., mais un deuxième renfort de trois vaisseaux et une frégate est anéanti devant Carthagène le . Dans ce combat se trouvait le Foudroyant, capturé après une longue poursuite nocturne. Les vents n’étant pas favorables, La Clue, sur l’Océan, n’a pu sortir du port pour lui porter secoursCe renfort était composé du Foudroyant (capturé), de l’Orphée (capturé), de l’Oriflamme (sauf) et de la frégate la Pléiade (enfuie vers Toulon). .. Un navire réussit à échapper à la capture et à rejoindre Carthagène, ce qui donne à La Clue une force de neuf vaisseaux et une frégate. Ne pouvant raisonnablement pas affronter les dix-huit vaisseaux et six frégates anglaises qui lui font face, La Clue reste enfermé dans Carthagène jusqu’à la fin du mois d’avril, date à laquelle le ministère lui donne l’ordre de rentrer sur Toulon.

Cette campagne sans gloire a révélé en La Clue un chef contesté, mal obéi et dont les marins se plaignent continuellement. Mais Versailles, qui manque d’officiers généraux le maintient au commandement de l’escadre de Toulon sur l’Océan.. Ses responsabilités augmentent encore car il reçoit pour mission, en 1759, de faire passer son escadre à Brest pour former, avec celle-ci, une grande flotte d’invasion vers l’Angleterre. Tâche encore plus difficile que l’année précédente car la Royal Navy surveille de très près les côtes provençales, des vaisseaux anglais n’hésitant pas à pénétrer jusque dans l’anse de Sablettes, c'est-à-dire à la porte même de Toulon, pour y faire de l’espionnage ou canonner des navires isolés.

L’Océan à la bataille de Lagos en 1759 thumb|droite|La bataille de Lagos, le 18-19 août 1759. L’Océan sert de navire-amiral à l’escadre de La Clue-Sabran. thumb|droite|Le HMS Namur, vaisseau-amiral de Boscawen mis hors de combat par l’Océan à Lagos.