À Wallis-et-Futuna, Lavelua est le titre porté par le souverain (en wallisien , traduit en français par « roi ») du royaume coutumier d'Uvea.

Depuis 2016, le royaume a deux souverains rivaux. Le Lavelua actuel (reconnu par l'État français) est Patalione Takumasiva Aisake ; un autre Lavelua concurrent, Ma'utamakia Vaimu'a Halagahu, a été intronisé en 2016. Les souverains wallisiens existent depuis plusieurs siècles, mais le nom Lavelua ne devient un titre royal qu'à partir du règne de Falakika Seilala (1858-1869).

Histoire

Avant la conversion de l'île de Wallis au catholicisme par des missionnaires français dans les années 1840, le Lavelua détenait l'autorité suprême sur Uvea. .

Naissance du titre

La tradition orale relatant la naissance de la chefferie wallisienne a été compilée par un missionnaire, le père Henquel, au début du , dans l'ouvrage . Le royaume d'Uvea a eu de nombreux rois (), mais le titre de Lavelua n'apparaît qu'au : c'est la reine Falakika Seilala (régnant de 1858 à 1869) qui transforme son nom en titre royal.

Transformation au contact des missionnaires Lorsque les missionnaires maristes débarquent à Wallis (1837) et convertissent la population (1842), ils cherchent rapidement à encadrer le pouvoir royal. L'objectif est à la fois d'asseoir l'autorité royale qui est leur alliée, mais également de protéger la population des influences extérieures. En 1842, des premiers documents signés par le roi Soane-Patita Vaimua Lavelua demandent un protectorat français et règlent les rapports avec les étrangers ; en 1851, Pierre Bataillon diffuse un premier Code complété par une en 1863. Le protectorat de Wallis-et-Futuna est établi en 1887 et 1888.

Le Code Wallis (1871) En 1871, la reine Amelia Tokagahahau proclame le Code de Wallis (). Rédigé par l'évêque Pierre Bataillon, ce texte législatif écrit en wallisien fixe la composition précise de la chefferie et consacre le rôle du roi comme chef suprême unique (). Ce dernier nomme les différents ministres coutumiers, dont le nombre et les titres sont définis : Kivalu, Mahe, Kulitea, Ulu'imonua, Fotuatamai et Mukoifenua. Le code prévoit également que le roi nomme les chefs de districts () ainsi que les chefs de village (). Sophie Chave-Dartoen explique que . En effet, le roi et la chefferie doivent se soumettre à l'autorité du clergé ; la religion catholique est reconnue comme l'unique religion du pays. Pour Chave-Dartoen, ce code permet de mettre fin aux rivalités et aux guerres entre les différentes familles royales en organisant la chefferie et le mode de désignation du souverain.

L'existence de ce code se perd rapidement car ni le résident Viala (1905-1909) ni Éric Rau, auteur d'une thèse sur en 1935 ne le connaissent. .

Après 1961 La loi du , qui transforme Wallis-et-Futuna en territoire d'outre-mer et met fin au protectorat, reconnaît à l'article 3 l'autorité coutumière :

Pour Sophie Chave-Dartoen, la formulation fait référence à l'ensemble de la chefferie et des rois, sans plus de précision. Cela devait laisser place à un transfert progressif des pouvoirs coutumiers vers l'assemblée territoriale et un appareil administratif conséquent. Cependant, la loi de 1961 n'a pas changé et ce transfert de compétences ne s'est pas réalisé. Tomasi Kulimoetoke II devient le premier souverain wallisien à avoir la nationalité française. Il accompagne ces transformations statutaires durant son long règne du au .

Devenir Lavelua vignette|Carte postale représentant Aloisia Brial ("Louise Brial"), reine coutumière, Lavelua de 1953 à 1958. C’est une des seules femme à avoir occupé cette fonction. Les souverains wallisiens sont choisis au sein des familles royales ('aliki), qui se réunissent au sein d'un conseil (). Ce n'est donc pas une succession strictement héréditaire : l'individu choisi doit correspondre aux qualités attendues d'un souverain. Pour l'anthropologue Marshall Sahlins, ce mode de désignation s'explique par l'existence de familles royales rivales et permet un certain partage du pouvoir, les familles se transmettant la charge de Lavelua à tour de rôle.

Une fois nommé, le souverain est intronisé lors d'une cérémonie du kava royal.

Le roi d'Uvea a souvent été un homme, mais quatre femmes ont également eu cette fonction : Toifale (1825-1829), Falakika Seilala (1858-1869), Amelia Tokagahahau (1869-1895) et Aloisia Brial (1953-1958).

Liste des Lavelua Roi coutumier (Lavelua)Début du règneFin du règneNote 80x80px Manuka 1767 1810 80x80px 1810 1818 80x80pxKulitea 1818 1819 80x80px Lavekava 1819 1819 80x80px Hiva 1820 1820 80x80px Muliakaaka 1820 1825 80x80px 'Uhilamoafa 1825 1825 80x80px Toifale 1825 1829 C'est la première femme à devenir reine de Wallis.. Durant son règne, elle accueille les premiers Européens qui débarquent à Wallis, en 1825. 80x80px Muliloto 1829 1829 80x80px Takala 1829 1830 Il profite de l'arrivée d'un marchand hawaïen, George Marina (Siaosi Manini), pour contester l'autorité royale et devenir roi. 80x80px 1830 1858 Premier souverain baptisé catholique à la suite de la christianisation de la population par les missionnaires maristes en 1937. 80x80px Falakika Seilala 1858 Seconde femme à devenir Lavelua, elle introduit ce titre coutumier pour désigner le roi ou la reine de Uvea. sans_cadre|64x64px Amelia Tokagahahau Aliki Elle a notamment négocié le protectorat de Wallis-et-Futuna et proclamé le Code Bataillon. 80x80px Isaake En rébellion, son règne n'a duré qu'un seul jour, c'est d'ailleurs le Lavelua ayant eu le plus petit règne. 80x80px Après sa mort, la succession provoquant une crise politique, avant que sa nomination soit entérinée. 80x80px Lusiano Aisake 7 80x80px 1906 Son arrivée au pouvoir marque la fin d'une période entre (1829-1906) durant laquelle . 80x80px Soane-Patita Lavuia Une crise est organisée à la suite de la mission catholique (père Bazin). Le résident Français ainsi que le roi sont contre mais ce n'est pas l'avis des habitants. 80x80px 1916 1918 Il a été destitué par ses ministres coutumiers après deux ans de règne. 80x80px Vitolo Kulihaapai 1918 2 80x80px 80x80px 21 26 Premier règne. 80x80px Pendant son règne, les plantations de cocotiers wallisiennes sont ravagées par le parasite oryctes rhinoceros. 80x80px Petelo Kahofuna Non reconnu par l'État français. 80x80px Second règne.Vacant de à 80x80px Leone Matekitoga Roi durant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation de Wallis par les troupes américaines (1942-1944). 80x80px Pelenato Fuluhea Instauration de la répartition équitable des six ministres coutumiers du Lavelua entre les trois districts de Wallis. 80x80px . Un règne marqué notamment par une mauvaise entente avec l'administrateur supérieur de l'île qui tenta de le faire destituer. 80x80px Soane Toke Nommé en pleine crise de succession, il est forcé à abdiquer juste après son intronisation. sans_cadre|63x63px Aloisia Brial Fin du règne par démission à la suite de la mise en minorité au conseil royal. La reine est jugée trop autoritaire. sans_cadre|61x61px Tomasi Kulimoetoke II Plus long règne de roi d'Uvea, durant lequel Wallis vit de profondes transformations politiques et sociales comme le passage au statut de territoire d'outre-mer en 1961. Sa succession déclenche la crise coutumière wallisienne en 2005.Vacant du 8 mai 2007 au 25 juin 2008 80x80px Kapeliele Faupala Déroulement des Mini-Jeux du Pacifique pour la première fois à Wallis.Vacant du 2 septembre 2014 au 14 avril 2016 80x80px Tominiko Halagahu En cours Non reconnu par l'État français. 80x80px Patalione Kanimoa En cours Reconnu par l'État le à la suite de l'intronisation de deux rois Patalione Kanimoa et Tominiko Halagahu, une première à Wallis.

Voir aussi Uvea Crise coutumière wallisienne Rois coutumiers

Références Références

Autres références

Bibliographie

Catégorie:Roi d'Uvea Catégorie:Royauté à Wallis-et-Futuna Uvea