Ignace-François Bonhommé, aussi connu sous le nom de François Bonhommé, dit aussi « le Forgeron », est né à Paris le . Il meurt dans la même ville le . C'est un peintre, aquarelliste et lithographe français qui marqua la postérité en délivrant dans ses œuvres un témoignage visuel saisissant du monde des mines et des forges.

Après une formation à l'École des beaux-arts de Paris et un début de carrière artistique conventionnel, il entame, dès la deuxième moitié des années 1830, une série d’œuvres prenant pour sujet les établissements métallurgiques alors en plein essor. Cette prédilection pour les sujets de forges, de mines et de fonderies, qui le différencie de la majorité de ses contemporains, lui vaudra d’être surnommé « le Forgeron ». Il signe parfois ses œuvres « Bonhommé, dit le Forgeron. »

Ignace-François Bonhommé expose régulièrement au Salon durant toute sa carrière, de 1833 jusqu’à sa mort, en 1881. Il participe également à plusieurs Expositions universelles, notamment celle de 1855, qui se déroule à Paris. Il y obtient une médaille de troisième classe dans la catégorie « peinture de genre », marquant l'apogée de la reconnaissance officielle de son art.

Il reçoit quelques grandes commandes de la part de l'État français, notamment pour le décor mural de la salle de dessin de l'École impériale des mines de Paris en 1855. Ce décor est détruit par le directeur de l'École en 1905.

Malgré ses quelques succès, le peintre reste méconnu du grand public, à son époque comme aujourd'hui. Une grande partie de son œuvre a disparu.

Biographie

Jeunesse, formation et début de carrière artistique (1809-1837)

Jeunesse et formation à l'École des beaux-arts Ignace-François Bonhommé est né le dans le arrondissement de ParisArchives de Paris acte de décès d'Ignace-François Bonhommé fait à Paris , dressé le 02/10/1881, au sein d’un milieu modeste. Il est le fils de Louise-Françoise Béraud et de François Bonhommé, peintre-décorateur de voitures. Aidant dans l’atelier paternel, il se forme, dès son plus jeune âge au maniement du pinceau et prend l’habitude et le goût de l’ouvrage soigneusement accompli.

François Bonhommé ne souhaite pas rester dans l’atelier de son père, et décide de passer le concours de l’École des beaux-arts. Présenté par le peintre Guillaume Guillon Lethière, il est admis à l’École le , après avoir été reçu au concours 93e sur 114. Il rentre d’abord dans l’atelier du peintre Horace Vernet, où il effectue ses premiers essais devant modèle. Apparemment déçu par l’enseignement du maître, il décide de rejoindre l’atelier du peintre Paul Delaroche, où il fait face à d’autres déceptions. Plus tard, il racontera que Delaroche, après avoir appris que le père de Bonhommé était peintre en voiture, s’était écrié : « Pourquoi diable n’êtes-vous pas resté avec lui ? ». Malgré tout, Bonhommé reçoit grâce à ses maîtres une bonne formation pour le dessin, comme pour la composition de peintures de genres et de paysages. Bien qu’il ne soit pas l’élève le plus en vue de l’École, il connaît quelques modestes succès. Il obtient, en 1829, une première mention au concours de perspective, et remporte également deux concours durant l’année 1837 : le premier en mars dans la section « peinture historique », grâce à ses Filles de Pélias trompées par Médée, thème inspiré par les Métamorphoses d’Ovide et le second, en octobre, dans la catégorie « paysages historiques » avec Le chêne et le roseau, une composition inspirée par la fable de Jean de La Fontaine.

Déjà durant ses jeunes années l'artiste commence à s'éloigner un peu des «compositions déclamatoires de l'École», se sentant plus attiré par les « spectacles que lui offre la rue ». Lors de la révolution de Juillet 1830, il court voir les barricades, et s’inspire de l’exemple d'Eugène Delacroix, qui expose au Salon de 1831 son 28 juillet ou la Liberté guidant le peuple, en « [quittant] les Grecs et les Romains pour s’occuper de plus modernes héros » comme l'explique Jacques-Félix Schnerb, son premier biographe, dans un article publié en 1913. Bonhommé se sent concerné par la réalité socio-politique de la société qui l’entoure dès ses jeunes années étudiantes mais cet intérêt met quelques années à se manifester pleinement dans sa production artistique.

Début de carrière et tournant vers la peinture de scènes industrielles vignette|Ignace-François Bonhommé, Vue du transept Sud de la cathédrale d'Amiens, v.1835-1837, dessin, Bibliothèque nationale de France, Paris Ignace-François Bonhommé, va avoir, à ses débuts, une carrière « très classique ». Comme beaucoup d’artistes de son époque, il va essayer d’obtenir le prix de Rome. Il tente sa chance par deux fois, sans succès, dans la section « peinture historique ». Son premier essai en 1830, lui permet de se classer 14e sur 39 avec une composition sur le thème Hector reprochant à Pâris sa lâcheté. Il n'est cependant pas admis à l’issue du second tour, à présenter la version définitive de l’œuvre. Il tente de nouveau sa chance en 1837, avec le sujet Achille reconnu par Ulysse, qui lui permet de se classer second sur 75 candidats mais il échoue à la deuxième étape, avec le Sacrifice de Noé. Il n’y a pas eu de troisième tentative.

Malgré ces échecs, le peintre va réussir à se construire un modeste début de carrière. Il expose pour la première fois au Salon en 1833, dans la section « peinture », avec un tableau intitulé Chien de Terre-Neuve. C’est aussi à cette époque qu’il réalise des portraits à l’aquarelle et au pastel — également disparus — dessinés pour Alexandre Dumas père, avec qui il entretiendra une profonde et fidèle amitié.

En 1836, il entame une série de dessins, d'aquarelles, et de gravures représentant des événements commémoratifs à Paris ou en province; on lui doit aussi une série de dessins sur des monuments . Il exécute également, entre 1831 et 1838, une série de planches pour illustrer des volumes consacrés au Languedoc et à la Picardie dans la série de recueils Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, série initiée par l’écrivain et académicien Charles Nodier, ainsi que par le baron Isidore Taylor, dramaturge pionnier du mouvement romantique.

Bonhommé lie des liens étroits avec le baron Taylor, qui sera l’un des témoins de son mariage avec Marie-Claudine-Émilie Séron (Amiens, – ) le . Il aura deux enfants avec elle, Émilie, née en et François-Hilaire, né en .

Avant même de se consacrer aux sujets industriels, l’artiste s'intéresse aux prouesses techniques de son temps comme l’érection de l'obélisque de Louxor sur la place de la Concorde le , rendue possible grâce aux procédés inventés par l’ingénieur Apollinaire Lebas. Bonhommé va produire deux planches lithographiées sur ce sujet, qu’il exécute à partir de vues prises sur le vif à midi et à trois heures, montrant le déroulement de l’opération.

Cette même année 1836, François Bonhommé visite une usine à Philippeville, en Belgique. Il assiste , «fasciné», à une coulée de fonte, et décide de « consacrer sa vie » à la représentation du « feu et de son industrie ». Vingt-trois ans plus tard Alexandre Dumas père décrit ce tournant majeur dans la vie de son ami pour le journal L’Indépendance belge:

« François Bonhommé […] a commencé par faire la peinture de tout le monde. Mais un jour, par accident, pendant un voyage en Belgique, il entra dans les forges de Philippeville. Là, il fut frappé tout à la fois par le mouvement, la vie et la lumière particulière à ces sortes d'établissements. [...] Il lui parut dès lors que ce côté de la lutte de l'homme contre la matière était trop négligé par l'art. »

Alexandre Dumas père, pour un article publié dans L’Indépendance belge, 1859Alexandre Dumas père, Manuscrit pour un article publié dans L'Indépendance Belge en 1859, conservé au Musée de l'Histoire du Fer, Jarville, Fonds Auscher, cité dans Marie-Laure Griffaton, François Bonhommé, peintre témoin de la vie industrielle au XIXe siècle, Musée de l’Histoire du Fer – C.C.S.T.I du Fer et de la Métallurgie, Éditions Serpenoise, Metz, 1996

Bonhommé réalise une aquarelle en 1836, intitulée Vieille forge belge, marteau frontal à drome, ancien procédé du fer affiné au charbon de bois, aujourd’hui disparue. Elle a appartenu à Édouard Muel-Doublat, propriétaire des Forges d’Abainville qui ouvre les portes de son usine au jeune peintre en 1837. Cette invitation achève de transformer sa carrière ; il décide alors de se consacrer presque exclusivement aux thèmes de la forge, de l’usine et de l’industrie. Le « Forgeron » est né.

La carrière du « Forgeron » sous la monarchie de Juillet (1837-1848) vignette|326x326px|Ignace-François Bonhommé, Abainville - Chargement du fer en barres,1837, dessin, Féru des Sciences, Jarville|gauche François Bonhommé place le début de sa carrière artistique sous prisme de la peinture et des dessins industriels. En 1837, Édouard Muel Doublat, directeur des forges d’Abainville, le convie à venir dans ses forges. Pendant cette année, il va y réaliser soixante-seize dessins, véritable panorama de la première forge de la Meuse à être modernisée à l’anglaise. Ce reportage sert d’étude préparatoire pour Tôlerie des forges d’Abainville, exposée au Salon de 1838, premier tableau montrant un sujet industriel à avoir été présenté par Bonhommé à l’occasion d’un Salon.

Après Abainville, c’est à Fourchambault que Bonhommé réalise de nombreux dessins. Tout commence quand Georges Dufaud, directeur de la forge, cherche un peintre pour représenter son établissement industriel. Paul Delaroche va alors donner le nom de son élève. L’artiste produit un grand nombre de croquis et dessins entre 1838 et 1849 de ces forges à l’anglaise, et parmi toutes ces œuvres, il y a notamment plusieurs Vue intérieure des forges de Fourchambault datant de 1840. Une est exposée au Salon de 1840 et une offerte par Louis Bouigues, propriétaire des forges, à Georges Dufaud.vignette|Ignace-François Bonhommé, 15 mai 1848, l’envahissement de l’Assemblée nationale par les radicaux, 1848, lithographie, Bibliothèque nationale de France, Paris|258x258px

Mise à part ces deux grandes destinations, Bonhommé se rend également dans d’autres forges et autres établissements industriels, et y réalise quelques dessins: les établissements Halette à Arras dans le Pas-de-Calais, les mines et carrières d’argile de Montchanin en Saône-et-Loire, les mines de la Vieille-Montagne en Belgique, les forges d’Indret en Loire-Atlantique, les mines de Blanzy en Saône-et-Loire, et enfin au Creusot dans le même département.

Mais un évènement vient mettre en pause ses activités industrielles : la révolution de 1848.Il s'engage activement, participant aux journées de juin et recevant une médaille commémorative. Marqué par ces événements, il réalise plusieurs lithographies, dont 15 mai 1848, l’envahissement de l’Assemblée nationale par les radicaux, qui est exposée au Salon de 1849, et La barricade du canal Saint-Martin, le 23 juin 1848, témoignant de son regard sur les soulèvements populaires. Il envisage également un recueil de portraits des représentants du peuple, mais le coup d’État du 2 décembre 1851 met un terme à son projet et à ses activités politiques.

Le « Forgeron » sous le Second Empire (1852-1871)

Le décor pour L’École impériale des mines (1854-1859)