La campagne de l'île Maurice est une série d'opérations amphibies et navales menées par la Royal Navy contre les possessions de l'Empire français dans l'océan Indien, visant plus particulièrement l'archipel des Mascareignes, à savoir Maurice (dénommée à l'époque « île de France »), La Réunion (« île Bonaparte ») et Rodrigues. Cette campagne se solde par une victoire britannique incontestable, l'archipel étant entièrement conquis par leurs forces. Elle prend place durant les guerres napoléoniennes contre la Cinquième Coalition, entre l'été 1809 et l'été 1811.

Après avoir conquis la ville néerlandaise du Cap en 1806, et l'île de Java fin 1807, les forces britanniques cherchent à mettre fin à la présence française dans l'océan qui sépare l'Afrique et les Indes britanniques. Les croisières du capitaine Hamelin, qui désorganisent en 1808 le commerce de la Compagnie des Indes, forcent la Royal Navy, par l'intermédiaire du vice admiral Abermale Bertie, à déclencher la campagne plus tôt que prévu. L'amiral charge Josias Rowley (qu'il fait commodore) de faire le blocus des îles françaises, et d'empêcher leurs navires de continuer le harcèlement de la flotte des Indes.

Dès le mois de , les opérations commencent ; la prise de Rodrigues est rapide, et le confinement des Français dans les îles restantes est fait peu à peu. Bientôt, l'île Bonaparte tombe également, mais la grave défaite de Grand-Port, importante et unique victoire navale d'envergure des Français, oblige le reste des forces de la Royal Navy à passer à la défensive à l'automne. Les Britanniques parviennent enfin à capturer Hamelin et faire tomber l'île de France (qu'ils rebaptiseront Maurice) dans leur escarcelle. Grâce à l'efficacité du blocus ennemi, les renforts français n'arriveront qu'après l'invasion de l'archipel, et seront pris à partie sur le chemin du retour à Madagascar par des navires britanniques. La mainmise de la Royal Navy sur cette partie de l'océan Indien est désormais totale. Après le traité de Paris signant la fin du Premier Empire, l'île Bonaparte est rétrocédée à la France, et redevient l'île Bourbon.

Contexte thumb|left|Le général Decaen. L'Océan Indien est depuis le un espace de commerce fondamental pour l'empire britannique. Les navires marchands venus de Chine, d'Arabie ou d'Afrique de l'Est le parcourent sans cesse, et le sous-continent indien est la base des Indiamen qui transportent chaque année des millions de livres de marchandises vers le Royaume-Uni. Le commerce avec les Indes est vital pour la stabilité économique britannique, et la protection des routes commerciales à travers l'océan indien est par conséquent une des priorités essentielles de la Royal Navy, sous la menace des raids français. Le début des guerres napoléoniennes en 1803, après le bref intermède de la Paix d'Amiens qui avait mis fin aux guerres de la Révolution française, place ces routes sous la pression des navires de guerre bataves puis hollandais, opérant depuis Le Cap en colonie sud-africaine, ou depuis les Indes orientales néerlandaises ; les navires français sont basés eux dans les Mascareignes : l'Île de France et l'île de La Réunion (rebaptisée en 1806 « Île Bonaparte »). En 1808, toutefois, les colonies hollandaises ont été neutralisées par l'armée britannique dans une série de campagnes militaires brèves mais triomphales : Le Cap en par le capitaine Popham, et l'île de Java par Sir Edward Pellew, qui met un terme à sa campagne javanaise en . Restent les bases insulaires françaises, fortement fortifiées et garnies de soldats de métier ; situées à plusieurs mois de navigation du plus proche port britannique, elles sont un obstacle beaucoup plus considérable pour les très limitées forces du Royaume-Uni dans cette région.

Du côté des Français, Charles Decaen, capitaine général des établissements français en Inde et gouverneur de l'île de France, a tenté en 1805 puis en 1807 de mettre en place une invasion des Indes britanniques, ; la campagne de 1807-1808 était préparée en comptant sur un appui russe. Toutefois, le soulèvement général prévu est un échec, et le début de la guerre d'Espagne détourne l'empereur Napoléon de la route des Indes. La menace est toutefois prise au sérieux par le gouverneur-général des Indes, Elliot, qui estime que le danger ne peut être écarté que grâce à la prise de l'île. De son côté, faute de troupes en nombre suffisant (il ne dispose alors que de et de milices peu fiables), Decaen se contente d'une guerre de course.

Au début de la guerre, comme durant le conflit précédent, des corsaires français sont donc à l'œuvre depuis ces îles - notamment une escadre de petits vaisseaux conduits par Robert Surcouf. Ces bateaux sont épaulés par des navires de la Marine impériale, particulièrement la récente frégate de 18 Piémontaise (construite en 1804, capturée par trois Indiamen en ), et ses aînées la frégate de 12 Sémillante (1792) et la frégate de 18 Canonnière (1794). Ces navires opèrent indépendamment les uns des autres, et obtiennent des succès mineurs contre les vaisseaux de guerre de la Navy et les bateaux marchands, mais ils ne sont pas assez puissants pour désorganiser durablement la route maritime des Indes. En , la Sémillante et la Canonnière sont déclassées en navires de transport armés et renvoyées en France. Pour les remplacer, Decaen est obligé de réquisitionner tout navire disponible (notamment le Revenant, brick corsaire de Surcouf, qui de son côté accepte de ramener la Sémillante, renommée Charles, en France). Mais quatre nouvelles frégates partent de métropole à l'automne 1808, sous le commandement du capitaine de vaisseau Jacques Hamelin, en direction des Mascareignes. Ces nouveaux vaisseaux, la Vénus (1808), la Manche (1806), la Caroline (1806) et la Bellone (1807), sont toutes quatre des frégates lourdes de 40 canons, chargées de bouleverser le commerce de l'océan Indien. Arrivées à l'île de France au printemps 1809, elles ont accès à un grand nombre d'hommes d'équipage désœuvrés, et de nombreux points de mouillage desquels elles peuvent lancer des coups de main sur les navires de commerce. Une cinquième frégate, la Niémen, part les rejoindre au printemps 1809, mais elle est capturée dans le golfe de Gascogne peu après avoir quitté la France.

Pour contrecarrer l'avantage naval que les Français vont obtenir, le vice admiral Bertie, commandant de la base navale du Cap, réunit une petite escadre dont il donne le commandement au commodore Josias Rowley, avec ordre de faire le blocus de l'île de France et de l'île Bonaparte, et de détruire tout navire français agissant depuis ces îles. L'escadre est composée du vieux navire de ligne (1768, 64 canons), du moins démodé (1790, 50 canons), des frégates légères HMS Néréide (1779, capturée aux Français en 1797), (1797) et (1797), et de quelques navires plus petits. Les deux flottes atteignent l'océan Indien à l'été 1809.

Campagne Premières attaques thumb|left|Le commodore Rowley (1830). Les forces de Hamelin sont immédiatement à pied d'œuvre : la Caroline attaque un convoi d'Indiamen sur le chemin du retour vers le Royaume-Uni le , dans le golfe du Bengale, et en capture deux : le Streatham et l’Europe. Elle s'empare de plusieurs navires plus petits avant de retourner à l'île Bonaparte en août. Hamelin sillonne également le golfe du Bengale durant l'été et l'automne de cette année, la Vénus étant accompagnée de la Manche et de la corvette Créole. Le , la Vénus se saisit du navire de guerre HEICpour Honourable East India Company. Orient aux îles Andaman-et-Nicobar.

De son côté, la flotte de Rowley n'est pas inactive : la Néréide du capitaine Robert Corbet fait main basse sur un bon nombre de petits bateaux dans l'anse de Port Napoléon, dont le brick Aigle, qui est envoyé au Cap ; toutefois son équipage de prise se mutine, tue son officier commandant et ramène le bateau à l'île Bonaparte. Le brick HMS Otter du capitaine Willoughby lance une attaque du côté de Rivière Noire le , capturant un caboteur (qu'il abandonnera plus tard) sous le feu ennemi ; Willoughby recapture également l’Aigle peu de temps après. Quant à Rowley, il chasse la Bellone (commandée par le capitaine de vaisseau Guy-Victor Duperré) à bord du Raisonnable, dès que la frégate française sort de Port Napoléon le , mais ne peut s'en emparer. Pendant ce temps, la prise de l'île de Rodrigues, la plus petite des Mascareignes, est effectuée par un détachement militaire venu des Indes et commandé par le lieutenant-colonel Henry Keating. Cette petite prise permet aux Britanniques d'établir une base de repli pour l'escadre de blocus, et une base avancée pour préparer l'invasion des autres îles.

thumb|Île Bonaparte (La Réunion).

Profitant du retour de la Caroline et de ses prises, Rowley organise la première action coordonnée des forces britanniques. L'attaque de Sainte-Rose a peu avant permis de tester l'efficacité des défenses françaises. La frégate française à l'abri sous les canons de Saint-Paul est une cible tentante, et une force d'environ , marins et Royal Marines, sous le commandement de Keating et de Willoughby, débarque sur l'île Bonaparte et contourne les fortifications de la ville, les prenant à revers au lever du jour. Capturant chaque point stratégique, tout en repoussant les tentatives de contre-attaque des troupes françaises, les Britanniques neutralisent les batteries surplombant le port, permettant à Rowley d'acheminer le reste de son escadre directement dans le port et de commencer à bombarder les bateaux qui sont au mouillage. Les officiers navals français, en sous-nombre et lâchés par leurs forces terrestres, échouent leurs vaisseaux sur la rive et les y abandonnent, permettant à Rowley de s'emparer de la Caroline, des deux Indiamen saisis, et d'un grand nombre de petites unités. Les tentatives françaises pour reprendre la ville sont minées par l'échec du commandant de l'île, le général Des Bruslys, à engager les forces ennemies avec ses troupes. Des Brulys se suicide peu après. La garnison française privée de son chef, une trêve est concédée, laissant le contrôle de la ville aux Britanniques durant cinq jours. Ceux-ci en profitent pour piller les réserves gouvernementales, et détruisent les bâtiments officiels. Puis Rowley et toutes ses forces partent de Saint-Paul le . En récompense de leur succès, Willoughby est fait commandant de la Néréide, tandis que Corbet est renvoyé au Royaume-Uni pour communiquer la nouvelle de la victoire, à bord de la Caroline, rebaptisée HMS Bourbonaise.