La période vache est une courte période de la production picturale de René Magritte au cours de laquelle le peintre belge représente en 1948 dans un style volontairement grossier une série de personnages grotesques dans des tableaux destinés à sa première exposition personnelle à Paris.

Dénomination Dans une lettre à E. L. T. Mesens de , premier document où figure l'expression, Magritte lui rappelle qu'il a évoqué la possibilité de vendre « le stock de peinture vache ». Louis Scutenaire déclare cependant que l'expression, selon ses souvenirs, était déjà employée aux alentours de la période durant laquelle Magritte peignait ces œuvres et que l'artiste lui-même l'avait lancéeDavid Sylvester et Sarah Whitfield, « Rira bien qui rira le dernier », dans René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 22.

L'occasion L'exposition des peintures de la « période vache » de Magritte a lieu à Paris à la galerie du Faubourg (47, Faubourg Saint-Honoré) du au . Son complice Louis Scutenaire la préface d'un texte intitulé « Les pieds dans le plat ». Quand se trouvent en 1977 réunis sous le titre Avec Magritte ses écrits sur le peintre, Scutenaire compose pour cette préface une introduction dans laquelle il revient sur les circonstances de l'exposition.

Selon Scutenaire les œuvres de Magritte datant des années 1920-1940 étaient à l'époque appréciées mais lorsque le peintre ouvre soudainement, de 1943 à 1945, ses nouvelles œuvres « au grand soleil » de la période Renoir, en « un éclair dans le noir de l'époque », l'accueil fut au contraire des plus « frais ». Devant « les filles nues et versicolores, les aras, les paradisiers, les colibris, les bois au plein de l'été, les roses d'Ispahan », « les chalands n'y ont rien compris, les amis ont hoché une tête pleine de doute ». Cependant, « la Grande Guerre finie, l'opposition de la grâce au fracas des armes a cessé d'être utile, donc de mise »Louis Scutenaire, Avec Magritte, réédition, L'Atelier contemporain, 2021, p. 133-134. Magritte renonce aux flamboiements de ses couleurs, en revient à sa peinture lisse, non sans quelque souvenir du « plein soleil » de sa période précédente.

Quand en 1948 l'occasion lui est offerte d'exposer à Paris, qu'il a quitté en 1931 et qui depuis l'ignore, hormis André Breton et Paul Éluard, « il ne fut pas question une minute de rassembler des peintures exécutées dans l'une ou l'autre » de ses manièresLouis Scutenaire, Avec Magritte, réédition, L'Atelier contemporain, 2021, p. 135. Magritte désire « avant tout ne pas enchanter les Parisiens mais les scandaliser ». Ce goût, ancien, de la provocation s'était déjà affirmé deux ans plus tôt, en 1946, lorsque Magritte et Marcel Mariën éditent une série de prospectus et tracts mystificateurs et subversifsL'imbécile, L'emmerdeur et L'enculeur, les deux derniers saisis par la poste (René Magritte, Écrits complets, édition établie et annotée par André Blavier, Flammarion, 1979. Les trois tracts sont reproduits sous le numéro 54 aux pages 159-161. Blavier ajoute en note : « Mariën dit que Magritte est l'auteur unique » du premier tract, « tandis que lui-même collabora » aux deux autres). cf. aussi Xavier Canonne, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Actes Sud, Paris, 2007 (tracts reproduits p. 48).. Hérissé par son « engouement pour les bateleurs » et « peut-être par une rancune secrète », il souhaite aussi « secouer le groupe surréaliste français, enfoncé à ce moment par des querelles enfantines ». Magritte se demande quoi exposer lorsque Paul Colinet lui montre quelques caricatures expressionnistes, « d'épouvantables déformations dans des coloris atroces », vraisemblablement de Deladoês, publiées avant 1914 dans des magazines pour enfants.

Les peintures « vache » La quarantaine de toiles et de gouachesdix-sept peintures et au moins vingt-deux gouaches selon David Sylvester et Sarah Whitfield, « Rira bien qui rira le dernier », dans René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 21 et 22 que crée rapidement Magritte en cinq ou six semainesessentiellement de quelques jours avant le 11 mars jusqu'au 6 avril, date à laquelle Magritte communique à Irène Hamoir la liste du catalogue de l'exposition pour qu'elle la dactylographie (David Sylvester et Sarah Whitfield, « Rira bien qui rira le dernier », dans René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 25). Neuf des peintures exposées à Paris sont datées de 1947 et six de 1948. D'après la correspondance de Magritte, deux des datations de 1947 sont assurément inventées, il n'est donc pas exclu que les autres ne le soient pas moins (David Sylvester et Sarah Whitfield, « Rira bien qui rira le dernier », dans René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 23). Magritte a peut-être encore exécuté quelques œuvres après avoir envoyé à Irène Hamoir sa liste à la frappe autour du 6 avril, ce qui expliquerait que les peintures Lola de Valence et Le Stropiat soient absentes du catalogue. « égalent, voire surpassent notre caricaturiste par leur brutalité, leur volontaire grossièreté »Louis Scutenaire, Avec Magritte, réédition, L'Atelier contemporain, 2021, p. 140. « On va leur foutre plein la vue, fit Magritte, ravi, avec une préface au pétrole ». Scutenaire l'écrit, « en termes d'un argot sans modération », ainsi du deuxième paragraphe : « Il y avait un bon bon de temps qu'on en avait marre, nous autres, au fond de nos bois, dans nos verts pâturages. On se disait - Oh ! sans complexe, jalousie, infériorité ou autres troudcutries – on se disait l'un à l'autre : « Eh bien, les gars des rues pavées, les propriétaires d'égouts, les grillageurs d'arbres, ils vont fort. Ils veulent nous lécher le brun ? Nous manger les parties ? Nous tapoter les pariétaux ? Ça nous fend la raie, ça nous ouvre le trou, ça nous arrondit la tête, leurs babuses. »Les huit pages de la plaquette sont reproduites dans Marcel Mariën, L'activité surréaliste en Belgique (1924-1950), Bruxelles, Lebeer-Hossmann, 1979. Le texte en est repris dans Louis Scutenaire, Avec Magritte, réédition, L'Atelier contemporain, 2021, p. 136-140. La plaquette est également reproduite dans René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 133-140.. « Trivialité éjaculatoire et scatologie vomitoire », résume Michel Draguet, « Scutebaire restaure le langage dans son oralité populaire comme Magritte ramène la peinture au griboullis »Michel Draguet, Magritte, folio biographies, Gallimard, 2014, p. 322..

En couverture de la préface, dont le titre a été proposé par le peintre à ScutenaireRéciproquement, « non seulement [Scutenaire] a trouvé presque tous les titres (comme il nous l'a dit), mais lui et Irène Hamoir ont aussi fourni un certain nombre des images elles-mêmes ». Magritte leur exprime sa reconnaissance dans une lettre du 11 mars (David Sylvester et Sarah Whitfield, « Rira bien qui rira le dernier », dans René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 27), et de la liste des toiles exposées est reproduit un dessin signé de Magritte très proche de la partie supérieure de sa peinture Le Galet.. Pour le remercier Magritte offrira sa peinture Lola de Valence à son préfacier.

Les œuvres exposées à Paris

Peintures à l'huile: La Vie des Insecteshttps://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-la-vie-des-insectes?artist=magritte-rene-1&string=magritte&page=4 et René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 65 Le GaletRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 67 Le MontagnardRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 69 Le Contenu picturalportait de Marcel Mariën selon David Sylvester et Sarah Whitfield, « Rira bien qui rira le dernier », dans René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 22 et 71 L'ÉtoupillonRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 73 L'Ellipsehttps://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-l-ellipse?artist=magritte-rene-1&string=magritte&page=3 et René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 75 Le Mal de MerRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 77 La Part du feuhttps://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-la-part-du-feu?artist=magritte-rene-1 et René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 79 Le SuspectRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 81 Le PsychologueRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 83 La Marche triomphaleRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 85 l'ÉtapeRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 87 Jean-MarieRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 89 Les Voies et MoyensRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 91 La Faminehttps://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-la-famine?artist=magritte-rene-1&string=magritte&page=4 et René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 93

Gouaches: Flûte ! Le Crime du Papehttps://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-le-crime-du-pape?artist=magritte-rene-1&string=magritte&page=5 et René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 103 Lola de ValenceRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 105 L'Arc-en-CielRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 107 Pom' po pom' po pom po pom pomhttps://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-pom-po-pon-po-pon-pon-pom-pon?artist=magritte-rene-1&string=magritte&page=6 et René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 109 La Nuit d'Amour La Magie NoireRené Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 111 Les Profondeurs du Plaisirhttps://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-les-profondeurs-du-plaisir?artist=magritte-rene-1&string=magritte&page=6 et René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 113 Le Prince Charmanthttps://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-le-prince-charmant?artist=magritte-rene-1&string=magritte&page=5 et René Magritte, la période « vache », « Les pieds dans le plat » avec Louis Scutenaire, Marseille, Musée Cantini, 1992, p. 115 Les Démangeaisons

Les suites de l'exposition