L'église Saint-Ouen est une église catholique paroissiale située à Therdonne, dans le département de l'Oise, en France. Elle est totalement isolée des habitations. Sa vaste nef unique, maintes fois réparée, remonte en partie au , comme le donne à penser son appareil de petits moellons cubiques récupérés d'édifices gallo-romains démantelés. Son transept et son chœur, composé d'une travée droite et d'une abside à cinq pans, est de style gothique flamboyant, et date du premier quart du . Au niveau de l'ancien diocèse de Beauvais, cet ensemble d'une exécution soignée représente l'une des réalisations flamboyantes les plus remarquables dans le milieu rural. La consécration des deux chapelles dans les croisillons n'est intervenue que tardivement, en 1556. Le clocher, implanté au sud de la nef, près du croisillon sud, n'a été bâti qu'entre 1674 et 1676, et remplace un clocher roman victime d'intempéries, dont il imite le style. Le portail est de style classique. L'église Saint-Ouen a été classée monument historique par arrêté du .. Elle est aujourd'hui affilié à la paroisse Saint-Louis de Bresles, et des messes dominicales anticipées y sont célébrées irrégulièrement.
Localisation thumb|upright|left|Vue depuis l'ouest.
L'église Saint-Ouen est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans l'agglomération de Beauvais, sur la commune de Therdonne, à mi-chemin entre le hameau de Wagicourt (de la même commune), plus proche de Beauvais, et le chef-lieu, rue du Général-de-Gaulle, soit l'ancien itinéraire de la RN 31, dans le cimetière communal. L'église est ainsi complètement isolée des habitations. Louis Graves fournit l'explication de cet isolement : .. Luc et Dominique Bureller signalent toutefois que les registres paroissiaux ne livrent aucun indice de l'existence ancien d'un tel village.. Dans la région, Therdonne n'est pas la seule église bâtie loin du village. D'autres exemples sont Bouillancy, Laigneville, Montagny-Sainte-Félicité, Nucourt, Saint-Sulpice et Brenouille avant l'étalement récent du tissu urbain. — La plus grande partie du cimetière s'étend devant la façade occidentale. L'élévation septentrionale est alignée sur la route. Au sud, l'enclos cimetière est délimité par un bois, et le terrain descend vers la vallée marécageuse du Thérain.
Histoire thumb|upright|left|Statue de saint Ouen.
Les origines de la paroisse se perdent dans le temps. En 1099, Hugues de Gerberoy, frère du vidame Garnier et doyen du chapitre et la cathédrale de Beauvais, donne l'église de Therdonne aux chapitres de Gerberoy et de Beauvais pour moitié. Ces deux chapitres nomment ainsi alternativement à la cure. Les chanoines de Beauvais possèdent une grange dîmière adossée à la nef.. Sous l'Ancien Régime, Therdonne relève du doyenné de Mouchy, de l'archidiaconé de Clermont et du diocèse de Beauvais.. Son église est dédiée à Ouen de Rouen : c'est la seule église du diocèse à porter ce vocable.. La construction de l'église actuelle commence à la fin du ou à la première moitié du , époque de laquelle date en grande partie le gros-œuvre de la vaste nef unique. Dominique Vermand souligne que pratiquement toutes les églises du Beauvaisis de cette époque sont à nef unique, seule la Basse-Œuvre de Beauvais et jadis Montmille étant de plan basilical ; p. 123-124.. L'hypothèse de Luc et Dominique Bureller, que l'ampleur de la nef s'explique par l'existence ancienne de bas-côtés., est donc sans fondement. Louis Graves assure que . Dominique Vermand signale en outre que la nef de Therdonne se caractérise par un appareil de pastoureaux, petits moellons cubiques récupérés d'édifices gallo-romains démantelés, ce qui est considéré comme un signe de grande ancienneté. Seulement la Basse-Œuvre, Notre-Dame-du-Thil à Beauvais, Bresles, Hermes et Montmille sont dans le même cas. Cependant, la nef se présente aujourd'hui comme une construction disparate en raison des nombreuses réparations profondes, dont une au début du , dont proviennent probablement les tirants en fer qui remplacent les entraits et poinçons de la charpente, les fenêtres entourées de briques au nord et les reprises ponctuelles du parement extérieur en briques. Louis Graves qualifie ainsi la nef de construction récente, tout en insistant sur la similitude de l'appareil avec les remparts gallo-romains de Beauvais. thumb|Vue depuis l'ouest. thumb|Nef, vue vers l'ouest. thumb|Nef, vue dans le chœur.
Le sanctuaire médiéval, dont l'on ignore tout, est jeté bas au début du , et remplacé par un chœur gothique flamboyant, dont les dimensions généreuses sont à la hauteur de celles de la nef. Cependant, l'achèvement des deux croisillons est peut-être ajourné, car les chapelles qu'ils abritent ne sont consacrées que le . Le compte-rendu de la consécration s'est conservé, mais selon Luc et Dominique Bureller, le document n'a pu être déchiffré. On peut seulement conclure des statues présentes dans les chapelles que celle du nord est dédiée à la Vierge Marie, et celle du sud, à saint Nicolas. Ces titres apparaissent aussi dans les registres paroissiaux, dans le contexte d'inhumations. Y est citée également la chapelle du Rosaire, mais il pourrait s'agir de la chapelle située jadis à côté du presbytère, au hameau de Wagicourt.. Le clocher est emporté par un coup de vent, et reconstruit en 1616.. Louis Graves rapporte que le clocher . Rien n'indique cependant que la nef ait jamais été voûtée de pierre. Deux nouvelles cloches, baptisées Ouen et Catherine, sont bénites le . En cette année, le clocher subit une nouvelle chute (incident non mentionné par Graves). L'histoire ne dit pas ce qui advient des cloches. La reconstruction intervient en 1674. Les archives départementales conservent le marché passé avec le maître-maçon Nicolas de Bigué demeurant à Caillouel, sur la paroisse de Hermes, en date du . Les habitants s'engagent à fournir les matériaux, et ce sont les ruines du château de Barbanson, dans les marais du Thérain, qui servent de carrière. La date de 1647 semble être une faute de frappe : il faut lire 1674, voire aussi p. B1 qui ne mentionne que cette date.. Louis Graves dit que le clocher est rebâti sans flèche. À moins que l'auteur n'entende flèche de pierre, il faudrait en conclure que la flèche de charpente soit postérieure à 1830. Il observe judicieusement que . Le porche devant le portail occidental est détruit par la grande tempête de 1705. En février 1791, sous la Révolution française, la grange dîmière est vendue comme bien national à Éloi L'Étuve, boulenger-épicier à Rochy-Condé, qui ne l'acquiert que pour récupérer les matériaux. Elle est donc démolie..
Le destin de l'église sous la Révolution n'est pas encore connue dans les détails. Le registre paroissial est saisi le .. Dans la même année, l'abbé Étienne Lecat, curé de Therdonne depuis 1766, est arrêté et emprisonné au château de Chantilly. Il s'exile ensuite en Allemagne.. L'assemblée des habitants se réunit dans l'église pour élire le premier maire de la commune Saint-Ouen-Therdonne, Lucien Patard. Deux ans après la signature du concordat de 1801, l'abbé Lecat rentre d'exil, mais épuisé et très âgé, il se retire à Beauvais un an plus tard, et vit encore jusqu'en 1814. En 1843, l'abbé Jean-Baptiste Delamarre est nommé curé de Therdonne. C'est le curé dont le ministère dans la paroisse dure le plus longtemps parmi tous ceux qui sont connus depuis 1620. L'un de ses mérites est de construire, de ses propres mains, une chapelle dite de secours au centre du bourg. Elle est consacrée le par Joseph-Armand Gignoux, évêque de Beauvais. Malgré cela, l'abbé Delamarre finit par être oublié des paroissiens. Dans les années 1950, sa tombe, située à droite en sortant de l'église, faillit être convertie en caveau provisoire. Après la mort de l'abbé Delamarre, la cure de Therdonne reste vacante jusqu'en 1900. Les abbés Duret et Marielle sont les dernières curés de Therdonne.. L'église est classée monument historique par arrêté du . Seulement huit ans après la loi de séparation des Églises et de l'État, le départ de l'abbé Marielle en 1913 implique la fin de la paroisse indépendante de Therdonne. Elle est ensuite desservie par le curé de l'une des paroisses voisines, à savoir Warluis, Allonne, Nivilliers, Marissel et Laversines. Avec le père Jean Vasseur, qui officie à Therdonne entre 1957 et 2008, la paroisse connaît pour une deuxième fois une longue période de constance. Depuis 1996, Therdonne est affiliée à la paroisse Saint-Louis de Bresles, qui s'étend sur quatorze communes.. L'église Saint-Ouen accueille des messes dominicales anticipées quelques rares fois par an.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Bâtie parallèlement à la route, l'église est orientée un peu irrégulièrement, avec une nette déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet. Elle répond à un plan assez simple, mais non symétrique, en raison du désaxement du transept par rapport à la nef, et de la présence du clocher au sud de la nef, dans l'angle avec le croisillon sud, mais sans toucher au mur de la nef. Sa cage ne communique ainsi pas avec l'intérieur de l'église. L'église se compose d'une vaste nef unique ; d'un transept dont les croisillons ne représentent que la moitié de la superficie de la croisée ; et d'un chœur comportant une courte travée droite et une abside à cinq pans. La nef communique directement avec le croisillon sud grâce à une grande arcade et un renfoncement dans son mur gouttereau sud, qui permet de donner assez de largeur a cette arcade. En revanche, la nef n'est pas directement reliée au croisillon nord. Un petit local voûté en berceau flanque le croisillon nord du côté ouest. On y trouve l'ancien accès à un souterrain, dont de début s'est effondré lors de la Seconde Guerre mondiale, et qui aurait jadis abouti sur le bois de la Motte, dans un champ, au nord de l'église.. L'espace derrière le retable du maître-autel, au fond de l'abside, tient lieu de sacristie. La nef n'est pas voûtée. Elle est recouverte d'un lambris épousant la forme d'une voûte en berceau brisé. Les travées orientales sont voûtées d'ogives. Le portail occidental constitue aujourd'hui l'unique accès à l'église. La nef est couverte d'une toiture à deux rampants avec un pignon en façade. Le transept est muni d'une toiture perpendiculaire à l'axe de l'édifice, avec des pignons aux deux extrémités nord et sud. Le clocher est coiffé d'une fine flèche octogonale en charpente, qui est recouverte d'ardoise.
Nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Raccordement avec le croisillon sud.
D'un aspect nu et lisse, bâtie sans aucun artifice décoratif, la nef de Therdonne est tout à fait représentative de l'architecture de tradition carolingienne de la fin du et du dans le Beauvaisis. D'autres exemples sont Notre-Dame-du-Thil à Beauvais, Bresles, Essuiles, , Hermes, , Ponchon et . Bresles et Therdonne sont les plus vastes. Elles ont en commun une largeur dépassant la hauteur des murs gouttereaux, et ne sont donc pas de proportions élancées, ce qui est compensé à Therdonne par la haute « voûte » lambrissée. On considère ces nefs généralement comme romanes, mais l'architecture romane apparaît en fait assez tardivement dans le nord de l'Île-de-France, au cours des années 1070. Toutes ces nefs possèdent à l'origine entre quatre et six fenêtres haut percées de chaque côté, avec des claveaux appareillés et sans ébrasement extérieur. Les fenêtres sont en plein cintre et souvent plus grandes que dans les nefs romanes du début du . En l'occurrence, et Therdonne n'est pas seul dans le cas, elles ont toutes été agrandies.