vignette|La reine Tadj ol-Molouk et ses filles, le 8 janvier 1936, lors de la cérémonie d'obtention de diplôme des étudiantes de la Faculté Préliminaire|242x242px Kashf-e hijab, en (lit. Dévoilement), aussi appelé (Libération des femmes iraniennes) est une loi et un passage de l'histoire de l'Iran. Annoncée en 1935, devenue effective symboliquement le (17 Dey 1314), elle est votée sous le gouvernement de Mohammad Ali Foroughi puis celui de Mahmoud Jam, sur une proposition de l'empereur Reza Chah. Cette loi abolit et prohibe, s'il le faut par la force, l'utilisation des voiles (foulard, hijab et tchador) traditionnels pour les femmes iraniennes. Le gouvernement inclut cette mesure dans un programme d'évolution des droits de la femme et d'occidentalisation et modernisation de la sociétéKatouzian, Homa (2003). "2. Riza Shah's Political Legitimacy and Social Base, 1921–1941" in Cronin, Stephanie: The Making of Modern Iran: State and Society under Riza Shah, 1921–1941, pp. 15–37, London; New York: Routledge; Taylor & Francis, Katouzian, Homa (2004). "1. State and Society under Reza Shah" in Atabaki, Touraj; Zürcher, Erik-Jan: Men of Order: Authoritarian Modernisation in Turkey and Iran, 1918–1942, pp. 13–43, London; New York: I.B. Tauris, Katouzian, Homa (2006). State and Society in Iran: The Eclipse of the Qajars and the Emergence of the Pahlavis, 2nd ed, Library of modern Middle East studies, Vol. 28, London; New York: I.B. Tauris, pp. 33–34, 335–336, .

Très critiquée, cette loi est probablement la plus controversée du règne de Reza Shah. Son impact, ou plutôt sa perception populaire varie beaucoup selon les sources ; si après la promulgation de la loi en 1936, le (17 Dey) en Iran devint la Journée de la femme, la révolution islamique changea la donne après 1979. Aujourd'hui, en Iran, ce phénomène est considéré comme une atteinte à la liberté et à la dignité de la femme (musulmane), et une provocation ainsi qu'un crime contre l'islam (chiite).

Des signes avant-coureurs Période Qajar On vit les premiers signes de l'enlèvement du hijab à la cour royale du roi Qajar, Nassereddin Shah, et parmi les cercles intellectuels. Sous les rois Qajar, la question de « la suppression du hidjab » a été progressivement mise en place sous la forme d'une modernisation intellectuelle, comme aussi promu par certains poètes et la presse iranienne ; le dévoilement est manifesté comme une marque du féminisme : la poétesse Fatemeh, apparue sans porter le voile lors de la conférence de Badasht (1848), s'est vue pour cela emprisonnée, jugée et puis finalement condamnée à mort. Elle demeure encore aujourd'hui une figure du féminisme iranien.vignette|164x164px|La poétesse Fatemeh|alt=Cependant, la question de la réforme du vêtement féminin devint importante sous le règne de Reza Shah.

Depuis la révolution constitutionnelle (1906), les nouvelles élites adeptes d'idées démocratiques et constitutionnelles venues de l'Occident commencèrent à adopter également la mode occidentale ; costume, cravate, nœud papillon... Néanmoins, cela constituait peu de personnes. Après le coup d'État de 1921 et la modernisation du pays qui allait aboutir à l'accession au trône de Reza Khan, le , le Parlement adopta une loi visant à réglementer le vêtement fonctionnaire pour les députés et les membres du gouvernement, inspiré des costumes occidentaux, mais qui devait être de fabrication persane. Le suivant, le ministre de la Guerre (Sardar Sepah, Reza Khan) fit étendre cette réglementation au domaine militaire . Les premières réformes vestimentaires de Reza Chah Pahlavi En , Reza Pahlavi renverse la dynastie Qadjar avec l'aide du Parlement et fonde la dynastie Pahlavi. Les réformes menées par les différents gouvernements depuis 1921 continuent, y compris les réformes vestimentaires. Dans la seconde partie des années 1920, les citadins favorables à la modernité, de même que les fonctionnaires commencèrent à délaisser l'Aba'a traditionnel persan (un grand manteau encore porté par les dignitaires religieux) pour une sorte de manteau long à hauteur des genoux appelé Sardari, des pantalons et des chapeaux sans bord . vignette|268x268px|Reza Khan portant un képi au design très similaire au Kolah Pahlavi. En 1928, le gouvernement, plus tard conforté par le vote du Majlis (Parlement) le , abolit les vêtements traditionnels et ordonne aux iraniens masculins de s'habiller avec des vêtements occidentaux : de délaisser les fez, les manteaux et les turbans pour des complets, des chaussures, et des pantalons. En outre, les écoliers ainsi que les employés du gouvernement doivent coiffer le Kolah-e Pahlavi (chapeau Pahlavi), une sorte de chapeau inspiré du képi français, déjà utilisé dans le monde militaire, depuis notamment l'accession au pouvoir de Reza Shah. Seuls les clercs sont autorisés à utiliser les vêtements traditionnels. Ces réformes, qui se voulaient promouvant un brassage socio-culturel (la façon d'être habillé permettait de décoder l'appartenance à telle région, à telle ville, à telle religion, etc.) commencent à rencontrer une certaine opposition, surtout de la part des traditionalistes, des puissantes tribus et également des chefs d'usine textile . Mais les réformes ne considéraient pas encore les femmes.vignette|209x209px|La reine d'Afghanistan Soraya Tarzi|alt=|gauche

Lors de la première visite d'état d'un chef d'état étranger dans la Perse de Reza Chah, celle du roi Amanullah Khan d'Afghanistan, son épouse la reine Soraya, connue dans son pays pour être partisane de l'évolution des droits des femmes, s'affiche tête découverte. Outragés par cela, les dignitaires religieux s'empressent de se plaindre auprès de Reza Chah pour que celui-ci ordonne à la reine de se voiler ; mais rien n'y fait, Reza Chah, impressionné peut-être par l'intransigeance de la consort, refuse. Les rumeurs d'un dévoilement partiel ou total commencèrent à circuler.

Du chapeau européen au kashf-e hijab vignette|219x219px|Mustapha Kemal et Reza Chah, lors de l'arrivée de ce dernier en Turquie, le Du au , Reza Chah entame l'unique voyage à l'étranger de tout son règne : la Turquie kémaliste, pour laquelle il a une profonde admiration. Reçu en grande pompe par son idole (Atatürk), il est encore plus impressionné que ce qu'il imaginait, il en ressort influencé et de nouvelles volontés de loi apparaissent. Après son retour de Turquie, Reza Chah semble transformé ; toutes les transformations qu'il souhaite pour son peuple, il veut les mener à bien encore plus vite, s'il faut par la force. Depuis quelques années déjà (environ 1931), le régime impérial a pris une tournure autoritaire, et l'occidentalisation de la société, qui ne peut s'accompagner que de la modernisation, doit être menée tambour battant Milani, Farzaneh (1992). Veils and Words: The Emerging Voices of Iranian Women Writers, Syracuse, New York: Syracuse University Press, pp. 19, 34–37, Majd, Mohammad Gholi (2001)..

En effet, alors qu'il est encore en Turquie, il envoie un message au Premier ministre Mohammad Ali Foroughi pour qu'il change le kolah pahlavi imposé par le chapeau européen à bords larges, arguant que cela protégeait mieux les travailleurs des rayons du soleil. Le un décret-loi initié par Reza Shah, inspirée des lois vestimentaires d'Atatürk, indique aux hommes de remplacer par des chapeaux melons les fez traditionnels, par exemple, déjà presque prohibés par la loi de 1928. Le jour de la promulgation du décret, Reza Chah reçoit des députés pour justifier sa décision, évoquant encore l'idée d'uniformisation des personnes afin d'éviter les discriminations, se défendant de mener une politique anti-religieuse. Selon Donald Wilber, auteur d'une biographie de Reza Shah, le fait de singer les civilisation européennes a, dans la tête de Reza Chah, pour objectif d'atteindre leur niveau de développement économique et social, en passant, à leur instar, par l'industrialisation et le travail. Les dignitaires religieux critiquent le nouveau chapeau pour les mêmes raisons de pratiques à la prière qu'ils évoquaient avec le kolah pahlavi, l'estimant par extension contraire à l'islam . Toujours selon Wilber, c'est en Turquie que l'empereur est véritablement séduit par l'idée du dévoilement des femmes iraniennes.

Plusieurs institutions féministes réclament l'abolition des voiles traditionnels en signe d'émancipation ; la chanteuse Qamar ol-Moluk Vaziri, se produisant déjà depuis les années 1920 tête nue, régulièrement la cible des mollahs, en est la plus célèbre partisane. Le , la princesse Chams, 18 ans, devient la présidente d'honneur d'une association féministe, ce que le clergé interprète comme l'annonce d'un futur dévoilement des femmes iraniennes.

Le soulèvement de la mosquée de Goharshad et ses suites vignette|La mosquée de Goharshad au début du . L'opposition gronde néanmoins vis-à-vis de ces transformations, et un incident sérieux va provoquer l'agacement et l'entêtement de Reza Chah : à Mechhed, le , quelques jours après la proclamation du décret, à la mosquée Goharshad, a lieu une cérémonie commémorative du bombardement du tombeau par les Russes en 1911. La foule est très nombreuse, devant et à l'intérieur du tombeau. Le cheikh Taqi Bohlul prononce un discours qui tourne vite à la critique des réformes de Reza Chah, concernant notamment le chapeau européen et le mouvement en faveur du dévoilement. La manifestation tourne à la contestation contre le pouvoir, et quelques policiers sont tués par une foule en colère . Ladite foule, pourchassée, se réfugie dans le tombeau, et la police refuse de pénétrer l'espace sacré pour la disperser. Le , le gouverneur, alerté, reçoit l'ordre de violer l'espace sacré pour contourner la désobéissance des troupes. Le 14, suivant l'ordre, des renforts venus d'hors la ville rentrent en force dans le tombeau, tandis que des mitraillettes postées sur les toits ouvrent le feu sur la foule. On estime qu'il y eut 128 morts, entre 200 et 300 blessés, et environ 800 arrestations , parmi lesquels le chef de la mosquée, Mohammad Vali Asadi. La police reprit contrôle de la situation et il n'y eut plus d'incident. Reza Chah blâma les chefs de la police pour avoir laissé la situation dégénérer au point d'en arriver à une pareille issue, au motif que les mosquées étaient des lieux de culte et non des centres politiques. Les chapeaux européens continuèrent à être abordés par les officiels jusqu'à la fin du régime, mais beaucoup d'iraniens commencèrent à délaisser toute forme de couvre-chef, sauf les clercs.

Si jusqu'alors Reza Chah ne s'était montré que favorable au dévoilement féminin, cet incident l'entêta à vouloir occidentaliser toute la garde-robe iranienne. À la Cour, notamment sous l'impulsion du ministre de la Cour Abdol Hossein Teymourtash, de nombreuses femmes avaient privilégié des chapeaux plutôt que des voiles, et avaient commencé à se vêtir à l'occidentale. Plus tard dans l'année, lors d'une réception au palais du Golestan, il vanta les mérites de l'islam mais critiqua les superstitions entretenues par les mollahs, évoquant son ressenti à propos du tchador, et mimant gestuelle évoquant une femme sans cesse se couvrant ou se découvrant le visage selon la circonstance.

Promulgation gauche|vignette|180x180px|Mohammad Ali ForoughiLors du procès de Mohammad Vali Asadi, ce dernier fut considéré comme le principal responsable des événements de ; il fut condamné à mort et exécuté. Le Premier ministre Foroughi tenta - en vain - d'intercéder auprès de Reza Chah en sa faveur, ce qui déplut grandement à ce dernier Le Premier ministre et Reza Shah se fâchèrent, mais pas définitivement : Foroughi, qui avait été le premier Premier ministre de Reza Chah en 1925, sera aussi le dernier en 1941, dans des circonstances particulières. Foroughi démissionne le , et il est remplacé par Mahmoud Jam, qui mènera à bien la loi de dévoilement.