L’histoire de saint Sylvestre à Chartres est un vitrail du ., situé dans le déambulatoire sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, qui illustre la vie de saint Sylvestre , pape de 314 à 335.
L'importance de ce pape vient de ce que ce fut sous son règne que Constantin permit à l'Église de prendre une place officielle dans l'Empire romain. Le véritable sujet du vitrail est donc plutôt le rapport entre l'autorité spirituelle de l'Église et l'autorité temporelle du souverain au , tel qu'il était enseigné par l'Église.
Composition du vitrail
Le vitrail est situé dans le déambulatoire sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. Il est numéroté 008 dans le Corpus vitrearum. Le renfoncement qu'il occupe était primitivement dédié à une petite chapelle ornée de deux lancettes, symétrique de celle située dans le déambulatoire nord, avec le vitrail de Charlemagne. La lancette de gauche a été condamnée entre 1350 et 1358, pour ouvrir l'accès à la chapelle Saint Piat, et le vitrail historié qui l'ornait primitivement a été remplacé par la grisaille actuelle (numéroté 006).
La verrière a été réalisée au tout début du , entre 1210 et 1225. Elle est donc contemporaine de la cathédrale actuelle. La verrière a été classée aux monuments historiques dès 1840. Elle a été restaurée par Gaudin en 1921, puis en 1999.
Le vitrail s'inscrit dans une lancette en arc brisé de , de style gothique primitif. Sa ferronnerie complexe s'articule autour de quatre étages, chacun formés de quatre grands cercles divisés en quatre compartiments par deux fermaillet reliant verticalement deux quadrilobes posés à la jonction des grands cercles, et horizontalement deux demi-quadrilobes faisant la liaison avec la bordure.
Toutes les scènes des panneaux figuratifs sont dessinés sur fond bleu. Les quadrilobes sont bordés de trois filets intérieurs rouge, bleu et blanc. Les grands cercles sont bordés intérieurement d'une bordure plus complexe, avec une bande rouge centrale, ornée de cercles décorés de fleurs de grisaille, des cercles roses et verts alternant entre des cercles bleus. Cette bande est bordée intérieurement de deux filets bleu et rouge, et extérieurement d'un filet blanc.
Dans l'intervalle laissé entre les grands cercles et la bordure, les écoinçons portent de petits médaillons à fond bleu, bordés de deux filets rouge et blanc.
Le fond est orné d'une mosaïque à résille oblique complexe de carrés décorés en grisaille d'une fleur quadrilobée et d'une bordure, carrés alternativement bleus bordés d'un filet rouge, et rouges bordés d'un filet bleu. Les filets sont ponctués de perles ornés d'une fleur quadrilobée en grisaille, jaune aux coins des carrés rouge, et verte aux coins des carrés bleus.
La bordure est formée d'une large bande parcourue de filets blancs dessinant des fuseaux, l'intérieur portant sur fond rouge des fleurons bleus à tige verte boutonnées de jaune, l'intervalle entre deux fuseaux portant sur fond bleu un disque rouge orné d'une fleur bleue à cœur jaune. Cette bande centrale est elle-même bordée de part et d'autre de deux filets, rouge et blanc.
Thématique
Saint Sylvestre fut le 33 pape, de 314 à 335, pendant le règne de l'empereur . Sylvestre est l'un des premiers saints canonisés sans avoir subi le martyre. Il est fêté le 31 décembre, au jour anniversaire de sa mort. La principale cause de sa célébrité moderne est donc le réveillon de la Saint-Sylvestre, qui n'a aucun rapport avec l'histoire de sa vie, d'autant plus que le début de l'année civile a longtemps été flottant et ne s'est fixé au premier janvier que vers le . Son règne présente cependant a posteriori une certaine analogie avec le passage à la nouvelle année : c'est sous son règne que l'Église passe du temps des persécutions à l'existence officielle, marquant donc une nouvelle ère dans l'histoire de l'Église.
Pour l'Église, l'histoire de saint Sylvestre est importante à plusieurs titres. Historiquement, c'est à son époque que instaura la tolérance du christianisme au sein de l'Empire romain. Avec lui apparaît pour la première fois la conception chrétienne de la souveraineté temporelle : le souverain est converti et baptisé, donc soumis à l'autorité spirituelle de l'Église, vitrail 08, . C'est cette même approche du souverain chrétien que l'on retrouvera ensuite avec Clovis et Charlemagne, qui ont également permis à l'Église de restaurer sa présence sociale et ont été de ce fait surnommés « nouveau Constantin ».
Charlemagne, dont le vitrail fait le pendant de celui-ci dans le déambulatoire nord, marquera ultérieurement une étape ultérieure pour l'occident au VIIIe siècle : c'est par sa dynastie que l'onction a été systématiquement introduite dans le sacre royal, manifestant un basculement dans la légitimité du pouvoir ; par son sacre religieux, le Roi tient son ministère de Dieu (par l’intermédiaire de l’Église), il a pour vocation à ce titre d'être le bras armé de l’Église dans le monde, consacrant la « conception ministérielle de la royauté »La chrétienté médiévale, Étienne Delaruelle, professeur à l'Institut catholique de Toulouse. Le Moyen Âge, éditions Lidis, 1966.. Ces deux vitraux illustrent donc le rapport entre l'autorité spirituelle de l'Église et l'autorité temporelle du souverain au , tel qu'il était enseigné par l'Église. Par la suite, la donation de Constantin, apparaissant vers le et dont le caractère inauthentique ne sera établi qu'au , tente de faire remonter cette conception à Constantin lui-même, qui par ce testament inventé sous les carolingiens aurait légué son pouvoir temporel à l'autorité de l'Église.
La conversion de Constantin est attribuée à différentes origines suivant la source hagiographique à laquelle on se réfère. Suivant la version la plus commune relatée par Eusèbe de Césarée (rapportant la version de l'empereur mais sans y prêter sa caution) et le livre de Lactance, la conversion est due à la vision que Constantin a eue avant la bataille du pont Milvius, où il reçoit avec le symbole du Chrisme la consigne du In hoc signo vinces. C'est ce même thème de l'ordalie guerrière que l'on retrouvera plus tard avec Clovis et la bataille de Tolbiac. Plusieurs historiensLibanios, Oraison 30, 6 ; Zosime, Histoire nouvelle 2, 29 attribuent cette conversion à l'appât du gain : Constantin se serait fait chrétien pour piller les temples païens afin de financer Constantinople. Pour Zosime l'empereur se serait converti en 326, pris de remords après avoir fait périr le fils aîné Crispus que lui donna sa première épouse Minervina, puis sa seconde épouse Fausta.
Une autre version rapportée par des païens de la ville d'Harran prétend que Constantin, alors atteint de lèpre, se serait converti car les chrétiens acceptaient dans leur rang les lépreux. Il aurait dû pour se soigner prendre un bain du sang de nouveau-nés mais, touché par les pleurs des mères, ne put s'y résoudre. C'est alors que lui seraient apparus en songe la nuit suivante saint Pierre et saint Paul qui lui conseillèrent de retrouver l’évêque Sylvestre sur le mont Soracte : lors de cette rencontre l'empereur Constantin fut baptisé et soigné de sa terrible maladieHenri Hauvette, Dante, introduction à l'étude de la Divine Comédie.. C'est cette version, déjà présente dans la donation de Constantin, qui est reprise dans la Légende dorée et qui est illustrée dans le présent vitrail. Ce thème, suggérant évidemment celui du massacre des Innocents, permet de faire le parallèle entre le « mauvais roi » Hérode le Grand, qui n'a pas hésité à massacrer la population pour refuser la venue annoncée du Christ, et le « bon empereur » Constantin, qui face à cette même annonce se convertit et devient le protecteur de l'Église.
La légende veut que Sylvestre ait baptisé Constantin, ce qui est illustré dans le vitrail. Cette scène est en réalité entièrement symbolique, soulignant le rôle central qu'a eu Sylvestre pour insérer le christianisme dans le monde social et juridique romain. Mais elle n'a rien d'historique. Constantin ne s'est laissé baptiser que sur son lit de mort, deux ans après la mort de Sylvestre. De même, la légende mentionne les « lois mémorables » qu'il aurait édictées à l'occasion de ce baptême, les sept édits attribués à Constantin (sans aucun fondement historique), rappelés dans le vitrail par les médaillons entre les scènes historiographiques, et détaillés ci-après. Ces « édits de Constantin » trouvent leur fondement historique dans l'édit de Milan, mais ici également cela ne correspond pas à la réalité historique. Cet édit de tolérance promulgué par Constantin l'a été avant l'élection de Sylvestre, et n'a fait qu'admettre toutes les religions dans l'Empire romain, sans en privilégier une en particulier.
Description des panneaux
Le vitrail se lit généralement de bas en haut et de gauche à droite ; mais les deux demi-quadrilobes latéraux sont parfois lus au même niveau que l'étage supérieur du grand cercle.
L'éducation de Sylvestre
A1 - Éducation de Sylvestre
Sylvestre avait pour mère une femme qui s’appelait Juste, et qui n’était pas moins juste de fait que de nom. Instruit par le saint prêtre Cyrin, il eut de bonne heure le goût de l’hospitalité. Centré dans l'image, le jeune Sylvestre a déjà le nimbe marquant la sainteté. Sa mère, la main sur son épaule, le confie au prêtre qui tient dans sa main droite un livre, attribut de son enseignement. La colonne médiane sépare le monde en deux, le monde familial que Sylvestre est en train de quitter, et le monde de l'Église qu'il s'apprête à rejoindre. Sous les pieds de Sylvestre, le bandeau précise son identité « S:SILVEST? ». Le groupe est entre deux portes ouvertes en rouge : à gauche, celle par laquelle sont entrés Sylvestre et sa mère Juste, qui donne sur l'extérieur de la ville dont on voit une tour de fortification ; à droite celle de la demeure qui sera dorénavant celle de Sylvestre.
Sylvestre paraît avoir une dizaine d'années, la scène doit se situer vers 280. Le thème de l'enfant confié par ses parents à un maître est très fréquent dans les légendes hagiographiques, lorsque le saint doit être instruit. C'est un thème que l'on retrouve par exemple dans le vitrail de la Vie de la Vierge à Chartres. Sylvestre sera régulièrement représenté par la suite comme un savant lettré, portant un livre à la main A2 - Sylvestre accueille Timothée
Il eut de bonne heure le goût de l’hospitalité. Il recueillit chez lui le chrétien Timothée, que personne ne voulait recueillir, par crainte de la persécution. Et ce Timothée prêcha là, pendant un an et trois mois.
La persécution est celle de la persécution de Dioclétien, dans les années 300 à 305 : les chrétiens sont sommés de sacrifier à l'empereur, et en cas de refus, sont torturés et exécutés. Sylvestre est à présent un homme adulte et barbu.
Timothée est à gauche, habillé en pèlerin du Moyen Âge : le bâton du voyageur à la main, et une panetière à la ceinture. L'identité de ce Timothée n'est pas claire. Sylvestre lui fait franchir la porte (ouverture en rouge) de la ville dont on voit les murailles, quittant la campagne dont on voit un arbre à gauche. C'est donc un étranger à la ville qui est accueilli. Il est déjà nimbé, peut-être en anticipation parce qu'il va subir le martyre. Sous leurs pieds on lit « TIMOThEUs:S:SILVESTER » A3 - Martyre de Timothée
Et ce Timothée prêcha là, pendant un an et trois mois, après quoi il reçut la couronne du martyre.
Timothée est à genoux, les yeux bandés. Ses mains sont jointes pour une dernière prière. Derrière lui, le bourreau a déjà levé son épée et s'apprête à le décapiter. Dans la bordure, une inscription illisible. Le nimbe de Timothée est rouge, couleur du martyre.
On n'a pas de détails sur ce saint Timothée. C'était semble-t-il un prêtre originaire d'Antioche, martyrisé à Rome sous Dioclétien, et dont la tombe se trouverait à côté de celle de saint Paul dans le cimetière de la Via Ostiensis Early Roman Christian Cemeteries, Catholic Encyclopedia .. A4 - Funérailles de Timothée