Alfonso Caycedo, né le à Bogotá en Colombie et mort le à Barcelone, est le fondateur de la sophrologie. Neuropsychiatre et professeur de psychiatrie, passionné par les états de conscience modifiés, il consacre une grande partie de sa vie à étudier la conscience et ses ressources, selon une approche médicale dans un premier temps, puis phénoménologique, en incluant la dimension corporelle.
Influencé par les approches orientales (yoga, zen), il oriente la sophrologie vers l'obtention d'un état de conscience plus harmonisé tandis que se créent d'autres courants sophrologiques, plus ou moins corporels ou phénoménologiques. Il distingue sa propre démarche et son enseignement sous le nom de sophrologie caycédienne à partir de 1988, tout en maintenant pour le mot sophrologie le sens de discipline d'étude de la conscience humaine.
Malgré la revendication de la sophrologie d'être une , elle présente des aspects pseudo-scientifiques et n'a pas fourni des preuves suffisantes de son efficacité.
Biographie
Origine et formation Issu d'une famille très catholique d'origine espagnole (basque), Alfonso Caycedo naît le à Bogotá en Colombie. Ses parents sont eux-mêmes colombiens de naissance. Son père est architecte et sa mère devient écrivaine à la mort de ce dernier..
Il fait ses études à Bogotá jusqu'au baccalauréat, et se rend ensuite en Espagne pour faire ses études universitaires à la Faculté de médecine de Madrid, où il obtient le titre de docteur en médecine et en chirurgie.
Interne dans le service de neuropsychiatrie du Pr. éminent spécialiste espagnol en psychiatrie phénoménologique, de l'hôpital Santa Isabel à Madrid, dans lequel il crée le premier département de Sophrologie en 1960, avec l'autorisation de celui-ci et influencé particulièrement la lecture d'un ouvrage de Viktor Frankl., (psychiatre autrichien ami de Sigmund Freud) : "Un psychiatre déporté témoigne", il se spécialise ensuite en psychiatrie et en neurologie, et c'est exactement sous la direction de López Ibor qu'il fait sa thèse doctorale sur l’électroencéphalogramme en 1959.
De l’hypnose à la sophrologie (1959-1962)
Confronté professionnellement à l'observation d'états de conscience modifiés et obligé d'utiliser des procédés thérapeutiques violents (comas insuliniques, électrochocs sans anesthésie), il s'interroge sur la nécessité de modifier ou d'altérer ainsi la conscience dans un but thérapeutique .. Alors en recherche d'autres options, Alfonso Caycedo se tourne d'abord vers l'hypnose clinique, en particulier celle de l'École de Nancy. Il part y étudier auprès d'André Cuvelier, lui-même disciple d'Émile Coué, dont Caycedo dit avoir traduit la thèse doctorale sur le sujet en espagnol.. En 1959, il crée à Madrid la Société Espagnole d'Hypnose Clinique et Expérimentale , 2ième page..
Bien que constatant des effets positifs étonnants, mais aléatoires, il vise à s'éloigner de l'hypnose dont l'histoire est sulfureuse et suscite la méfiance. Il annonce alors : . Il ajoute :
Il choisit de baptiser ce nouveau domaine « sophrologie », inspiré du mot sophrosyne (en grec ancien σωφροσύνη/sophrosúnê), notamment tiré du Charmide, écrit par Platon. Étymologiquement, il s'agit de l'étude (logos) de l'harmonie (sos) de la conscience (phrên) . Il fonde en 1960 le premier département de sophrologie clinique à Madrid, dans le service de neuropsychiatrie du López Ibor en renommant son en ..
La sophrologie est, à cette époque, une approche qui est proche techniquement de l'hypnoseÀ 80 % selon Caycedo ., même si le rapport au patient s'y inscrit davantage dans une approche humaniste.
En passant par la phénoménologie (1963-1964)
En parallèle, en préparant sa thèse doctorale rendue en 1959, Alfonso Caycedo rapporte qu'il envisage une véritable formation à la méthodologie d'exploration de la conscience proposée par la phénoménologie. Il lit Edmund Husserl, Karl Jaspers et plus particulièrement Ludwig Binswanger et explique qu'il a du mal à bien les comprendre : .. En 1963, il part alors en Suisse pour y rencontrer Ludwig Binswanger, père de la psychiatrie phénoménologique et proche de Martin Heidegger.
Alfonso Caycedo est admis comme médecin neuropsychiatre au sanatorium Bellevue à Kreuzlingen et se forme auprès de Binswanger, qui influence définitivement sa démarche de recherche sur la conscience, dont la réduction phénoménologique restera la colonne vertébrale. Il reconnaîtra aussi à Binswanger de lui avoir appris que .
Caycedo tente de populariser la phénoménologie existentielle à travers la sophrologie (qui sera elle-même dite « existentielle » dans cette filiation Schémas de filiation : Husserl : l'analyse intentionnelle → Heidegger : L'analytique existentielle → Binswanger : L'analyse existentielle ↔ Caycedo : La Sophrologie existentielle.). Dans toute la suite de son exploration personnelle et partagée, il propose de redécouvrir les phénomènes d'états de conscience modifiés à l'aide d'une approche d'inspiration phénoménologique. Ainsi, la sophrologie telle qu'il l'a fait évoluer devient progressivement une méthode moins inductive. L'expérience subjective de chacun, la déduction personnelle des phénomènes priment sur les inductions provoquées par le thérapeute.
L’Orient et les états de conscience modifiés (1965-1967) thumb|Pour explorer les états de consciences non pathologiques possibles, Caycedo explore la méditation dhyâna de l'hindouisme jusqu'à ses dérivées bouddhistes dont fait partie le zen.
Alfonso Caycedo se rend en Orient pour explorer une approche plus corporelle de la conscience, encouragé par L. Binswanger Caycedo rapporte la réponse de Binswanger lorsqu'il évoque le sujet des pratiques orientales : , et influencé par sa femme ., Colette, une Française passionnée de yoga avec qui il se marie en 1963 en Suisse.
Il poursuit l'exploration de l'approche de la conscience au travers du yoga, et opte finalement pour la piste du dhyâna (source de la méditation), depuis l'Inde jusqu'au Japon.
Le yoga de l'Inde
Après une période infructueuse, il découvre le raja yoga par le biais de médecins indiens, puis part en expérimenter de nombreux autres, accompagné de sa femme. Il séjourne ainsi, entre autres, dans l'ashram de Sri Aurobindo (dit Aurobindo Ghose) à Pondichéry, où ira aussi Jean GebserPierre Etevenon et Bernard Santerre. États de conscience, Sophrologie et Yoga, Éditions Tchou, 2006.. Il présente son exploration dans deux livres édités en Inde : voir en ligne et ..
Il constate l'importance du corps dans ces différents procédés : .. Il constate aussi leur dextérité et dit sur les techniques clés: . et il ajoute encore .
Le Bouddhisme tibétain
Sur les conseils de médecins, il poursuit son exploration dans l'Himalaya et rencontre le . à Dharamsala. Il dit ..
Il discute avec le dalaï-lama, notamment du tummo, mais aussi de la médecine tibétaine, de la méditation, 1966, lien a l'évocation du Tummo..
Questionné sur les techniques observées lors de son séjour, il rapporte la technique des vibrations gutturales continues pratiquées en groupe et précise : ..
Il souligne l'importance de la respiration et dit s'être senti proche des lamas, qui forment le groupe humain auquel il s'est le mieux identifié..
Le zen japonais
Il se rend enfin au Japon, où il s'initie à deux principaux bouddhismes zen : Rinzai et Sōtō. Il pratique les deux et note l'importance de la posture (zazen) et l'absence de mouvement.. Il précise que le zen utilise des techniques d'activation de la conscience fondées sur le dhyâna des hindous, le mot zen étant lui-même issu de ce mot. Il a ainsi suivi dans son exploration le cheminement de cette notion qui a transité par le bouddhisme tibétain et présente que ..
Applications attribuées L'ensemble du voyage dure près de ., et Caycedo trouve que les disciplines explorées (yoga, méditations tibétaines et zen) sont indissociables de la religion et de la philosophie qui les portent. Il est venu avec un regard de psychiatre pour explorer les techniques d'investigation de la conscience sous un angle phénoménologique, et il vise à distinguer . Ainsi, il dit :
Il tire de ces expériences les trois premiers degrés de la Relaxation Dynamique ou Relaxation Dynamique de Caycedo adaptés à la culture occidentale : le premier degré (RDC1) s'inspire du yoga indien, le deuxième (RDC2) de la méditation tibétaine et le troisième (RDC3) du zen japonais.
Barcelone (1968-1982) Caycedo est nommé Professeur à l'école de psychiatrie de la faculté de médecine de Barcelone. C'est l'époque de nombreuses expérimentations et recherches fondées sur les Relaxations Dynamiques : la sophrologie doit faire ses preuves.
C'est aussi l'époque des premières scissions (1974) : certains professionnels de la santé lui reprochent de sortir la sophrologie du champ thérapeutique en y rattachant les valeurs de l'Homme, introduisant ainsi une notion d'idéologie hors cadre thérapeutique. C'est le début de la branche "non caycédienne" de la sophrologie.
Quelques événements 1968, parution du premier livre de sophrologie en langue française. 1970, premier Congrès mondial de sophrologie, à Barcelone, avec de . Le futur roi d'Espagne Juan Carlos y est président d'honneur, avec la future reine Sofia. 1973, symposium européen de Lausanne. 1974, symposium européen de Bruxelles.
Inauguration à Paris de l'entraînement collectif en sophrologie. 1975, deuxième Congrès mondial de sophrologie à Barcelone. 1977, premier symposium panaméricain, et troisième Congrès mondial de sophrologie à Recife (Brésil). Nomination du Professeur et Docteur Alfonso Caycedo comme professeur honoris causa de l'université de Pernambouc et déclaration des valeurs de l'homme (ou Déclaration de Recife), création de la branche socio-prophylactique et du développement personnel pour contribuer à l'aide en faveur des pays en développement. Inauguration de la sophrologie sociologique à Madrid.
Colombie (1982-1988) Le troisième Congrès mondial de la sophrologie se déroule en à Bogotá.
Le quatrième degré de la Relaxation Dynamique voit le jour (RDC4). Il sera présenté en 1985 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans l'amphithéâtre Charcot.
Principauté d’Andorre (depuis 1988) En 1988, Caycedo s'installe à Andorre, qui devient le siège de sa société Sofrocay, présidée depuis son décès par sa fille Natalia Caycedo. Son directeur est son beau-fils, Koen van Rangelrooij.
Concepts
Les pensées d'Alfonso Caycedo publiquement diffusées le sont surtout relativement à la sophrologie, pour en expliquer au moins l'origine. Mais Chap.1 (source). Cette réflexion est donc à distinguer indépendamment des divers courants sophrologiques qui en résultent tous, mais avec des rejets et apports spécifiques pour chacun.
Sémantique Ses idées sont présentées avec un vocabulaire singulier, phénoménologique d'une part, et d'autre part composées de néologismes ajoutés au fur et à mesure , qui .
Parmi les néologismes, on trouve en plus de sophrologie les déclinaisons phroniques (conscience) et sophroniques ("conscience en harmonie"), vivances (somme du vécu conscient et corporel), et bien d'autres. Ils sont mélangés au vocabulaire phénoménologique comme phénomène, réduction, transcendance, etc. Par exemple, Patrick-André Chéné écrit . Le sens déjà complexe (entraînement de la conscience à percevoir le corps qui crée un espace conjoint de perception des choses vécues) est inaccessible sans un décryptage sémantique. Pas plus que, par exemple, quand Caycedo explique en 1992 .
Cette tendance est dénoncée comme s'étant aggravée par les tenants d'une sophrologie qui se sont séparés du courant caycédien après les quatre premiers cycles et refusant les huit suivants. Ainsi, Richard Espositofiche biographique, auteur du Que sais-je sur la sophrologie et créateur du centre de formation en sophrologie qui n'inclut que ces premiers cycles, écrit :
Principe de phénoménologie appliquée