Vila Militar (littéralement Cité militaire) est un quartier dans la banlieue ouest de la ville de Rio de Janeiro, au Brésil. Le quartier abrite le plus grand ensemble de casernes et d’habitations de militaires du Brésil, et constitue la plus grande concentration militaire d’Amérique latine, avec plus de hommes.
L’aménagement de Vila Militar fut décidé au début du , lorsque le gouvernement fédéral jugea nécessaire de réformer son réseau d’écoles militaires et, dans la foulée, de moderniser l’armée brésilienne. Les travaux de construction, commencés en 1908 et exécutés selon un plan urbain préétabli, furent dirigés par le ministre de la Guerre alors en exercice, le maréchal Hermes da Fonseca, sous les mandats des présidents successifs Rodrigues Alves et d’Afonso Pena. La voirie du nouveau quartier consiste en une large avenue centrale et un réseau de rues tracées au cordeau et se croisant perpendiculairement. La subdivision de l’espace suit une rationalité fonctionnelle, avec les équipements collectifs au centre, les casernes et terrains d’entraînement au nord et les logements individuels au sud de l’axe central. Les concepteurs de Vila Militar prirent en considération toutes les idées modernes (notamment hygiénistes) alors en cours en matière d’urbanisme, en particulier relativement à la salubrité, aux espaces verts, au zonage et à une certaine standardisation des maisons individuelles. Ces contraintes urbanistiques et plusieurs innovations dans la conception des maisons (plus spacieuses, mieux équipées, aux pièces mieux agencées, avec abandon de la mitoyenneté naguère encore de mise) n’étaient pas sans lien avec le rôle politique et pédagogique que les officiers brésiliens, férus d’idées de progrès et de rénovation, entendaient jouer sous la Première République. En outre, rompant avec l’austère esthétique d’antan, l’on adopta les tendances stylistiques alors en vogue ainsi que les principes constructifs et les matériaux les plus avancés (charpente métallique etc.). Tous ces concepts novateurs tendront à devenir la norme lors de la construction d’autres cités militaires tout au long du , jusque dans les années 1960, même si la Vila Militar de Rio de Janeiro ne servira pas de modèle reproductible tel quel.
Histoire
L’idée d’aménager Vila Militar surgit en 1904, dans le cadre d’une réforme générale des établissements et installations de formation militaire, que le gouvernement fédéral avait jugée nécessaire. La commission chargée de l’opération de réforme procéda dans le même temps à une réorganisation générale de l’armée brésilienne, en s’attachant plus particulièrement à répondre au besoin de terrains pour l’instruction pratique et d’équipements adaptés aux militaires et à l’exercice de leur profession. L’idée fut poursuivie sous le gouvernement du président Rodrigues Alves et fut mise en œuvre par le ministre de la Guerre alors en exercice, le maréchal Hermes da Fonseca, avec la collaboration du maire de Rio de Janeiro Francisco Pereira Passos.
En 1907, dans le cadre de cette opération de modernisation de l’armée brésilienne, le même maréchal Hermes, qui était toujours ministre de la Guerre, mais à présent sous le gouvernement Afonso Pena, engagea la construction de la cité militaire de Rio de Janeiro, prévue pour accueillir la Première Brigade stratégique fraîchement créée, et appelée à servir ensuite de modèle à d’autres sites militaires semblables disséminés à travers tout le Brésil, projet qui cependant, par manque de financements, ne fut pas mis à exécutionMariana Bonates, Vila Militar do Rio de Janeiro, .. Le fut nommée une commission de construction de Vila Militar, dont un des membres sera Antônio Leite de Magalhães Bastos, lieutenant-colonel originaire du Pernambouc, qui donnera d’ailleurs son nom au quartier de Magalhães Bastos, limitrophe de Vila Militar. Joua également un rôle de premier plan Manoel Guina, maître d’œuvre, d’origine portugaise, venu de São Paulo en quête de travail, et devenu l’un des pionniers de la fondation du quartier.
En 1908, on fit l’acquisition de la fazenda (grand domaine agricole) Sapopemba, propriété du comte Sebastião do Pinho, à la famille duquel le domaine avait échu lors de l’attribution des sesmarias pendant la colonisation portugaise. Les travaux de construction des casernements et résidences débutèrent vers le milieu de l’année 1908 et fut placée sous la responsabilité du déjà cité lieutenant-colonel Magalhães Bastos.
En 1911, Vila Militar vit la naissance de la première association aéronautique du Brésil, l’Aeroclube do Brasil. Fondé par un groupe d’idéalistes et d’enthousiastes de l’aviation, l’aéroclub eut pour président honoraire Alberto Santos Dumont et pour l’un de ses sociétaires le lieutenant Ricardo Kirk, le premier officier de l’armée brésilienne et le deuxième militaire brésilien à obtenir un brevet de pilote d’avion. Cet aéroclub du reste motiva une expansion du quartier, étant en effet à l’origine quelque temps plus tard de la première base aérienne brésilienne, celle de Campo dos Afonsos.
Le quartier abrite deux écoles municipales (l’école municipale Rosa da Fonseca et l’école municipale Frei Orlando). Sa gare évoque, avec ses corniches crénelées et ses échauguettes, la forme d’un donjon médiéval.
Bien que Vila Militar représente la première en date des cités militaires au sens institutionnel, les maisons d’habitation de cet ensemble ne sont pas pour autant des unités pionnières construites par l’armée brésilienne. Auparavant, et dès le début des années 1870, des unités résidentielles avaient été édifiées à l’intérieur ou à proximité de certaines implantations militaires isolées, telles que forts et écoles militaires.
Plan urbain et philosophie du projet
Les concepteurs de Vila Militar de Rio de Janeiro eurent à cœur de se conformer aux principes hygiénistes et urbanistiques qui étaient alors en vogue chez les ingénieurs et étaient mis en œuvre dans d’autres réalisations de cette époque. Ingénieurs et urbanistes se flattaient en effet d’être les agents du progrès et s’efforçaient de mettre leur savoir en pratique dans le contexte urbain.
En 1907 fut mise sur pied la Comissão Constructura, chargée de planifier et de faire réaliser la cité de Vila Militar, et composée de militaires des différentes armes, y compris le corps d’ingénieurs, aux côtés du corps d’artillerie et d’infanterie. Au sein de cette commission, l’on note la présence du déjà mentionné Magalhães Bastos, qui sera responsable de l’ensemble des travaux de conception technique depuis le début des activités de ladite Commission et organisera les divers projets, calculant notamment toute la structure métallique des maisons et des casernes, et veillant à mettre en place « toutes les conditions d’hygiène, de commodité et de confort ». Faisait partie également de cette Commission le lieutenant-ingénieur Palmyro Serra Pulcheiro, qui aura part aussi au projet Bairro Operário Marechal Hermes (litt. Quartier ouvrier Marechal Hermes), sis à peu de distance à l’est de Vila Militar, ce qui explique la parenté entre ces deux projets d’urbanisme. En effet, les similitudes d’ordonnance sont évidentes entre Vila Militar et Bairro Operário : le plan urbain de ce dernier se caractérise par la disposition orthogonale de ses voies, avec une large avenue centrale arborée, dont le tracé court perpendiculairement à la gare de chemin de fer et le long de laquelle furent aménagées les différentes places et les principaux équipements collectifs. Au centre du périmètre fut réservée une grande zone libre, de forme circulaire, traversée par l’avenue principale et bordée d’écoles professionnelles. Le plan prévoyait d’autre part la construction de , encore que seulement aient été édifiés durant le mandat de HermesMariana Bonates, Vila Militar do Rio de Janeiro, .. Suivant le même modèle, Vila Militar est constitué de rues rectilignes, uniformes et larges, se croisant à angle droit, conformément aux principes généralement adoptés par les ingénieurs de cette époque. Cette disposition orthogonale s’organise autour d’un axe routier principal, l’actuelle Avenida Duque de Caxias, parallèle cette fois à la voie ferrée, et le long duquel les constructions s’enfilent linéairement. Le projet d’origine prévoyait la localisation centrale des équipements collectifs, avec une distribution symétrique des places. Une arborisation abondante, autre élément marquant du projet de Vila Militar, et le paysagisme avaient pour but de rendre la « cité agréable ».
L’avenue principale servait d’axe de référence d’un zonage, présidant en effet à une ségrégation des fonctions, en ce sens que d’un côté de cet axe (au sud) furent implantées les zones résidentielles, les espaces verts et les places, un bâtiment administratif et un casino, tandis que l’autre côté (au nord) était voué aux activités militaires, avec des entrepôts, des terrains d’entraînement, etc. Cependant, un autre élément structurant de la cité, non consigné dans les plans initiaux, était l’axe de la voie ferrée, courant parallèlement à l’axe routier principal. La gare de Vila Militar fut inaugurée en 1910 et se situe au bout d’une rue centrale perpendiculaire à l’axe principal, l’autre bout étant occupé par le bâtiment administratif et le casino susmentionnés. Cette voie de chemin de fer, outre sa fonction de moyen de communication, allait plus tard faire office, à l’instar de l’avenue principale, de ligne de démarcation fonctionnelle entre usages différents de l’espace, en ce sens que d’un côté (au sud) se trouvaient implantées les structures fonctionnelles de travail et la zone d’habitat de la cité des officiers, et de l’autre (au nord de la voie ferrée) la cité des sous-officiers, qui sera construite seulement vers la fin des années 1930Mariana Bonates, Vila Militar do Rio de Janeiro, ..
L’idée alors dominante de grouper sur un même site lieu de travail et lieu de résidence sous-tendait la conception d’un grand nombre de cités ouvrières de la même époque. Les patrons d’entreprises entendaient assurer chez leurs salariés le maintien de la discipline et du contrôle idéologique (pendant le temps de travail et dans les loisirs), considérés comme des éléments fondamentaux pour l’efficacité de l’industrie. Ce principe fut honoré également à Vila Militar, non pas cependant à Bairro Operário Marechal Hermes, qui n’était pas une unité opérationnelle, mais seulement un quartier résidentiel. Ce cas mis à part, cités militaires et cités ouvrières avaient en commun ce syncrétisme fonctionnel, propre à favoriser le bon fonctionnement des organisations, et aboutissant en définitive à des spatialités semblables.
Dans la zone résidentielle des officiers, les voies orthogonales déterminaient un ensemble de rectangles de longueur différente. Les îlots ainsi définis présentaient quelques aspects innovants pour l’époque, comme p.ex. le fait qu’on se garda de lotir la totalité du rectangle, pour y ménager quelques espaces verts. Ainsi certains îlots renfermaient-ils en leur centre un espace arboré à l’usage des résidents, et d’autres îlots pouvaient posséder en outre quelques parcelles non occupées et également arborées, qui permettaient l’accès au centre de l’ilôt à partir de l’avenue principale, particularité qui ne fut sans doute possible que parce qu’il s’agissait en l’occurrence d’une entreprise sans but lucratif visant à loger une population professionnelle.