Le racisme systémique est une notion décrivant une forme de racisme qui est ancrée dans l'organisation et les relations sociales au sein d'une société ou d'une organisation. Ce racisme génère et entretient des discriminations qui touchent aux différentes sphères de la société telles que la justice pénale, l'emploi, le logement, la santé, le pouvoir politique et l'éducation.

Définition

Racisme systémique La Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec définit le racisme systémique comme suit :

Cette forme de racisme est souvent inconsciente puisque la culture dans laquelle elle évolue normalise les comportements ayant pour « effets de perpétuer les inégalités vécues par les personnes racisées notamment en matière d’éducation, de revenus, d’emploi, d’accès au logement et aux services publics. »

En 2020, dans le contexte des manifestations qui suivent la mort de George Floyd, le dictionnaire américain Merriam-Webster révise son entrée racism, notamment après avoir été interpellé par Kennedy Mitchum, afin de rendre plus explicite la notion de racisme systémique : « L’oppression systémique d’un groupe racial au bénéfice social, économique et politique d’un autre ». Cette évolution, loin d'être une redéfinition complète du mot « racisme », est surtout une précision conceptuelle. Le dictionnaire mentionnait déjà auparavant l'existence de systèmes politiques ou sociaux fondés sur le racisme ; cette révision vient donc expliciter et approfondir cette dimension. Aujourd'hui encore, Merriam-Webster conserve plusieurs sens du terme : le racisme peut désigner des croyances, des préjugés, de la discrimination ou de l'hostilité fondés sur la race, mais aussi « l'oppression systémique d'un groupe racial qui crée un avantage pour un autre groupe racial ». Le dictionnaire possède par ailleurs une entrée spécifique, systemic racism, consacrée à cette seconde notion. Il ne s'agit donc pas de redéfinir le racisme en général comme une oppression systémique mais d'ajouter et clarifier cette acception sans supprimer les définitions plus larges du terme.

Racisme institutionnel

Selon le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le racisme institutionnel est défini comme les politiques et pratiques au sein des institutions ayant pour effet de produire des résultats qui désavantagent ou favorisent consciemment un groupe racial particulier. Il peut également opérer indirectement lorsque des politiques apparemment neutres affectent inégalement différents groupes raciaux.

Historique Frederick Douglass, en 1881, pensait déjà le racisme comme étant systémique. Selon lui, les Américains noirs ont cessé d’être les esclaves d’individus pour devenir ceux de la société. Le sociologue W. E. B. Du Bois travaillait sur l'imprégnation des institutions américaines par le racisme.

Une étude récente s'est intéressée à l'historique du racisme systémique dans le milieu scolaire québécois au siècle. Entre autres, les enfants y apprennent que l’identité collective qui est formée de l’altérité interne, le « nous » et l’altérité externe ou en d’autres termes, le barbare, le sauvage, l’esclave ou le racisé. Ces générations d'élèves ont été exposées à ce type d'exposé raciste pourraient se transmettre, ce qui serait une des fondations du racisme systémique. À titre d'exemple, ces stéréotypes peuvent se transformer en racisme lorsque ses présomptions contribue au profilage racial.

Critique du concept

Risques d'amalgames et biais ethnocentrique Bien que, dans un contexte occidental, le racisme systémique fasse surtout référence à un système favorisant les individus considérés comme blancs, le racisme institutionnalisé n'est pas propre aux sociétés occidentales. De nombreux exemples historiques attestent de l'existence d'un racisme institutionnel sans implication de populations dites « blanches » (voir : Institutional racism). Ainsi, plusieurs minorités, notamment dans le nord-est de l'Inde, subissent des formes de discrimination raciale institutionnelle. Ce racisme prend parfois des formes violentes, comme le , lorsque 18 villages bengalis ont été attaqués et leurs habitants massacrés. En , le ministre du Droit de Delhi, Somnath Bharti, accompagné de partisans, a mené un raid illégal et harcelé de jeunes femmes ougandaises en prétendant qu'elles faisaient partie d'un réseau de trafic de drogue et de prostitution.

Selon un article du journal Le Monde paru en 2021, une partie de l'opinion publique américaine (dont une droite républicaine et conservatrice) s'inquiète des dérives potentielles du concept de racisme systémique, notamment de son utilisation abusive comme arme politique. Elle rejette l'idée selon laquelle la seule couleur de peau d'un individu (par exemple « blanche ») puisse être un critère pour l'accuser de racisme. Des professeurs de l'État de l'Idaho ont reçu l'interdiction d'affirmer à leurs élèves que : « les individus, en vertu de leur race, de leur sexe, de leur religion, de leur ethnicité ou de leur couleur sont par nature responsables des actions commises dans le passé par des personnes de la même race, du même sexe, de la même ethnicité ou de la même couleur ».

En France, pour Pierre-André Taguieff, les notions de « racisme institutionnel », « racisme structurel » et « racisme systémique » dérivent de la définition antiraciste du racisme fabriquée par des militants afro-américains révolutionnaires à la fin des années 1960. Selon lui, ces termes ne seraient pas l'expression d’une conceptualisation du racisme, mais « une arme symbolique qui consiste à réduire le racisme au racisme blanc censé être inhérent à la « société blanche » ou à la « domination blanche », celle-ci étant la seule forme de domination raciale reconnue et dénoncée par les néo-antiracistes. ». Selon Taguieff, ce « nouvel antiracisme » recourt à des catégories raciales pour se définir, ce qui crée un antiracisme racialiste, voire raciste. L'Occident, qui est ainsi « essentialisé et démonisé en tant que raciste », devient « l’objet principal d’une haine sans limites ».

Enjeux épistémiques et flou conceptuel Olivier Galland, sociologue et directeur de recherche au CNRS, s'interroge sur la possibilité d'un examen scientifique du racisme systémique dans le cas d'une étude de l'histoire du colonialisme et au travers les différentes acceptions qu'il peut prendre : « y a-t-il une tradition raciste dans l’État Français, son histoire, ses institutions, ses procédures ? ». Il s'interroge tout particulièrement des possibilités de déterminer sa réfutabilité, au sens de l'épistémologie de Karl Popper, dans un cas historique et sociologique comme celui-ci.

Pour le chercheur Daniel Sabbagh, directeur de recherche au Centre de recherches internationales, la notion de racisme systémique empêcherait de distinguer les différents mécanismes propres au racisme et risquerait d'affaiblir les anti-racistes et de banaliser l'accusation de racisme.

En France, un rapport non publié de du Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT indique et formule douze recommandations pour lutter contre les cas avérés de racisme individuel dans l'institution.

Reconnaissance Le , dans un discours devant la Chambre des communes concernant la mort de Joyce Echaquan, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, considère que « Ce qui s’est passé, c’est la pire forme de racisme quand quelqu’un avait le plus besoin d’aide. C’est un exemple, un autre exemple de racisme systémique qui est tout simplement inacceptable au Canada ».

Le , lors d'un débat télévisé, la députée de gauche française Mathilde Panot utilise le concept de racisme systémique pour contester l'idée que des personnes puissent subir un racisme antiblanc en France.

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi Bibliographie

Articles connexes Racisme d'État Ségrégation raciale Privilège blanc Violence structurelle Racisation Autochtones

Catégorie:Concept sociologique Systémique