L'invasion du Liban de 1982 est une opération militaire au cours de laquelle l'armée israélienne a envahi le Sud du Liban à partir du et fait le siège de Beyrouth, la capitale. La guerre prend fin en 1985 avec le retrait partiel de l'armée israélienne ; le retrait total n'a lieu qu'en 2000, dix-huit ans après le début des opérations. et Palestiniens, en majorité des civils, sont tués, selon un bilan de l'Associated PressOrientXXI, Journal de référence du monde arabe et musulman, « Liban. Moussa Sadr, la présence de l'absent », 8 octobre 2018., ainsi que 670 soldats israéliens.
L'objectif déclaré d'Israël était, en , de détruire en 72 heures les infrastructures de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) sur une zone de 40 km au nord de la frontière israélo-libanaise. L'objectif réel était selon plusieurs sources de détruire l'OLP en allant jusqu'à Beyrouth et de modifier la structure multiconfessionnelle du pouvoir au Liban pour en faire un État chrétien allié d'Israël.
En l'ONU envoie à Beyrouth une Force multinationale de sécurité, sollicitée par les autorités libanaises. Cette Force multinationale assure l'évacuation des combattants de l'OLP hors du Liban fin .
En le massacre de Sabra et Chatila, à Beyrouth-Ouest, est commis par les Phalanges Libanaises, mouvement paramilitaire chrétien de droite, allié d'Israël, pendant que l'armée israélienne occupe encore cette partie de la ville.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a exigé le retrait sans condition d'Israël hors du Liban dès le premier jour de l'invasion.
Le nom de code officiel de l'opération en Israël est « Paix en Galilée ».
Contexte Conflit israélo-palestinien redresse|gauche|vignette|Réfugiés palestiniens dans le camp d'Ain al-Hilweh (1948). À la suite de la fondation de l'État d'Israël en 1948, 750 000 Palestiniens doivent quitter leurs foyers, une partie d'entre eux trouve refuge dans des camps au Liban.
À la suite de la guerre de Six Jours en 1967, les derniers territoires arabes de Palestine sont occupés par Israël, obligeant les combattants, en particulier ceux de l'Organisation de libération de la Palestine, à mener leurs opérations depuis les pays voisins. D'abord implantés en Jordanie, ceux-ci arrivent au Liban dans le milieu des années 1970. D'abord implantés en Jordanie, ils se fixent au Liban à la suite du massacre de Septembre noir perpétré par l'armée de Hussein de Jordanie, qui craignait d'être renversé par les factions palestiniennes. L'OLP utilise alors le Sud du Liban comme base pour mener des attaques contre Israël, qui répond en bombardant ses positions. On compte fedayin au Liban au milieu des années 1970.
Invasion israélienne du Liban en 1978
L'invasion israélienne de 1982 succède à celle de 1978, date à laquelle le gouvernement israélien avait décidé d'une offensive dans le Sud du pays, appelée l'opération Litani. L'objectif déclaré de cette guerre de 1978 était de repousser les milices palestiniennes au nord du pays et de s'emparer de la rivière Litani. Après plusieurs semaines en territoire libanais, les troupes israéliennes se sont retirées partiellement, laissant la région sous le contrôle de supplétifs, l'Armée du Liban-Sud alliée d'Israël.
« Guerre des Katiouchas » et cessez-le-feu en 1981 En des hostilités entre l'OLP et Israël au sud du Liban, appelées « guerre des Katiouchas », sont initiées par l'OLP. Israël bombarde le sud du Liban dans une riposte qui entraîne une condamnation par l'ONU de la violation par Israël de l'intégrité territoriale du Liban (dans la résolution 490). Un cessez-le-feu est conclu le mettant fin aux attaques.
Motivations israéliennes en 1982 gauche|vignette|Bachir Gemayel, commandant en chef des Forces libanaises chrétiennes, serrant la main à Rafael Eitan, chef d'état-major israélien, devant Avner Azoulay, représentant du Mossad (au centre), le , cinq jours avant le début de l'invasion israélienne. Les motivations qui ont poussé Israël à envahir le Liban ont fait l'objet de nombreux débats parmi les commentateurs« Les motivations de l'invasion israélienne ont suscité de nombreuses spéculations de la part des historiens » .. Ainsi selon H. Feldman et H. Rechnitz-Kijne, le ministre israélien de la Défense Ariel Sharon avait pour objectifs l'instauration d'une zone tampon de 43 km mais aussi la destruction des infrastructures de l'OLP à Beyrouth et la conclusion d'un traité de paix entre Israël et le Liban grâce à un président chrétien maronite nouvellement éluShai Feldman & Heda Rechnitz-Kijner, 'Deception, Consensus and War: Israel in Lebanon', Jafee Center for Strategic Studies , No. 27, 1984, p.3.. D. Pollock soutient que, « sous le prétexte à peine déguisé de créer une zone de sécurité, Sharon entendait installer Bachir Gemayel à la présidence» avec l'objectif de faire de Gemayel, chef des Phalanges libanaises, un allié politique d'IsraëlDavid Pollock, ‘Israel since the Lebanon War’, in Robert Freedman, ed., The Middle East After the Israeli Invasion, pp. 262–263. Pour G. Ball, Ariel Sharon voulait provoquer une partition du Liban, ce qui supposait de battre les alliés musulmans de l'OLP et d'asseoir l'hégémonie des chrétiens maronites libanaisGeorge Ball, ‘Error and Betrayal in Lebanon’, (Washington: Foundation for Middle East Peace, 1984), p. 25-29.. K. Schulze affirme qu'Ariel Sharon et Yitzhac Shamir avaient, en fait, préparé l'invasion du Liban dès , en collaboration avec les Phalanges libanaises, et qu'ils avaient prévu de faire élire Bachir Gemayel à la présidence de la République libanaiseKirsten Schulze, ‘The Arab-Israeli Conflict’, (New York: Pearson Longman, 2008), p.58.. Pour B. Parkinson, Ariel Sharon voulait lors de l'invasion « étendre son influence dans la région et, en particulier, de porter un coup direct à l'influence syrienne »Brian Parkinson, ‘Israel’s Lebanon War: Ariel Sharon and ‘Operation Peace for Galilee’, Journal of Third World Studies, Vol. 24 No. 2, 2007, p. 65-69.. Selon M. Jansen la justification de la guerre comme mesure d'autodéfense apparaît comme "superficielle", la guerre ayant été programmée dès . L'opération « Paix pour la Galilée » aurait fait partie des projets israéliens dès 1981 sous le nom d'opération « Big Pines » (Grands pins), et repensée en Michael Jansen, ‘The Battle of Beirut’, (Boston: South End, 1983), p. 3-6..
Le facteur immédiat qui déclenche la guerre de 1982 est une tentative d'assassinat visant l'ambassadeur d'Israël à Londres le , attribuée à tort à l'Organisation de la libération de la Palestine. Les services de renseignements israéliens découvrent rapidement que l'OLP n'est pas responsable de cet attentat, commis en réalité par des Palestiniens hostiles à cette organisation politique ; toutefois, le gouvernement de Menahem Begin ne tient pas compte de cette information et déclenche une offensive contre le Liban.
Deux éléments contextuels paraissent déterminants : l'arrivée au pouvoir de Menahem Begin, chef du parti de droite Likoud en 1977, partisan d'une politique plus dure envers les Palestiniens ; le traité de paix israélo-égyptien en 1979, la paix conclue entre Israël et l'Égypte permettant à l'État hébreu d'ouvrir un nouveau front sans craindre une guerre avec le voisin égyptien.
De 1979 à 1983, les services secrets israéliens mènent une campagne à large échelle d'attentats à la voiture piégée qui tuent des centaines de Palestiniens et de Libanais, civils pour la plupart, revendiqués par le « Front pour la libération du Liban des étrangers » (FLLE). Le général israélien David Agmon indique qu'il s'agissait de . Le chroniqueur militaire israélien Ronen Bergman précise que l'objectif principal était de « pousser l'Organisation de libération de la Palestine à recourir au terrorisme pour fournir à Israël la justification d'une invasion du Liban.
Objectifs déclarés en 1982 L'administration américaine de Ronald Reagan a donné son accord à l'opération israélienne à condition qu'Israël n'aille pas au-delà de 40 km à l'intérieur du territoire libanais. Les responsables israéliens s'engagent auprès des États-Unis pour que la guerre dure 72 heures, . Le parti travailliste israélien consent à soutenir la droite au pouvoir dans son action militaire en se fiant à cette promesse d'une opération limitée dans l'espace et dans le temps.
Protagonistes Israël et ses alliés Le Premier ministre israélien est Menahem Begin ; Ariel Sharon est le ministre de la Défense ; Rafael Eitan est le chef d'état-major de l'armée israélienne.
L'armée israélienne est soutenue par les Phalanges Libanaises, des milices libanaises de droite majoritairement chrétiennes, et par des supplétifs de l'Armée du Liban-Sud.
L'OLP et ses alliés thumb|Équipe anti-char de l'armée syrienne armé de missiles Milan durant le conflit. Le principal adversaire de l'armée israélienne est l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée par Yasser Arafat. Ce groupe palestinien s'allie aux Forces armées syriennes et à plusieurs groupes de résistants libanais dont les plus importants sont le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt et les milices de Amal, du Parti social nationaliste syrien ainsi que celle du Parti communiste.
Le , le Parti communiste libanais et deux autres partis de gauche, l'Organisation de l'action communiste au Liban (OACL) et le Parti d'action socialiste arabe, créent le Front national libanais de la résistance, ou Jammoul selon l'acronyme arabe.
Déroulement
gauche|vignette|Chars israéliens sur la route menant à Beyrouth, le . vignette| : banquet organisé par les phalangistes en l'honneur du haut commandement de l'armée israélienne, après l'entrée au Liban. Au-dessus des officiers se trouve un portrait de Bachir Gemayel. L'armée israélienne attaque le Liban par voie terrestre - en franchissant la frontière israélo-libanaise -, par voie maritime maritime - au moyen d'un débarquement au port de Sidon - et par voie aérienne - en bombardant la vallée de la Bekaa et Beyrouth. L'opération Mole Cricket 19 lancée par l'aviation israélienne anéantit la défense antiaérienne syrienne au Liban et repousse son aviation de chasse.
Le siège de Beyrouth par l'armée israélienne prive les habitants de la capitale d'eau et d'électricité.
gauche|vignette|Militants de l'OLP évacués sous la protections des militaires français et américains de la Force multinationale.
Au milieu du mois d', un accord est trouvé pour l'évacuation, sous l'égide d'une force multinationale, des combattants Palestiniens et des forces syriennes de Beyrouth. Celle-ci se fait par voie maritime, notamment vers Tunis, et les Syriens évacués par la route vers le territoire dans la région de la Bekaa. Le , Yasser Arafat est évacué de Beyrouth notamment grâce au soutien de la France et des États-Unis. L'évacuation est achevée le .
Les forces françaises sont présentes à Beyrouth du au , les forces américaines du au , les forces italiennes du au . Les forces internationales quittent le Liban plus tôt que prévu, sans avoir réalisé les objectifs 2) et 3) de leur missionLa lettre du 18 août 1982 du ministre libanais des Affaires étrangères aux ambassadeurs des trois pays participants, France, États-Unis et Italie, en définit les objectifs : 1) « assurer la sécurité physique des combattants palestiniens en instance de départ de Beyrouth et la dignité de leur départ ». 2) « Assurer la sécurité physique des autres habitants de la région de Beyrouth ». 3) « Favoriser la restauration de la souveraineté du gouvernement libanais sur ladite région »..
Le le président libanais Bachir Gemayel, chef des Phalanges libanaises et allié d'Israël, nouvellement élu, est assassiné. L'auteur de l'attentat à la bombe est identifié comme étant Habib Chartouni, chrétien membre du Parti social nationaliste syrien, parti libanais pro-syrien.