L'histoire des Juifs en Corse aurait commencé en l'an 800, avec les premières traces supposées de présence juive. Au cours des siècles, les Juifs seraient venus d'Égypte, de plusieurs villes d'Italie et de Judée au début du .
Cette histoire est souvent parsemée de mythes, notamment sur une supposée origine juive répandue dans la population corse et de certains noms de familles en Corse, théorie qui a été réfutée par les recherches génétiques ; cette histoire est purement légendaire, apparue dans les années 1980 et sans fondement historique. De plus, comme parmi d’autres populations européennes, les Corses ont eu leur part de philosémites, mais aussi une part d’antisémites virulents depuis le XIXe siècle.
Antiquité Après la chute de Jérusalem défaite par les Romains, en 70 après J.-C., l'historien romain Suétone indique que l'empereur Tibère a déporté des milliers de Juifs « dans des provinces malsaines », la Corse n'étant cependant pas expressément citée et la Sardaigne plus souvent évoquée. (voir Ethnie nuragique).
Mythe sur une hypothétique origine juive des Corses Au , des Juifs marranes émigrent en Corse.. Selon des sites israéliens francophones, certains portent des noms devenus aujourd'hui célèbres : Zuccarelli, Giacobbi ou Siméoni.. Toutefois, ces noms n'ont en réalité aucun lien avec les Juifs, il s'agit plutôt de patronymes et de noms en lien avec le christianisme, aux saints chrétiens ainsi que d'une italianisation des noms ou une attribution de noms de famille. En effet, les Corses ne portaient pas de noms de famille avant le hormis la noblesse corse.
Ashkénazes de Padoue vignette|Nom de famille PadovaniEntre l'an 1590 et l'an 1684, les Juifs ashkénazes de Padoue sont obligés de vivre dans un ghetto édifié en 1516. Cette période est marquée par de multiples violences contre la communauté juive et une grande partie d'entre elle aurait décidé après ces désastreux évènements d'émigrer en Corse. Un mythe persistant veut que les habitants les nommèrent Padovani, ce qui signifie : venus de Padoue.. En réalité, le nom de famille « Padovani », très répandu de nos jours en Corse, est une référence au saint éponyme, Antoine de PadoueGhj. P., « HISTOIRE. Les Juifs en Corse, la destruction d'un mythe », Corse-matin, 21 septembre 2017..
Génétique et patronymie
Si des présences juives en Corse sont attestées, la génétique de la population globale corse ne démontre pas qu'il y ait des origines juives. En effet, une étude génétique réalisée en 2019, établit que la population corse n'est pas d'origine juive, tout comme la provenance de certains noms de famille qui sont en fait simplement tirés des noms bibliques, ces patronymes sont également portés par beaucoup d'Italiens qui n'ont pourtant aucune origine juive.
La génétique de la population montre que s'il existe des origines sémitiques dans la population corse issues de populations arabisées du Levant et d'Afrique du Nord et datant de l'époque de l'expansion de l'islam et des tentatives d'invasion par les Arabes au , il n'existe pas de trace de mélange au-delà de cette période. Les Corses, population insulaire, avaient donc, comme d'autres populations insulaires, plutôt tendance à être ethniquement endogames pendant de longues périodes Erika Tamm et al., « Genome-wide analysis of Corsican population reveals a close affinity with Northern and Central Italy », in Scientific Reports, volume 9, Article , 2019 (lire en ligne)..
Les noms de famille corses sont issus d'une italianisation., alors que les noms de famille n'existaient pas avant le en Corse à l'exception de la noblesse portant des noms issus des zones d'où viennent leurs familles. Notamment à l'étranger, les condotieri corses étaient appelés individuellement Corso pour les reconnaître.
Venue supposée des Ashkénazes de l'Italie du Nord La Persécution des Juifs s'est poursuivie dans le nord de l'Italie et l'immigration juive la plus connue s'est développée entre les années 1750 et 1769, lorsqu'à la fin de la domination génoise qui a duré quatre cents ans, un nombre de à juifs selon la légende arrivés en Corse, principalement de Milan, Turin et Gênes, ainsi que de Padoue. Pasquale Paoli écrit le au fils de Domenicu Rivarola, consul du Piémont à Livourne : « si les juifs voulaient s’établir parmi nous, nous leur accorderions la naturalisation et les privilèges pour se gouverner avec leurs propres lois, parlez–en à quelque rabbin accrédité »Antoine-Marie Graziani, Pascal Paoli : Père de la patrie corse, Taillandier, 2002, . « Paoli (passe) un accord semblable avec des entrepreneurs français au moment de la guerre de Sept ans (1756-1763), pour l’exploitation des forêts ».. En 1763, Paoli se serait proposé d’installer toute une colonie juive dans l’île, aurait accédé à la requête d'un Juif nommé Modigliani installé parmi les premiers habitants de la cité d’Ile Rousse, de bénéficier du même droit de vote que les habitants nationaux selon la promesse du général. Il aurait déclaré : « Les Juifs ont les mêmes droits que les Corses puisqu’ils partagent le même sort ». La Première République française aurait ainsi accueilli les Juifs arrivés en Corse en leur reconnaissant les mêmes droits que les autres citoyens, pouvant pratiquer librement leur religion (ce qui n'était pas le cas à l'époque dans de nombreux pays).
Réfutation du mythe
Toutefois, le fait que Pascal Paoli aurait voulu installer une colonie juive est plus que discutable. Cette idée colportée dans l'île – y compris dans la presse – d'une immigration massive de Juifs (5 à 10 000) ne serait pas passée inaperçue dans une population de 130 000 habitants. L'appel de Pascal Paoli aux Juifs aurait été une forme de « colonisation de peuplement », tout à fait au rebours des positions nationalistes dont certains voudraient multiplier les obstacles à l'entrée dans l'île de toutes personnes qui n'en sont pas originaires, ce qui inclut au fil du temps les Génois, les royalistes français durant la Conquête française de la Corse (1762-1769), les britanniques qui se sont attisé l’hostilité d'une partie des Corses (dont d'anciens paolistes) durant la période du Royaume anglo-corse (1794-1796) et les Italiens et les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1944) puis les non-Corses en général (depuis les années 1960). Or, une forte migration de 5-10 000 juifs Ashkénazes ne serait pas passée inaperçue et, comme ce fut le cas pour les Grecs de Cargèse (qui ont subi une hostilité car ils n'étaient pas Corses et parce qu'ils ont été installés par la puissance occupante génoise, les Grecs étaient recensés au nombre de 812Martinu Frasali in U Scalu di i Grechi in Corsica, A culunia di Paomia è di Carghjese – Conférence faite à Cervione le 27 avril 1976), cela aurait attisé une hostilité sur une île peuplée à cette époque de 130 000 habitants, pratiquement tous ethniquement Corses ou greco-corses.
Les derniers recensements de 1881 qui autorisaient la mention de la religion ne donnaient que 4 juifs dans l'île, selon l'Atlas France illustrée. La légende des juifs daterait selon l’historien Antoine-Marie Graziani, « à une trentaine d’années tout au plus » (propos tenus en 2017).
Immigration de Palestine, de Syrie et d'Afrique du nord Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, des familles juives originaires du Maroc et d'Algérie mais vivant à Alep (actuelle Syrie) et à Tibériade (aujourd'hui située en Israël)., sont chassées par les ravages de la campagne du Sinaï et de la Palestine que mènent les armées de l'Empire ottoman et de l'Empire allemand. Elles parviennent à faire valoir leur nationalité française grâce aux décret Crémieux et au traité de Fez. De fait, elles sont expulsées de l'empire Ottoman à l'été 1915. Embarquées depuis Beyrouth et Jaffa, les familles sont d'abord reçues en Crète d'où elles sont finalement refoulées. Prises en charge par la marine française, elles sont débarquées au port d'Ajaccio le .
À l'arrivée des Juifs dont 200 enfants, la solidarité corse s'organise. L'épouse du préfet Albert Marie Georges Henry aide les miséreux. « Un grand élan populaire vient au secours de ces 740 démunis, des « Syriens »« Palestiniens » ou « Syriens » font référence à l'époque aux habitants de l'ancienne province dite de Syrie-Palestine. qui ne parlent que l’arabe et l’hébreu ». Des bulletin de paie d'instituteurs montrent qu'ils ont versé une partie de celle-ci pour payer le tissu permettant de confectionner des habits européens pour les « Syriens ». Les réfugiés sont installés dans l'ancien séminaire d'Ajaccio. Chaque famille y dispose d'une chambre. Un temple avec un mikvé sont installés.
«Sur les instances du préfet, et avec le concours de Baruch Israël, le chef de l’unique famille juive d’Ajaccio, l’organisation communautaire s’ébauche. Début , un Comité israélite franco-syrien, présidé par Moïse Abbo se constitue au sein des réfugiés, chargé de les représenter auprès des autorités. Jacob Aknine, rabbin de Tibériade, est désigné comme « Grand Rabbin des réfugiés Israélites de Palestine », à charge pour lui de s’occuper des besoins religieux et de trancher les différends»
Rapidement des tensions entre les juifs d'origine algérienne et ceux d'origine marocaine se font jour. Il est donc décidé de transférer ces derniers à Bastia. Ces 180 "Syrianos", qui sont en réalité des Marocains, y retrouvent la vingtaine de familles de "Turchinos" venus de Constantinople et établis vers 1895 autour du port de Bastia. La vie communautaire se structure rapidement. Une synagogue plus vaste que le temple officieux qu'avaient créé les Turcs est installé dans le quartier des docks. Salomon ben Samoun, est nommé « grand-rabbin » et un rouleau de Sefer Torah est offert par la communauté voisine de Livourne. Les juifs s'intègrent rapidement et reçoivent de nombreuses marques de sympathie et de solidarité de la part des Corses et des autorités bastiaises, dont le rabbin les remercie en écrivant à Bastia-Journal.
À la suite de la Déclation Balfour, il est question pour les juifs réfugiés en Corse de retourner vers la Palestine. Leur départ est retardé par les tensions qui apparaissent dans la région. «Ce n’est que le , alors qu’une administration civile vient d’être mise en place par les Britanniques à Jérusalem, que les réfugiés, volontaires pour retourner chez eux, sont rassemblés dans le port d’Ajaccio et embarquent via Beyrouth pour la Palestine».
Quelques familles décident cependant de rester en Corse. D'autres ayant retrouvé la misère en Palestine y reviennent durant la décennie 20. "D’autres arrivent au début des années trente du Maroc, de Turquie et d’Égypte, chassés cette fois par la crise économique. Un petit nombre d’entre eux s’éparpille dans l’intérieur de l’île et jusqu’à Ajaccio, mais la plupart s’établissent à Bastia où ils prennent les rênes de la communauté". Le Rabbin Meir Toledano, dont le jeune frère faisait partie des réfugiés, rejoint Bastia en 1924 avec sa femme et ses enfants. C'est sous son impulsion qu'est créée la synagogue Beith Meir rue du Castagno à Bastia dans une ruelle à proximité du vieux-port. Il y officiera jusqu'en 1970.
Dans l'entre-deux-guerres vignette|Synagogue Beth Meier à Bastia, fondée en 1934.Les esprits commencent à être « travaillés dans l’île, durant l’entre-deux guerres, par la presse d’extrême droite et la presse irrédentiste comme «A Muvra». À la fin des années trente, ce journal justifie les agressions auxquelles nazis et fascistes se livrent contre les peuples en avançant que les dictateurs fascistes luttent « contre la grande offensive hébraïque ourdie à Moscou et à Londres ». « Si les Juifs et les francs-maçons veulent la ruine de Hitler et de Mussolini qu’ils y aillent eux-mêmes », peut-on lire dans ce journal à la veille de la guerre »..
Les Juifs de Corse dressent en 1934 la synagogue Beth Meir de Bastia.
Seconde Guerre mondiale Durant la Seconde guerre mondiale, la Corse est occupée par l'Italie pendant dix mois.