vignette|Première édition imprimée des Étymologies d'Isidore de Séville (1472).
Une encyclopédie est un ouvrage de référence (livre, ensemble de livres ou document numérique) visant à synthétiser toutes les connaissances pour édifier le savoir et à en montrer l'organisation de façon à les rendre accessibles au public, dans un but d'éducation, d'information ou de soutien à la mémoire culturelle. Basé sur des autorités ou des sources valides et souvent complété par des exemples et des illustrations, ce genre d'ouvrage privilégie un style concis et favorise la consultation par des tables et des index. Le terme a pris son sens moderne avec lEncyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772).
En principe, une encyclopédie est différente d'un dictionnaire, car ce dernier a pour objet le sens et l'emploi des mots d'une langue, et est donc intraduisible en tant que tel, alors que l'encyclopédie traite des choses ou réalités du monde et de la culture. Cette distinction n'est toutefois pas rigide, car un dictionnaire doit nécessairement aussi Murray, cité par ., et bien des dictionnaires modernes accentuent leur caractère encyclopédique, tel Le Petit Larousse, afin d'offrir le maximum de renseignements en un seul volume. Quand ils sont suivis de la préposition (de, du ou des), dictionnaire et encyclopédie peuvent l'un et l'autre désigner un livre de proportions modestes portant sur un domaine restreint (par exemple : La Grande Encyclopédie des fées, Dictionnaire de géographie).
Les finalités ont varié au fil du temps : . Souvent inféodées à des impératifs religieux ou étatiques, les encyclopédies n'ont réussi que tardivement à s'astreindre à , même si des biais idéologiques ou culturels parviennent encore à s'imposer de façon plus ou moins consciente.
La question de l'organisation interne a soulevé des passions et est liée à la conception que l'auteur se fait du savoir et de la façon dont son ouvrage devrait être utilisé. L'organisation dominante a d'abord été purement thématique, en fonction des disciplines. Le classement alphabétique, qui apparaît dans un dictionnaire au , ne s'imposera définitivement dans une encyclopédie qu'au . Organisation thématique et classement alphabétique peuvent être utilisés de façon croisée en intégrant un ou plusieurs volumes d'index à un ouvrage thématique donné.
Développement du sens moderne Diversité des formes Quoique le terme « encyclopédie » soit apparu assez tardivement, et que son sens se soit modifié par rapport au sens initial, l'idée de constituer un abrégé des connaissances existe depuis longtemps et a pris diverses formes. Celles-ci ont évolué en fonction des besoins du public, de la quantité de savoir disponible et de la complexité de l'organisation sociale. Cela a donné, à travers les siècles, divers genres d'ouvrages à visée encyclopédique, qui ont fusionné au début du pour créer le concept moderne d'encyclopédie. Le dictionnaire repose sur l'idée que la langue est le premier moyen de connaissance du réel et que la découverte du monde est étroitement liée à la maîtrise du vocabulaire. Cette idée est à la base des ouvrages de Varron et des Étymologies d'Isidore de Séville. La compilation vise à satisfaire la curiosité et l'appétit de connaissances d'un public cultivé. LHistoire naturelle de Pline en est le modèle le plus ancien qu'on ait conservé. Le manuel s'adresse à des étudiants et propose un tour complet des savoirs caractérisant une formation complète. Le prototype en est le curieux ouvrage de Martianus Capella (vers 420), qui a inspiré une nombreuse descendance. Le florilège rassemble des citations organisées de façon thématique. Il visait à répondre aux besoins de personnes appelées à une fonction publique importante : juges, avocats, hauts fonctionnaires, prédicateurs, etc. Le florilège a été beaucoup pratiqué en Chine, sous la forme du leishu. En Europe, la Polyanthea (1503) en est le modèle le plus accompli..
Des ouvrages qui, à leur époque, ne pouvaient pas se présenter comme des « encyclopédies » sont donc maintenant considérés comme tels, de façon rétrospective..
Étymologie vignette|Représentation des sept arts libéraux dans lHortus deliciarum (vers 1170).
Le mot « encyclopédie » vient de , forme latinisée à la Renaissance de l’expression grecque de Plutarque, ("égkyklios paideïa"). Le terme signifie , et par extension Liddle-Scott, 1910 en ligne., tandis que signifie « éducation ». Une enkyklios paideia signifiait donc , selon le sens que lui donnait QuintilienQuintilien : , Les Institutions oratoires, I, 10,I. Texte en ligne.. Ainsi, l'architecte Vitruve se félicite que ses parents l'aient instruit dans Vitruve, De l'architecture, Livre VI, Introduction, .. L'image du cercle était utilisée en grec ancien pour signifier la couverture d'un domaine dans sa totalité ou un processus récurrent durant un temps déterminéUn poème épique était dit cyclique quand il couvrait l'ensemble de la mythologie. Dans le domaine médical, désignait une cure basée sur la prise de remèdes et l'observation d'un régime durant une certaine période (Végèce, Digesta artis mulomedicæ, II, 5, 6. Cité par Encyclopædia Britannica, , 1879, vol. 8, s.v. encyclopædia).Citant Porphyre, Jean Tzétzès précise que les savoirs encyclopédiques () étaient constitués par des « disciplines encycliques », telle la poésie lyrique qui se déclame par un chœur disposé en cercle. En un sens dérivé, le cercle est la figure de l'accomplissement, la plénitude de tout savoir. Ces disciplines étaient formés de la grammaire, la rhétorique, la philosophie, et des quatre arts qui sont placés au-dessous de celle-ci, c'est-à-dire l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie (Tzétzès, Chiliades, XI, 527)..
À la Renaissance, les humanistes ont repris cette expression en l'appliquant à un ouvrage imprimé et en lui donnant le sens littéral de , l'image du cercle étant symboliquement associée à l'unité fondamentale des parties constituantes. L'expression a été d'abord abrégée en (cyclopédie), terme qui apparaît pour la première fois dans le sous-titre de la Margarita philosophica (1508), un manuel universitaire, et qui est repris par Johann Turmair dans le titre d'un ouvrage publié en 1517. Il sera dès lors souvent employé jusqu'à la parution de la Cyclopaedia de Chambers (1728).
La première occurrence du mot en français apparaît en 1532 chez Rabelais, qui fait dire à un de ses personnages que Panurge lui a . Joachim du Bellay le reprend dans son manifeste de 1549 : .
Le sens moderne du mot ne sera toutefois fixé qu'avec la parution de lEncyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751), qui répond aux exigences de rigueur attendues d'un ouvrage de référence scientifiquement à jour, couvrant tous les domaines du savoir et organisé en vue d'une consultation aussi facile que possible.
Cependant, l'idéal d'unité du savoir incarné dans la métaphore du « cercle » restera actif jusqu'au milieu du , comme l'attestent les multiples tentatives éditoriales d'éviction de l'ordre alphabétique en faveur d'une organisation thématique (voir ci-dessous).
Dictionnaire et encyclopédie Alors que le dictionnaire désigne un mode d'organisation du langage en ordre alphabétique, l'encyclopédie se propose Préface, , . et a .
Avec ces deux termes, si proches et si différents dans leurs connotations, nous avons affaire à . Le modèle en forme de dictionnaire renvoie à un savoir sur une langue, au moyen duquel les termes se différencient les uns des autres par des traits sémantiques qu'il serait possible, en principe, de hiérarchiser dans un arbre binaire, du type chien - canidé - mammifère - animal. Le savoir encyclopédique, pour sa part, renvoie à notre connaissance du monde et est susceptible de s'accroître indéfiniment, tout en respectant toutefois les limites du genre, qui ne vise pas simplement à accumuler, mais à synthétiser et à articuler entre elles les diverses connaissances, de façon à réaliser, selon l'expression d'un encyclopédiste, Introduction, , dans ..
Évolution des titres Au début, les ouvrages de type encyclopédique portaient le plus souvent un titre métaphorique. Celui-ci pouvait être une variation sur le mot « florilège », comme dans Liber floridus (« livre fleuri ») ou Hortus deliciarum (« jardin des délices »), ou insistait sur la richesse que représentait le savoir, décrit comme un « trésor » chez Brunetto Latini ou une « perle » dans la Margarita philosophica de Gregor Reisch. Le titre peut également mettre en valeur la structure des connaissances, comme dans l'image de « l'arbre de la science ». Une autre image joue sur l'abondance des informations et présente l'ouvrage comme la « source des merveilles de l'univers ». Le titre peut aussi insister sur l'adéquation du livre à la réalité et le présenter comme une « image du monde » ou un « miroir majeur ». La dimension spectaculaire est mise en valeur chez Theodore Zwinger, qui a compilé un important « théâtre de la vie humaine ».
À partir de la seconde moitié du , les titres se font moins imagés et se limitent à des termes techniques, à mesure que le classement alphabétique se généralise dans les ouvrages de référence. On voit alors s'imposer les termes « dictionnaire », lexicon (anglais) et lexikon (allemand), en concurrence avec « cyclopédie » et « encyclopédie », qui contiennent une idée de totalité et de formation de l'esprit. La langue allemande a longtemps privilégié le titre Konversationslexikon, car ce genre d'ouvrage aide à la conversation des personnes cultivées. ; voir par exemple le Bonniers konversationslexikon.
Histoire Antiquité Prémices L'histoire de l'encyclopédie est celle du rapport des sociétés au savoir. La volonté de rassembler les connaissances, qui s'exprimait dans les sociétés orales par des mythes transmis de génération en génération, a pu prendre une forme stable et visible avec l'invention de l'écriture.
Dès la fin du , on trouve à Sumer . Elles comportent des listes d'animaux, de pierres, de plantes, d'oiseaux. Quelque 600 ans plus tard, des tablettes proto-encyclopédiques existaient aussi à Ebla, proposant des listes étendues, classées en fonction de la première lettre des mots. Il existe de nombreuses copies de ces ouvrages, appelés « listes lexicales » par les historiens.
En Égypte antique, on trouve également des listes thématiques que l'on peut considérer comme des proto-encyclopédies. LOnomastique du Ramesseum, rédigé vers , est une liste de mots groupés par catégories. Un autre ouvrage du même genre, mais plus développé, est lOnomastique d'Aménopé, rédigé , qui compte organisés de façon thématique et qui, selon l'anthropologue Jack Goody, contiendrait plus de distinctes visant à fournir . Ce lointain ancêtre du dictionnaire encyclopédique avait pour vocation .
Grèce antique vignette|Modèle géo-héliocentrique élaboré par Héraclide du Pont (340 av. J.-C.), dont Copernic a pris connaissance grâce à l'encyclopédie de Martianus Capella (420).
En Grèce, une intense activité de réflexion et de recherche scientifique était en cours dès le avec les philosophes présocratiques. Elle a pris de l'ampleur avec Platon (428-348), dont le Timée fournit un exposé sous forme dialoguée des sciences de l'époque : astronomie, cosmogonie, physique et médecine. Cet ouvrage peut être considéré comme .
Aristote (384-322) a produit une quantité de traités sur un large éventail de sujets (poétique, rhétorique, logique, science politique, physique, psychologie, biologie, éthique…), manifestant un esprit encyclopédique sans équivalent. Toutefois, ces brouillons ne seront diffusés que après sa mort, soit vers 50 av. J.-C. :
Héraclide du Pont (388-310), qui a été un disciple de Platon, de Speusippe et d'Aristote, aurait été un des premiers auteurs à composer, en plus de ses travaux philosophiques, des ouvrages sur les principaux arts libéraux : grammaire, rhétorique, dialectique, musique et géométrie.