Les Hébrides ( ; ; ) sont un archipel du Royaume-Uni. Situé au sud de la mer d'Écosse, cet archipel comprend les Hébrides intérieures () et les Hébrides extérieures (), séparées par la mer des Hébrides et le . Ces îles ont une longue histoire de peuplement remontant au Mésolithique et leurs cultures ont été successivement influencées par les peuples de langues celtiques, nordiques et anglophones. Cette diversité se traduit dans la toponymie.
Les Hébrides ont été une grande source d’inspiration de la littérature en gaélique écossais et de la musique gaélique. Aujourd'hui, l'économie des îles dépend de petites exploitations agricoles, de la pêche, du tourisme, de l'industrie pétrolière et des énergies renouvelables. Les Hébrides ont une moindre biodiversité que le reste de l'Écosse, mais abritent une présence significative de phoques et d'oiseaux de mer.
Toponymie La plus ancienne référence littéraire aux Hébrides figure dans l'Histoire naturelle de l'écrivain romain Pline l'Ancien, parue entre 77 et 79 . Dans ce traité, Pline affirme qu'il y a trente , qu'il distingue de , terme qui désigne les Hébrides extérieures selon William J. Watson. Vers 140-150, dans sa description des récentes expéditions navales du général , le géographe Claude Ptolémée mentionne cinq (peut-être les Hébrides intérieures) et . ... On trouve les formes et chez des auteurs latins ultérieurs, comme Solin..
Le nom cité par Ptolémée pourrait être d'origine pré-celtique. Il mentionne Islay sous le nom d'., toponyme apparemment dérivé du nom de la tribu des , qui pourrait être brittonique ou picte., la racine n'étant pas gaélique.. Alex Woolf suggère que soit une adaptation phonétique irlandaise du nom Epidii, plutôt qu'une traduction à proprement parler, et que ce nom provienne de la racine epos « cheval ».. Watson note également des liens possibles entre et , un nom tribal d'Ulaid, ou , un nom de roi attesté dans la .
Les noms des autres îles reflètent leur histoire linguistique complexe. La plupart sont nordiques ou gaéliques, mais plusieurs pourraient avoir des origines pré-celtiques. Au , l'abbé d'Iona Adomnán mentionne les îles de Colosus (Colonsay) et Ethica (Tiree), deux noms qui remontent peut-être à des racines pré-celtiques.. Skye est un nom à l'étymologie complexe, qui remonte peut-être lui aussi à l'époque pré-celtique. Le nom norrois de Lewis, , pourrait signifier « maison de la chanson »., mais cette interprétation reste débattue, et le nom n'est semble-t-il pas d'origine gaélique.
La première tentative connue d'établir la liste complète des noms des îles Hébrides sous forme écrite est celle de , en 1549. Cette liste fournit également dans certains cas la plus ancienne forme écrite du nom de l'île.
Géographie vignette|droite|Un ferry de la Caledonian MacBrayne, le MV Hebrides, quittant Lochmaddy pour Skye.
Topographie Les Hébrides peuvent être divisées en deux groupes principaux d’îles, séparés l'un de l'autre par The Minch au nord, le détroit The Little Minch au centre et la mer des Hébrides au sud. Au total, les îles ont une superficie d'environ et une population de .. Les Hébrides intérieures se trouvent à proximité de la Grande-Bretagne et comprennent notamment les îles Islay, Jura, Skye, Mull, Raasay, Staffa et les îles Small. Le recensement de 2011 indique que trente-sept de ces îles ont des résidents à l’année, soit une population de pour les îles rattachées au council area d’Argyll and Bute et de pour celles rattachées à celui de Highland, soit un total de . Les Hébrides extérieures forment une bande de plus de cent îles et îlots situés à environ à l'ouest de la Grande-Bretagne. Les îles principales sont Barra, Benbecula, Berneray, South Uist, Saint-Kilda et l’île de Lewis et Harris. Cette dernière est géographiquement une seule île, avec Lewis au nord et Harris au sud. C’est la plus grande île d’Écosse et la troisième des îles britanniques, après la Grande-Bretagne et l’Irlande.. Le recensement de 2011 indique que quatorze de ces îles ont des résidents à l’année, soit une population de .
Il existe diverses descriptions de l’étendue des Hébrides. Collins Encyclopedia of Scotland décrit les Hébrides intérieures comme étant « à l'est du Minch », ce qui inclurait toutes les îles au large de l’Écosse, sans exception. Or plusieurs îles se trouvent dans des lochs marins telles que et qui ne devraient normalement pas être considérées comme faisant partie des Hébrides, mais aucune définition formelle n'existe... Les Hébrides ne sont pas les seules îles d'Écosse, celle-ci comprenant aussi les archipels des Shetland et des Orcades ainsi que les îles du Firth of Clyde. Dans le passé, les Hébrides extérieures étaient souvent appelées « Long Isle » (). Aujourd'hui, elles sont aussi connues sous le nom d'« îles occidentales », même si cette appellation peut également s’appliquer aux Hébrides en général.
La plupart des îles ne s'atteignent que par la mer. La traversée en ferry d'Oban à Lochboisdale prend environ cinq heures.
Climat Les Hébrides ont un climat tempéré frais qui est remarquablement doux et stable pour une telle latitude nord, en raison de l'influence du Gulf Stream. Dans les Hébrides extérieures, la température moyenne est de en janvier et de en été. La moyenne des précipitations annuelles à Lewis est de et les heures d'ensoleillement vont de par an. Les jours sont relativement longs en été et la période la plus sèche va de mai à août..
Géologie Les Hébrides ont une géologie très variée, allant des strates datant du Précambrien, qui sont parmi les roches les plus anciennes en Europe, aux roches magmatiques du Paléogène...
Faune et flore À certains égards, les Hébrides manquent de biodiversité par rapport à la Grande-Bretagne ; par exemple, elles ont moitié moins d’espèces de mammifères.. Cependant, ces îles fournissent des aires de reproduction pour de nombreuses espèces importantes d’oiseaux de mer, y compris la plus grande colonie de Fou de Bassan au monde.. La vie aviaire inclut le râle des genêts, le plongeon catmarin, le pigeon biset, la mouette tridactyle, le guillemot à miroir, le macareux moine, le garrot à œil d'or, l’aigle royal et le pygargue à queue blanche... Le dernier nommé a été réintroduit à Rùm en 1975 et s'est disséminé avec succès dans les diverses îles voisines, y compris Mull.. Il y a une petite population de crave à bec rouge concentrée sur les îles d’Islay et Colonsay..
Le cerf élaphe est commun sur les collines. Le phoque gris et le phoque commun sont présents le long des côtes d'Écosse et leurs colonies sont strictement protégées, en particulier dans leurs zones de reproduction... Les cours d'eau douce sont riches en truite commune, saumon atlantique et musaraigne d'eau... Au large, le petit rorqual, l’épaulard, le requin pèlerin, le marsouin et le dauphin peuvent être rencontrés.. vignette|Vue sur la lande de l’île de Benbecula. La lande renferme de la Callune, de la bruyère cendrée, de la bruyère des marais, de la myrte des marais et de la fétuque en abondance et il y a une diversité de plantes arctiques et alpines, y compris des sagines et de la Minuartia..
Le sur South Uist est une détenue et gérée par le Scottish Natural Heritage. La réserve couvre 34 km², y compris le loch d’eau douce éponyme, et plus de 200 espèces de plantes à fleurs y ont été recensées, dont certaines sont rares au niveau national.. South Uist est considérée comme la meilleure zone de conservation au Royaume-Uni pour la plante aquatique Najas flexilis, qui est une ...
Le hérisson commun est allochtone dans les Hébrides extérieures — il y a été introduit dans les années 1970 pour réduire les parasites dans les jardins — et sa propagation menace les œufs d'échassiers qui nichent au sol. En 2003, le Scottish Natural Heritage a entrepris des abattages de hérissons dans la région, mais ceux-ci ont été arrêtés en 2007 en raison de manifestations ; les animaux piégés sont depuis lors transférés en Grande-Bretagne...
Histoire
Préhistoire vignette|Cercle de pierres du site mégalithique de Calanais (Callanish). Le peuplement des Hébrides débute au cours du Mésolithique, vers 6500 av. J.-C. au plus tard, une fois les conditions climatiques suffisamment améliorées pour permettre l'établissement humain. Un site sur l'île de est daté de 8590 ± 95 années radiocarbone non corrigées avant le présent, ce qui en fait l’une des plus anciennes traces humaines en Écosse... De nombreuses structures datant du Néolithique subsistent, comme les pierres levées de Calanais, édifiés au millénaire av. J.-C.. Le site de l’âge du bronze de , sur South Uist, a livré les seules momies préhistoriques connues du Royaume-Uni...
Époque celte
vignette|Carte de Dal Riada à son apogée, vers 580-600 EC. Les régions pictes sont en jaune. En 55 ap. J.-C., l'historien grec Diodore de Sicile mentionne une île appelée Hyperborée (« au-delà du vent du Nord ») où se dresse un temple rond d’où la lune apparaît à une petite distance au-dessus de la terre tous les 19 ans. Il pourrait, par hypothèse, s’agir du cercle de pierres de Callanish.. Quelques années plus tard, un voyageur nommé Démétrius de Tarse raconte à l'écrivain grec Plutarque le récit d'une expédition sur la côte ouest de l'Écosse en 83 EC ou peu avant. Il décrit un voyage morne au milieu d’îles inhabitées, sauf une, qu'il dit avoir visité et dont il ne cite pas le nom, qui sert de retraite à des saints hommes. Il ne mentionne cependant pas de druides..
Les premiers documents écrits indigènes remontent au , avec la fondation du Dal Riada.. Ce royaume englobe les Hébrides intérieures et s'étend également sur l'Ouest de l'Écosse proprement dite et le Nord de l'Irlande.. Le monastère fondé sur l'île d’Iona par saint Colomba lui assure un rôle prépondérant dans la christianisation du Nord de la Grande-Bretagne. D'autres abbayes voient également le jour à Lismore, Eigg, Hinba et Tiree, entre autres.. Au nord du Dal Riada, les Hébrides extérieures sont théoriquement sous le contrôle des Pictes, mais les sources écrites à leur sujet sont rares. La domination des rois des Pictes ne se fait probablement guère ressentir dans les archipels qui entourent l'Écosse..
Domination norvégienne vignette|Le royaume des îles vers l’an 1100 EC.
Les raids des Vikings sur les côtes écossaises commencent vers la fin du . Dans les décennies qui suivent, les Hébrides tombent sous leur contrôle et commencent à être colonisées, en particulier après la victoire de Harald à la Belle Chevelure à la bataille de Hafrsfjord en 872... Dans les Hébrides extérieures, le milieu du est marqué par Ketill au Nez plat, qui se constitue un royaume insulaire substantiel et noue des alliances avec d'autres chefs vikings. La suzeraineté norvégienne sur ces princes vikings est avant tout théorique..
Le contrôle norrois des Hébrides est officialisé par le roi écossais Edgar, qui reconnaît la souveraineté de Magnus III de Norvège sur ces îles en 1098.. Cette reconnaissance fait suite à une campagne éclair de Magnus dans les Orcades, les Hébrides et l'île de Man. En s'emparant de ces îles, le roi norvégien parvient à y imposer son autorité, non sans douleur : son scalde Bjorn Cripplehand rapporte que sur Lewis lorsque , et que dans les Uists .