André-Robert Andréa de Nerciat, né le à Dijon et mort en (ou ) à Naples, est un romancier français connu pour ses œuvres libertines, notamment pour son roman posthume, Le Diable au corps.

Personnage relativement mystérieux, il est tour à tour militaire, bibliothécaire, et agent diplomatique.

Biographie Origines et carrière militaire André-Robert Andréa de Nerciat appartient à une famille d'origine française. Elle est issue de Joseph Andréa, notaire à Groissiat (actuel département de l'Ain), qui a épousé vers 1700 Thérèse CanetCharondas, Le Cahier noir, s.p., Patrice du Puy éditeur, 2015.. D’après un extrait baptistaire transcrit par Maurice Tourneux et cité dans une édition de l’œuvre de Nerciat préparée par Apollinaire, André-Robert Andréa de Nerciat naît à Dijon le . Il est le fils de Jean-Baptiste Andréa (1711-1750), avocat au Parlement de Bourgogne et de Bernarde de Marlot (1714-1788). André-Robert n’a que onze ans lorsque son père meurt.

En plus d’être minimes, les informations relatives à l’enfance de Nerciat s’avèrent plutôt factuelles. D’après sa connaissance des auteurs latins qui transparaît dans ses œuvres, on infère qu’il fait de solides études. À vingt ans, soit en 1759, il embrasse la carrière militaire et entre comme lieutenant dans le bataillon de milices de la province de Bourgogne. En 1760, ce corps militaire est dissous. Au début de sa vingtaine, et encore dans sa minorité, Nerciat se rend alors au Danemark et s’engage dans le régiment d’infanterie d’Oldenbourg qu’il quitte en 1765. Il voyage à nouveau et, dans ces pays, il apprend l’italien et l’allemand.

Débuts littéraires Nerciat rentre en France muni d’un brevet de capitaine et d’une retraite. On perd quelques années sa trace pour ne le retrouver qu’en 1771, lorsqu’il est reçu gendarme de la Garde ordinaire du Roi. Il fréquente alors le salon du marquis de La Roche qui fait également partie, depuis 1745, de la Garde ordinaire. Ce marquis, plus connu sous le nom de Luchet, chevalier de Saint-Louis, est un proche de Nerciat ; Luchet brillera à la cour de Frédéric II de Hesse-Cassel. Nerciat aurait, durant cette période de quatre ans, fréquenté des sociétés secrètes de libertinage, d'où il aurait puiser matière pour composer ses futurs romans.

Dès 1775 paraissent les premières œuvres du chevalier : son roman Félicia ou Mes Fredaines obtient un succès immédiat, contrairement à la comédie en prose, Dorimon ou le marquis de Clarville (Strasbourg, 1778)Et non « Clairville », comme l’écrira Apollinaire). Sarane Alexandrian aurait vérifié l’orthographe sur un exemplaire de l’édition originale., qui fait un four après la première représentation à Versailles, le . C'est aussi l'époque où Nerciat se lance dans l'écriture de livret musicaux, dont parlent les journaux parisiens (1777).

Le comte de Saint-Germain opère une dont une des conséquences est le démantèlement du régiment de Nerciat, qui se trouve donc, au commencement de 1776, de nouveau sans emploi. Il exprime le vif chagrin que lui cause la perte de sa fonction dans les Contes nouveaux, publiés en 1777. De même plus tard, par le biais de certains personnages du roman Les Aphrodites, transparaît la rancune qu’il éprouve envers l’instigateur même de sa situation professionnelle plus que précaire.

Les voyages Nerciat quitte alors Paris et voyage. Il se rend en Suisse et en Allemagne où il vit de secrètes missions qu’il rend à la Cour. On suppose, nous n’en avons aucune preuve, qu’il était agent secret tout comme Mirabeau et Dumouriez. Pour qui travaillait-il ? Vu la grande instabilité politique des différentes Cours d’Europe et son impérieux besoin d’argent, on suppose que Nerciat jouait sur différents tableaux et qu’il exerçait le métier d’agent double, petit jeu qui le perdra.

Il séjourne quelque temps en Flandre, chez Charles-Joseph de Ligne à qui il dédie ses Contes nouveaux, publiés à Liège en 1777. On perd à nouveau la trace du chevalier pour ne la retrouver qu’en 1780 lorsque le marquis de Luchet, hautement estimé par Frédéric II de Hesse-Cassel, régissait et dirigeait les spectacles et les plaisirs pour le souverain.

Intrigues de cour en Hesse-Cassel En effet, attiré à la cour de Hesse-Cassel par Luchet, qui recherche de nouvelles pièces pour le Landgrave, Nerciat lui propose, vers la fin de 1779, un opéra-comique, Constance ou l’heureuse témérité, manuscrit conservé à la bibliothèque de Stuttgart. La première représentation de son opéra-comique en trois actes se déroule au théâtre de Cassel, en 1781, et semble avoir plu à Frédéric II, enorgueilli que des pièces françaises soient jouées en première à Cassel.

Fort de ce succès, Nerciat espère qu’on lui offrira une place à l’intendance des spectacles, mais on ne lui propose qu’une charge de conseiller et de sous-bibliothécaire à la pinacothèque de Cassel. Il accepte tout de même le poste et s'y rend dès le début de l’année 1780. Par reconnaissance et opportunisme, il prononce un éloge grandiloquent au souverain afin de devenir un courtisan apprécié et favorisé. Il attend en vain d’être nommé sous-intendant des spectacles (musique et théâtre), poste promis par Luchet. Cet échec s’explique par le fait que la cour de Hesse-Cassel préfère la musique française, contrairement aux goûts allemands du auxquels adhère le chevalier, qui tendent plutôt, eux, vers la musique italienne.

Dans Félicia, survient d’ailleurs un débat entre les amoureux de la musique italienne et de la musique française au cours duquel les premiers l’emportent. La préférence de Nerciat pour la musique italienne lui nuira donc puisque le glückiste marquis de Trestondam, premier gentilhomme de vénerie de 1772 à 1780 à la cour, avec qui il n’était pas en très bons termes à cause de leurs divergences de goûts musicaux, l’évinça, obtint le poste brigué par Nerciat et devint ainsi le second de Luchet dans ses fonctions de sous-intendant.

Luchet désire réorganiser la bibliothèque du musée de Cassel, mais il est contesté par les érudits, à cause de multiples erreurs dans le classement des livres. Ce sera Nerciat, sous-bibliothécaire, qui fera les frais de la controverse suscitée par la réorganisation de cette bibliothèque. En effet, Apollinaire a retrouvé les articles de journaux d'époque dans lesquels on l’attaque et on l’accuse d’un manque flagrant de connaissances littéraires. Nerciat, offusqué, répondra à cette accusation en se défendant de n’être qu’un exécutant et rejette ainsi la responsabilité sur le marquis de Luchet. Il quitte son poste de sous-bibliothécaire en et accepte la place de surintendant des bâtiments à la cour voisine, celle du Prince de Hesse-Rheinfels-Rotenburg. Le chevalier occupe cette charge un an seulement.

Durant toutes ces dernières années, il développe l’amour de la littérature allemande, en particulier l’anacréontique. Cet passion littéraire va, à nouveau, à l’encontre des goûts de la cour du Landgrave qui adore tout ce qui est français et méprise sa propre littérature nationale.

Un mariage et un retour en France Nerciat épouse le à Lyon, paroisse La Platrière, Marie-Anne-Angélique Condamin du Chaussan (1760-1830), originaire de Lyon, âgée de 18 ansArchives historiques de la ville de Lyon — lien en ligne.. De ce mariage sont issus trois enfants : Georges Philippe Auguste (1782-1847), né à Cassel, André Louis Philippe (1783-1855), né à Paris, et Caroline Dorothée Robertine (1793-?) née à Paris. Son premier fils étant né à Cassel, on suppose que le couple repartit en Allemagne, avant de rentrer à Paris.

On suppose qu’il reprend, à son retour à Paris, en 1783, le métier « des armes » et probablement celui d’agent secret. En , il est fait baron du Saint-Empire. En octobre de la même année naît à Paris son second fils, André-Louis-Philippe, dont les parrains sont Louis, comte de Narbonne-Lara, et Madame Philippine, landgrave régnante de Hesse-Cassel. Entre 1783 et 1786, on perd le chevalier de vue une fois de plus : cependant, les journaux parisiens annoncent en la publication d'une partition, Variétés musicales, que le chevalier dédie à l'épouse du comte de Narbonne-Lara (cf. biblio).

En 1786, contrairement à la fausse allégation propagée par A. Beuchot et tous les biographes de Nerciat qui affirment que le chevalier fut envoyé en Hollande par le roi de France afin de soutenir les patriotes contre le Stathouder, le chevalier au cœur républicain et patriote se trouvait déjà en Hollande lorsque le conflit éclata.

En Hollande En effet, cette même année, il entre dans la légion de Luxembourg, levée en France pour le service de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Il se rend donc en Hollande, nanti d’un brevet de capitaine afin de s’embarquer pour Ceylan. À cause de délais imposés par la Compagnie, il attendra inutilement l’embarcation qui doit l’y conduire. Aussi le chevalier décide-t-il de séjourner en Hollande, abandonnant ses projets de voyage.

Il passe ainsi l’hiver 1787 à La Haye attendant, en vain, un emploi promis par le . Ces heureux incidents qui concordent avec l’insurgence du parti patriotique hollandais contre le Stathouder lui fournissent l’opportunité de briller dans la carrière militaire du côté des patriotes tel que son roman Julie philosophe en sera l’écho. De fait, la ville d’Amsterdam le nomme major et ensuite lieutenant-colonel d’un régiment d’infanterie levé pour la défense d’Utrecht. Nerciat aurait alors défendu, avec bravoure, les places de Naarden et de Muyden.

Malgré ce succès, le vent tourne en faveur du Stathouder Guillaume V d'Orange-Nassau, qui prend le dessus. Les autorités rétablies refusent de remplir les promesses faites par les insurgés et congédient Nerciat en ne lui offrant aucune récompense pour ses services. Sa situation financière est si précaire, semble-t-il, qu’il doit s’arrêter pendant quelque temps à Bruxelles, faute de ressources. La même année, soit 1787, il fait imprimer à Prague deux comédies-proverbes : Les Rendez-vous nocturnes, ou l’Aventure comique et Les Amants singuliers, ou le Mariage par stratagème.

Avant et pendant la Révolution

En , Nerciat est de retour à Paris où il reçoit la croix de Saint-Louis. Il fait paraître la même année Le Doctorat impromptu.

Nulle correspondance n’atteste le lieu où se trouve Nerciat à la veille de la Révolution. En revanche, une lettre, écrite à sa femme le , révèle qu’il est bien à Paris durant une partie de l’année 1790. Il aurait rejoint, l’année suivante, l’armée de Condé, à Koblentz, formée exclusivement d’Émigrés français, curieuse affectation pour un homme aux sentiments républicains. Il y occupe le grade de colonel. En 1792, il devient aide de camp du duc de Brunswick à qui il aurait vendu ses services d’agent secret.