Ildefonse Rousset, né le à Paris et mort le à Maisons-Alfort, est un libraire, éditeur, photographe et journaliste français.

Biographie Ildefonse Rousset, comme son frère cadet, l’historien et académicien Camille Rousset, fit ses études au collège Stanislas à ParisPierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Administration du grand Dictionnaire universel, Paris, 1866-1877.

Il épouse en , toujours dans la capitale française, Marie-Adélaïde Chanoine. Ils vont s’installer à Alfort, alors partie de la commune de Maisons-Alfort, plus tard devenu Alfortville. Aux abords de sa maison, il avait installé « une sorte de ménagerie et un jardin botanique Amédée Chenal, Histoire de Maisons-Alfort et d'Alfortville, Asselin et Houzeau, Paris, 1898. ». Avec son épouse, qui obtiendra des récompenses du fait de ses activités agricoles comme une médaille d'or à l’Exposition universelle de 1867Journal des débats, ., il élève des animaux de basse-cour.

Si Rousset est présenté presqu’unanimement comme un « excellent homme Maxime Rude in La Lanterne, 1878/04/02 (N346,A2). », il se fait également remarquer par son obésité. Il est qualifié de « pachyderme des lettres » par Léon Guillot de Saix, auteur dramatique, critique et scénariste, qui cite un mot de Victor Hugo à son propos « Il défonce les chaisesComoedia, 1931/07/11 (A25,N6747). ». L’écrivain Maxime Rude note que son ventre laissait « une distance énorme entre son fauteuil et sa table de rédacteur en chef. » Un correspondant du Figaro, qui signe Marc Fournier, raconte un séjour en Savoie : « Quant à Brides c'est une gorge étroite entre deux montagnes, tellement étroite, que depuis l'arrivée de Rousset venu ici dans l'espérance de maigrir, on ne peut plus se retourner (…) vu sa corpulence mastodontoïde (…). Brides est la station favorite des obèses. Seulement, on ne devrait bien les recevoir qu'à tour de rôle, et par numéro d'ordreMarc Fournier, Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche 1879/07/13 (N28).. »

Ildefonse Rousset meurt le dans sa propriété d'Alfort à la suite d'une attaque d'apoplexie. Selon le journal Le Gaulois, il avait reçu dans la nuit la visite du docteur ProustPeut-être est-ce Adrien Proust.Le Gaulois, 1878/04/02 (N3449).. Ses obsèques ont, selon les comptes-rendus de presse, « réuni un nombre considérable de sénateurs, de députés, d'hommes de lettres et d'ouvriers. Ces derniers surtout étaient en grand nombre, car ils connaissaient, de longue date, l'affabilité de M. Rousset qui les accueillait toujours avec sympathie et leur donnait les meilleurs conseilsJournal de Fourmies, 1878/04/07 (A2,N76). ». Il est enterré à Maisons-Alfort où son monument funéraire est une structure de naos à six colonnes, due au sculpteur J. GuerlainIl s’agit probablement de Joachim Guerlain (né en 1837 à Saint-Pierre-lès-Calais).Marie-Agnès Férault et Hélène Jantzen, notice Monument sépulcral d'Ildefonse Rousset, in Inventaire général du patrimoine culturel, 1987 ; référence IA00070844Le buste en marbre était un hommage de ses collaborateurs du National.

Ildefonse Rousset avait constitué une importante collection de tableaux anciens et modernes, qui fut vendue aux enchères à l’hôtel Drouot à Paris en mars et . Le peintre Louis Français a réalisé en 1873 un portrait d’Ildefonse Rousset intitulé Souvenir de NiceAdolphe Bitard, Dictionnaire général de biographie contemporaine française et étrangère, A. Lévy et , Paris, 1887..

Républicain Dans ses écrits, Rousset marque un engagement républicain permanent. Il s’affirme comme antibonapartiste en 1848Michèle Denis, Ildefonse Rousset - journaliste et photographe maisonnais, in Mnémé 94 - Bulletin du Cercle d'études généalogiques et démographiques du Val-de-Marne, 06/2013 (N28)..

En 1869, il s’engage par ses écrits en faveur des candidats opposés à l'Empire pour les élections législatives. Il critique en particulier l'ultramontanismeÉmile Mermet, Le National, in Annuaire de la presse française, 1880 (A1), pp. 268-270.. Il publie un éditorial, affirmant que les rédacteurs de son journal sont « voués aux idées démocratiques, nous voulons faire franchement et loyalement la guerre aux tendances révolutionnaires, de quelque côté qu'elles se produisent. Nous respectons toutes les croyances religieuses, nous pensons que le prêtre ne doit pas dépasser le seuil du temple et nous repoussons énergiquement toute intervention cléricale dans les choses de la politiqueLe National, 1869/01/19 (A1.N1). »

Pendant le siège de Paris, Rousset soutient la politique du gouvernement de la Défense nationale puis celle d’Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutifL. Derome, Les journaux et les journalistes, VIII, Le Siècle, in Revue de France, 1873/10 (A3,T8)-1873/12..

S’il ne sympathise pas avec la Commune de Paris, signant la Déclaration de la presse contre la convocation des électeurs par le Comité central de la garde nationaleLe Gaulois 1871/03/24, Rousset refuse de rejoindre l'Union parisienne de la presse créée pour soutenir les candidats conservateurs en vue des élections législatives partielles du . Il vient personnellement en aide à certains anciens communards, comme le journaliste Marc-Amédée GromierMarc-Amédée Gromier, La: journal d'un vaincu, V. Havard, Paris, 1892..

En 1872, lors des élections législatives, Rousset marque sa préférence pour Joseph Vautrain, qui s’oppose à Victor Hugo, relevant que « certainement, M. Victor Hugo ne manque pas de talent, mais son concurrent, M. Vautrain, est un administrateur de premier ordreParis Soir, 1924/04/04 (A2,N183,ED2)..»

À partir de 1873, Rousset appuie les idées de la gauche républicaine, tendance modérée au sein de l’Assemblée nationale.

Libraire et éditeur

Après sa sortie du collège, Rousset rejoint en 1836 l’éditeur Léon Curmer et se met en relation avec les artistes qui vont coopérer à ses publications, comme le peintre Ernest Meissonier, l’illustrateur Grandville ou le dessinateur Paul Gavarni. Il s’installe en 1837 comme libraire au Palais-Royal, 76, rue de Richelieu à Paris E. Pascallet, Le Biographe universel, 1841-1854.. Rousset innove en faisant de son magasin un endroit luxueux, décoré avec goût et devenu le « rendez-vous du monde élégantLe Constitutionnel, 1838/31/10 (N365). ».

Il diffuse notamment des livres de mode comme Le Livre des Mariages et le Livre d'Heures Louise de Saint-Loup in La Presse, 1840/10/22. qui font sa réputation et sa fortuneLa Presse, 1841/05/10. Ildefonse Rousset a édité des ouvrages religieux, par exemple une version en souscription de La Sainte Bible, dans la traduction de Lemaistre de Sacy. Il propose également des publications hagiographiques, par exemple "Le Duc d’Orléans, prince royal" par E. Briffault Le Constitutionnel, 1842/05/08 (N128). , s’affichant comme « libraire de S.A.R. Mme la duchesse d’OrléansLe Figaro, 1875/07/11 (N191).. »

Ildefonse Rousset édite une série de neuf recueils, baptisés Omnibus, mêlant textes et dessins, réalisés par Albert d’Arnoux et par Camille Rousset, son frère, et signés par eux des pseudonymes de Bertall, Tortu Goth et Léfix. Le troisième numéro, qui comprenait les Buses-Graves, parodie en vers des Burgraves, de Victor Hugo, eut beaucoup de succèsÉdouard Moriac, Bertall in Le Gaulois, 1874/12/06 (N2244)..

Entraîné, selon un de ses contempteurs, par un penchant secret du côté de la Bourse, Rousset céda son établissement à Pierre-Jules Hetzel avec lequel il collabora quelque temps puis se lança dans le courtage des valeurs.

Journaliste Après la Révolution française de 1848, Rousset débute dans le journalisme et crée Le Spectateur républicain et Le Conservateur, auxquels collaborent le diplomate et futur sénateur John Lemoinne, le saint-simonien Louis Jourdan, l’écrivain et député Noël Parfait ou l’écrivain et traducteur Émile de La Bédollière, avec lequel il restera étroitement lié tout le reste de sa vie. Ces journaux disparurent « pendant la tourmente réactionnaire qui signala la fin de l'année 1848 ». Le Spectateur républicain suspendit sa publication le Gustave Vapereau, notice Jourdan (Louis) in Dictionnaire universel des contemporains, L. Hachette et , Paris, 1865..

Avec la Revue comique, également créée en 1848, Ildefonse Rousset renforce ses liens avec les artistes, comme le romancier Clément Caraguel, le directeur de théâtre, et feuilletoniste Auguste Lireux, le journaliste et futur député Taxile Delord le photographe Nadar et toujours La Bédollière. La Revue accueillait également le caricaturiste Bertall ou le dessinateur FabritziusJustin Delaunay in Le Figaro, 1863/01/11 (N825).. Ce journal satirique, jugé très incisif, très spirituel et très piquant, eut un vif succèsLe Petit Parisien, 1878/04/02 (N533)..

Abandonnant le terrain politique que le glissement autoritaire de Louis-Napoléon Bonaparte rendait impossible, Rousset devient correspondant financier du quotidien bruxellois et international L'Indépendance belge. Il entre en 1849, comme nombre de ses amis tels La Bédollière, au quotidien Le Siècle. Il y tient la rubrique boursière jusqu’en 1868. Sa rubrique a de l’impact et, selon l’historien Alfred Sirven, « c'est tout d'abord sur les articles de M. Rousset que se jettent, tous les matins, la majeure partie des lecteurs du Siècle (…) Il excelle en ces matières délicates et qui exigent une excessive prudence Alfred Sirven, Journaux et journalistes : Le Siècle, F. Cournol, Paris, 1865-1866. ». Mais, cette réserve déplaît à un de ses confrères du Figaro, Justin Delaunay : « C'est le plus gras des bulletiniers et le plus maigre des bulletins. Tout écourté qu'il est cependant, M. Rousset trouve encore le secret de n'y rien mettre. Impossible d'imaginer quelque chose de plus vide, de plus creux, de plus nul que les huit lignes qui précèdent le steeple-chase à travers les cours de la journée que le Siècle intitule Bulletin financier. »

En 1867, Rousset fonde le Journal financier puis se retire du Siècle à la fin de 1868.

Photographe Rousset, qui avait côtoyé Nadar à la Revue Comique, s’affirme dans les années 1860 en tant que photographe. Il publie plusieurs livres illustrés, procédé alors rare, et ils ont un écho important dans la presse. La sortie en 1864 de l’œuvre qu’il cosigne avec Émile de La Bédollière, Le Tour de Marne, après un voyage au sein d’une barque nommée l'Hélioscaphe dans les communes riveraines de la rivière Marne entre Nogent-sur-Marne et son confluent avec la Seine, est saluée notamment par le poète, romancier et critique d'art Théophile Gautier : « M. Ildefonse Rousset n'est pas un photographe de profession, et on le voit bien à l’exquise finesse, à la perfection étonnante de ses planches. Il faut tout le loisir d'un amateur artiste, persévérant et passionné pour arriver à de tels résultats. Les vues du Tour de Marne sont des merveilles. M. Rousset a obtenu des effets d'une douceur et d'une poésie dont nous n'aurions pas cru le daguerréotype capable. Les premiers plans sont nets, sans dureté ; les seconds et les troisièmes fuient avec une légèreté vaporeuse, bien rare dans les épreuves photographiques. Certaines planches rappellent Corot ou Daubigny, dont elles semblent refléter des tableaux inconnusLe Petit journal, 1864/12/16 (N685).. » L’année suivante, il publie, toujours avec La Bédollière, Le Bois de Vincennes et des Études photographiques, préfacées par Jourdan, les deux livres bénéficiant également d’une critique très favorableLa Chronique des arts et de la curiosité, 1865/12/31 (A1865,N126)..

Membre de la Société française de photographie, Rousset est récompensé pour sa participation à l’exposition photographique de Berlin en 1865Annuaire photographique, 1866 (A2).. Il fait partie de la commission déléguée qui prépare l’Exposition universelle de 1867La Lumière 1866/04/30 (A16,N8).. Exposant lui-mêmeHenri de La Blanchère, Répertoire encyclopédique de photographie, t. VI., Amyot, Paris, 1866., il obtient une médaille d'argentÉmile de La Bédollière, I. Rousset in Le National, 1878/04/01 (A10,N3311).