L’affaire du est une polémique née d'un article publié le pour expliquer les reculs du des et françaises lors de la bataille de Lorraine dans le cadre de la bataille des Frontières. Les soldats du Midi (notamment provençaux) du y sont accusés d'avoir fui devant l'ennemi. Malgré les excuses et les démentis, cette rumeur infamante canalisa une attitude hostile d'une partie de la population et des soldats contre les soldats du Midi, et provoqua en retour un fort attachement des populations du Midi au .
Le contexte lorrain de l’affaire
vignette|redresse=1.4|Le 111e Ri (15e corps) dans la bataille de Lorraine du au Avant d’analyser cette « affaire », on doit la situer dans son contexte lorrain d’août et . Pour cela, il faut suivre le parcours du 111e régiment d’infanterie d’AntibesJMO 26 N 680/15 du 111e RI d’Antibes qui fait partie de la de Nice (général Carbillet) du de Marseille composé des et officiers commandés par le général Espinasse. Comme ceux des autres unités du 15e corps et après deux jours de train, les du d’infanterie d’Antibes ont fini de débarquer le en gare de Diarville d’où ils ont gagné le secteur de Saffais (noté 12) puis celui d’Haraucourt (13) avant de prendre d’assaut les défenses allemandes de Moncourt au prix de 781 des leurs mis hors de combat. Moncourt, première victoire française en Lorraine avec ceux du . Avec ceux des autres unités de la , ils progressent ensuite vers le nord par Bourdonnay (16) et Gelucourt (17) pour prendre d’assaut le (19) août la croupe de Bidestroff au cœur de la nasse mortifère de Dieuze bombardée en continu par l’artillerie lourde allemande.
Mais le lendemain matin, après avoir longtemps résisté à la surpuissante contre-offensive ennemie et perdu en deux jours, les survivants sont obligés de se replier, conformément aux ordres et au plan conçu par le général de CastelnauJMO 25/1 du 20 août de la 2e armée commandée par le général de Castelnau. Repli d’abord jusqu’au bois du Haut-de-la-Croix (20) où leur régiment est alors réduit à un seul petit bataillon au lieu de trois car, depuis le , ils ont perdu des leurs soit 74 % de leur effectif. Puis repli à Anthelupt (21) avant de se positionner en attente au nord de Velle-sur-Moselle (23) avec autour toutes les unités diminuées du et, sur leur droite, du 16e corps. La VIe armée allemande s’étant engagée dans le piège de « sa » nasse de LunévilleAFGG /I/1/Annexe 715 page 610 : le 21 août, le général Dubail se conforme aux instructions de repli du généralissime Joffre qui a validé le plan du général de Castelnau, le général de Castelnau donne l’ordre aux unités des et de passer à la contre-offensive victorieuse. C’est ainsi qu’en derrière les quatre bataillons de chasseurs alpins, les survivants du 111e régiment d’infanterie progressent vers l’est jusqu’à Einvaux (25) puis vers le nord-est jusqu’à Lamath (26) et Xermaménil (30). C’est là qu’ils sont relevés par des unités du pour se replier par Bayon (3) afin de participer à la bataille de la Marne à partir du avec ceux du qui y remportent la victoire décisive de Revigny-Vassincourt contre la Ve armée allemande JMO 817/10 (en date du 11 septembre) du 6e BCA entrant dans Vassincourt puis la poursuivent sur du 13 au jusqu’à Verdun OuestJMO 316/1 du 15e corps.
Les débuts de l’affaire
Le est engagé à partir du en Lorraine dans la Bataille des trois Frontières et notamment dans la Bataille de Morhange le . Ces batailles se terminent par une victoire allemande, le recul des armées françaises et de lourdes pertes.
Elles démontrent l’inadaptation de l’armée française que dirige le général Joffre, et singulièrement du plan XVII et de l’offensive à outrance. Pourtant, ce dernier va tenter de trouver des responsables à l’arrêt de l’offensive.
C'est ce qu'il fait savoir au ministre de la Guerre Adolphe Messimy, qui lui-même transmet cette communication au sénateur Auguste Gervais. Saint-Cyrien devenu journaliste et homme politique, il est considéré comme un spécialiste des affaires militaires, notamment pour L'Aurore et Le Matin, l'un des journaux les plus diffusés de France.
Celui-ci publie dans ce dernier journal un article diffamatoire le qu’il intitule La vérité sur l’affaire du . Le recul en Lorraine. Il y reprend et accentue les attaques du général Joffre :
Ces attaques sont reprises par quelques journaux, dont un article du sénateur du Var Georges Clemenceau, également journaliste à l’Aurore, dans son propre journal :
Ces diffamations apparaissent comme une attaque à l’Union sacrée. Elles créent un grave malaise, conduisant le gouvernement à publier un démenti :
Le ministre publie un démenti le , précisant que les propos d’Auguste Gervais sont Le Figaro, 25 août 1914., alors que le général Joffre souligne peu après la bravoure des soldats du à Nancy. Le président du Conseil René Viviani envoie un télégramme où il n’évoque que des , ne reflétant pas une d’une Le Naour, 2000.. Si les attaques premières sont minimisées, la cause de la défaite reste identique : le mauvais comportement de certains Méridionaux. Auguste Gervais s’excuse peu après« Monsieur Gervais s’excuse », Le Petit Provençal, 28 août 1914. ; il affirmera dans un article posthume qu’il n’a fait que signer un article dicté par son ami Adolphe Messimy, ancien Saint-Cyrien, journaliste et membre du Parti républicain, radical et radical-socialiste comme lui.
Si le sénateur Gervais et le général Joffre restent en poste, le ministre Messimy est démis de ses fonctions deux jours après l'éclatement de l'affaire.
La rumeur Entre l'énoncé de la diffamation et les premières excuses, il ne s'est écoulé que quelques heures. Elles ont suffi à faire un mal terrible dans une population ébranlée par les reculs. Rapidement, la légende de soldats provençaux et plus généralement du Sud lâches se diffuse parmi les populations du Nord. Plusieurs témoignages rapportent les propos insultants tenus par d'autres soldats, des infirmiers, ou des blagues infamantes ayant le soldat de Provence pour objet de risée. Selon Jean-Yves Le Naour, ces accusations ont prospéré sur le terreau ancien de . Il s'agit d'antiméridionalisme.
Face à cette attitude, des journaux publient les exploits des régiments du Midi, pendant qu'en guise de contre-attaque, ceux qui colportent les rumeurs sont qualifiés d'agents de l'Allemagne. Le Progrès de la Somme réclame contre les calomniateurs le Conseil de guerre.
La révolte en Provence Dès le , deux parlementaires des Bouches-du-Rhône, Joseph Thierry et Frédéric Mascle demandent audience au ministre de la Guerre qui, nouvelle humiliation, refuse de les rencontrer. Le lendemain, six autres parlementaires réclament des explications.
Malgré les démentis, les accusations, durement ressenties en Provence, ne passent pas : le journal Le Matin est interdit de vente à Marseille, Sanary, Hyères et le , après une manifestation, des pères de poilus sont reçus à la préfecture.
Face au silence du gouvernement, qui ne communique plus sur l'affaire après les démentis d'Adolphe de Messimy et de René Viviani, signent une pétition réclamant, dans l'attente d'une enquête une fois la paix revenue, des mesures pour faire cesser les vexations et les calomnies. Le nouveau ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, déclare que ces attaques sont Belleudy, 1921.. Il impose une censure totale sur le sujet, tandis que certains soldats sont punis pour leurs propos contre le .
Jusqu’à la fin de la guerre, les nécessités de l’union sacrée et la censure conduisent les journaux, les partis, associations et hommes politiques du sud-est à ne se faire entendre que discrètement.
L'exécution des soldats Odde et Tomasini Conformément aux ordres de Joffre, l'armée est chargée de faire des exemples et de faire . Le médecin est chargé de désigner des mutilés volontaires possibles. Blessé le , le chasseur alpin Auguste Odde, varois, est examiné par un médecin, durant la nuit du 10 au dans une ambulance puis dans une grange ; il est désigné comme potentiel mutilé volontaire. Avec sept de ses camarades, Odde est déféré devant un conseil de guerre le : Odde, le corse Joseph Tomasini et quatre autres soldats sont condamnés à mort. Pour les quatre derniers, le conseil demande une commutation de la peine. Odde et Tomasini, membres du , sont fusillés pour l'exemple le au matin, devant les troupes assembléesMaurice Mistre, 1914, 19 septembre, un fusillé pour l’exemple, Auguste Odde..
Le jugement sera cassé et annulé le et le , la Cour suprême réhabilite les deux condamnés ; concernant Odde, elle reconnaît, selon les témoignages de ses camarades .
L'appartenance au du soldat Odde a été mise en avant par plusieurs auteurs, dont Maurice Mistre et André Neyton, qui en a fait le héros d'une pièce de théâtre, La Légende Noire du Soldat O.
La mémoire du vignette|La place d'armes de Nice vers 1900, devenue place du . S'il n'appartenait pas au 15e Corps, l'exemplarité du jeune député-maire marseillais Frédéric Chevillon et sa montée au front héroïque mais fatale le au cours de la Bataille des Eparges au cri de a contribué à la réhabilitation des soldats provençaux.
Avec l’armistice du , de nombreuses voix se font entendre, réclamant des enquêtes et une réhabilitation officielles des soldats de Provence par les autorités de la République. Les propos du président de la République Alexandre Millerand et du ministre de la Guerre Louis Barthou à propos du mensonge contre le ne suffisent pas.
En 1919, le conseil municipal de Vidauban inaugure la première place du Le Petit Var, 7 juillet 1919., inaugurant une tradition de dénomination de rue qui se perpétue jusqu'en 2016, quand le conseil municipal de Gassin baptise trois places du nom de trois soldats du tombés au début de la Grande Guerre : Louis Collomp, Charles Giordano et Léon MartelProcès-verbal du conseil municipal du , mairie de Gassin (lire en ligne)..
En 1920 à Nice, la place d'armes est renommée place du , de même que l'avenue attenante. Le stade d'athlétisme construit en 1937 sur la place en prend également le nom, avant d'être renommé stade Jean-Bouin en 1951Cimiez La banlieue champêtre de Nice. En 1921, les anciens combattants organisent une grande réunion à Nice sur le thème : .
En 1936, la commune de Bidestroff, lieu de la bataille des 19 et , construit un monument aux morts pour honorer leur mémoire.
En 2015, la ville de la Seyne-sur-Mer a inauguré pour le une « avenue du 1914-1918 »..
Le , le passage Louis-Andrieux à Forcalquier prend le nom de « passage du d'armée »L'histoire oubliée du 15e corps d'armée.
D'autres communes possèdent également une voie portant en référence au : Avignon, Hyères, Lambesc, Marseille, Monteux, Pierrefeu-du-Var, Saint-Raphaël, Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, Saint-Tropez, Toulon.
Bibliographie Témoignages de soldats
Général Carbillet, Premières armes d’une division du Midi sur le front.
Ouvrages universitaires
Claude Chanteloube, L'Affaire du corps d'Armée - Les Provençaux accusés de lâcheté - www.provence14-18.org Claude Chanteloube, Joffre accuse les Provençaux de lâcheté, Chez l'auteur, Préface du général André Bach
Bande dessinée
Le soldat Odde
Notes et références
Catégorie:1914 en France Catégorie:Justice militaire en France Catégorie:Histoire militaire de la France Catégorie:Août 1914 Catégorie:23 août