Le vitrail de Saint Jacques le Majeur à Chartres est un vitrail narratif du déambulatoire nord de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, qui raconte la vie de l'apôtre saint Jacques le Majeur.
Description d'ensemble
La baie se trouve dans une « chapelle murale » du déambulatoire nord, petit renfoncement éclairé par deux baies de style gothique primitif.. Le vitrail de Saint Jacques est celui de droite.
La verrière a été exécutée entre 1210 et 1225, elle est contemporaine de la cathédrale actuelle reconstruite après l'incendie de 1194. Le vitrail de s'inscrit dans la lancette de droite, la lancette de gauche étant occupée par le vitrail de Charlemagne : Une légende veut que Charlemagne ait libéré le tombeau de saint Jacques à Compostelle, vitrail 05, La Cathédrale de Chartres..
La verrière a été classée aux monuments historiques dès son premier inventaire en 1840. Elle a été restaurée en 1921 par les ateliers Lorin, et en 1994-1995 par l'atelier Avice-France Vitrail.
Cette verrière est composée de quatre étages sensiblement carrés. Au centre de chaque étage, quatre panneaux losangés sont posés en croix, autour d'un médaillon circulaire à fond rouge bordé de bleu et chargé d'un motif floral. Ces panneaux centraux sont à fond bleu, bordés vers l'extérieur de deux filets rouge et blanc, qui s'arrondissent et dessinent un pétale au point de rencontre des panneaux. Aux quatre cantons de la croix centrale, quatre autres scènes s'inscrivent sur fond bleu dans des demi-quadrilobes latéraux, bordées vers l'extérieur d'un filet rouge et d'une bordure bleue semée de perles jaunes.
La mosaïque de fond est formée d'un réseau d'anneaux rouges joints par des perles cruciforme blanches, posés sur un fond bleu ornés de motifs en grisailles. Entre deux étages, le centre du vitrail est orné d'un petit motif quadrilobé.
La bordure du vitrail est formée d'une large bande bleue, bordée de deux filets rouge et blanc, sur laquelle court un filet jaune en dents de scie, entrelacé de motifs floraux alternativement blancs et rouges.
Thématique
On ne connaît pratiquement rien de Saint Jacques en dehors des mentions qu'en font les Évangiles, et de la mention de sa mort sur l'ordre de Hérode (Ac 12:2) ; tout le reste est probablement apocryphe, inspiré d'autres histoires saintes et fortement légendaire.
Une première légende de Saint Jacques est donnée par les « Actes de Saint Jacques », écrits vers le ou , où il est dit qu'il a évangélisé la Judée pendant une dizaine d'années. Un récit de son martyre et de nombreux miracles apparaît dans l'« Histoire du combat apostolique » du pseudo-Abdias, au , Fondation David Parou Saint-Jacques, . Ce n'est qu'au qu'il apparaît comme l'évangélisateur de l'Espagne.
Des représentations de Jacques le Majeur figurent également dans le vitrail axial des Apôtres (baie 0) et dans celui de Saint-André (baie 2), 311 photographies..
Les donateurs
Le vitrail fut offert par la guilde des fourreurs et drapiers. Les fourreurs et drapiers, donateurs, sont représentés à la partie inférieure.
À gauche, dans la boutique d'un fourreur, un client s'est déganté pour juger de la qualité d'une fourrure d'hermine ou de vair. Derrière le marchand, d'autres fourrures dépassent d'un coffre dont on distingue la serrure.
À droite, dans la boutique du drapier, un client se fait mesurer une pièce d'étoffe à rayure dont le marchand lui vante la qualité. Derrière les boutiquiers, une petite armoire renferme d'autres étoffes pliées.
Description des panneaux
Le vitrail se lit classiquement, de bas en haut et de gauche à droite, cependant la lecture de la croix centrale se fait régulièrement de droite à gauche.
Premier étage A3 : Le Christ remet un bâton de pèlerin à Saint Jacques Saint Jacques, apôtre, fils de Zébédée, après l’ascension du Seigneur, prêcha en Judée et dans le pays de Samarie ; il vint enfin en Espagne, pour y semer la parole de Dieu; mais comme il voyait que ses paroles ne profitaient pas, et qu'il n'y avait gagné que neuf disciples, il en laissa deux seulement pour prêcher, dans le pays, et il revint avec les autres en Judée.
Jacques est assis sur un rocher dominant la mer, qui figure peut-être les côtes de la Galice où Jacques est réputé avoir enseigné, ou peut-être encore le rocher de Gibraltar, qui marquait traditionnellement « les extrémités de la Terre » où les apôtres avaient été envoyés pour prêcher la bonne nouvelle (Mc 16:15). À ses pieds, le bandeau brun précise en grisaille « S I ACOBUS ». Le christ est reconnaissable à la croix marquant son nimbe, caractéristique des personnes divines. Il tend à Jacques un bâton, et fait de la main droite un geste marquant l'autorité dans l'enseignement. Derrière lui, un ange tient un morceau de pain pour la route.
La scène est allégorique, et souligne l'importance du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle au , dont Chartres était une étape. A5 : Saint Jacques prêche dans la Synagogue Le bienheureux Jacques s'en alla dans les villes de la Judée prêchant et annonçant le Christ pendant dix ans. Il faisait publiquement beaucoup de guérisons et de grands miracles, entrait dans les synagogues, expliquait à tous les passages de la Loi et des Prophètes qu'on lisait, convainquait les Juifs par leurs propres écritures que Jésus est le Christ, le fils du Dieu vivant. Ce bienheureux apôtre du Seigneur en instruisait beaucoup ; il enseignait, avertissait, catéchisait, baptisait Juifs et Grecs, hommes et femmes, imposait les mains aux malades, aux démoniaques qui venaient à lui. Le bienheureux Jacques était en effet très savant et très éloquent et il réfutait vigoureusement, les sages juifs et grecs.
Le panneau est chargé de symboles : Jacques est assis sur un autel et présente à son auditoire un calice reconnaissable à sa forme caractéristique. À ses pieds la bande jaune précise « SIACOB ». A4 : Hermogène envoie Philetus Pendant qu'il prêchait en Judée, la parole de Dieu, un magicien nommé Hermogène, d'accord avec les Pharisiens, envoya à saint Jacques un de ses disciples, nommé Philétus, pour prouver à l’apôtre que ce qu'il annonçait était faux.
Le magicien Hermogène (ce qui signifie « fils d'Hermès », en référence à Hermès Trismégiste) est assis sur son trône, jambe croisée en signe d'autorité. Il tient en main un parchemin portant « ALMOGINES ». Derrière lui, un diablotin vert se penche sur son oreille pour lui suggérer ces mauvaises pensées. Devant lui, son disciple Philétus est représenté un grimoire à la main, il est désigné par le bandeau gris à ses pieds « FILET US ».
L'ouverture rouge derrière le magicien marque normalement une porte ouverte dans l'iconographie de cette époque. Il peut s'agir d'une porte ouverte sur les enfers, d'où sort le diablotin vert, ou plus prosaïquement un feu dans une cheminée — l'un n'excluant pas l'autre. A6 : Saint Jacques convertit Philetus Mais l’apôtre l’ayant convaincu devant une foule de personnes par des preuves évidentes, et opéré en sa présence de nombreux miracles...
La scène est coupée en deux par la colonne centrale, séparant Jacques et son compagnon à droite, de Philétus à gauche. Celui-ci tient en main son grimoire fermé comme seul argument, derrière lui la porte ouverte teintée de rouge rappelle celle derrière le mage Hermogène. De son côté, Jacques tient sur ses genoux l'Évangile ouvert, marquant la différence entre l'enseignement ésotérique de la magie, réservé aux seuls initiés, et l'exotérisme de l'enseignement de l'Église, s'appuyant publiquement sur des textes ouverts. La différence d'autorité est marquée également par l'attitude des personnages : Philétus tient ses mains jointes et est presque à genoux, dans une attitude suppliante, tandis que Jacques trône sur ce qui paraît être un autel. Au pieds des protagonistes, la bande désigne les deux principaux personnages « F ILETUS:IACOBUS ». A7 : Philetus rend compte à Hermogène Philétus revint trouver Hermogène, en justifiant la doctrine de saint Jacques : il raconta en outre les miracles opérés par le saint, déclara vouloir devenir son disciple; et l’exhorta lui-même à l’imiter.
Philétus est à gauche, venant de franchir la porte ouverte que l'on voit derrière lui (l'inscription à ses pieds est illisible). Il compte sur ses doigts les nombreuses raisons qui l'ont converti.
En face de lui, Hermogène est encore assis sur son trône les jambes croisées. Il lève la main droite en signe de protestation, et montre le sol de la main gauche, pour demander à son ancien disciple de se plier devant lui. Derrière Hermogène, un petit diable jaune vêtu d'un pagne lui murmure ses mauvaises pensées à l'oreille.
À l'extrême droite du panneau, on note une architecture médiévale où apparaissent une rangée de créneaux et le dôme d'un édifice public, figurant probablement les remparts et le Temple de Jérusalem. A8 : Hermogène jette un sortilège sur Philétus Mais Hermogène en colère, le rendit tellement immobile par sa magie qu'il ne pouvait remuer un seul membre : « Nous verrons, dit-il, si ton Jacques te déliera. »
Hermogène brandit son grimoire, et l'index levé, conjure le diable qui va ensorceler Philetus. Le diable a la figure cornue et rouge, et son aile plantée en guise de queue rappelle qu'il est un ange déchu. Philetus gît à terre, endormi.
Derrière Hermogène, la porte rouge de l'Enfer a ses deux battants ouverts, dont on peut voir les ferrures tracées en grisaille.
Deuxième étage B1 : Jacques fait parvenir son suaire à Philétus Philétus informa Jacques de cela par son valet, l’apôtre lui envoya son suaire et dit : «Qu'il prenne ce suaire et qu'il dise : "Le Seigneur relève ceux qui sont abattus ; il délie ceux qui sont enchaînés" (Ps. CXLV). »
La scène est partagée en deux par la porte ouverte figurée conventionnellement en rouge, séparant à gauche l'intérieur d'un bâtiment dont on voit en haut des fenêtres et un dôme, probablement le Temple, et à droite une scène d'extérieur matérialisée par un arbre dépassant d'une colline bleue semée de trèfles. Jacques est assis à gauche, tenant son Évangile sur ses genoux. À ses pieds, une inscription peu visible précise « ??COBU S ».
Le « mouchoir » (sudarium, mouchoir ou suaire) envoyé pour guérir est probablement inspiré de la légende d'Abgar, dans laquelle par un serviteur le Christ fait parvenir à Abgar V un linge qui doit le guérir de son infirmité. Le linge de cette légende est identifié avec le Mandylion, qui serait la tête du Saint-Suaire. B2 : Jacques fait parvenir son suaire à Philétus Et aussitôt qu'on eut touché Philétus avec le suaire, il fut délié de ses chaînes, se moqua des sortilèges d'Hermogène et se hâta d'aller trouver saint Jacques.
Un groupe de trois personnages présente le suaire à Philétus, toujours gisant à terre mais qui se redresse à présent. Au-dessus de lui, un diablotin jaune s'échappe, tenant sa tête entre ses mains. L'ouverture rouge derrière lui semble ici être une cheminée, évoquant probablement la porte de l'enfer vers lequel le diablotin va repartir.
Ici, l'artiste interprète nettement le « suaire » comme une chemise, allusion probable à la relique de la tunique de la Vierge conservée à Chartres. B3 : Hermogène évoque les démons pour se venger Hermogène irrité convoqua les démons, et leur ordonna de lui amener Jacques garrotté avec Philétus, afin de se venger d'eux et qu'à l’avenir les disciples de l’apôtre n'eussent plus l’audace de l’insulter.
Au centre, Hermogène sur son trône tient son grimoire ouvert, qu'il désigne de sa main droite. Il est entouré de deux démons qu'il vient d'évoquer par ce moyen. À ses pieds, le bandeau précise « ALMO GIИES ». B5 : Saint Jacques maîtrise les démons