François-Michel Durand, chevalier, seigneur de Distroff, né le à Thionville et mort le au Ban-Saint-Martin, est un haut fonctionnaire français, successivement avocat, conseiller au parlement de Metz, diplomate et agent secret.

Biographie

D’une famille de légistes, fils, petit-fils et neveu de conseillers au parlement de Metz, Durand était fils de François-Benoît Durand de Distroff, conseiller au parlement de Metz, et de Marie-Thérèse de Launoy de Montagny.

Doué d’une excellente mémoire, d’une volonté ferme et d’une grande intelligence, il bénéficia dès son enfance des traditions de science et d’amour de l’étude de sa famille. Envoyé par son père apprendre le droit à l’université de Pont-à-Mousson, il y fit de rapides progrès et fut reçu avocat au parlement de Metz, le . Le , il succéda à son père dans la charge de conseiller au parlement de Metz. Il était fils, petit-fils et neveu de conseillers en cette cour souveraine, et la charge dont il fut pourvu avait été, depuis soixante ans, occupée successivement par son grand-père et par son père.

Parlement de Metz

La sagacité de son jugement, la finesse de son esprit, son caractère conciliant, le désignèrent bientôt au choix de ses collègues pour représenter les intérêts du parlement de Metz dans les luttes continuelles qu’il eut à soutenir contre les différents pouvoirs publics représentés dans les villes de son ressort. Ainsi, lorsque le parlement refusa d’admettre au serment de fidélité que devaient prêter devant le parlement de Metz les chanoines des églises des Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun, un chanoine de la cathédrale de Metz du nom de Destran, parce que son brevet de nomination ne lui parut pas régulier, le chapitre de la cathédrale procéda, sans tenir compte de cette décision, à l’installation du nouveau chanoine. Le parlement crut devoir ordonner la saisie du temporel du canonicat, mais le chapitre fit agir des influences qui empêchèrent l'exécution de cet arrêt. Les différentes chambres du parlement s'étant assemblée, il fut décidé qu’une commission, dont fit partie Durand de Distroff, serait chargée de porter à la connaissance du roi les doléances des magistrats dont l’autorité était aussi ouvertement méconnueRegistres secrets du Parlement de Metz, manuscrit , Bibliothèque de la ville de Metz.. Louis XV vit dans l’exercice de ce droit une attaque contre le clergé et donna tort au parlement, poussant même la rigueur jusqu’à envoyer des lettres de cachet à tous les délégués de la cour. Durand reçut l’ordre de se rendre à Autun.

À peine rappelé d’un exil qui dura trois mois, Durand de Distroff se rendit à Paris, afin de soutenir, avec succès, près du roi et du garde-des-sceaux un règlement pour le parquet, proposé par le parlement, et auquel les membres du ministère public refusaient de donner leur adhésion, ce pour quoi la Compagnie le remercia. Pendant son séjour à Paris, il travailla, en outre, sans en être chargé, à réconcilier avec le parlement de Metz l’évêque de Metz dont l’épiscopat avait été marqué par une lutte continuelle avec le parlement. Ce prélat, désireux de recouvrer et même d’augmenter les prérogatives dont jouissaient ses prédécesseurs, au temps de l’indépendance des Trois-Évêchés, avait fait de nombreuses tentatives pour se constituer en quelque sorte prince souverain et était entré en conflit avec le parlement municipal lorsqu’il avait tenté, en tant que prince du Saint-Empire romain germanique, de prendre la qualité de comte de Metz. Le parlement, dont la création avait eu précisément eu pour but de rattacher progressivement la province des Trois-Évêchés à la France, étant trop jaloux de ses droits et de son autorité pour tolérer aucun empiétement, une guerre intestine éclatait en toute occasion. Durand sut, à Metz, si habilement s’entremettre, à Paris, si adroitement faire agir les influences qui pouvaient déterminer soit le parlement, soit l’évêque, qu’il obtint le résultat le plus complet, et que la Compagnie se décida à rendre visite à chez lequel « aucun de Messieurs n’était allé depuis plus de dix ans. » Le chancelier d’Aguesseau écrivit, à cette occasion, au premier président du parlement pour indiquer qu’il lui savait « d’avoir contribué par ses soins au succès des mesures prises à ce sujet. »

Diplomate Ces diverses missions ayant fait apprécier les qualités diplomatiques de Durand, celui-ci fut au nombre des diplomates envoyés aux négociations de paix ouvertes à Aix-la-Chapelle le et qui devaient se terminer, le , avec le traité d'Aix-la-Chapelle mettant fin à la guerre de Succession d'Autriche. et dans lequel Louis XV, pourtant dans la situation la plus favorable, renonçait à ses conquêtes (Pays-Bas, Savoie, Nice).

À peine ce traité définitif signé par toutes les parties belligérantes, Durand fut chargé d’une mission en Angleterre, le séjour qu'il avait fait à Aix-la-Chapelle les pourparlers, ayant déterminé le choix du roi par « la preuve qu’il y a donnée de ses talents, de sa sagesse et de son zèle » écrivait le ministre des affaires étrangères au duc de BedfordCorrespondance diplomatique de Durand. Lettre de créance pour sa mission en Angleterre.. À partir de cette époque, les nombreuses missions diplomatiques dont il fut chargé ne lui permirent plus d’assister que rarement aux audiences du Parlement de Metz même s'il conserva, jusqu’en 1765, sa charge de conseiller qui passa alors à Philippe-Auguste Goullet de Rugy, après avoir été pendant quatre-vingt-cinq ans dans la famille Durand.

Durand eut ordre de renouer les relations diplomatiques interrompues entre les deux pays depuis la dernière guerre ainsi que de combattre les motifs qui poussaient l’Angleterre, qui éprouvait déjà des regrets d’avoir consenti à la paix, à recommencer la guerre afin d’entraver les progrès du commerce français, l’état prospère de ses colonies et leur extension. Ses négociation permirent à la politique de la paix de l’emporter encore pour quelque temps et les deux pays échangèrent des ambassadeursCorrespondance diplomatique de Durand..

Agent secret Comme le roi de Pologne, Auguste III, électeur de Saxe, préférait le séjour de la Saxe à tout autre, le comte de Broglie, ambassadeur de France, était obligé de résider près de lui à Dresde. Voulant avoir un représentant dans la ville même de Varsovie, Louis XV choisit Durand pour suppléer l’ambassadeur puis le remplacerClaude Carloman de Rulhière, Révolutions de Pologne, éd. Christien Ostrowski, Paris, Firmin Didot Frères, 1862.Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie, Tercier, etc., éd. Edgard Boutaric, Paris, Henri Plon, 1866.. Il avait pour mission de poursuivre l’œuvre de reconstitution de la Pologne, où chaque règne était souvent l’occasion de rivalités qui ensanglantaient le pays à cause du caractère électif du gouvernement polonais, cause perpétuelle d’anarchie. Le comte de Broglie avait entrepris de soustraire cet État sans frontières, qui représentait une riche et facile conquête pour de puissants voisins experts en politique d’annexions et impatients d’agrandir leur territoire, à la domination de la Russie en lui rendant assez de force et de considération pour pouvoir résister aux efforts des puissances voisines conjurées contre lui en vue de se partager ses vestiges. Ayant épousé une princesse polonaise, Louis XV se montrait plus encore favorable que ses prédécesseurs à la cause de la Pologne, aux affaires de laquelle il avait pris, dès sa jeunesse, un vif intérêt, prédilection naturelle d’autant plus augmentée qu'il nourrissait le secret espoir d’y faire élire, à la mort d’Auguste III, son cousin le prince de Conti, au trône.

Indépendance de la Pologne Avant l’arrivée de Durand, le comte de Broglie avait organisé un parti confiant dans la protection de la France, dirigé par le comte Branicki, que sa position de Grand-Général du royaume rendait l’un des personnages les plus importants du pays. La cour même avait fini par adhérer aux vues du ministre français et toutes les faveurs, tous les emplois étaient accordés sur sa recommandation aux seuls partisans de l’indépendance. Durand ne négligea rien pour augmenter la force et l’influence de ce parti. Il gagna l’amitié de Branicki et bientôt, l’estime de la noblesse polonaise. Avec les subsides de la France, il contribua à organiser une confédération de l’élite de la nation qui, pourvue d’armes et de munitions, était prête, au moindre signal, à s’unir et à secouer le joug de la Russie. Il ne s’était pas contenté de favoriser un soulèvement à l’intérieur, il avait encore assuré à la cause qu’il défendait une importante alliance. Par ses entretiens avec l’ambassadeur turc, à Varsovie, et en combinant ses efforts avec ceux du comte de Vergennes, ambassadeur de France à Constantinople, il décida la Turquie à faire cause commune avec les patriotes polonais. On pouvait compter, en outre, sur tous les mécontents de la nation cosaque, soulevés par quelques anciens compagnons d’Ivan Mazepa, le chef des révoltés d’Ukraine, et on n’était pas sans espoir d’armer les Hongrois pour neutraliser, s’il le fallait, l’action de l’Autriche.

Tous ces moyens réunis allaient voir le succès de l’œuvre commencée par le comte de Broglie et continuée par Durand lorsqu’un changement dans la politique générale de l’Europe vint anéantir toutes les espérances d’indépendance de la Pologne. Un revirement complet dans les alliances des principales nations fit abandonner à la France une politique vieille de deux siècles pour devenir l’alliée de l’Autriche et de la Russie, tandis que la Prusse devenait celle de l’Angleterre. Avec la guerre de Sept Ans qui en résulta, les États héréditaires d’Auguste III de Saxe, roi de Pologne, furent le théâtre des premiers combats. Soixante mille Prussiens les envahirent. Aussitôt la Russie annonça l’intention de les en chasser et mit en campagne une nombreuse armée. Durand comprit que c’en était fait du parti de l’indépendance, si ces troupes pénétraient en Pologne. Sa correspondance, à cette époque, témoigne de tous les efforts qu’il fit pour les empêcher d’y entrer. Il était persuadé que les Russes ne se contenteraient pas, pour se rendre en Saxe, de traverser la Pologne, mais qu’ils y resteraient, et que leur occupation ne serait qu’une conquête déguisée. Ces tristes prévisions ne tardèrent pas à se réaliser : cent mille Russes livrèrent plusieurs batailles au roi de Prusse, sans amener la délivrance de la Saxe. Prenant alors prétexte de ce que le but de la guerre n’était pas atteint pour rester en Pologne, et se trouvant sans argent et dépourvus de tout, ils y vécurent de pillage, comme en pays conquis. Les Polonais opprimés demandèrent des secours, leurs députés protestèrent contre les envahissements de la Russie. Ils ne furent entendus nulle part. La France elle-même resta sourde à leur appel et cessa dès lors de leur venir en aide, laissant par là-même échapper de ses mains l'équilibre qu’elle maintenait dans les pays du Nord et les États d’Allemagne.

Toutefois, si la France renonçait officiellement à soutenir les Polonais, le roi leur continuait sa protection personnelle par l’intermédiaire du secret du Roi, ce cabinet noir qui menait une politique en parallèle du ministère des Affaires étrangères .. Pendant toute la durée de son séjour en Pologne,