La Stratégie globale de l'Union européenne (SGUE), dans sa forme longue Stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l'Union européenne, est la doctrine actualisée de l'Union européenne visant à améliorer l'efficacité de la défense et de la sécurité de l'Union et de ses États membres, la protection des civils, la coopération entre les différentes forces armées des États membres, la gestion migratoire, la gestion des crises, etc. Adoptée le , elle remplace la Stratégie européenne de sécurité de 2003. La SGUE est complétée par un document titré « Plan de mise en œuvre portant sur la sécurité et la défense » (IPSD, selon l'acronyme anglais Implementation Plan on Security and Defence).
Contexte Critiques de la stratégie de 2003 Le besoin d'élaborer un nouveau concept stratégique a surgi dès la publication de la Stratégie de 2003. Celle-ci indiquait en effet :
Pourtant, les États-Unis venaient d'être frappés par les attentats du 11 septembre 2001 et la doctrine américaine avait été modifiée en conséquence. Ainsi, en , George W. Bush déclarait en préambule de la National Security Strategy : Traduction libre de ce passage : ..
La stratégie de 2003 avait fait l'objet d'une révision en 2008 sans pour autant réussir à dépasser ses lacunes.
Prises en compte de l'évolution stratégique récente Au milieu de l'année 2015, l'Union européenne connait une crise de la gestion des migrants provenant d'Afrique et d'Asie, à la suite de guerres civiles dans différents pays, tels que la Syrie ou l'Afghanistan. Cette crise met en doute l'unité politique et sociale de l'UE. Plus d'un million de personnes entrent dans l'espace Schengen en 2015, et la politique de répartition de ces mêmes migrants est l'une des causes des divisions de l'opinion publique et des gouvernements membres.
Dans le préambule à la stratégie globale, la Haute Représentante cite également le référendum britannique du en faveur d'un retrait de l'Union. Ce référendum entraînera, le , la démission du Premier ministre britannique, David Cameron, lequel avait également adopté et salué l'adoption de la stratégie globale.
Élaboration et adoption Préparation et consultations En 2015, le Conseil européen a demandé à Federica Mogherini de préparer une nouvelle stratégie globale prenant en compte l'évolution stratégique.
La stratégie fut préparée en un an. À cette fin, la Haute Représente a entrepris un processus qualifié d'« ouvert et transparent » lors duquel des consultations eurent lieu avec : les États membres, les institutions européennes (dont la Commission et le Parlement européen), la société civile européenne en général (dont les think tanks). En ce sens, la Stratégie a pour objectif de refléter les points collectifs exprimés durant ce processus.
Participation des États membres En ce qui concerne les États membres, les consultations ont été faites au niveau des points de contact en matière de défense et de sécurité avec l'Union européenne : le Comité politique et de sécurité, le Comité des représentants permanents ainsi que les directeurs des comités militaires de l'UE chargés des questions de politique et de sécurité. Le premier Gymnich sur le sujet a eu lieu en .
Participation des institutions européennes et des Parlements nationaux En ce qui concerne les institutions européennes, la Commission et le Parlement ont également participé à l'élaboration de la Stratégie. La Commission européenne a été associée à la préparation grâce à une task force dédiée au niveau des chefs d'unité. Le Collège des commissaires s'est également réuni le pour un débat d'orientation. Le Parlement européen a également présenté une position sur le sujet, rapportée par la députée européenne Sandra Kalniete. Cette position du Parlement fut l'objet d'un débat avec la Haute Représentante le . L'aspect parlementaire s'est également traduit par des réunions impliquant des députés européens et des députés nationaux. Ainsi des rencontres furent organisées à Helsinki (), Lisbonne, La Haye (conférence interparlementaire le ).
Participation de l'Institut européenne d'études de sécurité : le « semestre stratégique » Le directeur de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne, Antonio Missiroli, a notamment été indiqué que ce centre de recherche de l'Union a engagé des consultations avec la communauté des experts en général, issus de différents think tanks ou académie en Europe et ailleurs. Ce processus a été lancé les 8 et à Bruxelles et pris fin les 21 et à Paris. En plus de cela, les États membres, leurs centres et instituts nationaux ainsi que leurs ministères des affaires étrangères se sont impliqués.
Bénéficiant d'un financement de la Fondation Compagnia di San Paolo de Turin a pu consulter une 50 analystes et commentateurs reconnus issus pour moitié de l'Union européenne. Le résultat de cette consultation, lors de laquelle ces analystes furent limités à environ chacun, fut publié en avec pour titre Towards an EU Global Strategy: Consulting the experts.
Adoption Le , le Conseil européen a salué la Stratégie globale, remerciant ainsi Federica Mogherini pour cette stratégie. Nicolas Gros-Verheyde rappelle qu'il y a une différence entre « saluer » et « adopter » sur le plan juridique. Néanmoins, il souligne que sur le plan politique, ces deux termes reviennent au même, à savoir l'endossement par le Conseil européen de la Stratégie globale, qui devient par la même la doctrine officielle de l'Union européenne en matière de sécurité et défense. Selon European Defence Matters, le magazine spécialisé de l’Agence européenne de défense, cela résulte de l’annonce alors récente des résultats du référendum britannique qui a alors été le principal sujet de discussion de la réunion.
Contenu Préambule de la Haute Représentante La Haute Représentante appelle à repenser le mode de fonctionnement de l'Union, en adoptant notamment une stratégie, une vision et une action commune. Elle souligne par la suite le poids de l'Union européenne et de ses États membres dans le monde :
La Haute Représentante insiste également sur le terme « global » présent dans le titre de la doctrine fait référence à la fois à la portée géographique mais également à la multiplicité des politiques et instruments disponibles afin de mettre en œuvre la stratégie. Elle insiste en ce sens sur le fait qu'il n'est plus pertinent de qualifier l'Union européenne de soft power, citant notamment les « dix-sept opérations civiles et militaires » alors déployée. Sur ce point, elle conclut : « Pour l'Europe, pouvoir de convaincre et pouvoir de contraindre vont de pair ».
Elle souligne l'ambition qui sous-tend l'ensemble de la doctrine : doter l'Union de l'autonomie stratégique afin de « servir les intérêts communs [des] citoyens et promouvoir nos principes et valeurs », notamment en promouvant le multilatéralisme et les règles de droit international.
Définitions des intérêts et principes communs La Stratégie globale définit un certain nombre d'intérêts et principes communs. Ainsi, l'Union européenne et ses États membres énoncent les objectifs suivants : le maintien de la paix et de la sécurité des citoyens de l'Union sur son territoire. Cela passe notamment par assurer le maintien de la paix et de la sécurité en dehors de l'Union européenne. Cette précision témoigne du lien existant entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure, lesquelles ne sont plus pensées indépendamment l'une de l'autre. La SGUE insiste notamment sur la nécessité de permettre à l'Union et ses États membres d'avoir la capacité de respecter leurs engagements dans les traités (assistance mutuelle, etc.). la prospérité des habitants de l’Union, tout en rappelant les engagements pris par l'Union elle-même et par ses États membres dans le cadre des objectifs de développement durable. la résilience des démocraties des États membres. la protection d'un ordre mondial fondé sur les règles de droit internationales, notamment via des actions multilatérales mais également dans le cadre des Nations unies.
Afin de les mener à bien, les principes suivants sont également définis : l'unité : la Haute Représentante estime que seul le poids combiné des États membres et de l'Union permettra à cette dernière de développer son potentiel de sécurité, de prospérité et de démocratie. la participation : la SGUE insiste sur la nécessité de maintenir le dialogue dans un monde interconnecté. la responsabilité : la Stratégie globale note que la responsabilité permettra de guider l'action de l'UE, notamment afin de contrer les causes à l'origine des conflits (pauvreté, etc.) et de promouvoir les droits de l'homme. et le maintien de partenariats extérieurs.
Priorités de l'action extérieure Sécurité de l'Union La première priorité définie par la Stratégie globale vise l'Union elle-même. Elle identifie un ensemble de menaces visant ses citoyens et l'Union, notamment les menaces hybrides, le terrorisme, la cyber sécurité, l'instabilité économique, le changement climatique et l'insécurité énergétique. La priorité est alors de poursuivre les efforts visant à renforcer la défense, la lutte contre le terrorisme, la sécurité énergétique et de communications stratégiques dans le cadre des traités existants.
Sécurité et défense En matière de sécurité et défense, la Stratégie globale invite l'Union et ses États membres à « assumer davantage la responsabilité de [leur] sécurité ». Cela implique dissuader les menaces, y réagir ou s'en protéger. En ce sens – en dépit du fait que la Stratégie rappelle l'appartenance de plusieurs États membres à l'OTAN – la SGUE appelle à un meilleur équipement, entrainement et une meilleure organisation des Européens afin de se protéger et d'agir de manière autonome si nécessaire. Cela fait écho à l'objectif d'« autonomie stratégique » de la Stratégie globale. En ce sens, la Stratégie appelle à une coopération avec l'OTAN . L'UE doit se constituer en « communauté de sécurité ».
De plus, la Stratégie indique que « l'UE devrait également être en mesure de contribuer à protéger ses membres s'ils en font la demande, ainsi que ses institutions ». La Stratégie propose, à titre d'exemple, que .
En matière de technologie et d'industrie, les États membres doivent investir dans les moyens capacitaires permettant de maintenir leur autonomie. Ainsi, la Stratégie souligne que, bien que . La Stratégie rappelle les bénéfices d'une coopération dans ce domaine : interopérabilité, efficacité, confiance, meilleur rendement des dépenses effectuées, etc.. L'Agence européenne de défense, la coopération multinationale, et les fonds de l'UE appropriés sont cités comme des éléments clés du développement d'une industrie européenne de défense.
L'UE soutient « la synchronisation graduelle et l'adaptation mutuelle des cycles de planification de la défense et des pratiques de développement des capacités des États membres [afin d']accroître la convergence stratégique entre ceux-ci ».
Lutte contre le terrorisme La Stratégie insiste sur la prévention des actes de terrorisme. Ainsi, elle souligne l'importance d'accroître l'échange d'informations et la coopération dans le renseignement tant entre les États membres qu'avec les agences de l'Union. Cela implique plusieurs éléments< : l'échange des signalements sur l'extrémisme violent, l'échange des informations sur les réseaux terroristes, l'échange d'informations sur les combattants terroristes étrangers, et la surveillance et le retrait des contenus illicites des médias. De plus, la SGUE souligne les différents moyens visant à combattre l'extrémisme (le sport, la culture, etc.) en relations avec d'autres acteurs de la société civile.