La France est un des pays fondateurs en de l'Alliance atlantique, à l'émergence de laquelle elle a activement contribué. Depuis lors, la France n'a jamais remis en cause son appartenance à l'Alliance dans sa double dimension politique et militaire. En revanche elle en a contesté à plusieurs reprises ses modalités de fonctionnement, qui donnent aux États-Unis un rôle prépondérant. Sous la présidence du général de Gaulle, la France affirme une volonté d'indépendance et une vision de l'Europe incompatibles avec l'hégémonie américaine au sein de l'Alliance, notamment pour tout ce qui touche au nucléaire et à l'intégration des forces armées des pays membres au sein d'un commandement unifié. De Gaulle en tire les conclusions et la France quitte le commandement intégré de l'OTAN en . Toutes les bases américaines et canadiennes de France sont évacuées en un an..
Toutefois des accords de coopération des forces armées françaises avec les forces de l'OTAN vont être signés, qui atténuent quelque peu la portée pratique de cette sortie de l'OTAN. Cette coopération est renforcée par les présidents Mitterrand et Chirac, jusqu'en 2009 où Nicolas Sarkozy fait réintégrer la France au commandement unifié de l'OTAN.
Tout au long de la guerre froide, l'Alliance atlantique joue un rôle dans la définition des positions politiques du monde occidental face à l'Union soviétique et aux pays du pacte de Varsovie. Sur le plan militaire surtout, elle définit les moyens que les pays membres doivent fournir et leurs doctrines d'engagement. Lors des crises les plus graves, comme celles de Berlin ou de Cuba, et plus récemment au sujet des euromissiles ou après les attaques terroristes du 11 septembre, la France manifeste sa solidarité atlantique. La politique extérieure de la France la conduit cependant à être fréquemment en désaccord avec les propositions américaines quitte à se retrouver isolée au sein même des pays européens avec lesquels elle construit l'Union européenne en parallèle.
Depuis les années 1990, les sujets de désaccord sont devenus toutefois moins fréquents et la France est redevenue un contributeur majeur aux actions politiques et militaires de l'Alliance.
Participation de la France à la fondation de l'Alliance (1948-1950) Quelle sécurité collective pour la France ? Au sortir de la seconde Guerre mondiale, la France ne peut assurer seule sa sécurité, la priorité est au ravitaillement et à la reconstruction ; les Armées sont pauvrement équipées, et doivent se déployer sur de trop vastes territoires, dans l'empire outre-mer, dans la zone d'occupation en Allemagne et dans la Métropole. L'ONU voit le jour en 1945 dans l'objectif d'assurer une sécurité collective à l'échelle du monde ; en pratique le pouvoir de décision est concentré entre les membres permanents du Conseil de sécurité, qui disposent à la demande de Staline d'un droit de veto sur les résolutions mises au vote. Sur l'insistance de de Gaulle, grâce à Churchill, la France en est l'un de ses cinq membres permanents. Il apparaît dès le vote des premières résolutions que l'ONU ne pourra suffire à garantir la sécurité en Europe, où les occasions de tensions se multiplient entre l'Union soviétique et les Occidentaux. Prévue dans la Charte des Nations unies, la mise en place de forces armées internationales sous l'autorité de l'ONU ne paraît pas devoir se concrétiser. Considérant que l'ONU ne peut lui apporter cette sécurité collective dont elle a tant besoin, la France va se tourner vers d'autres scénarios de sécurité multilatérale, à une échelle régionale ou bilatérale, comme la charte des Nations-Unies lui en donne la possibilitéL'Article 51 de la Charte reconnaît le "droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée" et l'Article 52 dit qu'"aucune disposition de la présente Charte ne s'oppose à l'existence d'accords ou d'organismes régionaux destinés à régler les affaires qui, touchant au maintien de la paix et de la sécurité internationales". Ces articles résultent très largement de l'insistance de la France à permettre ces accords régionaux..
Jusqu'en 1947, la préoccupation principale de la diplomatie française est de se prémunir contre toute résurgence militaire de l'AllemagneLe traité franco-soviétique de 1944 et le traité franco-anglais de Dunkerque signé en mars 1947 obéissent à cette logique.. Quand il devient clair que l'Union soviétique constitue la vraie menace pour la sécurité en Europe, la France participe activement, quand elle n'en prend pas elle-même l'initiative, à la constitution d'alliances politiques et militaires à même de garantir sa sécurité qu'elle ne peut assurer par elle-même. Pour autant, le consensus ne s'établit pas facilement en France même et entre Français, Britanniques et Américains sur la stratégie à adopter : La France souhaite prolonger la politique de démembrement de l'Allemagne issue des accords de Yalta et de Potsdam, tandis que les anglo-saxons s'accordent dès 1949-1950 sur la nécessité tant d'un point de vue économique et humanitaire que d'un point de vue militaire de redonner à l'Allemagne - au moins pour sa partie occupée par les Occidentaux - une place à part entière et la possibilité de participer à sa défense. Si la nécessité d'une aide américaine n'est contestée par personne, la politique française hésite entre une vision principalement européenne ou une vision atlantique de la sécurité du pays. Cette question restera un des sujets majeurs de la diplomatie française tout au long de la guerre froide. Si un véritable élan porte l'idée européenne dans les années immédiatement postérieures à la guerre, les questions sont nombreuses et les avis très divergents en France comme dans les autres pays sur le ou les modèles, depuis de simples coopérations jusqu'à l'instauration d'instances supranationales signifiant un abandon partiel de souveraineté, en passant par des modes de fonctionnement d'inspiration fédérale ou reposant sur le consensus entre les pays partenaires. La cinquième réunion du Conseil des Ministres des Affaires étrangères (CMAE) des quatre anciens alliés s'achève à Londres le par un constat d'échec Site. La rupture est consommée entre Molotov et les trois ministres occidentaux. Dans les jours qui suivent, Bevin, Bidault et Marshall se concertent deux à deux pour en tirer les conséquences, notamment sur le plan de la sécurité de l'Europe. À partir de fin 1947, les discussions se déroulent en parallèle à deux niveaux : d'une part, les Français et les Anglais travaillent ensemble à un projet d'alliance entre Européens, d'autre part les trois puissances occidentales commencent à évoquer secrètement la mise en place d'une alliance militaire atlantique pour protéger l'Europe occidentale.
Le traité de Bruxelles, étape préalable indispensable à la fondation de l'Alliance Avec le soutien des États-Unis, les Britanniques rejoints par les Français proposent le aux pays du Benelux de former une alliance politique et militaire régionale. Les négociations aboutissent à la signature du traité de Bruxelles le fondateur de l'Union occidentale. Bien que la potentialité de menaces venant de l'Allemagne soit encore un des sujets mis sur la table des négociations, le traité est in fine clairement conclu dans un but défensif vis-à-vis de l'Union soviétique, dans un contexte qui s'est brusquement tendu avec le coup de Prague par lequel les communistes prennent en février le contrôle de la Tchécoslovaquie.
Les Américains sont tenus en permanence au courant des négociations, à la fois officiellement et de manière plus secrète via les relations directes fréquentes entre Américains et Britanniques auxquelles les Français ne sont pas conviés. Les échanges entre les deux puissances sont intenses et ne portent pas seulement sur les questions de sécurité en Europe, mais beaucoup plus largement sur quelle Europe construire. Les résultats en sont limités, ce qui va conduire la France à se tourner à partir du début des années 1950 de plus en plus vers l'Allemagne de l'Ouest dont la renaissance est un fait acquis qu'elle ne peut qu'accepter. Dans ce contexte, le traité de Bruxelles est davantage un moyen de rendre acceptable la conclusion en devenir d'une alliance véritablement opérationnelle au niveau atlantique que comme une étape dans la constitution d'une défense européenne.
La France, acteur majeur de la fondation de l'Alliance atlantique Négociation et signature du traité de l'Atlantique nord Au lendemain de l'échec de la CMAE de Londres en , Américains, Français et Britanniques se mettent d'accord secrètement sur l'idée d'une alliance occidentale, associant les États-Unis et les pays d'Europe de l'Ouest dans leur défense, sans que rien de très concret ne soit évoqué. Les Américains hésitent encore sur la forme que doit prendre leur participation concrète à la défense de l'Europe : doit-elle consister seulement en une aide matérielle, ou bien doit-elle se traduire par la présence de troupes américaines en Europe ? La France va alors pousser cette idée : le , Bidault adresse une note à Marshall dans laquelle il souligne la gravité de la situation en Europe et la nécessité de définir concrètement les moyens à mettre en œuvre pour assurer la sécurité de la France et de ses voisins. Marshall répond qu'il partage le point de vue de Bidault quant à la gravité de la situation en Europe et la nécessité de définir rapidement les mesures adéquates. Il conditionne toutefois l'implication des États-Unis dans la défense du continent européen à la signature du traité de Bruxelles en cours de discussion. Des négociations secrètes sont menées entre Américains, Britanniques et Canadiens, sans la France, la raison officielle avancée a posteriori en étant l'infiltration par les communistes de l'administration française. Le mépris dans lequel l'administration américaine tient la France toujours perçue comme le pays vaincu en 1940 explique aussi cette exclusion. L'exécutif américain est conscient du caractère inévitable de l'implication directe des États-Unis pour assurer la sécurité de l'Europe, mais l'opinion publique doit y être davantage favorable et la loi doit être au préalable modifiée pour permettre aux États-Unis de conclure en temps de paix des alliances hors du continent américain. La résolution Vandenberg votée le lève cet obstacle. La première condition est remplie grâce au blocus de Berlin déclenché par les Soviétiques en qui ouvre la voie aux premières négociations officielles en entre les États-Unis et les cinq pays européens signataires du traité de Bruxelles.
La France souhaite que le traité engage fortement les Américains en cas d'agression soviétique. Elle échoue sur ce point à faire entendre son point de vue : la rédaction de l'Article 5 n'inclut pas l'automaticité d'une intervention armée mais seulement que chaque partie au traité . En revanche, la France obtient l'inclusion des départements français d'Algérie et que l'Italie rejoigne l'Alliance en contrepartie de l'adhésion de pays d'Europe du Nord ainsi que le voulaient les États-Unis. Le traité de l'Atlantique nord est signé le . Le Sénat américain le ratifie le par 82 voix contre 13. L'Assemblée nationale française le ratifie le . Le traité entre en vigueur le .
Mise en place d'un embryon d'organisation permanente