La (en occitan : carrièra Màger dels Afachadors) une voie de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France.
Cette rue étroite, peuplée à la fin du Moyen Âge de bouchers qui lui ont donné son nom, a été envahie par les parlementaires toulousains à partir du milieu du . Elle a conservé l'aspect qu'elle avait à la fin du , avec les façades classiques de ses hôtels particuliers, parmi lesquels sont signalés l'hôtel d'Espie, l'hôtel Bernard ou l'hôtel Davasse. Depuis le , les façades des immeubles et des hôtels particuliers sont protégés par une inscription sur la liste des sites protégés. La rue est également incluse dans le site patrimonial remarquable de la ville.
Situation et accès Description vignette|gauche|La rue Mage vue depuis la place Perchepinte. La rue Mage une voie publique. Elle se situe au cœur du quartier Saint-Étienne.
Elle naît au carrefour de la grande-rue Nazareth, de la rue de la Pleau et de la rue Perchepinte, qui forment une petite place triangulaire connue populairement comme la place Perchepinte. Relativement étroite, la rue Mage n'est large que de dans les parties les plus anciennes. Elle est longue de , pratiquement rectiligne et d’orientation nord-sud. Elle reçoit la rue d'Aussargues, puis se termine en s'élargissant pour donner naissance à la place Mage, presque au carrefour de la rue du Canard. Elle est poursuivie au nord par la rue Tolosane, la rue des Arts et la rue de la Pomme jusqu'à la place du Capitole.
La chaussée compte une seule voie de circulation automobile en sens unique, de la rue du Canard vers la grande-rue Nazareth. Elle appartient à une zone de rencontre et la vitesse y est limitée à 20 km/h. Il n'existe pas de bande, ni de piste cyclable, quoiqu'elle soit à double-sens cyclable.
Voies rencontrées La rue Mage rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :
Grande-rue Nazareth (g) Rue Perchepinte (d) Rue d'Aussargues (g) Place Mage
Transports La rue Mage n'est pas directement desservie par les transports en commun Tisséo. La navette passe cependant à proximité immédiate, par la rue Théodore-Ozenne, où se trouvent également les arrêts de la ligne de bus . De plus, la rue du Languedoc est parcourue par la ligne du Linéo . On y trouve également la station Carmes de la ligne de métro .
Si elle n'abrite pas de station de vélos en libre-service VélôToulouse, la rue Mage se trouve cependant à proximité immédiate de la station , au carrefour de la rue du Languedoc et de la grande-rue Nazareth.
Odonymie La rue Mage portait, au milieu du , le nom de rue de la place-Mage-des-Affachadous, c'est-à-dire « rue de la grande place des boucheries » (plaça màger dels afachadors en occitan toulousain). Au Moyen Âge, on trouvait effectivement de nombreux artisans bouchers dans cette rue. Le nom de la rue s'est progressivement contracté : au , on la désigne comme la rue de la Place-Mage, puis elle est simplement appelée rue Mage au . On note cependant la survivance du nom de rue des Affachadous à cette période. On lui connaît également, à la même époque, l'appellation de grande-rue Saint-Étienne, car elle est voisine de la cathédrale Saint-Étienne. En 194, pendant la Révolution française, elle prit le nom de rue Droits-de-l'Homme, sans que ce nom soit conservéChalande 1923, ..
Histoire Moyen Âge et période moderne Au Moyen Âge, la rue de la Place-Mage-des-Affachadous appartient, du côté est, au capitoulat de la Pierre, et, du côté ouest, au capitoulat de Saint-Barthélémy. Elle se trouve sur le tracé d'une des principales voies qui traversent Toulouse, depuis la Porte narbonnaise au sud à la Porterie au nord. Elle est alors principalement peuplée d'artisans bouchers, qui lui ont donné son nom : les « affachadous » sont les bouchers spécialisés dans l'abattage des bêtes de boucherie (affachador ou affachaire, « abatteur » [celui qui est chargé de tuer les animaux dans les abattoirs] en occitan médiéval) . On trouve également de nombreux autres artisansChalande 1923, ..
Le , un incendie se déclare dans une boulangerie voisine, à l'angle des rues des Chapeliers (actuelle rue du Languedoc) et Maletache. Il provoque des destructions importantes dans le quartierBastide 1968, .. Les nombreux espaces libérés par l'incendie et la proximité de la rue de la Place-Mage avec le quartier des parlementaires, qui couvre le sud de la ville, autour du parlement, explique l'installation de membres de l'élite toulousaine et la construction des premiers hôtels particuliers : dans les premières années du , Élie Reynier, capitoul en 1502-1503, fait construire un hôtel avec sa tour capitulaire (actuel )Chalande 1923, .. L'installation de parlementaires, de capitouls et d'hommes de loi de plus en plus nombreux est particulièrement sensible à partir du milieu du : la rue est progressivement bordée d'hôtels opulents construits par certaines des plus importantes familles toulousaines.
La rue reste attractive au et les constructions se poursuivent. En 1649, un immeuble (emplacement de l'actuel ) est acheté par Pons-François de Purpan, docteur-régent de l'université, qui possède déjà de nombreux biens dans la rue Bouquières, près de la place RouaixChalande 1923, .. Bernard d'Aignan, baron d'Orbessan, conseiller au parlement de 1652 à 1677, achète vers 1652 un immeuble à Marguerite de Pins, petite-fille de Jean de Pins, et y fait bâtir son hôtel particulier (actuel )Chalande 1923, ..
Au , les façades de plusieurs hôtels particuliers sont modifiées, tandis que d'autres hôtels sont reconstruitsChalande 1923, .. Vers 1750, l'architecte bordelais Hyacinthe de Labat de Savignac est chargé par le comte d'Espie d'élever un hôtel à l'emplacement du vieil hôtel d'Aussargues (actuel ). Les aménagements intérieurs de l'hôtel ne sont cependant terminés qu'après 1773, grâce aux travaux que fait réaliser un jacobite, réfugié irlandais en France, Justin MacCarthy ReaghChalande 1923, .Patrick Clarke de Dromantin, Les réfugiés jacobites dans la France du , Presses universitaires de Bordeaux, Université Bordeaux-Montaigne, Pessac, 2005, et 164-165.. En 1759, l'avocat au parlement Pierre Bernard fait élever un hôtel particulier dont la façade classique est l'une des plus intéressantes de la rue (actuel ). Bernard Davasse de Virvin, capitoul en 1763, acquiert le vieil hôtel Reynier et, ne conservant que la tour capitulaire gothique, il reconstruit un vaste hôtel particulier (actuel )Chalande 1923, .. En 1764, l'hôtel Bernard est acquis par un fameux parlementaire, Jean-Jacques-Marie-Joseph de Martin d'Ayguesvives, seigneur et baron de Nogaret, Montgiscard, Ayguesvives, Pouze et Corronsac. Conseiller en 1760, président en 1767, il est exilé dans son château d'Ayguesvives en 1771, lors de la dissolution des parlements par le ministre de Louis XV, Maupeou.
Époque contemporaine La Révolution française apporte quelques changements. En , la rue reçoit le nom des Droits-de-l'Homme. Au même moment, la Terreur s'exerce sur de nombreux parlementaires toulousains. Jean-Jacques-Marie-Joseph de Martin d'Ayguesvives est arrêté comme suspect par les autorités révolutionnaires de la ville et emprisonné à la prison de la Visitation. Finalement jugé et condamné à Paris, il est guillotiné le .
Au et au , la rue reste à l'écart des travaux de réaménagement et d'élargissement des autres rues de la ville. Les façades ont donc conservé l'aspect qu'elles avaient à la fin du . Depuis le , les façades et les toits des immeubles et des hôtels de la rue sont d'ailleurs protégés par inscription aux monuments historiques. L'hôtel d'Espie est acheté en 1868 par la famille Courtois de Viçoze, qui installe dans un nouveau bâtiment voisin, construit dans le style néo-Renaissance (actuel ) une agence de sa banque. Au , Louis Courtois de Viçoze, puis ses successeurs, Gilbert et Jean-Louis, sont par ailleurs choisis comme consuls honoraires de Belgique, ce qui explique l'installation du consulat de ce pays dans l'hôtel d'EspieJean-Marie Constans, « Les Courtois de Viçose », L'Express, 25 avril 2002..
Patrimoine et lieux d'intérêt Hôtels particuliers vignette| : portail de l'hôtel d'Espie. 3 : hôtel d'Espie (ou Courtois de Viçose) ; consulat de Belgique. .. L'hôtel est construit à partir de 1749 par l'architecte Hyacinthe de Labat de Savignac pour Félix-François d'Espie (1708-1792). À la suite d'une débâcle financière causée par le tremblement de terre de Lisbonne, il vend l'hôtel à Henri Auguste de Chalvet de Rochemonteix (1713-1778), marquis d'Auzielle et seigneur de Merville, sénéchal de Toulouse et d'Albigeois. Son fils le vend à son tour à Justin MacCarthy-Reagh (1744-1811), qui termine les travaux. En 1873, l'hôtel est acheté par Franck Courtois de Viçose (1840-1905). L'hôtel, de style néo-classique, est construit entre cour et jardin. Il occupe une vaste parcelle de plus de m² à l'angle de la rue d'Aussargues. Dans la rue Mage, deux avant-corps encadrent le mur de clôture, percé d'une imposante porte cochère. Les avant-corps, encadrés de pilastres à bossage, sont percés d'une unique fenêtre, en partie réduite, qui conserve une agrafe en pierre, sculptée d'une corne d'abondance. Le mur de clôture est rythmé par de grandes tables. La porte cochère, voûtée en plein cintre, est également traité en bossage. Elle est surmontée d'une agrafe en pierre sculptée du mascaron d'un homme barbu. L'entablement, soutenu de consoles en pierre ornées de guirlandes de fleurs, est surmonté d'une corniche et d'un attique. Dans la cour, pavée de galets, les corps de bâtiment sont disposés en U. Les façades s'élèvent sur deux niveaux, séparés par une large corniche. Le corps de logis central est mis en valeur par un avant-corps, encadré de pilastres à bossages et large de trois travées. Elles sont séparées par des pilastres à chapiteaux en pierre, ioniques au rez-de-chaussée, corinthiens à l'étage. Les fenêtres, en plein cintre au rez-de-chaussée, segmentaires à l'étage, ont des agrafes sculptées de mascarons. Enfin, les deux travées latérales ont des fenêtres segmentaires dont l'agrafe en pierre porte simplement des feuillages. Pour les deux ailes en retour, on retrouve un avant-corps central, mis en valeur au rez-de-chaussée par un bossage continu, et à l'étage par des pilastres à chapiteaux corinthiens. De même, les fenêtres, en plein cintre au rez-de-chaussée, segmentaires à l'étage, ont des agrafes sculptées de mascarons. Les élévations sont surmontées d'un attique..
vignette| : façade de l'hôtel d'Orbessan. 11 : hôtel d'Orbessan. L'hôtel est construit au milieu du pour Bernard d'Aignan, seigneur d'Orbessan et conseiller au parlement entre 1652 et 1677. L'édifice se compose de plusieurs corps de bâtiments qui s'organisent autour de deux cours successives. La large façade sur la rue Mage, de style classique, se développe sur six travées et s'élève sur trois niveaux (un rez-de-chaussée et deux étages décroissants). La porte cochère, bâtie en brique et pierre alternées, est voûtée en plein cintre. Elle est encadrée de consoles représentant des bustes de femme et des mascarons grimaçants, qui soutiennent un entablement sculpté d'une frise de rinceaux et surmonté d'une corniche à denticules. Les fenêtres ont des linteaux et des appuis en pierre, tandis que les piédroits sont en brique et pierre alternées. Celles du ont de plus des balconnets en pierre et des garde-corps en fer forgé. L'élévation est surmontée d'une corniche à denticules. Un passage couvert voûté d'arêtes donne accès à la première cour. L'escalier, dans le corps de bâtiment latéral, reprend l'alternance brique et pierre. Les élévations ont été remaniées au cours du l'agrandissement des fenêtres et la construction d'une véranda..
vignette| : façade de l'hôtel Bernard.