Raoul Ubac, né Rudolf Gustav Maria Ernst Ubach le selon ses différentes biographies à Malmedy ou à CologneL'ensemble de ses biographies jusqu'au début des années 2000 indique Malmedy en Belgique comme lieu de naissance. C'est aussi ce qui figure dans la notice d'autorité de la BnF. Marie Guilbert indique cependant Cologne dans « L'univers complexe de Raoul Ubac » (La Gazette de l'Hôtel Drouot du 15 avril 2005, p. 184). (Royaume de Prusse) et mort le en France à Dieudonné (Oise), est un photographe, peintre, graveur et sculpteur franco-belge appartenant à la Nouvelle École de Paris.

Biographie Famille Raoul Ubac passe sa petite enfance en Allemagne (Prusse), entre Cologne et Francfort. En 1919, sa famille s'installe à Malmedy, petite ville proche des Hautes Fagnes en Belgique, où la famille de sa mère, Alice Lang, exploite une tannerie de cuirs depuis plusieurs générations. Son père, Ernst Ubach, vient d'y être nommé juge de paix. Avec l'intégration à la Belgique du canton de Malmedy, rattaché à la Prusse en 1815, à la suite du traité de Versailles de 1919 Raoul Ubac obtient la nationalité belge.

Formation Il fait ses études à l'Athénée royal de Malmedy jusqu'en 1928, ayant le projet de devenir agent des eaux et forêts. Il fait alors un premier séjour à Paris. Rentré en Belgique en 1929 pour terminer ses études secondaires, un professeur lui passe « sous le manteau », le premier Manifeste du surréalisme d'André Breton.

Revenant à Paris en 1930 où, sur les conseils de ses parents, il s'inscrit à la Sorbonne, Ubac noue des contacts avec les surréalistes, fréquente les ateliers de Montparnasse, fait la connaissance de Camille Bryen et d'Otto Freundlich, rencontre André Breton et fréquente le milieu surréaliste. Il entreprend, à pied, de nombreux voyages à travers l'Europe, en Italie, Suisse et Autriche. En Dalmatie, sur l'île de Hvar, il effectue des « assemblages de pierres trouvées » qu'il photographie. Otto Freundlich lui conseille alors de se rendre à Cologne où il s'inscrit à l'École d'arts appliqués et travaille le dessin et la photographie. Lors d’une soirée dansante, il rencontre Agathe Schmidt, appelée Agui, jeune Allemande avec qui il se marie à Ixelles en 1939. Il expérimente en photographie des procédés de brûlage, de solarisation et de pétrification et expose en 1933 à Paris le résultat de ses recherches.

Poète et photographe En collaboration avec Camille Bryen, Ubac publie en 1934, sous le nom de Raoul Michelet un recueil de poèmes et de photographies. Avec Bryen encore, il dépose des « objets dans les endroits les plus inattendus », affiche « des poèmes et images sur les murs » et participe aux activités des surréalistes. Il côtoie Hans Bellmer, Victor Brauner, Benjamin Péret et Raoul Hausmann. En , il participe sous le pseudonyme de Raoul Michelet à l'Exposition internationale du Surréalisme, à La Louvière, première exposition surréaliste en Belgique, organisée par le groupe Rupture. La même année il illustre d'une photographie signée Raoul Michelet, Image irrationnelle, l'affiche intitulée Affichez vos poèmes, affichez vos images qui réunit deux poèmes, de Bryen et de Henry Baranger.

À partir de 1936, Ubac s'engage dans une série de photographies autour du « Combat de Penthésilée » (la Reine des Amazones et Achille) pour lesquelles il combine de multiples procédés : association des négatifs, surimpression et solarisation, superposition ou décalage du négatif et du positif, qui donne une impression de pétrification, soufflage, fumage, brûlage ou voilage du cliché. Souvent, il réutilise des fragments de nus de ses deux modèles, Agui et Marthe (la femme de Paul Nougé). Certaines de ses photographies sont publiées dans la revue surréaliste Minotaure (« Agui dans le miroir au tain endommagé », 1938). Il s'initie également à la gravure dans l'Atelier 17 de Stanley Hayter et se lie avec Roger Gilbert-Lecomte.

Pour l'Exposition internationale du surréalisme à la Galerie des Beaux-Arts de Paris (), André Breton lui commande la photographie des mannequins exposés. Y sont également présentés deux photomontages : La Chambre et La Rue derrière la gare.

En 1939 Raoul Ubac participe à la « VIIe exposition de gravures et plâtres gravés du groupe de l'Atelier 17 » avec les élèves de Stanley HayterCatalogue de l'exposition à la galerie de Beaune, 21 avril-5 mai (Giquello, Hôtel Drouot, 29 mars 2025, lot n°52). Il y est mentionnée sous le nom de Raoul Michelet Ubac. L'œuvre qu'il y expose est reproduite parmi celles de Joan Miró, Yves Tanguy, Elvire Jan, Helen Phillips..

Seconde Guerre mondiale En 1940, Raoul Ubac fonde avec René Magritte la revue L'Invention collective qui ne connaît que deux numéros. Y participent notamment André Breton, Achille Chavée, Fernand Dumont, Marcel Lefrancq, autre photographe surréaliste, Irène Hamoir, Marcel Lecomte, Marcel Mariën et Louis ScutenaireDes illustrations d'Ubac figurent dans les deux numéros. Dans le second une photographie d'Ubac illustrant Romantique Adéla d'Irène Hamoir représente Adéla, « femme de Raoul Ubac, allongée nue dans une écorce de tronc d'arbre » (Avant-gardes du , ventes du 23 et 24 novembre 2009, Paris, Binoche-Renaud-Giquello, 2009, reproduction et notice n° 575, p. 190).. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Raoul et Agui Ubac, en compagnie de Magritte, de Scutenaire et d'Irène Hamoir, quittent Bruxelles, puis Paris pour Carcassonne (Aude) où demeure Joë Bousquet. À la fin de , après quatre mois, Raoul Ubac revient à Bruxelles où il présente en 1941 une exposition de photographies dont le catalogue est préfacé par Paul Nougé. La galerie est fermée sur ordre des occupants.

Ayant fait la connaissance du poète Jean Lescure qui la dirige, il participe activement à la revue Messages, où il rencontre Paul Éluard, Raymond Queneau et André Frénaud, qui ne cesse d'accompagner amicalement son travail. En 1942, il illustre Exercice de la pureté de Jean LescureCinq photographies :Nébuleuse, Les Corps, La Face pétrifiée, L'Envers de la face et Exercice de la pureté. puis abandonne la photographie après la guerre.

Bien qu'il contribue aux activités du groupe néosurréaliste La Main à plume jusqu'en 1943, la guerre l'éloigne petit à petit du surréalisme : il commence dès 1939 de dessiner à la plume « les objets les plus simples », verres et flacons, fruits et pains, ciseaux ou couteaux posés sur une table (exposition en 1943 à la librairie parisienne de Francis Dasté, préfacée par Jean Lescure).

L'après-guerre : l'ardoise, la peinture… En 1946, il ramasse en Haute-Savoie un éclat d'ardoise et commence avec un clou à la graver, réalise des gouaches sur le thème des Têtes. Jean Lescure lui ayant fait connaître Bazaine et ses amis non figuratifs, leurs recherches sur les formes et les couleurs l'aident, dit-il, « à faire l'effort d'aborder ces problèmes sans passer par les phantasmes » dont il avait été tributaire. Raoul Ubac aborde à nouveau la peinture, à l'œuf, pour une série non figurative de Personnages couchés dans des lumières sourdes. Il illustre en 1948 la couverture de Voir, recueil de Paul Éluard dont un poème lui est dédiéPaul Éluard, Œuvres complètes, tome II, édition établie par Marcelle Dumas et Lucien Scheler, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1968, p. 187-188..

vignette|Signature d'Ubac pour ses amis. À partir de 1951, la galerie Aimé Maeght expose régulièrement ses gouaches et ses toiles, préfacées par André Frénaud, Georges Limbour, Claude Esteban ou Yves Bonnefoy. Ubac ne cesse simultanément de graver des ardoises qui deviennent à mesure des reliefs et dont il introduit en 1955 des fragments dans ses tableaux. Il acquiert en 1958 une maison à Dieudonné où il installe deux ateliers, pour la peinture et la sculpture.

Dans les années 1960, ses peintures, sur panneaux recouverts de résines amalgamées, réalisent une synthèse et un épanouissement, autour des thèmes des Labours et des Sillons, des Corps et des Torses, du double travail qu'il poursuit jusqu'à sa mort. En 1968 une rétrospective de son œuvre est présentée à Bruxelles et au musée d'art moderne de la ville de Paris. Ubac reçoit en 1973 le grand prix national des arts.

On lui doit à plusieurs ensembles de vitraux ainsi que des reliefs, hauts-reliefs, décors muraux et maquettes de tapisseries pour des édifices publics et privés. Ubac a également illustré de ses dessins, gravures et lithographies une trentaine de livres et il est l'auteur de la couverture de la revue Argile publiée chez Maeght de 1973 à 1981.

En 1980, la poste française a émis un timbre reproduisant une de ses créationsTimbre de Raoul Ubac, 1980..

Des œuvres d'Ubac sont présentes dans de nombreux musées de France et d'Europe. Il a fait partie des peintres réunis pour l'exposition « L'envolée lyrique, Paris 1945-1956 », présentée au musée du Luxembourg (Sénat), en avril- (Sans titre, 1947)Cf. catalogue , p. 66-67, Sans titre (1947)..

Descendance Raoul Ubac est le père d'Anne Delfieu (née en 1947), artiste, qui a participé à la réalisation de certaines de ses œuvres, et le grand-père de Louve Delfieu (née en 1985), photographe plasticienneVoir sur aralya.fr..

Hommage vignette|redresse|Stèle en pierre de SoigniesDon de la Fondation pour les Arts et Lettres à la Ville de Vevey. (1997).

Principaux travaux photographiques Œuvres La Rue derrière la gare.Collection du musée national d'Art moderne, Centre Georges-Pompidou ; rechercher : Ubac., 1936, épreuve gélatino-argentique, photomontage. Reproduction d'un photomontage, tirage d'époque, 58,6 x 78,4 cm. Paris, Centre Pompidou. La Nébuleuse., 1939, épreuve gélatino-argentique, brûlage, 40 x 28,3 cm. Paris, Centre Pompidou. Série Le Combat de Penthésilée., 1936-1940, épreuves gélatino-argentiques, inversion, solarisation et photomontage. Pour réaliser son œuvre La Nébuleuse, Raoul Ubac utilise la technique du brûlage. Cette technique consiste à plonger le négatif dans de l’eau que l’on va faire chauffer. Sous l’effet de la chaleur, la gélatine du négatif se décolle provoquant une dissolution de l’image et conférant à l’œuvre un effet magmatique. Avant que l'artiste manipule la photographie, celle-ci figurait une femme en maillot de bain. Après le brûlage d'une partie de la photographie, l'œuvre représente, selon les dires d’Ubac, une « déesse foudroyante »..

Série Le Combat de Penthésilée La série Le Combat de Penthésilée évoque Penthésilée, la reine des Amazones, peuple de femmes guerrières dans la mythologie grecque, en hommage à la tragédie de Heinrich von Kleist.. Outre le photomontage, l’artiste a utilisé la technique de la solarisation en ré-exposant le négatif à la lumière durant son développementDirection des musées de la ville de Liège, Raoul Ubac. Rétrospective 1910-1985, dossier pédagogique (Liège, musée du Grand Curtius, 15 octobre 2010 - 16 janvier 2011), Liège, 2010, p. 17.. Grâce à ce procédé, Raoul Ubac crée un effet de voile, de flou, de corps flottants et de jeux de lumières sur ses personnages.

Principaux travaux d'art mural Ardoises 1955 : dalle mortuaire pour la chapelle funéraire de la Comtesse de Chambure 1957 : relief et mosaïque en ardoise pour la nouvelle buvette d'Évian-les-Bains (architecte Maurice Novarina) 1964 : chemin de croix pour la chapelle Saint-Bernard de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence 1967-1968 : haut-relief pour un hôtel particulier à Paris 1968 : cheminée pour une maison à Paris 1969 : décor mural en dalles d'ardoise (environ ) d'une façade de HLM à Saint-Cyr-l'École (architecte Louis Sainsaulieu). Quatre trumeaux en ardoise pour le salon de l'appartement de M. et Mme Aimé Maeght à Paris 1976-1977 : ensemble décoratif pour le lycée de Nancy-Est (architecte Jacques André)

Vitraux 1958-1959 : vitraux en dalles de verre pour la nouvelle église Saint-André d'Ézy-sur-Eure (architecte Maurice Novarina) 1961 : vitraux pour l'église de Varengeville, en collaboration avec Georges Braque