Eleanor Holmes Norton, née le à Washington (district de Columbia), est une femme politique américaine.

Membre du Parti démocrate, elle est élue déléguée de la capitale fédérale, Washington (district de Columbia), avec le statut particulier lié à ce mandat de membre sans droit de vote à la Chambre des représentants des États-Unis. Leader du combat pour transformer le statut du district de Columbia pour faire de lui le État des États-Unis, elle est régulièrement réélue depuis sa première élection en 1990.

Biographie Jeunesse et formation gauche|vignette|Eleanor Holmes en 1955.|225x225px Eleanor Holmes Norton est l’aînée des trois filles de Coleman Sterling Holmes, un fonctionnaire, et de Vela Lynch Holmes, une enseignante.

Son père Coleman Sterling, après avoir brillamment terminé ses études secondaires au de Washington, est admis à l'université de Syracuse où il obtient le Bachelor of Arts (licence), trajet universitaire relativement exceptionnel pour un Afro-Américain de cette époque où règnent les lois ségrégatives de type lois Jim Crow dans le district et les États limitrophes (Maryland, Pennsylvanie). Quand il a fini ses études, les États-Unis sont frappés par un chômage massif lié à la Grande dépression, où il était plus difficile pour les Afro-Américains de trouver un emploi que pour les Blancs, mais grâce à sa formation il est embauché comme inspecteur de santé publique.

Sa mère Vera après avoir achevé ses études secondaires à New York, elle aussi est admise à l'université de Syracuse où elle rencontre son futur époux, Coleman Sterling. Après leur mariage, elle emménage à Washington avec son mari et dans un premier temps travaille comme assistante au sein de l'agence fédérale du Bureau de la gravure et de l'impression, avant de devenir professeur dans des établissements scolaires de Washington. gauche|vignette|243x243px|Photographie de Eleanor Roosevelt. Leur fille aînée est prénommée Eleanor en honneur d'Eleanor Roosevelt, Première dame des États-Unis du au . Eleanor Holmes a deux sœurs Portia née en 1938 et Nellie née en 1939. Eleanor commence ses études scolaires au sein de la Monroe Elementary School (aujourd'hui connue sous le nom de l'École de Park View) établissement ségrégué où les livres et manuels scolaires sont de seconde main. En 1949, elle commence ses études secondaires à la de Washington, établissement également ségrégué qui tire son nom de Benjamin Banneker, scientifique afro-américain du . Dès la première année, Eleanor est élue présidente de sa classe et songe à devenir journaliste. Elle admire deux femmes qui sont ses héroïnes Elanor Rossevelt et la militante afro-américaine Mary Church Terrell, elle est enthousiasmée par cette dernière lorsque celle-ci en 1949 a organisé des piquets empêchant l'entrée du magasin de Washington parce qu'il interdisait les femmes afro-américaines d'utiliser ses toilettes ou bloquant l'entrée des restaurants de Washington pratiquant la ségrégation. Après avoir achevé ses études secondaires à la en 1955, elle est admise à l'Antioch College de Yellow Springs, dans l'État de l'Ohio. Eleanor est la seule étudiante afro-américaine de l'Antioch College, où elle obtient le Bachelor of Arts (licence) en 1960. Elle poursuit ses études universitaires à l'université Yale où elle obtient successivement un Master of Arts (master de littérature) en 1963, puis le Juris Doctor en 1964. gauche|vignette|274x274px|Photographie de Mary Church Terrell. Pendant ses études universitaire, elle est marquée par le boycott des bus de Montgomery organisé en 1955 par Rosa Parks, Martin Luther King et la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), événement majeur du mouvement américain des droits civiques. C'est ainsi, qu'elle adhère au NAACP puis après les événements des Neuf de Little Rock en 1957, puis elle rejoint le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) en 1963 pour participer à la campagne du Freedom Summer de 1964 tragiquement endeuillée par les meurtres de la Freedom Summer. C'est à la suite de ces événements qu'elle renonce à son projet de devenir journaliste pour devenir une juriste au service des droits civiques des Afro-Américains.

Carrière Elle commence sa carrière en rejoignant Fannie Lou Hamer pour établir le dossier juridique du Mississippi Freedom Democratic Party, qui permettra après bien des débats, à ce que des délégués afro-américains soient présents lors de la convention du Parti démocrate de 1964. Puis, la même année, elle est employée comme assistante du juge fédéral à Philadelphie, où elle reste pendant un an jusqu'à la fin de l'année 1965 et s'inscrit au barreau de la Pennsylvanie.

L'avocate de l'ACLU gauche|vignette|301x301px|Fannie Lou Hamer. Eleanor Holmes Norton est embauchée par l'American Civil Liberties Union, ou ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) où elle fait partie des deux personnes du service juridique avec le titre de directrice adjointe, elle y travaille pour un salaire modeste de par an et sans limites horaires. Quoi qu’il en soit, cet emploi correspond à sa volonté de . Elle commence par défendre les opposants à la guerre du Viêt Nam, comme le militant Julian Bond en s’appuyant sur le Premier amendement de la Constitution des États-Unis. En 1968, c'est toujours au nom de cet amendement qu'elle prend la défense du gouverneur de l'Alabama George Wallace, opposant farouche au Civil Rights Act de 1964, et au Voting Rights Act de 1965 (qui prohibent toutes les lois et réglementations ségrégationnistes sur l'ensemble des États-Unis), contre le maire de New York John Lindsay qui avait interdit l'organisation d'un meeting ségrégationniste au Shea Stadium de New York. Elle fait sa plaidoirie en s'appuyant sur un cas précèdent où en 1966 le National States Rights Party avait organisé un rassemblement dans la ville de Princess Anne dans le Maryland, meeting où devait se tenir des discours racistes et encourageant les violences contre les Afro-Américains. La ville obtint une injonction pour interdire ce rassemblement et l'ACLU vint défendre le National States Rights Party en arguant du principe de la liberté de parole garantie par la Constitution des États-Unis. C'est ainsi qu'Eleanor Holmes Norton reprend ce cas en le liant à celui de la ville de New York et gagne son procès en devant la Cour suprême des États-Unis par la décision 393 U.S. 175 (1968) . gauche|vignette|256x256px|Katharine Graham. Le , le magazine Newsweek publie une tribune titrée signée par femmes membres de son personnel, pétition qui dénonce les discriminations dont sont victimes les femmes pour obtenir un poste de rédactrice et qui déclarent déposer une plainte auprès de la (EEOC) contre la direction du magazine, pour violation du Titre VII du Civil Rights Act de 1964 qui stipule les interdictions suivantes : . Plainte visant un paradoxe, car le magazine Newsweek appartient au groupe de média du Washington Post Consortium, dirigé à l'époque par une femme Katherine Graham depuis 1961. Ce groupe de femmes choisissent Eleanor Holmes Norton pour les représenter. Katherine Graham vit difficilement les contradictions que lui posent cette accusation, d'un côté, en tant que femme elle éprouve une empathie vis-à-vis d'elles et de l'autre côté elle est la rare femme dirigeante d'un groupe de presse qui a dû se battre contre les préjugés de son époque pour se maintenir à ce poste. En , un compromis est établi entre Katherine Graham et les plaignantes au siège de l'ACLU sous la présidence de Eleanor Holmes Norton.

La présidente de la Commission des droits humains de la ville de New York En 1970, Charles Lindsay, le maire de New York, lui propose le poste de présidente de la Commission des droits humains de la ville (CCHR), structure chargée d'appliquer la . Poste qu'elle accepte. Charles Lindsay, malgré son différend au sujet de George Wallace a été impressionné par le souci de Eleanor Holmes Norton à appliquer de façon rigoureuse les lois concernant les droits civiques, et en tant que maire il veut une présidente qui puisse enquêter sur tous les cas de discriminations qui entachent la ville de New York. Alors qu'elle prend ses fonctions de présidente de la CCHR, elle fait la douloureuse épreuve de la naissance de sa première enfant, Katherine Felicia, qui est porteuse du syndrome de Down plus connu sous le nom de trisomie 21. À ce sujet elle déclarera . Eleanor reprend son travail de présidente de la CCHR. Sa première mission est d'enquêter sur les revendications d'un groupe de femmes qui organise un piquet empêchant l'entrée des (DORIS) pour protester contre la politique discriminatoire de cette institution. Eleanor mobilise son équipe pour enquêter sur les pratiques d'embauche et de promotion des femmes des DORIS. À la grande surprise du maire, il s'avère que seulement 8 % des postes à responsabilités sont tenus par des femmes. Les enquêtes s'étendent à l'ensemble des services de la ville et de ses employeurs. Le , la CCHR rend ses conclusions sur la base de nombreux témoignages attestant de la pratique commune de la préférence des hommes sur les femmes tant pour les politiques d'embauche que pour les politiques de promotion.

Pendant la présidence de Eleanor Holmes Norton, la CCHR devient l'une agences municipales les plus actives pour les droits des homosexuels, pour la reconnaissance par les employeurs des obligations religieuses comme celle des Juifs orthodoxe qui ne peuvent travailler le samedi à cause de la célébration du shabbat et de ses obligations, et bien entendu contre toutes les formes de ségrégation raciste. La principale action est l'intervention pour faire respecter les droits des femmes notamment dans le monde du travail. Eleanor se rend compte que son action mériterait d'être élargie, à ne plus être limitée à la ville de New York, le combat pour le droit des femmes est un combat national.

La présidente de l'Equal Employment Opportunity Commission (EEOC) gauche|cadre|Eleanor Holmes Norton, présidente de l'EEOC. vignette|267x267px|Lyndon B. Johnson. À la suite de la promulgation du Civil Rights Act de 1964, par le président Lyndon B. Johnson, a été créée une agence fédérale l' ou EEOC (Commission pour l'égalité des chances en matière d'emploi). Cette agence, qui ouvre ses portes le , a pour mission d'enquêter sur les discriminations basées sur la race, le sexe, la religion, l'origine ethnique dans le monde du travail conformément au Titre VII du Civil Rights Act de 1964 cité plus haut. Dans les cas de discriminations avérées, l'EEOC n'a qu'un pouvoir de médiation, ce qui lui vaut le surnom de « tigre sans dent ». Cette agence rencontre plusieurs difficultés, son champ entre dans celui de dix huit autres agences fédérales qui interviennent dans le monde du travail et enquêtent tout comme elle sur les violations du droit du travail, agences dépendant notamment du département du Travail des États-Unis ou de l' ce qui crée des situations conflictuelles. Enfin cette agence souffre d'un manque significatif de leadership, depuis sa création sept présidents se sont succédé sans être capable d'imposer le rôle de l'agence face à ses détracteurs. C'est pour remédier aux maux de l'EEOC que le président Jimmy Carter nomme Eleanor Holmes Norton à la tête de l'EEOC, elle prend ses fonctions le . vignette|259x259px|Jimmy Carter.