Victor Masson né le à Pont-à-Mousson (Meurthe) et mort le à Toulon (Var) est un industriel, peintre et illustrateur français.

Avant tout négociant en bois et charbon, il intègre à la fin des années 1860 le commerce issu de son père, Masson Frères, qu'il dirigera avec d'autres membres de sa famille avant de s’en séparer en 1913. En parallèle de cette profession, il consacre son temps libre à une pratique artistique en dilettante, sans ambition, créant ainsi des dessins et des peintures qu'il ne vend et n'expose pas. De fait, Victor Masson reste un artiste discret durant son existence. Il ne fait l’objet que de très peu d’écrits et ne reçoit aucune distinction en dehors de quelques récompenses lors de son enseignement artistique à Metz.

Cette pratique artistique n'en est pas moins durable : Victor Masson s'y exerce de son enfance jusqu'à sa mort, et féconde : elle donne lieu à plusieurs centaines de dessins. Ceux-ci, hormis quelques exceptions, sont en majorité demeurés dans les collections particulières de ses descendants.

Il est l'oncle de l'écrivain Pierre-Maurice Masson (1879-1916) et le grand-père de la philanthrope Suzanne Masson (1915-1991).

Biographie Filiation et fratrie Victor Masson est le fils de Pierre Alexandre Masson (1813–1889), cultivateur puis négociant en bois et charbons, et d’Anne Ressejac (1822–1887). Ses parents ont trois autres enfants : Joseph Martial Masson (1842–1899), Pierre Eugène Masson (1843–1905) et Marie Émilie Masson (1855–1938)..

Enfance et jeunesse à Metz

Victor Masson naît à Pont-à-Mousson, mais très rapidement sa famille s’installe au 29 bis, rue de la Fontaine à Metz, ville où elle est recensée dès 1852. Victor Masson demeure à Metz jusque dans les années 1870.

C’est à cette période qu’il se forme au dessin, peut-être également à la peinture. Son professeur Auguste Migette précise dans l’un de ses manuscrits qu’il fait partie des lauréats de l’école municipale de dessin de Metz en 1864Auguste Migette, Histoire de l'École municipale de dessin de la ville de Metz, manuscrit conservé à Metz, Médiathèque de Metz, cote Ms/1281, .. En 1867, il reçoit le premier prix d’après-nature puis celui d’excellence l’année suivante. Il entre dans la collection d’Auguste Migette, un honneur partagé par douze élève de ce dernierThibaud Dapremont, Victor Masson (1849-1917), mémoire de master 2 en Histoire de l'art, sous la direction de Thierry Laugée, Sorbonne-Université, volume de texte, .. Toutes ces éléments sont autant de témoignages de la reconnaissance du travail de Victor Masson par ses professeurs.

vignette|Victor Masson, Le Style byzantin, vers 1869, collection particulièreThibaud Dapremont, , catalogue d'œuvres, .. Un carnet de dessin éclaire l’enseignement artistique reçu par Victor Masson à cette époque. On y découvre des croquis de diverses natures : des études d’après l’antique et d’après le modèle vivant, des études de proportions et d’écorchés. Victor Masson s’intéresse également à de multiples styles architecturaux : les ordres grecs ou le style byzantin par exemple, qu’il représente en reproduisant les planches publiées dans la Grammaire des arts du dessin de Charles Blanc. En plus d'un apprentissage pratique du dessin, ce carnet dévoile l'existence un enseignement théorique. Certains travaux sont accompagnés d'éclaircissements divers et la fin du carnet contient une notice sur les « Mouvements des Arts parmi les Peuples qui ont le plus contribué à la civilisation actuelle »Thibaud Dapremont, , catalogue d'œuvres, ..

En dehors de cet enseignement du dessin, cette période de la vie de Victor Masson est mal documentée. Au mieux, les tableaux annuels de population nous apprennent-ils qu’il est étudiant durant deux années au minimum avant de devenir commis en 1872Thibaud Dapremont, , volume d'annexes, .. Et une brochure traitant d’une distribution de prix de 1868 le mentionne comme négociant[Anonyme], Société d’encouragement pour l’instruction des adultes, Metz, Imprimerie J. Verronnais, 1868, .. Ce qui est certain, c’est que Victor Masson n'a pas pour objectif de devenir un artiste professionnel, et ce en dépit de l'opinion de ses professeurs. L'un d'eux, Louis-Théodore Devilly, lui propose une bourse qui doit lui permettre de poursuivre son enseignement artistique à Paris, mais il la refuseAuguste Migette, Histoire de l'École municipale de dessin de la ville de Metz, manuscrit, Metz, Médiathèque de Metz, cote Ms/1281, .. Il fait au contraire le choix, comme ses frères avant lui, d’intégrer le commerce de son père, ce qu’Auguste Migette déplore :vignette|Victor Masson, Scieries Masson Frères, vers 1875, Nancy, Musée lorrainThibaud Dapremont, , catalogue d'œuvres, ..|237x237pxMasson Victor […] pouvait espérer, s'il s'était occupé uniquement de ses études artistiques, de marcher sur les traces de Weber et de Boilvin, il en avait les aptitudes inventives, mais il a préféré aux chances toujours incertaines d'un avenir plus brillant, une position ordinaire mais toute préparée par son père et que sans efforts il peut fructueusement continuer, c'est-à-dire vendre du bois et de la houille. Cependant son goût pour les arts est trop vivace pour pouvoir être complètement abandonnéAuguste Migette, , ..

Dans la notice qu’il écrit au sujet de Victor Masson, Adolphe Bellevoye se fait l’écho du même regret que Migette :Ce jeune homme aurait sans doute pu suivre avec succès la carrière des arts, mais il a cru devoir se soumettre au désir de ses parents et se livrer comme eux au commerce tout en réservant quelques moments pour donner suite à ses goûts et développer ses aptitudes naturelles, ce qu'il fait encore aujourd'hui avec succès..

La guerre de 1870 et le départ pour Nancy vignette|Victor Masson, Le Blocus de Metz, 1870, collection particulièreThibaud Dapremont, , catalogue d'œuvres, ..|200x200px

Toujours à Metz lors de la guerre franco-allemande, Victor Masson se trouve dans l’une des régions les plus durement touchées. Son implication lors des conflits n’est pas connue mais cette période le marque profondément. C’est du moins ce qu'expriment certains dessins et un témoignage dans lequel sont évoquées ces .

Après l’annexion, en 1871, Victor Masson décide d’émigrer, mais pas immédiatement. En 1873, Auguste Migette écrit de lui qu’il , où il est en effet recensé jusqu’en 1876. Cette même année, il apparaît pour la première fois dans les tableaux de recensements de la ville de Nancy.. C’est donc vraisemblablement à cette période qu’il se décide à quitter Metz et s’installer dans sa nouvelle ville.

Mariage et descendance vignette|Victor Masson, sa femme et ses enfants en 1902, photographie anonyme, collection particulièreThibaud Dapremont, , volume d'annexes, .|gauche

Dans les années qui suivent son installation à Nancy, en 1882, Victor Masson se marie avec Marie Louise Caroline Fautsch (1860–1946), fille de Joseph Fautsch, un conducteur des Ponts-et-Chaussé, lui aussi artiste amateurIl a notamment réalisé un dessin pour La Plume, aujourd'hui conservé par la bibliothèque de l'INHA (en ligne sur bibliotheque-numerique.inha.fr).. La rencontre qui précède ce mariage est évoqué par Victor Masson dans son manuscrit :La première ville, c’est Toul que je connais de longue date – c’est là, sous la capote du soldat, c’est sous l’uniforme du fantassin que j’ai conquis ma femme. Comme César, je suis venu, j’ai vu, et j’ai vaincuVictor Masson, Douze jours à Paris, manuscrit, Cognac, collection particulière, 1889, . Cité dans : Thibaud Dapremont, , volume d'annexes, ..Ensemble, ils ont cinq enfants : Paul Masson (1884–1969), Jean Masson (1886–1914), Thérèse Masson (1890–1979), Pierre Masson (1895–1927) et Marie Masson (1898–1964). La famille demeure à Nancy, au 6, rue de La Salle, jusqu’en 1913..

Nancy vignette|Victor Masson, Le Boulanger, fin du , Nancy, Musée lorrain. Épreuve signée et adressée à Lucien Wiener par Victor MassonThibaud Dapremont, , catalogue d'œuvres, ..|300x300px vignette|Victor Masson, Programme du Concert du Cercle, 1885, Nancy, Musée LorrainThibaud Dapremont, , catalogue d'œuvres, ..|gauche|311x311px Victor Masson va vivre à Nancy durant près d’une quarantaine d’années, période marquée par les morts successives de membres de sa famille : son père en 1889, ses deux frères Martial en 1899 et Pierre-Eugène en 1905, et de l’un de ses neveux en 1909. En dehors de ces évènements, Victor Masson semble mener une vie plutôt stable, continuant probablement de s’occuper de son commerce, dont il ne se séparera qu’en 1913, et de pratiquer le dessin en dilettante. Il restera certes toute sa vie un artiste distant du contexte artistique qui l'entoure, en témoigne Edgard Auguin qui voit en lui quelqu’un de .

Mais il s'intègre tout de même dans le vie artistique nancéienne en se liant d’amitié avec des membres de ce milieu artistique, ou du moins en les fréquentant. Il évoque par exemple s’être rendu dans l’atelier d’Émile FriantVictor Masson, Douze jours à Paris, manuscrit, Cognac, collection particulière, 1889, . Cité dans : Thibaud Dapremont, , volume d'annexes, .. Il collectionne les œuvres de divers artistes de sa région comme Edmond Petitjean, Jules Voirin, Edgard Auguin ou encore Hokkai TakashimaThibaud Dapremont, , volume d'annexes, ., qui sont autant de personnalités qui fréquentent à un moment donné le milieu artistique nancéien. Son propre travail est lui-même collectionné par Lucien Wiener et son fils René, tous deux collectionneurs à Nancy :Quand on écrira [la biographie] de l'habile artiste qui a illustré ce livre de 30 charmantes compositions, , de Metz, il ne faudra pas oublier les nombreux dessins et croquis à la plume qui nous ont déjà prouvé son talent et dont nous citerons les suivants que nous avons admirés dans la belle collection iconographique lorraine de : 1° Programme du Concert du Cercle, 1885 ; 2° concours de gymnastique ; 5° l'entr'acte au théâtre; 4° banquet des anciens élèves du lycée de Metz 5° les lutteurs, 1886 ; 6° dragons du 7e régiment, menu ; 7° « ta photo ou la vie, » carte pour ; 8° le boulanger ; 9° circulaires illustréesG.S, « Livres d’art lorrains », La Lorraine artiste, , , , ..

Ainsi entouré, Victor Masson s’implique dorénavant dans certains évènements. Il est notamment l’un des « artistes-peintres » de la Kermesse de Nancy qui se déroule le .. Il livre à cet effet un dessin, Le Concours de gymnastique, qui est reproduit dans la brochure de l’évènement et que René Wiener expose durant sept jours dans sa vitrine. À cette occasion Émile Goutière-Vernolle le mentionne dans un poème : C’est la fête qu’ont dessinée Friant… Masson… Wiener… Voirin… ! vignette|redresse|Victor Masson, La Meurthe et la Moselle, 1907, collection particulièreThibaud Dapremont, , catalogue d'œuvres, .. Il participe également à deux expositions. La première, qui a lieu en 1885 et où il présente le dessin d’un certain Frère Bruno, est destinée à aider les orphelins de deux artistes. Lors de la seconde, en 1907, il y présente les projets d’un concours de timbres et d’affiches pour l'Exposition internationale de l'Est de la France qui a lieu deux ans plus tard. Le timbre que Victor Masson propose pour ce concours est ainsi décrit dans le journal L’Exposition de Nancy en 1909 :Campanule des bois. – C’est un fort joli travail, avec un encadrement tiré du Recueil des grilles de Jean Lamour. Plusieurs figures sont bien traitées. Reste à savoir ce que cela donnera à la réduction et en couleurs.

Et à l’affiche d’être ensuite mentionnée :À côté, une quatrième affiche satisfaisait beaucoup de visiteurs, à la condition de modifier les têtes des belles dames, sortant de la barque de la Moselle.

Un canal et des navires sur la place Stanislas, c’est un peu risqué… mais l’idée est ingénieuse… et ce qu’il y a de mieux, c’est la perspective du fond et l’encadrement, copié d’une belle porte de la rue de la Source, ce qui a permis d’enrouler les inscriptions (trop longues) autour des deux colonnes.