Le vitrail de Charlemagne à Chartres est un vitrail narratif du déambulatoire nord de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, qui raconte une vie hagiographique de l'empereur Charlemagne.
Description d'ensemble
thumb|left|redresse|Vue d'ensemble de la chapelle murale, le vitrail de Charlemagne est celui de gauche.
La baie se trouve dans une « chapelle murale » du déambulatoire nord, petit renfoncement éclairé par deux baies de style gothique primitif.. Le vitrail de Charlemagne est celui de gauche.
La verrière a été exécutée vers 1225, elle est contemporaine de la cathédrale actuelle reconstruite après l'incendie de 1194. Le vitrail de s'inscrit dans la lancette de gauche, la lancette de droite étant occupée par le vitrail de saint Jacques le Majeur.
La verrière a été classée aux monuments historiques dès son premier inventaire en 1840. Elle a été restaurée en 1921 puis en 1999 par les ateliers Lorin.
Elle est composée de vingt-quatre panneaux, cercles et losanges, grands demi-cercles latéraux, mosaïque à écailles, bordure de feuilles d'acanthe et bâtons brisés.
Thématique
Les légendes de Charlemagne
Certaines scènes du vitrail de Chartres rappellent celles de Saint-Denis, mais elles sont des compilations de plusieurs textes : la légende du pèlerinage de Charlemagne composée à Saint-Denis, la chronique du Pseudo-Turpin et la légende de saint Gilles.
La partie basse de la verrière expose le voyage mythique de Charlemagne à Constantinople et à Jérusalem. Charlemagne apparaît en rêve à Constantin, se rend à Constantinople puis à Jérusalem pour délivrer la ville. Constantin lui remet trois reliques : le saint Clou, une épine de la Sainte Couronne et la sainte chemise de la ViergeClaudine Lautier, Les vitraux de la cathédrale de Chartres : Reliques et images. dans : Bulletin Monumental, Tome 161 N°1, année 2003, Les vitraux de la cathédrale de Chartres : Reliques et images, pp. 3-1. que Charlemagne dépose à Aix-la-Chapelle. Puis il se rend en Espagne pour délivrer le tombeau de saint Jacques après l'avoir vu en rêve avec l'archevêque de Reims, Tilpin ou Turpin. Dans le registre supérieur, messe de saint Gilles : Charlemagne est pardonné du péché d'inceste avec sa sœur dont est né Roland.
Ce vitrail est placé à côté de celui de saint Jacques le Majeur : une légende veut en effet que Charlemagne ait libéré le tombeau de saint Jacques à Compostelle, vitrail 07, .. Il est d'ailleurs à noter que Charlemagne est également représenté dans le vitrail de saint Jacques, 208 photographies..
La « sainteté » de Charlemagne
Charlemagne n'a jamais été un saint, même s'il fut reconnu comme tel par l'antipape Pascal III à la demande de l'empereur du Saint Empire romain germanique Frédéric Barberousse, en 1165, sans que cette décision soit reconnue par l'Église, qui ne lui a jamais rendu aucun culte.
Il est donc étonnant de voir dans la fenêtre d'une chapelle du chevet un vitrail consacré à la vie de Charlemagne. Toutefois il existait, avant la Révolution, au chevet de l'abbatiale de Saint-Denis un vitrail connu par des dessins, sur le voyage légendaire de Charlemagne en Orient. Ce vitrail faisait probablement partie des vitraux commandés par Suger et fut composé avant 1125. À Saint-Denis il avait été couplé avec celui de la Première Croisade et le récit de ce voyage légendaireLe Descriptio qualiter Karolus Magnus clavum et coronam Domini a Constantinopoli Aquisgrani detulerit qualiterque Karolus Calvus hec ad Sanctum Dionysium retulerit. racontait l'histoire des reliques de la Passion et de leur transfert partiel jusqu'à l'abbaye de Saint-Denis.
Si Charlemagne est présenté comme « saint », c'est avant tout parce qu'il a été le premier à être consacré religieusement. Le de l'an 800, Charlemagne roi des Francs, est sacré empereur d'Occident dans la basilique Saint-Pierre de Rome par le pape Léon III, puis acclamé par la foule. Le pape s’agenouille devant le nouvel empereurHenri Martin Histoire de France Furne, 1865. Mais selon son biographe Eginhard, Charlemagne sort furieux de cette cérémonie : en couronnant d’abord Charlemagne avant les acclamations, Léon III affirme en effet que tout pouvoir vient de Dieu, par son intermédiaire, et non du peuple.
Par ce couronnement religieux, Charlemagne devient donc l'« oint du Seigneur », littéralement un nouveau « Christ ». C'est dans ce même sens que Cyrus le Grand avait été qualifié de « Christ » ou de « Messie » par le livre d'Isaïe, sans qu'il soit jamais question dans son cas de sainteté au sens moderne du terme : « Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, [...], pour que tu saches que Je suis le Seigneur, celui qui t’appelle par ton nom, moi, le Dieu d’Israël » (Is 45:1-3). Ainsi, Charlemagne apparaît parfois avec un nimbe non pas à cause d'une hypothétique bonne conduite, mais parce que son sacre est un événement exemplaire, prototype de ce que sera l'ordre social du Moyen Âge.
Pouvoir temporel et spirituel
La présence de Charlemagne est avant tout due à son rôle politique, et à l'image prestigieuse qu'il offre comme modèle de pouvoir temporel.
Le vitrail montre l'exemple d'un empereur, représentant le pouvoir temporel, se mettant au service du pouvoir spirituel, délivrant les lieux saints des infidèles et obtenant le pardon de ses péchés. Par rapport à l'axe de la cathédrale, le vitrail est placé symétriquement à celui de Saint Sylvestre, qui raconte la conversion de Constantin Ier au christianisme : les deux empereurs ont été un soutien de l'Église, et ont symbolisé chacun à leur manière la subordination du pouvoir temporel à l'autorité spirituelle. De ce fait, Charlemagne a été qualifié de « nouveau Constantin ».
Faut-il y voir un message d'exemple adressé au roi Philippe Auguste au moment où le pape Innocent III le presse de participer à la Croisade contre les Albigeois et où se pose le problème de l'interdit prononcé par le pape après sa séparation d'avec sa femme et son remariage avec Agnès de Méranie ? Ou alors, tout simplement, faut-il y voir une récupération de l'image de Charlemagne par Philippe Auguste, alors en concurrence avec l'empereur germanique Frédéric II, avec l'ambition de s'affirmer comme l'exemple même du bon roi ?
Les donateurs thumb|gauche|Un pelletier dans sa boutique.Les pelletiers, donateurs, sont représentés aux panneaux inférieurs.
Description des panneaux
Le vitrail se lit généralement de bas en haut et de gauche à droite, mais cet ordre est parfois inversé.
Voyage de Charlemagne à Constantinople
300pxA3 : Songe de Constantin
L'empereur Constantin dormant dans son lit a un songe. Un ange lui désigne l'empereur Charlemagne comme étant son défenseur.
Charlemagne est présenté ici en armure d'un chevalier du . Il porte une couronne sur son casque. Constantin est vêtu de la pourpre impériale, et dort sur un lit figuré dans une perspective maladroite. Derrière le lit, une fenêtre ouverte dessine son ouverture rouge, couronnée d'un dôme crénelé.300pxA2 : Charlemagne reçoit l'émissaire de Constantin
Charlemagne est entouré de deux évêques, l'émissaire de Constantin, et probablement son conseiller Turpin.
Les deux évêques portent une mitre, et tiennent un Évangile, symbole de leur mission pastorale qui est d'enseigner la Parole. Charlemagne a un nimbe vert, rappelant son sacre comme empereur. Les trois personnages sont assis sur le même banc, mais l'empereur repose ses pieds sur un petit tabouret.300pxA5 : Charlemagne part à Jérusalem
Répondant à l'appel de Constantin, Charlemagne se rend à Jérusalem, alors occupée par les Sarrasins. Une bataille a lieu entre ces deux forces armées.
Monté sur son cheval blanc et couronné d'or, Charlemagne est en train de trancher la tête à un cavalier qui s'enfuit devant lui. Les francs portent des casques plats et des boucliers en amande, comme celui que l'on peut voir derrière Charlemagne. Les Sarrasins ont au contraire des casques pointus et des boucliers ronds. À l'arrière plan, un chevalier est en train d'en renverser un autre de sa lance, tandis qu'un piéton brandit une hache.
Le vitrail montre ici l'exemple d'un empereur qui n'hésite pas à partir en « croisade » avant la lettre pour délivrer les lieux saints.300pxA4 : Rencontre de Charlemagne et Constantin
Les deux empereurs Charlemagne et Constantin se rencontrent à la porte de Constantinople. Charlemagne est accompagné par l'un de ses preux, probablement Roland.
La porte ouverte de Constantinople est figurée en rouge, suivant la convention iconographique du . Derrière la porte, la ville de Constantinople est symbolisée par une tour effilée et un pan de muraille, dans lequel s'ouvre une fenêtre.300pxA6 : Constantin offre les reliques à Charlemagne
Constantin veut offrir des richesses à Charlemagne pour le récompenser d'avoir libéré Jérusalem, mais celui-ci refuse, demandant à la place de précieuses reliques saintes.
Au centre, Charlemagne arrête Constantin de la main gauche, et de la droite désigne les trois reliquaires conservés sous un voile huméral. À ses pieds, le bandeau « CAROLVS » confirme son identité. Constantin se tient devant la porte de la basilique, dont le toit est surmonté d'une croix en haut du panneau. Au plafond, un encensoir marque le caractère sacré du lieu.
Selon la tradition, l'un de ces reliquaires contient la chemise de la Vierge, trésor de la cathédrale de Chartres offert par Charles le Chauve. Ce panneau est une attestation visuelle de l'authenticité de la relique.300pxA7 : Charlemagne dépose les reliques à Aix
Revenu dans son empire, Charlemagne remet les saintes reliques à l'Église.
La scène est très probablement située dans la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle. Charlemagne, à genoux, dépose un reliquaire sur l'autel. Devant lui, un abbé est reconnaissable à sa tonsure de moine et sa crosse, il porte un livre liturgique, symbole de sa vie vouée à la prière, et est accompagné d'un autre moine. Au-dessus de Charlemagne on peut voir pour la première fois l'olifant que l'on retrouvera à la fin de la légende. Derrière Charlemagne, son preux compagnon est probablement Roland.
La route de Saint Jacques de Compostelle
Cette partie est dérivée de la « chronique du pseudo-Turpin »Chronique du Pseudo Turpin, in La Chanson de Roland: poème de Théroulde ; suivi de la Chronique de Turpin. A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865..
300pxB1 : Charlemagne et la voie lactée
Charlemagne vit dans le ciel une sorte de chemin formé d’étoiles qui commençait à la mer de Frise et, se dirigeant entre la Germanie et l’Italie, entre la Gaule et l’Aquitaine, passait tout droit à travers la Gascogne, le Pays Basque, la Navarre et l’Espagne, jusqu’en Galice, où reposait le corps du bienheureux saint Jacques. Toutes les nuits Charles revoyait et souvent ce chemin d'étoiles, et fut fort désireux d'en découvrir la signification.
Charlemagne, à gauche, est représenté en majesté : couronné, assis sur son trône, les pieds sur un tabouret. Devant lui, deux de ses familiers avec lesquels il discute, l'un d'eux lève le doigt vers la voie lactée, représentée par une alternance de nuages bruns (rappelant la nuit) et blancs.300pxB2 : Saint Jacques apparaît à Charlemagne
Comme il avait l'esprit plongé dans ces pensées, un héros lui apparut en songe. « Je suis Jacques l'Apôtre, dont le corps repose sans mémoire et sans honneurs dans cette Galice qui gémit sous la honteuse oppression des Sarrasins. Je t'annonce que le Seigneur t'as choisi pour ouvrir aux pèlerins le chemin de mon tombeau. Ce chemin d’étoile que tu as vu dans le ciel signifie que tu iras d’ici jusqu’en Galice avec de grandes armées combattre cette race perfide de païens, ouvrir la voie qui mène à mon tombeau, délivrer ma terre et visiter ma chapelle et ma sépulture. Et après toi, tous les peuples y viendront en pèlerinage, implorant du Seigneur le pardon de leurs péchés, proclamant les louanges de Dieu, sa force et les miracles qu’il fit. »